M. Tournier
3. C'était déjà la conviction de l'antiquité. A cotte question d'Aratus : llw? xrjV '0[^.r^r,rJ•J r.rjir^rjvj àcr:paAâ)ç 7.Tr,(7a'.T0, Timée le Phliasien répondait : Et toi; àoyaio'.; àvTr/pâcpot; kv-z-^^c/cuvu'.^ xal ^r\ xoXç r,ùr^ oitopOcoijivoi; (Diogène Laërce, IX, 113). — - Aujourd'hui de tous les auteurs grecs profanes on ne possède qu'une seule copie complète antérieure au vi*^ siècle : c'est le Dioscoride dédié à Julienne, fille de l'empereur Olybrius.
4. (( Novitas codicum non majus est vitium quam homiuuni adolescentia : etiam his non semper letas experientiam alîert o (AVolf).
0. Il arrive parfois, écrit M. Tournier, que de copie en copie les textes déclinent dans le sens de la correction plate et de la facilité banale : à côté des fautes grossières que l'ignorance ou létourderie seule explique jtrennent place les fautes spécieuses, fruit de la demi-science.
LES MANUSCRITS DE PLATON
ce qu'attestent jusqu'à l'évidence soit les papyrus et parchemins retirés depuis un siècle du sol de l'Egypte, soit les rouleaux d'ilerculanum, où abondent les fautes d'orthographe, les corrections à la marge ou entre les lignes, les omissions et les répétitions: on sait d'ailleurs combien sont fréquentes et amères les plaintes des anciens contre Tinoxpéricnce et 1 incapacité des copistes '.
(Juoi qu'il en soit, on comprend qu'une des premières préoccupations du critique soit de déterminer autant qu'il est en lui l'origine et la date de ces monuments séculaires : en (piel lieu ontils été copiés? par qui "! pour ([ui? Quelle série d'aventures les a promenés en ce monde depuis leurs premiers possesseurs jusqu'à la bibliothèque où ils ont enlin truu\é un perpétuel asile? A la grande joie des savant^, quelques manuscrit^ ]iortent (Mix-mémes leur date ou du moins l'indication du personnage historitjue auquel ils étaient destinés. Mais le plus souvent tout renseignement de ce genre fait dét'aul: alors l'érudilitjn de se mettre aux champs, comme on l'a dit, de compulser, de retourner dans tous les sens ces précieuses copies. Mille riens qui seraiiuit letti'e morte pr)ur le cummun des lecteurs, armoiries, devises, signature^, reliure, notes finales ou marginales, elle tient registre de tout avec une infatigable s >llicitude : car la découverte désirée se dc2:a2:e lentement de ces éléments épars, tant'H combinés entre eux, tantôt rapprochés du témoignage de certains auteurs ou de l'ensemble des observations déjà faites sur d'autres manuscrits. Une remarque analogue s'appli<|ue à la nature de la substance qui en forme les feuillets (papyrus, parchemin, ]»;ipier de coton uu de ebide -), à la rareté ou à la multiplicité des abréviations, à la manière de les tracer, au caractère de l'écriture '■' et des ornements qui ont varié suivant les divers pays et les diverses époques : un œd siilfisamment exercé peut arriver de la sorte à marquer non seule-
1. Citons entre beaucoup d'autres textes Cicéroii {ad Quint, fratr.^ III, 5). Strabon (XIII, (i09), (ialien (VII, '.)82), S. Jérôme (lettre 52), Porphyre {Questions homériques, YIII).
2. Sauf de rares exceptions, tous les manuscrits qualifiés dans les catalogues de Bombycini appartiennent, selon Graux, au xrii* ou au xive siècle.
3. Hormis les textes sacrés ou liturgiques, les lettres onciales (ainsi nommées, dit-on, parce qu'elles avaient en hauteur le douzième d'un pied, comme l'uncia était la douzième partie de la livre) ont disparu de l'usage dès le x« siècle.
ment le siècle, mais la portion de siècle à laquelle appartient tel ou tel manuscrit \
Ce problème mie fois résolu dans la mesure où il ^leut l'être, il reste à se prononcer sur le mi'rite et la valeur des diverses recensions existantes : laquelle ou lesquelles prendre pour règle? Sur ce point il est rare qu'entre les critirpjes il y ait parfaite en'tente. Kn cas de divergences se dc'cidcr, comme nu suffrage universel, [iir voie de mojoi'ité semble bien peu logique, ne tenir compte que d'un [)etit nombre peut paraître téMuéraire - : ceux-ci veulimt (ju'on travaille uniipnMnent d'après le manuscrit jugé le meilleur, à l'exclusion de tous les auti'cs : te] criti<pic, plus hardi encore, rf'pète à la suite de Scaliger : Codices sunt sterqiùlhna, et veul qu"on aille de l'avant sans ht'siter, en cb'pit de l'unanimité des manuscrits, là où une correction est jugée indispensable '. Ce qui contribue en maintes circonstances à rendre un classement dt'dlnitif'à p(Mi près impossible, c'est que toutes les parties d'un mènie manuscrit ne proviennent p;is toujours de la même source cl par cons(''queiit n'ont pas nécessairement la même valeur : les meilleurs contiennent parfois des leçons vicieuses, tandis qu'un manuscrit nquité détestable dans l'ensemble pourra offrir à telle (Ml lelbî de ses pages des variantes d'un v('ritable prix. La saine criti((ue exigt^ un choix raisonne', dicté' par l'étude attentive de cha- (pie C(jpi(; conservée et par une connaissance approfondie de l'histoire de l;i langue en général, et du style de l'auteuren particulier.
l^n ce qui concerne Platon, les modernes peuvent s'estimer par-
1. Rendons ici hommage, i)uisqiie l'occasion s'en présente, aux. remarquables publications de M. Omonl.
-. (> Ut ratione et ordine procédas, uuum paucosve libros eligere debebis, non ([uos externus nilor sermonisve elegantia aut sententiarum facilitas aliqua commendet, sed quos vetustas alia'que virtutcs emondatrices manus minime passes esse spondeant, hisque demum inventis solida fundamenta habebis, quibus reliquam ;ediâcationem imponas » (K. F. Hermann).
