‹ La vie et l'uvre de Platon [microform]Chapitre 4 sur 343 · CHAPITRE I INTRODUCTION · texte numérisé non relu

CHAPITRE I INTRODUCTION

Les clicfs-d'dMivre de la philosopliie, de la poésie et de l'art ne sont ])as des alislraclioiis isolées au milieu du temps et do l'espace. Le génie vient du ciel : mais rpii dira ce fjue peuvent les circonstances extérieures ])our favoriser ou comprimer, pour hâter ou retarder sa libre expansion :^ L'homme même le plus intérieur, le moins curieux des choses du dehors tient par cent liens invisibles au sol qui le porte, au siècle qui l'a vu naître ; pour ne demander qu'à la méditation ou au raisonnemont l'ex- , plication de l'énigme du monde, le métaphysicien n'en paie pas moins son tribut, comme tout autre, aux événements dont sa g('nération est le témoin on subit le contre-coup. Le philosophe sem])le n'être (ju'une incarnation d'idées ; malgré tout c'est une ligure vivante, surtout dans l'Athènes de Périclès et dans la Uome de César, où l'homme s'efface derrière le citoyen. De là rindiscutal)le importance de la biographie dans Thistoire philosophique comme dans l'histoire litt(;rairc K

\. V- Nous avons étroitement uni lal)iographie dos philosophes à l'histoirG de leurs opinions, convaincu qu'en fait d'histoire rien n'est arbitraire et

Platon, t. I

2 LA VI K DK PLATON

Mais les anciens ont-ils soupçonné toute l'utilité d'une méthode qui replaçant cha(jue tableau dans son cadre [)ririiitif, lui rend ainsi à travers plusieurs siècles les vivi^s couleurs de la réalité '? Sans doute dans la décaJence du L,^énie i^nec, je vois se multiplier les recueils biograplii([ue>; et des auteurs tels que Dicéarque, IFéraclide de Pont, Aristoxène avaient sans doute compris à l'avance cette phrase de Cicf'Ton : « En suivant un homme célèbre dans les aventures et les damiers de sa vie, on est agité tour à tour par l'admiration ou lattente, la joie ou la tristesse, l'espérance ou la crainte ». A défaut de tant de monuments perdus, les Vies parallèles de IMutarquc sont là pour nous apprendre jusqu'où est allé en ce genre le talent de l'antiquité. Seulement si Ion eut demandi' à ces écrivains ce qu'ils avaient fait non [)Our charmer ou intéresser leurs lecteurs, mais pour expliquer la vie idéale par les incidents de la vie pratif[ue et pour travailler à cette espèce d'auatomie intellectuelle que des écrivains d'élite ont élevée dans notre siècle à la hauteur d'un genre littéraire, il est vraisemblable que la question lut rf^stée sans réponse. Dans le i-approchement étroit ou plut-U dans la confusion de la légende et de riiistoire, leur sens critique n'était pas assez aiguisé pour ne s'arrêter qu'à la vérité des choses et faire de la biographie, au lieu d'un roman plus ou moins piquant, plus ou moins agréable, ce qu'elle est devenue de nos jours, un ouvrage de patience, de scrupule et d'information infinie.

M faut le reconnaître, les personnages marquants de l'antiquité avaient entièrement oublié de préparer les éléments de cette analyse personnelle où triomphent à si peu de frais nos critiques contemporains. Dans la période brillante de Thellénisme, rien de moins apprécié, rien de moins pratiqué que ces révélations interminables, que ces confidences parfois singulièrement apprêtées qu'on appelle Journal intime ou Mémoires dou-

IN'ÏKODUC 1 lOX

indifférent, et que les théories les plus générales dépendent plus ou moins du temps et des circonstances au milieu desquels elles naissent et se déreloppent. » (Cousin, Fragments philosophiques, IX, 09.)

