Supplément, p
:>. Un manuscrit de l'abbaye de la Gava près de Salerne, sous ce titre, be notis anliquorum, contient les renseignements suivants : « De obelis et asteriscis Platonis, (juie nos ex gr;eco transtulimus, chi gr:ecum puni m ( X ) appositum dictum schéma consuetudinemque platonicam signilioat: chi gra-cum dislinctum (^X) bonam etelectam conscriptionem signiticat : < lambda gr^ecum jacens purum (quam ipsa Gr;pcitas a duabns lineis convenientibus diplen nominal) proprium dogma uniuscujusque philosophi, quod ipsi soJum visum est, significat : <• lambda gra'cum jacens distinctum correctionem significat. » (V^oir un article de Reifferscheid dans le Rheinisches Muséum, 1808).
ont rendu hommage '. On lui a reproché néanmoins de n'avoir donné qu'une description très insuffisante des manuscrits qu'il avait eus entre les mains, et d'avoir fait entrer dans le cercle de ses investigations des document-^ iniililes, faute d'en avoir préalablemonL contrôlé l'origine et la valeur. Pour choisir au milieu de tant de richesses les leçons les plus sûres, il crut bon d'imiter le procédé de Zeuxis composant sa Vénus -, ce qui devait enlever toute unité au texte ainsi constitué. Cousin l'a félicité d'avoir fait revivre la riche synthèse de la phrase platonicienne avec son mouvement et même son désordre apparent, tandis que Ast, doué d une rare sagacité, mais enclin à une témérité excessive, introduisant dans le texte de Platon les catégories plus ou moins artiticielles de la grammaire moderne, le bouleverse au profit d'une régularité qui serait uu anachronisme. Par quelques-unes des notes dont il a accompagné sa traduction des dialogues. Cousin a prouvé qu'il n'eût tenu qu'à lui de se placer dans ce domaine au premier rang des philologues : moins heureux que Proclus, Platon n'a pas obtenu de notre grand philosophe les honneurs de la plus modeste édition ^ et à l'exemple de Cousin, ses élèves ont eu plus d'attrait pour la comparaison des systèmes que pour la collation des manuscrits. Tout récemment cette dernière tâche
LES MANUSCRITS DE l'LATON
1. (( Gollationes qiiibus distinctiores etplaniores nullas, dihgentiores paucissimas habemus » (Jordan).
2. « In hoc lantiim dissimilis, écrit à ce propos Schneider, quod, cuni ille nudas spectasset, hic adsciticio nonnunqiiani ornatu imponi sibi passus est. »
3. Voici en quels termes Cousin appréciait sur ce point l'œuvre de ses devanciers : « Il semble qu'il en soit de la critique verbale comme de la critique historique et d'autres branches plus importantes de la littérature et de la civilisation, qu'elle soit condamnée à passer successivement par doux époques de crédulité et de scepticisme, où d'abord on admet presque sans examen les textes les moins purs et les authenticités les plus douteuses, où ensuite l'orgueil de quelques corrections heureuses pousse jusqu'à la manie le dédain des autorités les plus positives et le goût des innovations, avant de parvenir à l'époque où la raison plus étendue et plus ferme emprunte aux époques précédentes ce qu'elles eurent de légitime, à l'une le respect de l'antiquité, à Taulre le droit d'examen, discute toutes choses sans préjugé comme sans suffisance... Ici comme partout les degrés et les intermédiaires sont inévitables et utiles... Il n'y avait qu'une foi vive et un peu superstitieuse qui pût inspirer le courage et soutenir la patience de ces hommes admirables qui au renouvellement des lettres, entreprirent de nous rendre les monuments écrits de l'antiquité : trop de sévérité envers eux serait de Tingratitude. »
sollicitait la légitime ambition d'un jeune érudit formé à l'école des maîtres les plus célèbres, M. Graux : une mort prématurée Ta enlevé h la philologie française, dont il eût été l'honneur. Ici encore c'est à l'Allemagne que nous devons emprunter les conclusions et les résultats les plus autorisés. Par des voies différentes, MM. Schanz et Jordan ont pénétré, selon le mot d'un critique, jusqu'au cœur et à la moelle des nombreux manuscrits dont la plupart n'avaient encore été examinés qu'à la surface : et en dépit de certaines divergences à peu près inévitables, on peut dire que leurs travaux permettent d'arrêter dès maintenant dans ses grandes lignes la hiérarchie des manuscrits, au double point de vue de leur filiation et de leur importance. Mais avant d'aborder cette partie de notre tache, il nous a paru utile, pour mieux préciser le débat, de passer en revue et de décrire les manuscrits de Platon vraiment dignes de l'attention des critiques, en les rattachant aux bibliothèques qui les détiennent.
