‹ La vie et l'uvre de Platon [microform]Chapitre 43 sur 343 · Gh, t'i · texte numérisé non relu

Gh, t'i

PLATON APRKS LA MORT DE SOCRATE

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Pempire maritime d'xVthènes, elle a eu sous sa domination constante cette lonie où sont nés les arts et les sciences de la Grèce K Or au vii'^et au vi" siècle le rovauuK; des Achéménides était eu possession d'une culture littéraire et scientifique très développée, et d'une civilisation (pii, sauf l'éclat de la poésie et de lart, le cédait peu à celle de la Grèce. Le système religieux de la Perse se résuuie dans le grand nom de Zoroastre auquel la tradition, histoire ou légende, attrihue l'houMeur d'avoir restitué aux croyances nationales leur pureté et leur grandeur priuiitives. Je dis histoire ou légende, car Zoroastre, incarnation de la loi et du hien moral, est-il un être puremeut mythique ou un ancien sage dont la réputatiou vénérée servit à consacrer une réforme religieuse? Dans l'état actuel de nos connaissances, la question reste douteuse - : on ignore mèuie la date à lupielle remoute la rédaction actuelle de VAvesta: M. Hovelacque regarde le texte actuel comme contemporain des Achéménides, tandis (pie M. Darmesteter ne le croit pas antérieur à la première moitié du iv" siècle de notre ère.

Chose assez étrange, le nom de Zoroastre n'apparaît nulle })art chez Hérodote ni chez Xénophon. Tythagore })assait auprès des xVlexandrins pour s'être rencontré à Bahylone avec le rénovateur du parsisme : on ne saurait rien concevoir déplus

1. Deux vers de Phocylide (sont-ils bien authentiques?) conservés par Dion Chrysostùme [Orat. LXXX) nous révèlent des relaUons établies dès le vi« siècle entre la Haute-Asie et les rivages grecs : « Une petite ville sur un rocher, mais bien ordonnée, écrivait le poète gnomique, vaut mieux que l'extravagante Ninive. » — Voir Strabon, XV, 3, 23.

2. Pline et Plutarque s'accordent à reléguer ZoroasU'e dans une lointaine et presque fabuleuse antiquité. Le premier (Uist. nat., XXX, 2} dit en parlant de la magie : « Eudoxus qui inter sapientiie notas clarissimam utilissima nique eam intelligi voluit, Zoroastrem hune sex millibus ante Platonis mortem fuisse prodidit : sic et Aristoteles. » Le second ne pouvait manquer de donner une place au réformateur persan dans son Panthéon, où figurent avec les cultes helléniques la plupart de ceux de l'Orient. Il le fait vivre cinq mille ans avant la guerre de Troie [his et Oslns, 46); son tvdilé co?iire Colotès (ilio A) mentionne un livre d'IIéraclide de Pont intitulé Zoroastre. — Consulter le savant travail de M. de Ilarlez, professeur à Louvain : Les origines du Zoroastrisme {Journal asiatique, années 1879 et 1880), et la très récente étude de M. Barthélémy Saiiit-Uilaire (Journal des savants, 1802).

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imaginaire. Certains critiques ont voulu rapporter aux doctrines du mazdéisme, les uns le système philosophique d'Heraclite, les autres, comme M. Eugène Léveque, celui d'Empëdocle ; malgré certaine vraisemhlance apparente, ces assertions ne méritent pas plus de créance K Sans doute aucune religion païenne n'a célébré en termes plus magnifiques la toute-puissance du Dieu suprême, aucune n'a plus vivement senti, plus hautement proclamé la perpétuité de la lutte entre le bien et le mal : mais une théogonie et une cosmogonie ne sont pas par elles-mêmes une philosophie-. Or dans VAvcsta comme dans les Oup^/nis/wds,[\e mythe se substitue aux s[)éculations rationnelles, la liturgie à la morale. La Cyropédir est un roman si l'on veut: mais Xénophon connaissait la Perse, et il est d'autant plus frappant de voir dans ce livre Cyrus mourant s'inspirer exclusivement des pensées de S>)Crate. L'auteur du Premier Alcibiade, racontant qu'en Perse l'un des (juatrc précepteurs de l'héritier des rois est chargé de lui enseigner « la magie de Zoroastre, fds d'Oromaze, >> interprète aussitôt ce mot de magie par «culte des dieux ^ » Entre le platonisme et

1. Voir notamment M. Zeller, Philosophie des Grecs, (t. II de la traduction française, p. 135, en note.)

2. Voici néanmoins comment s'exprime M. Perrot dans la Revue des Deux- Mondes (1" octobre 1882) : « Leur î^ensée hardie (il s'agit des prêtres de la Ghaldée) a môme tenté d'expliquer l'origine et la nature des choses : quoique présentées sous forme de mythes, leurs hypothèses cosmogoniques ont peut-être été jusque sur les bords de ia mer Egée provoquer le premier éveil du génie spéculatif de la race grecque : on croit en retrouver la trace dans les doctrines des plus anciens philosoplies de l'école ionique. » — De même, après avoir analysé les tendances si originales et si profondes de la morale de Platon, M. Denis {Théories et idées morales dans rantiquitc, l, 127), ajoute : « Platon n'a-t-il pas reçu quelque influence immédiate de la Haute- Asie, et la doctrine de Zoroastre lui est-elle complètement demeurée inconnue ? N'y a-t-il pas des rapports de parenté entre les Ferouers de l'un et les Idées de l'autre ? Tous les deux ne considérent-ils pas la vie comme un combat dont le prix est plus haut que ce monde ? » J'ajoute : lorsque dans le Timée, après avoir décrit la formation de l'âme du monde par le Dieu suprême, Platon confie à des dieux inférieurs le soin d'achever l'œuvre de la création, ne se rencontre-t-il pas d'une façon surprenante avec un des dogmes du parsisme? Il est vrai, si nous en croyons M. Waddington, que les croyances de Zoroastre n'ont pris un caractère philosophique qu'avec l'apparition du manichéisme, c'est-à-dire au in« siècle de notre ère.