trn-tonihe. Personne n'était assez infatué de soi pour croire sa gloire intéressée à ce que le moindre de ses faits et gestes fut retracé à la post<'rité. Tandis que l'auteur moderne oubliant le mot fameux de Pascal, le moi est haïssable, entre en scène aussi souvent que possible, et prend plaisir à mettre en ndief son individualité, l'auteur ancien disparaît en quelque sorte derrière son œuvre, sans nous laisser d'autre image de lui-même que celle qui se dégage à son insu de ses écrits : historien ou poète, il voit les choses d'une façon tout impersonnelle. Prenez VAnabase de Xénophon et les Commentaires de César, ces autobiographies de deux grands capitaines : ce qu'elles racontent, ce qu'elles célèbrent, c'est l'habileté grecque, c'est le génie romain. Thucydide nous affirme sa passion pour la vérité : comment en douter, quand on sait à quelle hauteur il s'élève pour juger les événements où il a joué un rôle et cette démocratie d'Athènes qui l'a puni d'un insuccès par Fexil ? 11 eût été mal aux philosophes de se laisser vaincre en désintéressement : aussi, quel que soit le nombre et Téclat des systèmes qui se sont succédé en Grèce pendant trois siècles, le Discours sur la mrthode est une confession qui n'a pas de modèle dans les annales de la pensée hell('ni([ue.

Si du moins nous possédions des lettres authentiques signées des grands noms de l'histoire politi(|ue ou littéraire! Dans l'abandon de l'intimité, chacun de nous quitte son masque d'emprunt et se révèle tel qu'il est. Pour ne citer qu'un exemple, on sait l'heureux parti qu'un érudit ingénieux, M. Boissier, a tiré des renseignements épars dans la volumineuse correspondance de Cicéron. Mais dans le domaine épistolaire, surtout chez les Grecs, l'apocryphe abonde, et le critique elfrayé renonce promptemcnt à la tàchç épineuse de dégager les parcelles de vérité ensevelies sous un pareil amas de fictions.

Voilà une entrée en matière peut-être bien longue pour une étude biographique sur le plus grand i)hilosophc d'Athènes : elle ne sera pas inutile si elle a fait pressentir toute la difficulté de l'entreprise. Non que sur la vie de Platon les documents fassent défaut : il semble même que cette vie soit connue avec

4 LA vu: DE PLATON

un certain luxe de détails. Néanmoins aux yeux de qui prend la peine de iM-iléchir, que de points sur lesquels la tradition est hésitante, incomplète, contradictoire! ([ue dubscurité mêlée à un peu de lumière! que de faits de la plus haute importance à propos desquels nous sommes réduits à de simples conjectures ! N'a-t-oii [»as vu certains critiques récents rejeter en bloc, après un examen sévère, des données (]ui jusqu'ici avaient [»assé pour définitivement établies!

Pour trancher ces divers problèmes, inutile de nous adresser ;i Platon lui-niéme. Il n'a rien épargné pour exposer à sa façon les parties qu'il jugeait essentielles dans sa doctrine, les principes sur lesquels elle sappuie, la méthode ([ui la justifie, les conséquences qu'il entend en déduire : en revanche sur sa personne, sur son rôle, il semble s'être juré à lui-même de garderie silence le plus absolu. A peine son nom se présente-t-il une ou deux fois sous sa plume ; et là même où par la bouche de l'un de ses personnages il parait faire un retour sur sa propre carrière ', l'allusion est si vague, si contestable qu'on ne saurait en inférer aucune affirmation précise : grammafici

certant.

