A LA FACULTE
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Nous retrouvons, ici encore, une importante citation de notre héros; elle fixe les circonstances qui ramenèrent à se consacrer définitivement au service du Seigneur.
« Un soir de dimanche, pendant l'hiver 1844, j'étais assis dans une chapelle de Londres. Je n'avais aucun intérêt spécial dans le lieu ou la circonstance. C'était une chapelle que je fréquentais rarement» Je crois que je n'avais jamais entendu le prédicateur, et certainement je ne l'ai jamais entendu depuis. Le sermon, fait pour soutenir une institution religieuse, était noble, vrai et sérieux, mais il ne m'apporta pas de nouvelles idées. Peutêtre devrais-je avoir honte, en confessant que l'enchaînement des idées et le texte même ne restèrent pas fixés dans mon infidèle mémoire. Tout en l'écoutant, je méditais et je me décidai virtuellement à changer entièrement ma vie, quant à son but et à ses occupations; en un mot, le désir irrésistible de changer de direction se fit jour en moi ; il prit corps, me conseillant d'abandonner une carrière adoptée par goût, et pour laquelle j'étais sûr d'avoir les qualités nécessaires, et de recommencer un cours préparatoire en vue du ministère chrétien. Cet incident, probablement
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insignifiant en lui-même, paraîtra dans quelque mesure au moins digne de mention, quand le lecteur sera au courant de quelques-uns des traits de ma vie.
« Ma résolution, sérieuse comme elle Tétait, n'était due ni à un mouvement de précipitation, ni à la négligence. Je me décidai à faire visite à mes parents et à mes amis, et à prendre leurs conseils. J'avais déjà soumis cette importante alternative à Dieu, qui s'était toujours montré un père pour moi. Tout arrêtée que fut mon idée, j'étais cependant prêt à tenir compte de leur jugement, s'il différait du mien. Avant de quitter Londres, il me fut permis de faire les arrangements qui me permettraient de reprendre ma carrière, si la décision de mes parents était contraire à mes projets. Finalement, après un court intervalle de temps consacré à l'étude, j'entrai dans un collège, comme étudiant en théologie. C'était à Whalley Range, près de Manchester. Je fus assez heureux pour obtenir l'approbation et les éloges de mes professeurs ; et il me fut permis de suivre, jusqu'à la fin, un cours d'études variées. Je le fis avec une grande ardeur et une profonde jouissance.
(c Les incidents les plus marqués de cette vie retirée furent causés par les demandes de prédication qu'on m'adressait presque chaque semaine, ainsi qu'à mes condisciples. C'est en des lieux très
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divers que nous nous livrions à ces premières tentatives d'exhortations évangéliques : tantôt dans les chaumières, dont les murs dépourvus d'ornements n'étaient éclairés que par une seule et presque invisible lumière; — là, nous trouvions souvent de grandes Bibles, illustrées de gravures en taille-douce, représentant des scènes surnaturelles ; — tantôt sous les voûtes brillamment éclairées de cathédrales, que Torgue faisait résonner et où tous les diacres assemblés, avec leurs cravates d'une blancheur éclatante, ne contribuaient pas peu à intimider un pauvre débutant. Pour moi, un coup d'œil jeté sur quelques-unes de ces scènes ne serait pas sans intérêt, et il est probable que j'y trouverais matière à des réflexions que je ne faisais pas alors. »
Le fragment qu'on vient de lire fut trouvé par M°*® Mac- AU dans les papiers de son mari. Ce fut l'anneau qui manquait à la chaîne. « Je n'ai pu, écrit M"® Mac-AU, m'empècher de prendre note de la date. C'était le 17 décembre 1895. Si mon mari avait vécu, il aurait atteint, ce jour-là, sa soixante-quatorzième année. » Le récit est bref et simple : il ne parle pas de la lutte intérieure qu'il fallait soutenir, pour abandonner une carrière adoptée avec une passion ardente, et pour laquelle Dieu avait donné au jeune homme des aptitudes très particulières.
Cependant, sa volonté était très forte, et ses
plans lui étaient très chers. Il avait à coup sûr ses ambitions. Mais elles se heurtaient à ce pouvoir supérieur qu'il venait d'apprendre à aimer : la voix de Dieu lui rappelant les paroles de son père mourant, et Fenflammant d'un feu intérieur qui ne devait s'éteindre qu'avec sa vie. Et encore, est-il vrai de dire qu'un amour aussi puissant a pu jamais s'éteindre ? « Ils mentent ceux qui nous disent que l'amour peut mourir. » Ne veille-t-il pas encore, et ne protège-t-il point ceux qu'il essaya de gagner au Sauveur, pendant sa carrière terrestre ?