3. Certains (Mliteurs n'ont suivi que trop docilement ce conseil, u On voit des médecins toujours prêts à brûler, à couper, d'autres au contraire qui ont toujours peur et perdent la tète devant le moindre accident. De même on rencontre des critiques dont les mains brutales n'épargneront pas même les endroits intacts, tandis que d'autres osent à peine poser un doigt tremblant sur les parties malades ») (God. Ilermann).
Platon, t. H. 25
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L'ŒUVRE DE PI. \T0
ticulièremeiiL lieureux. De iiumbreiix manuscrits (on n'en connaît pas moins de 147) nous ont conservé dans un état de pureté qu'on peut appeler exceptionnel une portion plus ou moins considérable de son œuvre, quelques-uns môme son œuvre entière. Les moyens de contrôle abondent, ne laissant à la critique conjecturale qu'un champ extrêmement restreint. Ailleurs nous sommes réduits bien souvent à deviner la pensée de l'écrivain, cachée sous les gloses d'un scoliaste inepte ou rendue hihUeiliiiible par les lapsus calami du copiste : ici rien de semblable^ et Cousin na fait que résumer l'opinion à peu près unanime des érudits lorsqu'il a dit : « .\ous savons que nous possédons le texte de IMaluu tel qu'il est permis de le posséder et tel (pron le possédait dans l'antiquité, il ne reste plus, au lieu de le défigurer par des corrections hypothétir|ues, qu'à l'étudier et essayer de le comprendre tel qu'il est à l'aide des ressources et des procé'dés d'une critique éclairée qui connaît ses droits et leurs limites '. »
Et cependant, nous l'avons vu -, bien des années s'écoulèrent entre la mort du philosophe et la publication intégrale de son œuvre. La plus ancienne édition <le Platon dont l'histoire ait gardé le souvenir ne remonte pas au-delà de la période alexandrine. Il faut descendre à une date encore plus récente pour voir se constituer dans ses grandes lignes et dans ses traits essentiels la traditioii platonicienne : c'est le canon imaginé ou adopté par ïhrasylle qui décide dès lors à peu près souverainement de l'authentique et de l'apocryphe, de même que dans la confection des copies manuscrites la division des dialogues en tétralogies triomphe désormais de toutes les dispositions rivales. On peut en conclure avec assez de raison que la source première de tous les manuscrits aujourd'hui existants ^ n'est pas antérieure au commencement de l'ère chrétienne '\
1. Stallbaum n'est pas moins optimiste : « Platonis scripta ita ad posteritatem porvenerunt ut pra» ceteris intégra et sincera habenda videantur. »
2. Le sujet est traité tout au long dans le chapitre intitulé : De la publicité donnée aux écrits de Platon (Tome I, p. 36o-i01).
3. Faisons toutefois une exception en faveur du court fragment récemment découvert au Fayoum (voir la note 2 de la page 394 de notre premier volume). L'Egypte hellénisée ne devait pas faire moins pour Platon que pour Homère, Chrysippe, Philodéme, Euripide et Hypéride.
4. On lit dans saint Jérôme {Préface du livre de Job) : « lïabeant qui volunl veteres libros vel in membranis purpureis auro argentoque descriptos.
LES MANUSCRITS DE PLATON
Tin texte assurément fort curieux de Diogène Laërce ' nous a appris (jucls étaient les signes conventionnels en honneur chez les premiers éditeurs de Platon. Dans nos manuscrits de ce philosophe Vobel marque un changement d'interlocuteurs, tandis que dans ceux de Démosthène on s'en est servi pour indi(pier tantôt les passages jugés apocryphes, tantôt et plus souvent les endroits controversés auxquels paraissait manquer la dernière main. Dans son Manuel de philologie - M. Ueinach relève également (pielipKîs iKjtes spéciales aux premiers : la y.p'j'fta (demi-cercle avec un point au milieu) signalait un passage obscur et incompris, l'astérisque la confbrmit(; des <logmes, cnOn une / cursive en marge traversée par un S en forme de croix les endroits à interpréter dans un sens mystique ^
Les éditeurs de Platon antérieurs à notre siècle paraissent s'être peu souciés en général de s'instruire par la comparaison des maniiseiits : du moins, au grand scandale de certains modernes ds se sont sur ce point abstenus de toute contldence. A la lin du dernier siècle il serait facile de eiter quehpies tentatives isolées comme celles de Fischer, de Wolf, et de Bast : mais Hekker est le premier qui ait créé ce que l'ori appelle Vapparatus criticm des dialogues de Platon. 11 visita tour à tour dans ce dessein Munich en 1S05, en 1811 Paris où dès lors la Bibliothèque impériale ne possédait pas moins de 49 manuscrits de ce philosophe, plus tard eut] I les bibliothèqu(^s de l'Italie de 181G à 1818, et s'acipiitta de sa tâche avec une habileté à laquelle les érudits les plus éminents
vel uncialibus, ut vulgo aiunt. literis. » Platon a-t-il jamais été l'objet dans l'antiquité, même au plus beau temps de sa gloire, d'une semblable édition de luxe, comme Ylliade d'Homère ou certaines Olympiques de Pindare, ou cet Evangéliaire découvert en 1880 par ^[. Gebhard an monastère de Bassano dans la Calabre ? On ne saurait le dire.