Sans doute un érudit allemand de quelque mérite, Teichmiïller, s'est avisé de considérer les dialogues platoniciens comme autant d'essais polémiques {Strcilschriftcn) remplis d'allusions aux personnages et aux événements du temi)S : allusions qu'il s'est appliqué à retrouver, il est vrai avec plus de persévérance et de hardiesse que de véritable succès. Au reste ses découvertes fussent-elli^s inattaquables, elles seraient encore bien insuffisantes pour combler les lacunes des biographes ou redresser leurs erreurs, car ce que Platon a le plus scrujmleusement caché, ce que ses successeurs et ses interprètes nous laissent le i)lus ignorer, c'est précisément ce qui nous oH'rirait un intérêt exccptioimel, je veux dire les inlluences qu'il a subies, les écoles dont il s'est fait Pélève, et les circonstances (jui

1. On a prétendu sans doute que dans une page célèbre du Phédon, VlnUm avait raconté les phases successives de son développement i>liilosopliique : mais une étude attentive n'autorise nullement cette conclusion.

INTRODUGTIOxN g

ont décidé de sa destinée'. Il ne nous reste d'autre refuge que 1 liypothèse sur les points où la possession de la vérité aurait pour nous le jdus de prix.

Même silence, chose singulière au premier abord, chez lescontemporanis du grand philosophe. Socrate n'a pas seulement été entoi.r,. de son vivant dainis et d admirateurs : il a trouvé ,|e ..o„ilu-eux et -réloquenis écrivains pour raconter sa vie et détendre sa mémoire : pareille Ibrlune n'.'st pas échue à Platon et je n'en suis point étonné.Le premier, ligure saillante, oriirina'le bien la.te à coup sûr pour pi,,„cr la curiosité, avait vécu constamment en public, sous le reganl de la foule, activement mêlé au mouvement général des esprits : par sa lin héroïque il immortalise sa mémoire ; aussi son nom reste-t-il dans toutes les bouches. Le second, au contraire, étranger en apparence aux agitations de l'agora et aux luttes de sa patrie, s'enferme sous les ombrages de rAcadémie au milieu d'un cénacle de disciple, tout entier à la contemplation philosophique et à l'ensei^me^ ment de sa doctrine : G,clhe le comparait spirituelleme.it !^ un pur esprit égaré sur la terre. Aussi après réilexion n'éprouvet-on qu'uue demi-surprise à constater qu'il est à peine nommé par les gran.ls hommes, politiques, orateurs ou historiens du temps.

Ou'était-ccquece llc=&-.^vovou 'Eyx<ôy.tov nXirwvo; que non. voyons attribuer à Speusippe^? Simplicius qui cite deux fois '

•,„ V > )' T ,' u"" ""■"■' ^''^'«""'='•0»' de cotte assertion en songeant aux Lctlre. hal3UuelIcn>ent pul,liées sous le non, do Platon. Jl ne sam-aH entrer dan. le plan de ce travail do les oxanuner ici l'un a r^s la r '

in, paiulle (acl,.. réclame nécessairement une dissertation spéciale dont on trouvera les concIusi,)„s résumées dans notre second volu.no 1 u de r., ,,,,, „eeptions, )es critiques sérieux s'accordent anjon d , i ,^

P r Kse'trlt'rd-'' rr ""'"■' "'-"---nt controutées. dautro: paraissent 1 œuvre de plalonic.ens insirnits du rde joué par leur maître •

ma.sou c.mprendqueces derni.avs elles-mêmes ne puissent étrê'nvo-'

qneos,|u avec une prudente réserve à l'appui des faits qu'elles attestent.

-. l).o,.,neLaorce, fil, I : iv. .■, u. Ousait qu'on appelait ...ic^^.vov le

famine T, ,";':■ '", '"""^^'^"-"-' '- f--'-"- «' auquel assislail-touie a

lamiiie au deiuiit.

3. Dans son (Commentaire du Traité du r.iel, 470 » i>7 ■ -Evr^y^^-r- ^. ^r

Là VI K de PLATON

une biographie de Platon par Xrnocrate avait-il entre les mains une œuvre d'une irrécusable authenticité? Uuel était Tobjet de la dissertation d'IIerniodore Ilcp: lI/.y.Ttovo: ? Autant d'o (juestions que l'érudition contemporaine se pose sans les résoudre : toutes ces œuvres ont péri et cependant elles émanaiciit de témoins oculaires : Speusippe notamment, neveu de Platon, héritier de son patrimoine et, si cette expression n'est pas trop moderne, de sa chaire à Athènes, était désigné à Tavance pour servir de biographe au fondateur de l'Académie '.