Et maintenant nous le trouvons au collège. On ne l'oublie point pourtant à Londres, dans le bureau de l'architecte. Et nous possédons ce témoignage :
20 février 1844.
Monsieur Mac- Ail,
Je commence par vous demander pardon de ma conduite passée dans votre classe : lorsque je pense maintenant à la manière dont nous vous traitions, j'en suis tout honteux. J'espère que M. Backhouse vous a écrit à mon sujet; aussi je ne ferai pas d'éloges de moi-même. Je suis très triste que vous quittiez notre école, et je serai très content de vous revoir, ou de recevoir une lettre de vous. Je pense que Gorby vous écrira. Je termine en vous assurant de ma profonde affection.
Auguste Panchàud.
Beaucoup d'autres lettres de Panchàud à M. Mac- AU, et beaucoup de réponses de M. Mac-AU à
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Panchaud sont notées dans le carnet; mais celle-ci est la seule qu'on ait relfouvée.
Au mois de septembre 1:844, M. Mac- Ail entra donc, comme étudiant, au « GoUège libre de théologie de Whalley Range » (*).
La vie de « collège » ne manquait point de gaieté; ce furent « les jours heureux », comme M. Mac-AU aimait à les appeler; plaisanteries, réparties, rires à se tenir les côtes, tout cela ne manquait pas d'alléger le travail. Parmi ses condisciples, le jeune homme rencontra beaucoup de ceux qui, plus tard, devaient faire leurs preuves dans le saint minis.tère. Tant qu'il vécut, ce fut un des plus grands plaisirs de M. Mac-AU de retrouver ses anciens camarades, et de s'entretenir avec
(1) Rappelant quelqaes-uns des souvenirs de sa vie de collège, le Rév. A. ClaHc écrivait la lettre suivante :
« Ma chère madame Mac- Ail,
a Le souvenir le plus frappant de notre vie de collège est que, lui et moi, présidions un culte, une fois par semaine, dans un petit village situé à environ deux kilomètres. Nous allions au village ensemble, et, à la fin du service, nous revenions de compagnie. Ces promenades étaient très agréables, et l'œuvre de votre mari, à Paris, m'a rappelé ces réunions tenues dans notre jeunesse. Je me rappelle aussi un plan de grande chapelle qu'il s'était essayé de faire, se servant ainsi des enseignements reçus autrefois, longtemps avant que le « Tabernacle » de Spurgeon fût bâti. Il voulait avant tout obtenir une bonne . acoustique, afin que la voix du prédicateur fût entendue partout ; car il pensait que, à condition de posséder un homme vraiment qualifié pour entraîner les masses, un seul édifice serait
eux de ces années de jeunesse. Ainsi, il racontait qu'un jour où il avait été désigné pour faire le culte dans une des chapelles de la comtesse de Huntingdon, au moment où il entra dans la sacristie pour revêtir la robe noire du prédicateur, un obligeant sacristain apparut, et, ouvrant un placard, en sortit un carafon de vin : «Vous devez être fatigué, Monsieur, vous qui n'êtes point habitué, sans doute, à parler! Prenez donc un verre de vin! » Et en même temps il remplissait un verre. « Non, merci. — Alors c'est moi qui le boirai. » Et ce disant, notre homme passait de la parole à Faction. De même, on se souvenait qu'au collège il était interdit aux étudiants d'avoir un animal dans les salles d'étude ; or, il était dans les habitudes qu'un des professeurs fît des- visites inattendues aux étudiants, en négligeant de frapper à la porte. Un beau jour, le directeur se présente dans le sanctuaire de S. . . , qui rêvait assis, tandis que sur la table,
bien préférable à un grand nombre de petites chapelles, en ce qu'il économiserait les forces et l'activité pastorales. Ces idées me sont souvent revenues à l'esprit, lorsque l'édifice de Spurgeon a été bâti. En une certaine mesure, il a réalisé son idée pendant son propre ministère en Angleterre. Et pourtant, l'on peut penser que sa voix a eu une influence plus grande et remué un cercle plus étendu en France, précisément parce qu'il s'est servi de salles de réunion, plus petites, mais situées dans un . grand nombre de localités et couvrant ainsi un plus grand espace. En un mot, je peux dire que la diligence et le dévouement au travail de son Maître, ont été les traits caractéristiques de sa vie si éminemment utile. »
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à côté de lui, trônait un chat à Tair modeste. (( Qu'avez-vous là ? » dit le professeur de son ton le plus sec. — « C'est un chat, Monsieur, dit Fétudiant. — Hum! »... puis, après un arrêt: « Lui donnez-vous au moins quelque chose à manger? Car si vous ne ïui donnez rien, il mourra. » Après cette dure réprimande, le brave directeur opéra dignement sa sortie. Un autre étudiant avait une statuette (lu jeune Samuel sur sa cheminée; quelque mauvais plaisant vint en son absence, et couvrit de tatouages le corps immaculé de Tenfant : Ton peut s'imaginer TefTet de ces farces parmi cette bande de jeunes gens.