Nous commençons cette énumération par l'un des plus célèbres, et celui dont l'origine est le mieux connue. C'est le manuscrit d'Oxford, désigné sous la triple épithète de Clarkianus, Bodleianus et Oxoniensh. Voici comment Clarke lui-même en raconte la découverte ', et ce récit navrant explique pourquoi tant de manuscrits qui existaient encore il y a deux et trois siècles sont aujourd'hui irrévocablement perdus.
« Au cours de mon voyage en Orient, je visitai à Cos un pauvre boutiquier qui m'avait été signalé par le consul français comme possédant plusieurs ouvrages anciens : je le trouvai effectivement lisant un manuscrit de VOdijssre. Rien ne put le déterminer à partager ses richesses, que son (ils devait emporter avec lui ;\ Patmos, où les manuscrits, disait-il, étaient particulièrement recherchés. Cette révélation me détermina à me rendre dans cette île, où la bibliothèque du monastère me fut libérnlement ouverte. Une grande salle était pleine de livres de toutes dimensions, dans
l. Dans ses Travels in varîous counlries of Europa, Asia and Afrl'm (2'' édit., !8I3). J'abrège le récit du savant anglais en me ])ornant aux points essentiels.
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L'ŒUVRE fiF. PLATON
le [tlas déplorable état, les uns abandonnés sur le plancber où ils étaient rongés par les vers et par l'humidité, les autres disposés sur des ravons, mais absolument en désordre. A l'extrémité de la chambre opposée à la fenêtre, un nombre considérable de vieux volumes dr' parchemin avec ou sans couverture étaient entass(^s dans un pèio-mèle indescriptible : preuve qu'ils avaient été condamnés à disparaître. Quand nous demandâmes au supérieur ce qu'iU rcnlermaienl, il répondit avec un geste de souveraine inditlV'rcnce : X-toôyrya'j^a. C'est un de ces moments où nu voyageur lettré est tenté de ne pas en croire ses yeux ; ces parchemins si dédaigneusement trait<'s étaient autant de manuscrits grecs, dont quelques-uns remonlaicntù une assezhaute auli(]uilé. Continuant mou inspection, je mis la main sur le plus beau spécimen de calligraphie grecque qui soit arrivé jusqu'à nous : c'était une copie des vingt-quatre premiers dialogues de Platon, écrite d'un bout à l'autre sur vélin en caractères merveilleux, se terminant par une date et le nom du calligrapbc : le tout formaril un volume unique, in-t'ulio, r<>li<' en bois. L'enveloppe, attaquée par les vers, tombait en pièces. Une étiquette de papier cullt'c sur le dos portait cette inscription moderne : Arx/oyot iiojy.paTovç; mais les lettres du nom de Platon, S('parées par des étoiles, apparaissaient distinctement à la première page du manuscrit. »
Clarke, bien entendu, n'eut rien de plus pressé que d'entamer des pourparlers pour entrer en possession de ce trésor méconnu: mais en Orient ces sortes de négociations sont toujours des plus laborieuses.