3. Alcibiade I, 122 A : 'Ea-rl Sa toOto Ôcôiv Ô£pà7;îia. -- Cette mention isolée

PLATON APRÈS LA MORT DE SOCRATE

le mazdéisme, un seul rapprochement est possible : c'est la supposition d'une double âme du monde, lune bienfaisante, l'autre mauvaise, telle qu'on la rencontre au X« livre des Lois. Mais tout tend à établir que même sur ce point la pensée de Platon est vraiment originale ^

Nous venons de parler de magie. Plus tard dans tout l'Occident, Timagination populaire s'empara avec avidité de ce que l'on racontait des mages, de leur talent de divination, des évocations et des formules conjuratoires par lesquelles ils se vantaient de suspendre ou de modifier à leur gré le cours de la nature. 11 est assez naturel que l'astrologie ait vu le jour avec les premières théories astronomiques en Ghaldée, dans un pays où l'on adorait le soleil et les astres, et où des plaines immenses favorisent la contemplation et l'inspection du ciel l Dans les ruines des palais de Ninive on a trouvé en foule des tablettes plates et carrées couvertes de paroles et de prescriptions superstitieuses. Or de bonne heure la Grèce prêta Poreille à ces étranges pratiques. Ainsi Pline affirme qu'un mage de la suite de Xerxès passionna toute la Grèce par son enseignement ^

Ailleurs on raconte que ce prince, en reconnaissance de Thospitalité empressée qu'il avait reçue dans sa fuite chez le père deDémocrite, lui laissa à son départ des mages pour présider à l'éducation de son lils^ : et quoique la date de la naissance du

de Zoroastre ne prouve d'ailleurs nullement que sa patrie, son époque et à plus forte raison son œuvre fussent connus à Athènes au temps de Platon.

1. Au témoignante de Diogène Laorce (mais quelle peut en être la valeur ?), dans le premier livre du traité r.zpX çdoao^ca; Aristote avait parlé des deux principes opposés que l'on découvre au fond du mazdéisme.

2. (c In Syria Ghaldœi cognitione astrorum solertiaque ingeniorum antecellunt » (Gicéron).

3. Hist. nat., XXX, 2 : « Hic maxime llostanes ad rabiem, non aviditatem modo scienti;e ejus Gra3corum populos egit. )> Les esprits les plus fermes subirent eux-mêmes le charme, si toutefois l'écrivain romain est dans le vrai quand il ajoute : a Gerte Pythagoras, Empodocles, Democritus, Plato, ad hanc discendam navigavére, exiliis potius quam peregrinationibus susceptis. »

4. Philostrate (Vies des Sophistes, I, 10) dit que Protagoras s'instruisit auprès des mômes maîtres.

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philosophe ote à cette assertion toute vraisemhlance, son nom, dans l'Kgypte hellénisante comme plus tard diuMut tout le moyen âge, nen fut pas moins celui du chef d'une école de magiciens et d'astrologues ([ui donuèient son nom à leur traité fuudamental : Physica et //u/sllca. Le mot môme de mages, dont on se servit d'ahord })Oiir désiguer les prêtres de Zoroastre, n'était sans doute qu'une altération de leur nom national Morjh, Moybed ; plus tard, malgré de? dilïerences évidentes, les prêtres chaldéens de Babylone qui pratiipjaient aus^i Tart des enchantements et des divinations Furent confondus par les Grecs avec ceux de la Perse. Eu Assvrie la ma^ie se liait de préfér(-nce à l'observation des astres ; hi pensée se détournant de la terre, selon l'expression légèrement ambitieuse d'un eontemporain, se transportait au ciel afin d'épeler dans ce livre aux lettres lumineuses les arcanes de nos destinées : voilà comment le nom de Chaldéens devint svnonyme de tireurs d'horoscopes.

Il est à remarquer que le terme de e mages » n'apparaît qu'une fois chez Platon et chez Aristote : le premier l'emploie dans un sens figuré ^ le second^ pour rappeler que ces interprètes de la sagesse orientale s'accordaient avec Empédocle et Anaxagore pour faire intervenir nn bon principe à l'origine des chi)ses. Cicéron parle à plusieurs reju'ises de Part des Chaldéens \ et sous les empereurs cet art conquit à Rome un tel prestige que tous les philosophes de quelque renom furent censés s'y être initiés. De là ces récits qui font de Pi iton (comme avant hii d'Empédocle) unélèvedes mages, ([u'il en ait rencontré dans ses voyages, ou qu'il ait vu leurs rites en imuneur chez les Perses, alors maîtres de l'Egypte. Mais nulle part les anciens ne mentionnent et ne décrivent une philosopliie proprement dite soit

1. né/)ufjlir/ue, IX, 572 E : O: 5e:vo\ aâyoï. — L'auteur de VA.riochus (371 A) met dans la bouche de Socrato une peinture du dernier jugement <l du inonde à venir, }»oiutui'e (ju'il dit tenir du mage Gol)ryas.

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