Métaphysique, XIV, 1001 h
3. Voici un texte choisi entre J)eaucoup d'autres • « Ma;::^i auprnrantur et divinant : quod gunus sapientium et doctorum ha))e])atur in Persis ».
PLATON APKÈS LA MORT DE SOGRATE
chez les mages de la Perse, soit chez les émules en général fort peu recommandables qu'ils suscitèrent en Occident.
D. iJEriyptc
Inutile d'insister sur la haute réputation de sagesse que s'étaient ac(iuise les Egyptiens dans l'ancien monde. Bien des siècles avant que la Grèce apparaisse dans l'histoire, quand le reste de la terre paraît encore plongé dans la barbarie, l'Kuypte est en pleine possession non seulement d'une industrie florissante, de monuments magnifiques, œuvres d'un savoir et d'un art consomnn's, mais eacore d'un dévelop})ement littéraire des ])lus remarquables. Les joyaux exposés dans les vitrines du Louvre montrent avec quelle perfection on savait v travailler l'or, l'argent et les métaux précieux ; en même temps les ])apyrus des sarcophages et des hypogées attestent (fue la profession de scribe ou d'écrivain était justement honorée.
Euoutres'ilestun peuple de Pautiijuité que l'érudition modeine ait réussi à arracher à la destruction et à l'oubli, c'est l'K-vnte qui a gardé (}Uid(|ue chose de grandiose jusque dans ses ruines ^ Ses palais, ses nécropoles, ses pyramides, ses arts, ses croyances, tout ressuscite sous nos yeux ; chaque jour nous di>tinguons mieux entre le fétichisme dégradant des classes populaires et les connaissances plus pures, plus élevées qui étaient le privilège de la caste saeerdotale. Deux eents ans avant les merveilleuses découvertes de nos égyptologues modernes, Pos^ suct eu avait eu comme le pressentiment : u II n'appartenait qu'à l'Egypte, écrit-il, de dresser des monuments pour la postenté... Ce n'était pas néanmoins sur les choses inanimées que 1 Egypte travaillait le plus : ses plus nobles travaux et son plus bel art consistaient à former les hommes... L'Egypte a régne
1. L'Egypte, (écrivait François Lenormant, est pour nous le pavs que l'on connaît le mieux actuellement dans tous les détails de sa vie v\ de son organisation, même aux époques les plus reculées — mieux que l'Athènes de rendes, la Uomc d'Auguele ou même la Florence du xv siècle.
LA VIE DE PLATON
dans le monde par sa civilisation, et cet empire de Tesprit lui parut plus utile et plus glorieux que celui qu'on viahUl par les armes. »
Toutefois, à le prendre dans son ensemble, ce peuple semble avoir eu plus de penchant aux jouissances du bien-iHre qu'aux spéculations intellectuelles : il estimait la science, mais surtout à cause de ses résultats pratiques. Sans doute les prêtres étaient en possession d'une doctrine plus haute, mais ils en gardaient le dépôt avec un soin jaloux, bien fait pour lui assurer une mystérieuse inviolabilité : les pensées philosoplii(|ues sur la destinée des âmes ne se produisaient au dehors que pour demeurer à l'état d'énigme sur la pierre des tombeaux. Selon l'auteur des Réponses aux ort/iodoxes, longtemps attribuées à saint Justin, tandis que l'astronomie, la géométrie et l'astrologie passaient dans l'antique Egypte pour des sciences vulgaires *, certaines théories, soustraites sous leur forme hiéroglyphique à la curiosité des profanes, se transmettaient dans les temples au petit nombre de ceux qui en étaient jugés dignes-. Plutarqu.s dans son curieux traité intitulé Isis et Osiris, parle également d'une philosophie mystique, composée d'emblèmes et d'allégories qui ne laissent apercevoir la vérité qu'à travers un voile épais : mais lui-même proteste contre l'idée exagérée que s'en faisaient autour de lui des esprits trop crédules^ Que le monotliéisme réel ou supposé de Pythagore ait ses racines en Egypte'*, que, selon le témoignage d'Hérodote %
1. Les écrivains grecs les plus diflôrents, tels qu'Isocrate et Aristote, s'accordent à proclamer les progrès surprenants des mathématiques cliez le peuple qui a construit les pyramides. Si nous en croyons le savant Ide- 1er, les Grecs n'auraient que médiocrement profité à cette école : « Die griechischen Philosophen, die gerade nicht den Talent geliabt zu haben scheinen, sich fremde Idiome und Schriftziige mit Leichtigkeit anzueignen, konnen auch in der Mathematilv nur wenig von den Egyptern gelernt haben ».