Reste xVristote : mais ce philosophe, si préoccupé dans ses divers écrits de combattre le système platonicien, daigne à [)eiue nous transmettre deux ou trois renseignements biogra[)hi({ues sur le maître aux leçons duquel il avait, dit-on, assisté [)lus de quinze ans. Diogène Laèrce cite à coté d'une Vie de Plalon |)ar Aristoxène -, son Eiogepav un certain Gléar(pie : et ce (|ui prouve que Platon avait attiré Tattention des érudits de la pi'riode alexandrine, c'esi la phrase suivante d'Aulu-Gelle ' : « Qui de Xenophontis Platonisque vita et moribus pleraqueomnia ex([uisilissimescripsere. » Rappelons en passant les indications éparses sur cette matière dans Gicéron, Plutar(|ue et lillen, et nous aurons la nomenclature à peu près co n[)lète des sources où ont puisé les seuls écrivains qui aient survécu ^

C'est d'abord Diogène Laërce, lequel consacre à Platon un livre tout entier, le \U'\ de son Histoire philosop/nfjuc, honneur qu'iln'a fait à aucun autre, sauf Epicure: puis Apulée, dans le préambule ([u'il place en tète de sa dissertation De habiludiiie

Ttspl riXârcovo; '^'•■o-j, et i7 1 a \-2. ; Z^voxpâtr,: âv toî; ttcoI toO IlÀâTfovo; [j-o-j ysYpaaaévo'.;. Il est à remarquer qu'auciiii écrit de ce genre ne figure dans le catalogue des ouvrages de Xénocrate.

i. Les anciens nous le représentent en possession de ce que nous appellerions volontiers « des papiers de famille », donieslicis instructiun documenlh.

L'. Cf. Easèbe, Prép. évang., XV. 12.

3. Nuits af tiques, XIV, 3. Au premier rang de ces écrivains l'^lien plaçait Favorinus, qu'il cite avec la même complaisance qu'Athénée.

4. <)n cite parmi les ouvrages analogues qui sont {)r'r,lus un ' rTtôavrjjia H>,âT(ovo;, composé par Ilarpocration, élève du néi>-pl;itonicien Atticus, et une Vie de Platon par Zozime. — Dans .ses nmcst loues Ahulfanniianx, iîoper a inséré une dissertation sous ce titre: De lloudini vita Platmiis.

INTRODUCTION

doctrinarum Platonis: en troisième lieu Olympiodore, auteur probable, sinon certain de la Vie de Platon annexée à son commentaire du Premier Akibiade, enfin un fragment anonvme qui n'est qu'une reproduction à peine modifiée de la rédaction d'Olympiodore K

Sans doute six et huit siècles séparent ces divers auteurs du temps ou vivait Platon : mais ils ont i)u et du se préoccuper de donner à leurs récits un caractère authentique et original par un recours judicieux aux travaux de leurs dcvanciers.''Dio- ^^Itw^. Laërce , par exemple, ne nous aflirme-t-il pas qu'il a recueilli avec un soin jaloux tout ce qui intéressait Platon -? Il send)le donc qu'il n'y ait aucune témérité à s'en remettre à leurs assertions.

