‹ La vie et l'uvre de Platon [microform]Chapitre 39 sur 343 · Journal des savants · texte numérisé non relu

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3. Gomme Canton TeichmuUer ne voyait dans la géométrie indienne qu un emprunt fait à la Grèce.

LA VIE DE PLATON

nous ayons quolquefois la prétention de nous frayer des routes nouvelles. ' Ui dirait que la science avec ses méthodes précises, avec ses investigations constantes, ses analyses miiiutieuses et positives, est pour l'Inde et l'Asie un emploi trop viril et trup fort de la raison K »

Les apparences contraires ne doivent pas et ne peuvent pas nous faire longtemps illusion. Bornons-nous à quelques exemples.

On sait combien Platon se plaît à présenter la pliilosopliie comme une purification, comme une délivrance de l'àme, et ces mots ne sont pas cliez lui simples métaphores et pur jeu d'esprit : c'est ainsi également que la comprenaient les bralimani's ; pour eux la sagesse suprême consiste à s'alFrancliir de tout lien avec ce monde périssable, à se pi^dre dans le divin et l'infini. Mais quelle distance entre le nirvchia indien et l'existence supérieure que Platon rêve pour Tàme reproduisant en elle la merveilleuse harmonie du monde des Idées!

Les VédantaSy commentaire du texte sacré, sont pleins de la doctrine de la transmigration des âmes, et des juges autorisés inclinent à penser que l'Inde, qui a donné un développement si considérable à la doctrine de la métempsycose et l'a poussée jusqu'à ses dernières limites, est aussi le pays qui l'a vue naître. Platon soutient, avec l'éclat que l'on sait, l'hypothèse d'une vie antérieure, mais assurément c'est par de tout autres motifs que ceux qui font envisager l'existence à tant de races asiatiques comme un anneau dans une chaîne indéfinie d'expiations.

Objet presque uiiiqno de la contemplation du solitaire^ la nature si imposante, si grandiose dans ces régions tropicales, au pied des vastes montagnes de l'Himalaya, éveilla chez les philosophes de l'Inde la conscience d'une àme univer-

1. Journal des savaîils, 1868, p. 573. La môme remarque s'applique aux conceptions de la mytholo^rie et aux créations de Tart. Poui- marquer le contraste, un des admirateurs les plus convaincus de la littérature sansci-ite s'est servi d'une heureuse comparaison : « C'est l'Inde qui a fourni le l)loc de marbre, mais c'est la Grèce qui l'a ciselé et qui en a fait une statue. »

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selle, pénétrant également tout ce qui respire : Platon dans le Tî?7îée admet une âme du monde: mais combien sont différentes les preuves qu'd invoque et les considérations dont il s'inspire î

Les lois de Manou ^ dont l'esprit rappelle sur tant de points celui des prescriptions platoniciennes s'ouvrent par unedissertion métaphysique où sont mêlées les conceptions les plus disparates: cosmogonie, maximes de morale, préceptes d'économie ruial." et domestique, moyens d'atteindre à la béatitude finale, tout s'y rencontre, et ce (pii frappe surtout, c'est la distinction, comme dans Platon, de trois .inies répondant aux trois instincts ou qualit('s fondamentales de la nature : niais la division tout analogue des facultés dans le traité de psychologie le plus moderne est-elle nécessairement empruntée à Manou et à Platon ?

Et si nous remontons au delà de Platon dans les annales philosophiques, qui pourrait être tenté d'assimiler au panthéisme brahmanique, où déborde l'exaltation religieuse, les spéculations si exclusivement, si rigoureusement abstraites d'un Xénophane et d'un Parménide? Pythagore, qui croyait à la métempsycose, a fondé une association dont les pratiques et la discipline intérieure font songer immédiatement à certaines sectes de l'Inde: faut-il dès lors reporter jus(iue dans l'Asie centrale une des sources de la théosophie qui a renducélèbre l'école de Crotone- ? — Des savants de grand mérite ont

1. Dans la légende indienne, Manou n'est rien moins que « le fils du soleil. » L'analogie de ce nom avec ceux de Menés et de Minos (Cf. le grec [xÉvoç, et le latin mens) no saurait être entièrement fortuite. — Ce code c'élèbreaété l'objet d'une remarquable étude de M. Barthélémy Saint-IIilaire {La léffislatlon hindoue, dans le Joarncd des savants de février 1889).

2. « liât Pythagoras auch nachweislich die indische Seelenwanderunrrslehre vorgetragen? Die Geschichten von dcm bekannten Lûgner Ilerakleides l^nUkos aus der Zeit Alexander's des grossen wo die Griechen schon in Berûhrung mit Indien getreten wnren, durf man nicht als lautere OueUe fut die Zeit des Pytliagoras benutzen. Die allgemeinen Zahlen als Pythagoreiscbe Principien sind docli dasgerade Gegentlieil voneiner mit individuellen sicb unnvandelnden Seelen operirenden Physik. A.uch felilt in O.Qn Nachrichten iii)er Pythagoras das indische Cloloritdes Dasoinsschmerzes und der Weltllucht : wir haben violmehr mit grossen praktischen Staats-

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reconnu dans les Védas elles hymnes orphiques ^ des vers presque identiques: doit-on en conclure que les auteurs des seconds avaient les premiers sous les veux?

