‹ La vie et l'uvre de Platon [microform]Chapitre 71 sur 343 · PLATON EN SICILE · texte numérisé non relu

PLATON EN SICILE

De la Grande-Grèce Platon avant de rentrera Athènes ^ passa

1. Si vous demandez à Valentin Rose en quoi consiste au fond l'originalité propre d(3 Platon, voici sa réponse : a l}'sa numeri et mensurcO intcllectadignitas etdefinitio dialectica rerum gênera distinguenslogicisque finiti et infiniti momentis constans, cujus symboluni est idea ^).

-. Après avoir fait un partage égal de gloire entre Pythagore et Platon, Numénius félicitait le premier de ces philosophes d'avoir trouvé à l'Académie des disciples si dociles : u) Tuvay.oÀo'jOoOv-re; c-sçOévtc; xe o\ (ID.àTwvoç) yvtopi[j,ot ÈvtyvovTO 7ioXuTi[i,y]T:s£'70a: at-r'-aS-axot tov Il-jOayopav. (Eusèbe, Prép. écang., XIV, 5,727 B.)

3. Tchorzewski {De Polilia, Timaeo^Critia, Kasan, 1S47) admet au contraire

LA VIE DE PLATON

en Sicile. Pareille résolution s'explique en queliiue sorte d'ellemême : ce ([ui n'a pas empêché historiens et commentateurs de se mettre en frais d'imagination pour en découvrir les motifs, à moins d'invoquer avec Plutar(|ue une inspiration directe du ciel. Ceux-ci pensent ([ue le philosophe fut attiré, comme aurait pu l'être Démocrite ou Aristote, par les phénomènes îréolofïiques si curieux que l'on ol)serve dans cette île ' ; ceux-là, ([u'il voulait connaître par lui-même les institutions et les principes politiques qui y avaient prévalu -. Viennent ensuite les adversaires qui, dans leurs médisances, s'égarent aisément jusqu'à la calomnie, l.e philosophe, prétend-on, n'avait pas pu résister à la séduction de la bonne chère et du plaisir ^ ou au désir de faire sa cour aux tyrans \ Je ne veux pas affirmer que Platon fut un stoïcien rigide, une sorte de Caton ou deThraséas ; mais si jamais il se fit homme de cour, j'imagine que ce fut pour gagner les rois à sa sévérité, non pour se laisser envahir et corrompre par leur mollesse. La suite, d'ailleurs, l'a bien prouvé.

Certains textes parlent d'un appel que Denys lui adressa ^ :

que dans TintervaUe Platon séjourna queliuo temps à Athènes et s'y fit connaître du public philosophique par la publication de certains dialop;ues. \. Diogène Laërce, III, 18 : Kx-:x Osav -r,? vy,<7o-j y.al rwv y.paxr.ptov, ou comme s'exprime llégésandre dans Athénée (XI, ."iDT B) : Ttov ô-jav.cr/ yâptv. Plusieurs critiques ont fait la remarque que la description des courants de lave dans le Phédon (111 C, lli^ B) est une réminiscence du spectacle que Platon dut avoir sous les yeux en visitant l'Etna.

2. C'est ce qu'affirment Apulée et l'auteur de la septième lettre.

3. La même accusation a été renouvelée, avec plus de force encore, au sujet de son second voyage en Sicile. Nous discuterons à celte occasion les textes les plus importants: mais, dès maintenant, il inq^orte de remar-

■ quer que la se[)tiôme lettre platonicienne contient un essai au moins indirect d'apologie : 'i;>,Ov/Ta ok u.z o zxi-r, /.evÔjxevo: '{iio; z-jùy.i\iMV , lTa).'.o:>T'.x(i)V TE /a\ Xl-jpaxo'j(7Îa)v Tpa^ô^oiv Tilipr^:. ov-caarî oioy.i}.MZ \oinz (-ot) B), phrase traduite littéralement par Cicéron dans la V<= Tiiscidane : « Ouo quum vonissem. vita illa beata qua3 ferebatur plena Italicarum Syracusiarumque mensarum nullo modo milii placuit. ^) — Cf. Olympiodore, Vie de Platon, 4.

4. Tzt^tzès. X, 822. — L'auteur de la septième lettre tranche la difficulté on mettant ce voyage de Platon cà Syracuse au compte d'un.' inspiration fortuite : E'.; ^•jpaxo-jcra; ôisTiops-jOr.v, iio)? ji-kv xara 7>/r,v (320 D).

5. Cornélius Népos, Dhm, 2 : « Dionysius quidem, quum Platonem Tarentum venisse fama in Siciliam esset perlata, adolescenti negare non po-

PLATON APRES LA MORT DE SOGRATE

iCp

tfti.

en ce cas, Platon devait-il ne répondre que par un refus? n'al-il pas écrit lui-même qu'il n'est pas permis aux intelligences d'élite, auxquelles il a été donné de coiiteuipier la vérité dans toute sa s[)len(Jeur, de ne plus vouloir s'ahaisser au niveau des malheureux captifs enfermés dans la caverne des sens pour prendre part à leurs travaux, à leurs honneurs même, quel que soit le cas ({uon doive en faire ^ D'ailleurs pourquoi n'aurait-il pas rêvé de devenir le Socrate d'une autre Athènes? il avait pu se convaincre de la prospérité des cités pythagoriciennes - : son ame dut s'ouvrir à l'espérance, peut-être même à des illusions trompeuses, lorsqu'il vit régner en Italie ces sages que la Grèce hannissait de ses conseils, (|uand sou aveuglement n'allait pas jusqu'à les envoyer à la mort. La pensée ({uele genre humain ne retiouverait pas le bonheur, avant que les philosoplies ne se fissent rois ou les rois |)hilosophes, devint à ses yeux un axiome indiscutable, où les uns ont vu le vœu du bon sens et de l'expérience, les autres une sorte de re([uête présentée aux puissants d'alors par une ambition doublée de quehjue naïveté. C'est ce que les Pythagoriciens déjà avaient mis en pratique, en confiant les rênes de TEtat à une aristocratie préparée de longue main à cette mission. Moins ambitieux en apparence, Platon dans toute une cité ne demandait qu'à convertir un prince. Il savait, selon le mot de Plutarque ^ que la parole d'un sage s'adressant à un personnage considérable fait en un seul le bonheur d'un grand nombre. Mais ici ce personnage, quel est-il ?

Pour se faire une juste idée du caractère de Denys l'ancien, il faut lire dans Grote par quelles voies il parvint au pouvoir,

tuit, quin eum arcesseret, quum Dion cjus audiendi cupiditate flagraret. » — Cf. Diodore de Sicile, XV, 7, et Diogène Latrce, III, 18.

1. Piépiihligue, VII. 519 D. — Cf. PoUfiqup^ 2j9 A : (( Celui qui est capable de diriger le roi d'une contrée tout en n'étant qu'un simple jtarticulier, ne dirons-nous pas qu'il a lui-même la science que devrait posséder celui qui exerce le commandement? »

2. Cicéron, De Amie, IV, 13 — JusUn, XX, 2, 4 — Dion Ghrvsostùme, Qrat. XLIX.

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