Illusion commode, mais bientôt détruite! Qu'on i)énètre au fond des choses, et l'on ne tardera pas à s'apercevoir de certaines divergences c;q)itales, de certaines contradictions même, et plus on avance dans cet examen, plus on se heurte à un nianque absolu de critiijue. G'est de toutes mains que ces biograi)hes ont pris ou reçu leurs matériaux, sans choix, sans discussion, sans contr^de. ( dympiodore et son émule, en dignes néo-platoniciens, transforment Platon en une sorte de demi-dieu et font de sa vie un mythe où cha.iue événement, bon gré, mal gré, doit être le symbole d'une grande idée. Apulée n'est qu'un

^ \- Eu publiant pour la promière fois cette l»iographie anonvme dans le o« cahier de sa BUdiolhrk der alten Literatur und Kunst (1780), Heeren rapportait qu'elle avait été découverte en tête d'une Introduction à la philosophie de I laton, conservée dans un manuscrit du x" siècle, et il ajoutait • u \d auctorem quod atlinet. neque nomen ejus opusculo pr:i3iixum est neque in ipsa scni>tiunculaundeccrtum quid do eo constitui possit. quidquam occurrit : quanquam eum ox grege iUo Neoplatonicorum fuisse, qui primis post (Jiristum natum sœculis orbem terrarum inundabant, et omne -enus scribendi et varne suporstiliuues et vana quibus indulget commenta d^e nu^ meronin, VI et rationo salis ostendant .. Un autre critique allemand

traite ce fragment de <• l.Vh.t veidachtig, ungriecbisch und ungrammatiscii. » ^

:l.You-i ses propres expressions (IV, 1): Ta ab 7r:pc II).ara)vo, Too-aOra fv ^:; To o.var.v r,a:v ^.v^Vay^îv ^cÀouov^; ôcs:Xi^aaac zà >sy6î.Eva 7i£p\ ràvSpb:. On sait (jue ce compilateur nomme plus de quarante auteurs dont il s'est servi dans la rc'daction de son propre ouvraf^e.

:ii

LA \HÙ DE PLAIU.N

bel-esprit du temps de la drcadence, el DiogriieJ.arice, iiudgré une érudition incontestable, commet tant de m<'[)rises, tant d'erreurs notoires qu'on se défie involontairement même de ses affirmations les plus vraisemblables ou les mieux établies'. Montaigne disait iinement de lui : a Que n'est-il [)lus étendu ou mieux entendu ! »

Peut-être s'attend-ou à rencontrer ici une discussion approfondie du mérite et do la valeur de cliacun des écrivains cités en témoignage {)ar ces divers biograpbes : mais outre (\uc cette tacbe entrainerait des digressions presque inlinies, d'autres déjà^ s'en sont acquittés avec un soin si minutieux et une si réelle compétence que le sujet [icut paraître épuisi'. Il y a d'ailleurs quelque péril à vouloir en ces matières trancber tous les problèmes à l'aide de quelques appréciations générales. Tel bistorien, vériditpie d'ordinaire, a pu se rendre coupable d'nnc grave méprise: tel autre, sans le moindre souci d'exactitude, a pu nous conserver une indication précieuse cpie rien n'autorise à rejeter. Aussi nous parait-il préferal)le d'instituer un débat spécial pour cliafjue cas particulier, et [lartant, de nous borner ici à quelques réllexions.

Les anecdotes, cette menue monnaie de Tbistoire, empruntent à' leur autbenticité un prix parfois inestimable; mais il est superflu aujourdTiui d'insister sur ce qui manque aux recueils de ce genre que nous a légués l'antiquité. Il lui est arrivé plus d'une fois depuis Xénoplion et Tbucydidc de traiter assez légèrement la gravité de l'histoire, même écrite par des contemporains. Nul n'a protesté contre le vers de Juvénal :

Quidqiiid Grœcla mcndax Andct m historia.

Dès lors qu'attendre de chroniqueurs frivoles, de compila-

1. Veut-on connaître le jupfemcnt <lo Schlcicrmoch r sur ceUe partie île l'œuvre de Diog<"'ne Laèrce ? Il s'appelle (>- ein rolies, ohne all»>s Urlheil zusanimengeschriehoues ^lachwcrk. »

2. (Utons notammout Steinliurt, Plnto's Lchcn (ji. 4-31 : Qucllcn fUr l'/atu's Leben.)

