ATHÈNES AU CINQUIÈME SIECLE AVANT NOTRE ÈRE
Athènes a été dans l'antiquité la cité philosopliiqac par excellence, et cependant parmi les penseurs hors de pair, parmi les chefs d'école, Socrate, Platon et Epicurc sont les seuls à qui l'xVttique ait donné le Jour.
Ce que fut le premier dans un siècle témoin d'une évolution intellectuelle et morale si rapide, si profonde, chacun le sait : moraliste populaire, sans aucune prétention à la science, et surtout à la science érigée en système, il s'intéresse au mouvement général des esprits plutôt qu'il ne le dirige. Sa sagesse fait penser à celle de notre Montaigne, content de questionner ses auteurs favoris, la vie et le monde, et de tenir soigneusement registre de leurs réponses, sans se flatter d'avoir toujours bien entendu, moins encore d'avoir sur chaiiue point pénétré jusqu'à l'explication dernière.
Quant à Epicure, ce sage désabusé qui renonce de parti pris à toute lutte, à toute ambition, à toute joie bruyante, et afin de se ménager plus sûrement une existence tranquille, de prudence en prudence resserre le cercle de son action au point d'aboutir à une sorte de passive et mélancolique inertie, on le comprendrait peu, et il nous paraîtrait à bon droit un intoléra-
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ble anachronisme au lendemain du généreux enthousiasme susciti' par l'expulsion du barbare. Au contraire il a vécu, il a enseigné dans une patrie asservie, où tout s'acheminait à la décadence au milieu des souvenirs importuns de l'indépendance et de la grandeur |)assées.
Ainsi de ces deux penseurs d'ailleurs si dissemblables, l'un pour ne pas s'être élevé assez haut, l'autre pour être né trop tard ne nous renvoie qu'une image imparfaite du génie philosophique athénien. Au contraire, celui qui le personnifie dans tout son éclat par la sérénité de son caractère, par le brillant de sa diction, par ja tendance idéale de toute sa pensée, c'est Platon. On a dit de Descartes qu'il expli(|uait son siècle : on pourrait dire à plus juste titre de Platon qu'il s'explique par le sien. Sa vie, son œuvre, son système, pour apparaître dans leur véritable jour, demandent qu'on jette tout d'abord un rapide regard sur le théâtre peut-être unique dans les annales du monde où allait se produire et se développer sa merveilleuse vocation. Poésie, beaux-arts, philosophie, tout ce qui fait le prix et le charme de l'existence a été créé par la Grèce ou du moins cultivé par elle avec une rare perfection. Ce n'est point ici le lieu de passer en revue les causes multiples qui prédestinaient à un tel succès cette race privilégiée. Mais au v^ siècle, une seule ville va concentrer en elle, comme en un foyer puissant, tous ces rayons auparavant ('pars. C'était la cité qui pour le salut de la civilisation trois fois avait victorieusement bravé l'invasion médi- ' que; cité redoutable par la force de ses armes, et qui cependant avait choisi pour divinité protectrice Minerve, c'est-à-dire la sagesse divine : cité <( peuplée d'une foule éh'gante et spirituelle, où la fortune indiquait à peine des rangs, où l'éducation, la même [)Our tous, n'en établissait pas : moins un peuple q'(*une aristocratie populaire ; élevée à ce point de grandeur par son génie propre, résultat de sa position géographique et de son histoire, et par les institutions les plus humaines, les plus vraiment libérales que l'antiquité ait connues ^ ».