‹ La vie et l'uvre de Platon [microform]Chapitre 79 sur 343 · l)io?i · texte numérisé non relu

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3. « Lorsque Dion se retire après avoir soupe, comme on soupait chez

LA VIE DE PLATON

parti de son rival grandir en influence, se repentait d'avoir si mal profité des leçons de Platon et par l'intennédiaire d'Archytas conjurait le ])hilosoplie de revenir à sa cour, lui promettant en échange une léconciliation conijdète et durable avec Dion.

Avant d'oublier le passé et d'accepter la lâche de rapprocher ceux-là même que, peu de temps auparavant, sa [)résence avait sé|)arés, Platon, au rapport d'un écrivain ancien, voulut consulter les plus marquants de ses auditeurs, ceux du moins qui étaient le plus versés dans les choses de la politiijue K Leur réponse fut unanime, si bien que, malgré son grand âge, le philosophe, incapablij de ressentiments et cédant aux instances de Dion auquel Punissaient de profondes sympathies-, se rendit à Syracuse sur un vaisseau de guerre mis à sa disposition.

Son arrivt'e remplit Denys d'une grande joie et la Sicile d'un sérieux espoir. Mais aux conseils, puis aux instances do Platon, le tyran répondit, comme il l'avait fait une première fois, par des ajournements, ensuite par des récriminations mal dissimulées sous mille honneurs et mille complaisances. .Xon seulement le philoscphe était en butte à la calomnie ; sa vie linit par être menacée ^ Archytas, qui s'était porté garant de sa sûreté, s'émut et intervint pour l'arracher à des sévices imminents ^. Plutarque, qui rapporte, en outre, le mot suivant de Platon, en réponse à certaines appréhensions l)ien h'gitimes

Platon, avec des olives, si, comme l'abbé Barthélémy, vous faites dire par le philosophe à ses convives : « Dion est aujourd'hui victime de la lyraniiit', je crains qu'il ne le soit un jour de la liberté », je relis Platon itoiu- y trouver ces mots et je les cherche en vain. Vous m'avez donné une phrase moderne pour une anecdote grecque » (Villenuiin, Tableau de la littéraliire au xviii« siècle, III, p. i*S8).

1. Le texte grec porto [Asyt^Tâveç, mot qu'on ne s'attendait guère à voir employé ici.

2. Cf. Gicéron, D>- Oratore, III, 34. Nous voyons Dion, de son C(Mé, faire avec une somptueuse munificence les frais d'une chorégie dont Platon avait été rdiargé.

3. C'est ce que donne à entendre l'auteur de la septième lettre (333 1)) : A',au,a'/oiJL£vo; to?; StaSaXlo-T^v r,TTr/Jr,v.

i. Voir Plutarque, Dion, :20 : Ai'istide p. oOi (i'hI. Dindorf); ;Maximc de Tyr, XXI, '.»: Pbiloslrate, Vies des sophistes, VII, 1 : Tzelzès, C/iil., X, 9%.

PLATON ÂPRES LA MORT DE SOGRATE

du tyran : « A Dieu ne plaise qu'il y ait une telle disette de sujets à l'Académie, qu'on en vienne à faire mention de toi ! » ajoute : (( Tel fut, dit-on, le renvoi de Platon, bien que son témoignage ne soit pas entièrement conforme ». Eùt-il parlé de la sorte de la plus importante des lettres platoniciennes s'il eut cru d'une foi inébranlable à leur authenticité?

Tout espoir de réconciliation ayant disj)aru, Dion se prépara à rentrer à Syracuse les armes à la main. Je garderais le silence sur cette expédition, si elle n'eut pas rencontré à l'Académie un appui moral et matériel, preuve de la répulsion constamment ins[)irée à Platon et à ses disciples par la tyrannie K Salués d'abord par l'enthousiasme général -, les libérateurs de Syracuse, pour asseoir leur autorité sur une populace corrompue et toujours avide de révolutions, cédèrent à la tentation de recourir à leur tour à la force. Dion })aya de sa vie en 353 de regrettal)les abus de pouvoir et pendant que Platon s'éteignait à Athènes, Denys le Jeune redevenu maître du trniie poursuivait le cours de ses violences et de ses exactions. Heureusement où l'éloquence d'un philosophe avait tristement échoué, l'intègre fermeté d'un homme d'action trouva le succès ^