INTRODUCTION

leurs plus avides d'amuser que d'instruire leurs lecteurs, surtout quand ces lecteurs de leur coté sont prêts à croire sur parole les plus llagrantes invraisemblances? « Partout des prodiges et des fables: c'était l'esprit du temps ; il fit d'abord la tradition, et la tradition fit l'histoire ^ »

1/antiquité hellénique aimait, on le sait, h traduire ses croyances par des légendes et à substituer aux faits de ^éduisautes allégories : telle fut l'origine de sa mvthologie tout entière. Plus un personnage est célèbre, plus sont nombivuses les aventures accumulées sur sa tête, les fables prodiguées sur sa vie; moins il a de points de contact précis avec l'histoire plus l'imagination se donne libre carrière ^ Ce mélange du vrai et du faux, cette absence de tout critérium décisif permettant de distinguer sûrement entre Punet l'autre, voilà ce qui jette le critique moderne dans d étranges perplexités: tout accepter et tout répudier sont à ses yeux deux partis également déraison^ nables;etpar quel art divinatoire atteindre et s'arrêtera ce juste milieu qu'Aristote eût décoré du nom de vertu ?

encore si l'érudit n'avait à se défendre que contre des invenlions gracieuses ou plaisantes: mais il se trouve en présence d'insinuations perfides, d'attaques malveillantes. La rançon

testablU^'Tl"' ~^'''^-''''^' ^'^^i^P^i "'^ ^^^>»Ple dont l'analogie est incontestab e? u Les autours anciens se sont plu à charger la vie d'ni,)nocrat.> d une foule de récits ou purement légendaires, ou tout à fai ab/u Tel transfonner ainsi ce grand homme en personnage de roman )a si, •> ?ende inppocrati.ue, U y a deux parts, celle du;raisemMal 1^ î id t faux: dans cette dernière renchérissant les uns sur les autres les b.^a^ Phes n'ont su eviter.ni les contradictions les plus choquante ,' ni le aC enÎT^'an "''^" '"''"^" ''''''' ^'"^"^ ^^^ monuments écrits où sTtr u-

r'p i ;;^e H Vr-; " ''t!' ' ^'^'^""^^ "^ P"^^ ^^^^^"- Victorieusement

I cpieuve de la critique. l\ n'en est pas un qui oilVe le moindre de-ré de

onfiance.d qui repose sur le plus petit fonds de vérité» (Daiember' J'nnnuUdcs Sai.n.s, 1851,. Ajoutons que le biographe moderne de Platon

II est pas tenu absolument à la même rigueur ameaeiiaton 2. . Man xyird sich doch u'ohl von d.m Wahne trennen miiss.n. als bes-is-

^en v,-.rwirkicheine Biographie des Platon, und nicht vielnieh n r N

.- biographischen Mythus, der in geschichUicher Jlinsicht genau sôVid

- d so wenigbed.-utet. als irgend ein an .len Namen einesgros.cn Mannes

^si^i:^-:^^^^^^ ^' ^'- ''^'^' '^^^- --'--- ----^^

LA VIE DE TLATON

oblii^n'e de la gloire, n'est-ce pas la curiosité indiscrète des contemporains d'abord et plus tard de la [)Oslcrit'', n'est-ce pas surtout cette jalousie ([ui se plait à rabaisser ce quYHle' (b'sespère d'égaler ? Bien avant nos tem[)S lûoderncs une littérature de troisième ordre, sans beaucoup de profit [)Our elle ni pour personne, a aimé à faire collection de petits travers en vue de diminuer le prestige des grands noms. Un ancien' l'a dit avec raison : u C'est le propre de la gloire d'avoir autant d'envieux que d'admirateurs. » Forgée par le déi)it ou Tanimosité, [iropagée par la crédulité et rignorance, la calomnie ne tarde [)as à prendre [)lace dans l'bistoire, et personne ne se présente pour faire justice do cette usurpation. Ces bons mots [)er{ides sont répétés pour ce (ju'ils ontde j)i(|uant et d"iroiii([ue ])ar ceux m»''me qui s'al)Stiennent d'y ajouter foi. On connaît Tétroito uni-m du tbéàtre et de la vie publique dans l'antique Atbènes ; or les poètes de la moyenne et de la nouvelle comédie ne sont que trop portés à livrer aux risées de leur parterre les pbiloso[)lies, leurs inconséquences, leurs contradictions, et la malignité populaire prend à la lettre les bouta/les de ces censeurs improvisés. Platon n'a pas été épargné- et quand plus tard nous aurons à apprécier son caractère, il sera nécessaire d'écarter maint témoin à charge pour cause d'incompétence ou de mauvaise foi. Disons cependant que pour n'avoir aucune base solide,