Il serait aisé de multiplier les points de contact qui viennent d'être signales entre la pensée grecque et la pensée indienne : encore une fois, est-ce à des relations directes et historiquement démontrées qu'on peut en demander l'explication - ? Quelques érudits pensent que d'assez bonne heure, et prohaLlementdès le temps des guerres médiques, la renommée des Yavanas ou Grecs a dii pénétrer jusque dans l'Inde. La réciproque n'est pas aussi certaine. Il est très contestable que Scylax, à qui Hécatée et Hérodote ont emprunté leurs données sur rextréme Orient, ait réellement visité llnde, et l'assertion d'après laquelle Démocrite aurait été en rapport avec les gymnosophistes ^ n'a aucun fondement sérieux. Si le philosophe d'Abdère a parlé de l'Inde, dit Mullach, il ne l'a fait que par ouï-dire, et le premier Grec qui en personne ait franchi l'indus, c'est Alexandre. Une tradition conservée dans le Dabistan veut que pendant le règne même du conquérant Callisthène ait envoyé en Macédoine, entre autres curiosités de cette contrée reculée, un système technique de logique d'où Aristote aurait

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miinnern, Generalen und Golehrten zu thun. Wenigstens klingt doch koin Laut von den indischen VorsteUungen ûber die welterschaffende Maclit des Opfors und dorgleichen durch die pythagoreischen Fragmente. » (TeiclmiûUer, Lilerarische Fehden.)

1. Dont la date est d'aiUeurs, comme on le sait, extrêmement problématique.

2. Strabon, qui taxe de fables tout ce que les Grecs ont écrit avant lui sur l'Inde (II, 1. 9 : 'ÂTravrE,- rA uspl xr.ç 'Ivôcxf,; ypa-^avrs; tb; i'^\ to uoXÙ i^s-jSôXoyo'. ysYovacrc) rapporte que Mégasthéne, envoyé comme ambassadeur auprès des petits rois de ce pays peu de temps après Alexandre, fut frappé des analogies que présentait le bralimanisme avec certaines doctrines grecques : Toù; Bpa/uava; uspl TzollGy>^ -oi; "EXXr.atv ôfxoôo^sTv (XV, 1, 59). Il a fallu les découvertes d'Anquotil-Duperron et de William Jones pour ramener l'attenUon sur ce curieux problème, après vingt siècles d'indifférence.

3. Diogéne Laërce, IX, 61 : Ka\ toî; yjavo'ro^-.'TTar; Èv 'Iv5îa <TU{i.{xna'.. - Je préférerais admettre à la suite de M. Crochard {Les sceptiques^ grecs, p. 73), que c'est dans leur société que Pyrrhon a puisé ce profond sentiment de la vanité des choses humaines qui se traduisait chez lui par une si parfaite et si tranquille abnégation.

tiré toute sa méthode. Il y a un demi-siècle, A. Réinusat posait le problème sans oser le résoudre : « L'analyse du raisonnement aurait-elle été opérée dans l'Inde indé{)endaniment du beau génie auiiuei l'Occident en attribue la découverte? Les sectateurs du Nijai/a ont-ils précédé Aristote dans la connaissance du syllogisme ou en doivent-ils lusagc comme tous les autres peuples qui le possèdent à des philosophes de l'école péripatéticienne?^ » Pour la science actuelle l'incertitude a disparu. Je n'ai pas à dresser ici un parallèle entre le Ghotama indien et le fondateur du Lycée: Tidentité fut-elle complète, il faudrait se résigner à mettre le syllogisme et sans doute aussi les catégories sur le compte de l'esprit humain et de son énergie naturelle. Ce ([ui ne peut être contesté, c'est que VOrganoji est aussi foncièrement aristotélicien (jue la Métaplujsique, et Ton a le droit d'étendre à toutes les créations de la pensée hellénique cette conclusion de M. Barthélémy Saint-IIilaire : «L'Inde ne doit rien à la Grèce, la Grèce ne doit rien à l'Inde : le Nymja et VOrganon sont aussi distincts l'un de l'autre que le Gange est distinct de l'Eurotas, que rifimalava Lest du Pinde^. »

A dater du iii« siècle avant notre ère, le génie grec et le génie indien se pénètrent mutuellement ^ De même qu'à cette époque de nombreuses additions aux rhapsodies primitives se glissent dans le MahabJiarata, et que le théâtre indien se transforme au contact de celui d'Euri})ide, d'Aristophane et de Mé-

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