‹ La vie et l'uvre de Platon [microform]Chapitre 59 sur 343 · L.\ VIE DE PLATON · texte numérisé non relu

L.\ VIE DE PLATON

drinc : il en est même dont la premirro mention ne se rencontre (|iie sous la plume d'un compilateur de basse époque, Stobée. Uue jusqu'à la fin du v''^ siècle ils ne soient cités par aucun écrivain, historien, moraliste ou pliilosophe, c'est ce (jue l'on peut à la rigueur s'expli(juer. Mais qu'Aristote (|ui possédait, comme le prouvent ses écrits, les ouvrages de ses devanciers, n'ait pas fait ed'ort pour rassemldor aussi tout ce ([ui existait des anciens pythagoriciens, si réellement de son temps il en existait (juelque chose; qu'en pareil cas au lieu d'exposer et de discuter séparément les opinions de chacun d'eux, comme il le fait pour tous les autres pbilosophes, il ait préféré, on ne sait pourquoi, recourir perpétuellement à cette expression générique les Pythagoriciens, voilà ce qui est contraire à toute vraisemblance. Au temps d'Auguste Denys d'IIalicarnasse parle, et parle avec éloges, d'une littérature pythagoricienne, celle peutêtre que contenait la collection composée par les ordres du roi Jul)a de Mauritanie : ce n'est pas le seul indice que nous ayons d'un réveil du [)ythagorisme, résultat, si nous en croyons Mullacli, du dégoût inspiré par les vaines subtilités dialectiques aux([uelles s'attachaient de plus en plus les autres écoles philosopidques, et du discrédit jeté par les théories épicuriennes et sceptiques sur la croyance à l'immortalilé. Evidemment pareille heure était propice à la composition et à la diffusion d'ouvrages supposés ^

Xon seulement les fragments philosophiques que nous possédons mauipient ainsi d'attestations historiques vraiment décisives, mais leur examen attentif fournit des armes redoutables pour en combattre l'authenticité. A la date où il faudrait

1. Personne ne contestera le mérite exceptionnel de Diels dans ces questions soumises à tant de controverses. Or voici comment s'exprime cet éminent ériidit : « Constat Alexandria3 intermortuce PythagoreLe pbilosophi;f' velut i,qniculos esse sorvatos. Pauca et obscura de liis nota sunt. Atque consulto ipsi sua studia celasse videntnr, nam librorum fabrica per fraudent Pytbagor,!' subditorum tune vigere cœpit. Certe ultimo a. Cb. steculo qu;e subito eniergunt pseudepigrapba Pythagoreorum scripta Stoicorum et Peripateticoruni (j'ajouterais sans bositer : Platonicorum) doctrina difïerta partim jam antea aliquanto Alexandriae circumlata esse veri est simillimum » {Doxographi fjfrœci, p. 150).

IM.ATON APRKS LA MORT DE SOGRATE

les placer, la plupart constitueraient, comme on l'a dit, autant de miracles chronologi jues, tant y est manifeste l'empreinte d'idées et d'écoles postérieures. Le Iho- /.o^uxù attribué à Timée de Locres est depuis longtemps démasqué : c'est un pastiche qualifié par un bon juge de pâle imitation de la doctrine et de la manière pythagoriciennes 1. Le traité lie:: -x; toO -avro: y^viGTio:, publié sous le nom d'ailleurs inconnu d'Ocelus -, respire d'un bout à l'autre le plus pur péripatétisme. Les fragments d'Archytas (pii trouvaient encore en 18:]:] un défenseur convaincu dans la personne d'E. Egger, ont été dejmis, tant en France qu'en Allemagne, l'objet d'une révision sévère qui a abouti à leur condamnation \ Reste Philolaus, qui a passé longtemps pour le créateur véritable du pythagorisme pbih.sophi- ({ue '• et dont les fragments, couverts par l'autorité assurément considérable deBœckh, seml)Iaient dès lors pouvoir défier tous les assauts de la critique m;iderne. Leur authenticité n'en a pas moins soûle ;é récemment une opposition très vive, des mains de la.pielle il n'est pas sur qu'elle sorte victorieuse. De ces débats 5 ressort cette conclusion: les assertions d'Aristote, sur lesquelles nous aurons à revenir, sont l'unique source que

puisseconsulter (et encore avec quelles précautions?) l'historien du pythagorisme primitif dont le caractère, on ne saurait trop