1. Sénèque. De vila heata. Ce mal commun à t^us les peuples avait atteint dans la Grèce Je la décadence les proportions d'un véritable lléau. Gicérou déjà fait cette remarque: u Sitista in Griccoruni levilato perversitas, qui maledictis inscctantiir eos a quil)us de veritate dissentiant » {de Finibus, II, 2o). La calomnie finit môme par devenir l'arme favorite des écoles en lutte. Gf. Plutarque {Non posse suav. vlvl sec. Epie. II, 108G D) et Athénée (V, 21^0 A).

2, Un de ses plus récents biographes, après avoir rappelé le témoi^niage do Speusippe, ajoute : « Danebcn f,^eht eino triiberc Strr.mung lier, entsprungea theils aus dem einseitig strengen Urtlieil politischer oder philosoi)hischer Gegncr, theils aus der neidischen Verkleiucrungssucht persiJnliclier Feinde, vorstiirkt durch den Spott der Komodie, durch die herabsotzondeu Urtlioilc einigerllistoriker, genfihrt (Uirch den eigonthiimlichnn Jlang der Griechen zur Fabelei und Falschung und durch die uncrmiidlicho Anekdotensuclit unlvritisclier Lit.'raten. y> Au premier rang do ces «collectionneurs de rognures scandaleuses » brille le compilateur xVlhénée.

INTRODUCTION

épigrammes et sarcasmes dans l'Athènes d'autrefois aussi bien (]ue dans le Paris du xix« siècle n'en servent pas moins à jeter quelque jour sur l'état de l'opinion. C'est ainsi, écrit Teichmiiller, ([ue les étranges déformations subies par les images que réllécbissent certains miroirs nous éclairent merveilleusement sur les vraies lois de l'optique.

Toutes sommaires qu'elles soient, ces considérations permettent de mesurer les devoirs sérieux qui s'imposaient aux biographes modernes de Platon. En a-t-on toujours tenu compte ? 11 fut un temps, et ce temps n'est pas très éloigné de nous, où dans toutes les (juestions d'histoire anciemie la tradition reçue régnait en souveraine : nul ne songeait à lui demander ses lettres de créance. Les mômes assertions se retrouvaient sous toutes les plumes, sans autre dilb'rence que l'esprit plus ou moins [)iquant dont on assaisonnait leur reproduction. Depuis un (len)i-siècle, la science est revenue de ses illusions. Une critique infatigable s'est donné la mission de porter partout la lumière : et pour ne parler que de la philosophie, tous les systèmes ont été étudiés, analysés dans les textes authentiques laborieusement restitués : au vague des connaissances antérieures ont succédé des notions précises, intéressantes quand elles s'accordent avec la science moderne, plus intéressantes encore quand elles s'en séparent ou la contredisent.