M"*® Mac-AU aurait pu citer beaucoup d'autres histoires semblables; mais elle n'a pas cru devoir le faire : ces histoires manqueraient, nous dit-elle, de cette saveur exquise qui faisait le charme des récits de son mari. Il y a tant de choses dans la vie auxquelles on peut rêver, mais qu'il ne faut pas dire, de peur de les déflorer !
Vint enfin la période des examens qui devaient être le couronnement de ses études théologiques. Le premier jour, par suite de l'étourderie d'un ami, il avait manqué le train de Groydon; arrivant à Somerset-House, il trouva les portes fermées. Heureusement, un examinateur entra par hasard et traversa le vestibule; on lui expliqua le cas : « Entrez, dit-il, mais vous aurez bien peu de chance d'être reçu. » Le lendemain, 13 juillet,
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arrivait la dépêche suivante : « Somerset-House, examen passé, reçu dans les premiers. » Le jeune étudiant avait résolu de prendre en&uite ses degrés de bachelier es arts (B. A.); mais il n'avait pas tenu compte de la forte somme de travail qu'il devait fournir, en sa qualité de prédicateur et de pasteur d'une paroisse aussi vaste que celle de Sunderland. Il dut donc renoncer à l'espoir d'obtenir ce nouveau diplôme. Qu'importe, après tout? L'apôtre ne l'assure-t-il point? « Ceux qui ont servi Dieu ont acquis des titres élevés. »
M. Mac- AU n'avait point eu à attendre longtemps une chaire; dès le mois de novembre, en effet, l'Église congrégationaliste de Sunderland, qui était sans pasteur, avait prié le D^ Vaughan de lui chercher un homme digne de cette fonction. M. Mac- Ail avait été choisi, et c'est ainsi qu'il pénétra dans cet endroit excentrique de l'Angleterre. Ses premières impressions furent tristes à l'extrême, bien qu'il n'eût qu'à se louer, comme en témoignent ses mémoires, de l'hospitalité bienveillante qu'il rencontra chez les braves habitants de ce pays du Nord. Nos lecteurs verront du reste, dans le chapitre suivant, que ses premières années de ministère furent un temps béni. Qu'on nous permette, en terminant, de citer une lettre du Rév. N. Hurry, un de ses condisciples encore vivants, qui a pu apprécier, par son propre passé rempli de bénédictions, « la joie du service actif » :
Keswickf 30 juillet 1895, — Mon plus grand plaisir était de m'asseoir à côté de lui, à notre table de collège, pendant les quatre années que nous y fûmes ensemble, de 1844 à 1848. Et comme nous avions Thabitude de faire ensemble notre promenade quotidienne, j*eus le privilège d'apprendre à le connaître, mieux que ne le firent la plupart de mes camarades. Avant d'entrer dans notre école de théologie il avait fait des études d'architecture, et, par là, il avait acquis des connaissances esthétiques plus affinées que les nôtres. Son amitié fut pour moi un bien inappréciable. Car, dans nos promenades, il savait discerner chaque beauté de la nature. Il avait étudié la botanique, et cette science avait à tel point développé son goût pour les fleurs sauvages, que je me rappelle avoir été parfois impatienté, en le voyant s'arrêter si souvent et si longtemps pour chercher et examiner ces trésors, auxquels, moi, profane, je n'eusse guère prêté attention. Comme étudiant, il travaillait avec application et persévérance, conservant toujours un bon rang dans ses classes, et ayant une facilité toute spéciale pour exprimer sa pensée, soit dans la conversation, soit dans les compositions écrites. Plein d'enthousiasme, il s'enflammait à la pensée de l'œuvre qu'il devait entreprendre plus tard, comme serviteur de Dieu, et donnait à tous l'impression qu'il était un sincère et fervent disciple du Christ. Sa nature, sensible à l'extrême, i'éloignait de tout ce qui lui paraissait grossier ou égoïste. Toujours on le trouvait prêt à obliger les autres et à se dévouer à leur service.