1. « Ce n'est sans doute qu'un apocrypb.^ sorti comme tant d'autres de cette officine de contrefaçons, de cette fabrique d'archaïsmes en tont gonre établie à Alexandrie un ou deux siècles avant notre ère » (Cousin).

2. Telle e.^t l'orthographe assignée à ce mot par les inscriptions.

3. u Mathematica Archyt:.' fragmenta E. Zeller tuitns est : quiii neque suspiciosi quic(iuam pra-bent ri multa habent antiquœ originis indicia, tum argumento ipso a fraudis suspicion- multo magis remota sunt quam reliqua. Logica scrii.ta pleraque et moralia apcrlissimum est post Aristotelem demain confecta esse » (Blass).

i. « Actuelloment, l'histoire du pythagorisme antérieur à Philolaiis est purement conjecturale : on devra s'estimer suflisamment heureux si de nouvelles conjectures permettent âc jeter un peu plus de clarté dans ces ténèbres el d'imaginer un pou plus fidèlement et le mystérieux point de départ de lu doctrine pythagoricienne et sa lente évolution ^) (Tannery).

5. Ne pouvant ici qu'en donner un résumé extrêmement sommaire, je renvoie pour tous les détails, en dehors de la thèse latine citée dans une note précédente, aux travaux de Bywater en Angleterre, de Ilartenstein et de Schaarschniidt en Allemagne.

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le répéter, fut scientifique b(^aucoup i)lus (pie métapliysiijue.

iSlais ([u't'tait devenue cette école, et par (jui étail-elle représentée au temps où Platon faisait ses premières armes à r»'cole de Socrate ? Tel est pour nous le second problème à résoudre.

A ce moment la tradition, ({uebiues incertitudes qu'elle oilVe d'ailleurs, ne nous montre sur le sol delà (irande Grèce que des individualités isolées, sans aucun centre où l'autorité d'un maître reconnu et obéi perpétue fidèlement les enseignements du fondateur . Près de cent ans s'étaient écoulés depuis le Jour où la haine populaire avait accompli son œuvre de destruction ; sans doute Passociation pytliagoricienne avait gardé (juel([ue prestige, grâce au talent incontesté de quelques-uns de ses membres, grâce au rang élevé quils occupaient : mais nous ne voyons pas qu'elle ait réussi à réunir de nouveau ses débris épais. S'il est déjà surprenant que des hommes tels qu'Arcbytas et Timée, investis par la confiance de leurs concitoyens des charges les plus hautes, n'aient pas été débjurnés par leur rôle politi(pie de leurs travaux de gi'omètres et d'astronomes, comment se les représenter occupés en outre, d;ins un isolement à peu près absolu, des plus bautes spéculations m('ta[)bysitpies ?

A ({uelle époque les tbéories pythagoriciennes ont-elles été pour la première fois apportées à Atbônes, où elles ont du, dit Cousin, arriver comme un écho merveilleux ? Pour ré'pondreà cettequestion, nous n'avons que des bypothèses. Il est certain que des relations existaient entre PAlti([ue et la Sicile longtemps avant la fatale expédition conseillée par Alcibiade. Aussi est-il difficile d'admettre ([ue Pythagore et son institut aient été inconnus en Grèce jusqu'au jour où les j)ytbagoriciens violemment dispersés vinrent y cbercher un asile, quel(|ucsunsmème se mettre à l'école de Socrate, comme le firent Siminias et Cé>bès. C'est à Lysi? que Th. il. Martin^ rapiHirte Phonneur d'avoir donné au pythagorisme droit de cité à Athènes. Plus tard Philolaùs à son tour séjourna et enseigna à

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