« Le dimanche 11 d'octobre se passa dans une grande anxiété : c'était le jour où le supérieur s'était engag»' à nous envoyer les manuscrits si ardemment convoit<''s. Le soir, ('tant montés sur le pont de notre caïque, au couclier du soleil nous aperçAmes un homme suivant b' sentier qui descend du monastère au port : peu à peu nous pi\mes nous convaincre qu'il tenait un grand panier à la main. A son arrivée sur la plage, il lit un signal, aussit<M l'embarcation appartenant à notre caïque fut détachée. En abordant il cria à haute voix qu'il apportait les vivres commandés pour nous par le capitan-pacha à la suite de notre lettre : mais (|uelques instants après il nous fit un clignement d"(eil signilicatif, ajoutant que le supérieur désirait que le panier fût vidé par nous, afin de bien constater que tout était en règle. Nous comprhnes
LES MANUSCRITS DE PLATON
l'insinuation, et nous courûmes avec cette précieuse charge dans notre cabine, où, le panier renversé, nous trouvâmes le manuscrit de Platon, les poésies de saint Grégoire, un ouvrage de Philon, deux volumes contenant des notes de musique grecque et un autre renfermant le lexique de saint Cyrille. Toutes ces richesses furent cachées incontinent à l'intérieur d'un matelas dans un de nos lits, et le panier rendu au porteur avec une respectable gratification : puis on reconduisit ce dernier au rivage. »
C'est ainsi que le 11 octobre dSOl ce manuscrit fut arraché aux mains inintelligentes qui en auraient infailliblement laissé consommer la ruine. Comment était-il arrivé à Patmos? On l'ignore : mais on sait qu'il s'y trouvait déjà au xvi^" siècle; car la Vaticane contient un manuscrit de cette époque oii se lit (fol. 82) un catalogue des manuscrits les plus remarquables existant à Patmos \ et dans le nombre ligure le Clarklanus.
Clarke en fit présent à Porson qui mourut le 25 septembre 1808. L'année suivante, l'Académie d'Oxford acheta au prix de 1,000 livi'cs sterling tous les manuscrits recueillis par Clai'ke au cours de ses voyages. L'inventaire n'en fut rédig('^ qu'en 1812- : Mcoll s'était cliaigé des manuscrits orientaux, (iaisford ' des manuscrits gi'ecs, et dans son travail le Clark'ianus porte le numéro 39. Le mcino érudit en fit une première collation * : puis l'attention des savants s'en (bHounia et il ne fut plus consulté ([u'à l'occasion de(|ucl(|ues éditionsspéciales, publi<'cs en Angleterre et à l'étranger ', h»i'S(|nc M. Sclianz, enlevé à son enseignement en 1870 par
î^'.CiÀîfov. Le manusi'i'it porte la cote li^Oo.
2. Gatalo^us sivo notitia iiistorum qui acel. I). Clarke coini)arati in hibi. Bodleiana assorvantur, ()xon!i.
:'.. Professeur de langue et de littérature grecques à r)xford, Gaisford en récompense de ses services fut uoiumé curateur de la biJjliotlièque Bodléienne.
4. Un lit dans la Préface de ses Leclioncs platonica> (1820) : « Sumpto in manus Stcphauic;e editionis exemplo. varietates qualescumque etiam levissimas notavi. cerfe enotaro volui, spirituuui, accentuum, librarii notarum, dili|?eiiti observatiouc facta. »
.■>. Citons la collati(in de M. Jowett pour l'édition du Banquet par .lahn : celle de i^ampl)oll pour sou édition du Théétèfr, du SophLsfe et du Politique : ccdle do Hiddell pour son édition de l'Apolof/it' (1867) : celle de Poste pour son éditiDU du t'hili'hc (1SG6), enfin colle de BywatiM' pour ]<^ l'hc'ton de Wagner (1870).
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la guerre franco-allemtande, connut et exécuta le projot d'en donner une description complote ^ à laquelle sont eniprunt('es la plupart des indications ({ui suivent.
Le uianuscrit so compose de 420 feulllfs; 1rs deux premières, d'un format un peu [tlus petit, sont d'une main |tlus r<'cente et moins exercée, et coutieiment divers extraits de la P/iystqiœ d'Aristute -. SiiivfUit li's 24 dialogues platoniciens l'uumé'rés les premiers dans la liste de Thrasylle, conformément à l'iu'dre adopt(" par ce lirammaii'ien : les t(Hralogies sont marquées en t(He des dialogues pai* lesipiels elles commencent, les dialogues sont numérotés sur la marge de gauche.