Philosophie de Phiton, 11. 1'j
2. Une théorie signalée par Aristote {Milaph.. iO'JO b iMj) et complaisammant développée par Philon 1.; Juif dans le De opificio mundi ideutiliait avec les premiers nombres idéaux les divers solides géomclri(jiies. Malgré l'aïUorité des commentateurs, Alberti et Bonitz refusent de l'attribuer à Platon, de même qu'un parallélisme analogue })roposé dans le UzçÀ 'I-j/j^; (I, 2, 9) au sujet des divers degrés de connaissance, renfermés tous dans la décade appelée xitio'^iDov.
PLATON APRES LA MORT DE SOCRATE
rieur et d'une trempe moins forte, ils se sont arrêtés au signe, au lieu de remonter jusqu'à la cbosc signifiée : ce qui pour Platon n'i'tait qu'une représentation et un symbole est devenu im dogmatisme aussi stérile que tyranni(|ue. Les mathématiques ont pris la place de la plnlosophie dont elles ne devaient être que la préface ^
Abandoimé à lui-même et à ses seules forces, le pythagorisme était resté jusque là à Pétat plus ou moins flottant : à dater de son alliance avec le platonisme il aura son histoire, dont les premières phases, et les plus saillantes, sont consignées dans les livres d'Aristote. A Platon qui sépara le nombre mathématique du nombre idéal, succèdent Speusippe qui supprime le second et Xénocrate qui l'assimile au premier. <( La divergence d'opinions entre les premiers philosophes au sujet du nombre montre le trouble continuel où les jette la fausseté de leurs systèmes. Ceux qui n'ont recoimu que les êtres mathématiques comme indépendants des objets sensibles ont rejeté le nombre idéal, parce qu'ils avaient vu les difficultés, les hypothèses absurdes qu'entraînait la doctrine des idées. Ceux qui ont voulu admettre tout à la fois l'existence des idées et celle des nombres ne voyant pas bien comment, en reconnaissant deux principes, on pourrait rendre le nombre mathématique indépendant du nombre idéal, les ont identifiés verbalement, supprimant en réalité le nombre mathématique : car le nombre est alors un être particulier, hypothétique, et non plus le nombre mathématique. - »
On n'a peut-être jusqu'ici pas assez remarqué qu'Aristote, témoin de la fondation et des premiers développements de l'Académie, ne parle ce[)endant nulle part des Platoniciens. Qu'estc; à dire, sinon qu'il a substitué à ce nom celui des Pytliagoriciens qu'ils se donnaient eux-mêmes ou qu'ils s'étaient vu très
1. On se rappelle ce mot sévère d'Aristote sur ses contemporains : Févov; Ta |j.aOr,[xa-a toi: vjv r, wf/oTo^ta {Met. I, 9,992 a o'2). L'auteur de YEpinomis, ce com[)lément apocryplie des Lois, fait de la science des nombres la première condition de l'art de reiulre les [)eupies sages et heureux,
2, Métaphysique, XIll, 9, 108.'. b 3G.
IJ
ir-
LA Vli^ DE PLATON
justement imposer^ Dans son exposition du pytbagorisrae une partie seulenieut remonte à un temps et peut-être à des documents antérieurs : pour le reste il u'a eu (pi'à prêter i'urcille à des enseignements qui se donnaient sous ses yeux '.
Mais s'il en est ainsi, Platon ne doit pas être responsable des écrits de ses successeurs. M. Ravaisson se trompe lorsqu'il affirme qu'idées et nombres sont réductibles aux mêmes principes : sans aller jusqu'à définir « le pytbagorisme une pbysiqueet le platonisme une sublime théologie », il faut reconnaître que le nombre pythagoricien, emprisonné au sein des choses, a pour double attribut d'être étendu et pondérable, par opposition à ridée platonicienne, exclusivement et éminemment immatérielle, et se convaincre que « cette audace beureuse de couper pour ainsi dire le cable qui attachait le nombre à la terre est le trait caractéristique, essentiel, original de la tbéorie de Platon - ». M. Ravaisson se trompe également, lorsqu'il impute indifféremment au pytbagorisme et au platonisme le tort de « confondre avec l'être, objet tout intelligible dépure intuition, la quantité au moyen de laquelle nous faisons perpétuellement effort pour l'imaginer » : méprise partiigée par Saisset, auquel il semble que le premier livre de la Métaphysiqur réduise le platonisme à « un système tout logique et tout abstrait, d'où sont bannies à jamais la réalité et la vie, une sorte de panthéisme mathématique, où les êtres de la nature s'évanouissentdans les idées et dans les nombres, où les nombres eux-mêmes s'absorbent dans une creuse et vide unité ^ » Confondre ainsi, répond très justement M. Fouillée % le platonisme avec le pytbagorisme qui ramène toutes choses à la quantité dont il fait l'élément universel, c'est méconnaître entièrement le caractère propre du platonisme dans le([uel la première place revient à la qualité qui tend à l'être, tellement que l'existence même semble
1. N'est-ce pas d'ailleurs ce qui ressort assez directement dos mots par lesquels Aris^ote termine son exposé de la doctrine pythagoricienne : Ilapà pL£v 0-jv T(ov -poTspov y.'x'. T(ov àX/wv -rj'.'Xj-.x la-'. hy.fjEh^ [Met. I. 5, OSi).