Mais par une anomalie étrange les biographies anciennes continuent, dans notre pays surtout, à jouir largement du bénéfice de la prescription. Pour excuser cette fâcheuse condescendance, avouons que jusque dans le domaine de l'anecdote les Grecs ont su se montrer artistes : leur^ récits sont pleins d'attrait et à défaut de la certitude qui leur manque, certaines pages de leur histoire s'imposent en quelque sorte par un charme tout particulier. Aussi dès (|ue la critique ne se croit pas autorisée à rejeter l'ensemble, elle se haie de passer condamnation sur les erreurs de détail, sans cesser pour autant de les reproduire. 11 serait temps cependant de procéder en ces matières à une révision sévère, inspirée uniquement par la

If-

LA VIE DE PLATON

prooccupation du vrai. Que vaut cliarpie témoignage? Tel fait est-il démontré ? Tel autre est-il vraisemblable ? De sérieux motifs ne laissent-ils pas soupçonner ici l'ignorance d'un compilateur, là l'entbousiasme aveugle d'un disciple, })]us loin la malveillance déloyale d'un adversaire ? Pour tranclier avec sûreté ces difficiles problèmes, ce n'est point toujours assoz d'une connaissance raisonnée du monde bellénirpie, et de la pratique des vraies méthodes; il faut en outre une sorte d'intuition dont un petit nombre d'érudits sont seuls capables ^

C'est ainsi que Tennemann écrivant sa \'lc de Platon a mérité le reproche d'avoir tiré des données incertaines de la tradition une sorte de roman psychologique. Grote se fait l'écho docile de Diogène Laërce et d'Olympiodore, sans en excepter les puérilités dont ils accompagnent leur récit. Steinhart- enfin conçoit le caractère de Platon d'après sa doctrine métaphysique et morale, et les yeux fixés sur cet idéal, admet ce qui le confirme, et rejette ce qui le dément. Il nous a tracé de la sorte une image éloquente et, à ne prendre que les grands traits, assez fidèle de l'illustre disciple de Socrate ; mais sa méthode n'est pas celle d'une critique absolument impartiale.

Après ces trois érudits et bien d'autres qu'il est inutile de passer ici en revue ^ nous abordons à notre tour la môme

1. « Durch zwei ^littel ersetzt aile Historié die Miingel ihrer Quellen, ilire Verfiilschung iind ihre Diirfligiveit : durch Kritik uiid Divination. Ijeide sini Kûnstc zu dcnen man sicli allerdings an [Mustcrn ])ilden kanii und die man verstelien nuiss iim auch niir ul)er dus, was geleistet ist, zu urlheilen : olmo Beruf undErweckung Kannes Keinem mit ihnen gelingen. » (Xiebuhr)

2. Plato's Lehen, Leipzig 1873, ouvrage posthume du savant critique.

3. Citons toutefois à titre de curiosité: 1° La Vie de Platon, écrite dès le milieu du xv® siècle par Guarini de Vérone pour Philippe de Milan et conservée manuscrite à la bibliothèque de Florence. Ayant promis à ce prince des éclaircissements sur les dates de la vie de Platon, il lui dit dans sa Préface: « Non contentus autem promissa tantum reddere.ut ac<'umulatius hoc;es alienum tibipersolver<'m, ejus virigenus. vitam acnonnulla ad divina ejus studiti pertinentia ctjnjuuxi. » — 2'^ Lu F/e de Platon esrrilp en rcrs franiciis par Jean-le-Masle, Angevin, Paris, 1312, publiée à la suite d'une traduction et d'un commentaire du CrUon. Cotte vie ne comprend pas moins de o52 vers de dix pieds, composés avec toutes les licences alors autorisées par l'usage.

LNTftODUCTION 13

t;\che. Aurons-nous Icsecret d'être original sans dénaturer les faits, précis sans nous interdire des échappées à travers l'histoire de la société et de la civilisation d'Athènes ? Réussironsnous à étendre sur ce terrain le domaine de ce qui doit être tenu pour certain/ Trois points surtout fixeront notre attention : l'éducation philosophique de Platon, ses voyages à l'étranger, la fondation et les premières vicissitudes de son école. Traiter notre sujet d'une manière à la fois nette et sobre, en écartant les détails (jui ne constitueraient qu^un inutile inventaire, en mettant en relief ceux qui ont une signification et un(3 importance véritables, telle est notre règle et notre ambition.

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