1. On lit, il est vrai, chez Athénée, qui s'est fait l'écho complaisant des accusations méritées ou calomnieuses dirigées contre Platon : "ilarzip xa\ o\ Tioïlol Tfijv {laOr.Twv aÙToO -z'jpy.vv'.v.oi z'.vz; xal o'.a,3o),0'. y£v&(jisvoi (XI, 118). — L'enthousiasme de Plutarque est à son tour suspect d'exagération lorsqu'il lui fait écrire : «. Dion, après avoir entendu Platon, Brutus après avoir lu ses écrits sont sortis tous deux de la même palestre pour de grands combats. » {Dion, 1).

2. Dans son Discours contre la loi de Leptine (| 162), Démosthène cite comme un des coups de théâtre de la fortune Denys, maitre naguère de tant de trirèmes, de tant de cités, de tant de mercenaires et chassé du pouvoir par Dion qui n'avait pour lui qu'une barque et une poignée de soldats.

:>. C'est au vertueux Timoléon qu'il était réservé de rendre à Syracuse son premier éclat et son ancienne prospérité. On sait comment, après avoir refoulé les Carthaginois et purgé file de ses tyrans, il descendit du pouvoir avec la même dignité qu'il en avait été revêtu. Rousseau ne pardonne pas à Platon de s'être laissé ravir cet honneur; mais il y a. entre la théorie et la prati(iue, entre les principes et les faits, un tel écart que rarement on luMit se féliciter de voir un philosoi»he prendre en main les r('nes d'un Ktat, surtout d'un Etat en proie à des troubles et à des révolutions. Un con- ([uérant qui se connaissait en hommes l'a dit : « Pour qu'il y eût un vra peuj)le lii)re, il faudrait que les gouvernés fussent des sages et les gouvcçnants des dieux. »

LA VIE DE PLATON

On comprend sans peine le dégoût que dut laisser dans l'âme de Platon l'avortement définitif d'une erxtrpprise à la- (juelle en dépit de tous les mécomptes une sorte d'amour-propre l'avait dès le premier jour invinciblement attaché *:mais si les enseignements du philosophe furent perdus pour la Sicile, lui-môme mit à profit les leçons de l'expérience, leçons si chèrement achetées. Non seulement il a pu à Syracuse étudier sur le vif ce qu'il a exposé dans des pages magistrales, je veux dire les phases traversées par les mauvais gouvernements dans leur décadence progressive, non seulement l'observation lui a révélé les causes secrètes qui du sein d'une démocratie sans règle et sans frein font germer la tyrannie, comme le fruit sort naturellement de la fleur -, mais il a compris en outre ([ne pour traduire dans la réalité ses conceptions politiques il faut des hommes qui n'aient rien de commun avec ceux de son temps, il a compris que, pour arriver à une réforme pratique et durable, il est de toule nécessité de recourir non seulement aux exhortations des sages ou aux démonstrations d'une théorie savante, mais encore et surtout aux prescriptions et aux sévérités d'une législation accommodée aux choses et aux circonstances. De là ce traité des Lois, l'œuvre unique de ses dernières années ^, désaveu implicite ou tout au moins habile correctif des exagérations de la Rrpub/ique, testament à la fois philosophique et social dansle({uel Platon, sur plus d'un point, nous a légué ce que, à l'exemple de saint Augustin, j'appellerai volontiers ses a rétractations ».

1. li'aiiteur de la septième lettre a donc raison de nous le inonlrer (350 D) tj.EtjL:'7r,-/.à); T-r,v zspl Sr/î/.iav 7i>àvr,v y.a^ àTj-/lav, et rien n'est plus vraisemblable que la réponse faite, dit-on, par Tlaton aux ("<yrénéens venus pour lui demander des lois : « Vous êtes trop opulents pour cela » (Plutarque, ad princ. hierucL, 1).

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