-. Ttti'.a ce v^v TOTc iiap'aÙToT; (xaOr.fxaTa za. tspoyXu^'.xà v.oi.lo'j\izva, -rà âv toi; àSuTot; où toi; rj/oOffiv, àX/.à -oT; ÈyxpcTo:; uapa83SoîJ.£va.
3. Âmat., XVII : KaÎToc ler.xxi tcvs; aTioppota: xa\ à[jL-jopal tt,; àXr.Oeîa; é'vEiat Taîç AtyyTrTÎwv ÈvÔtSffTrapasvai pL-jOoXoyîac;, àXXà laxvr.Xatou ôéovTa-..
4. C'est ce qu'affirme l'auteur de l'Exhortation aux Grecs (ch. 19) : Iluôayopa; a;ia xai a\jxo; tt,; ecç AîyuTîrov aTToSr.fxca; 7rep\ évo; 6eoO çpovwv 9aîvETat.
5. II, 1^3 : lIpôjToi aï xal tûOûô toO Xdyou AlyuTiTto: statv o\ etTiavTE;, w; àv-
PLATON APRKS LA MORT DE SOGRATE
la Grèce ait puisé à la même source sa croyance à l'immortalité et à la métempsycose, les textes originaux que Ton connaît ou que l'on déchiffre tous les jours se prêtent sans peine à cette double hypothèse. « Prise à son berceau, écrit M. de VogiiéS et avant les mythes subtils qui la défigureront plus tard, la doctrine égyptienne nous présente « le voyage aux terres divines » comme une série d'épreuves, au sortir desquelles s'opèrent l'ascension dans la lumière, « la manifestation au jour - » et la réunion de la parcelle errante à la substance éternelle ».
Maintenant cherche-t-on un enseignement philosophique proprement dit? En dehors d'assertions purement gratuites \ ni les affirmations des anciens ni les découvertes si étendues des modernes ne permettent de penser que l'Egypte à aucune époque ait eu un Anaxagore et un Parménide, moins encore un Platon et un Aristote. Un ensemble raisonné de théories cosmologiques ne se rencontre dans aucun des innombrables monuments de tout genre aujourd'hui connus K Ainsi soutenir avec Roth '> que l'ancienne spéculation grecque est sortie tout entière des croyances égyptiennes, c'est se placer départi pris en dehors des faits et de l'histoire..
0po';7:a)v •lyyr, àOàvato? Uxi, toO ffwîi.aro; Ôè xaTayGîvovTOç i; allô ^wov àzi ytyvo- [XEvov èaSuETat... To-JTW tw Xoyw daiy o\ 'EXXr.vwv âxpr,G-av':o, oc (jiv r.pâxzpow, o\ 5È uatEpov, û>; tôîw êwjTwv èovt-.. Notons à ce propos qu'aucune religion ancienne n'a proclamé avec plus de force le dogme de la liberté, partant, de la responsabilité humaine soit en ce monde, soit surtout dans le monde à venir. (( L'élément essentiel de la vraie religion égyptienne, c'était l'homme et sa destinée... L'Egyptien croyait en Dieu et il croyait également, par la morne raison, en la persistance de l'àmo humaine : être un nouvel Osiris, comme bii impeccable, comme lui déifié, telle était sa continuelle préoccupation pendant sa vie, son idéal après sa mort... De là le soin extrême que mettaient les moralistes à indiquer aux hommes leurs devoirs » (M. Révilloud).