MANCHESTER
« Nous aussi, dit M™* Mac-AII, nous avons/ bien que nous ne les invoquions pas, nos saints patrons. Et quoique le nom légal de la chapello que M. Mac-AU desservit en 1866 et 1867 soit : € chapelle de la rue Grosvenor, Piccadilly, Manchester », cependant, le Rév. William Roby Ta tellement marquée de son empreinte, ainsi que ses fidèles, qu'il faut lui donner ici le nom populaire de « Roby ». « Si j'essaie d'en parler, écrit M"'® Mac- AU, celui dont j'écris la vie ne me défendrait pas de rappeler quelques-unes des figures et des paroles du passé, que nous faisions revivre ensemble avec délices. Il y avait dix diacres, presque tous vieux en tant que diacres, et en tant qu'hommes, et c'était d'autant plus malheureux! Pourquoi de tels hommes ne peuvent-ils vivre toujours? Ils nous regardaient comme tout à fait jeunes, quoique nous fussions d'un âge mûr; cependant il n'était pas désagréable d'être de nouveau traités en jeunes, car n'y a-t-il pas quelque chose d'inexprimablement agréable à vivre là où Ton est connu et aimé à cause de ses pères? Et nous avions eu tous deux le bonheur de vivre et d'être abrités là, dans notre jeunesse. Si nous les
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aimions, les membres de notre conseil des dix, je crois, j'affirme qu'ils nous aimaient aussi.
« Et voici la mesure de la colère familière des gens du Lancashire, de l'un d'eux du moins, à notre départ. Quelle onction, quelle force naturelle, quelle parfaite simplicité chez ce cher vieux M. Ziba Armitage! Quand il élevait la voix pour la prière, elle vous éveillait à la réalité. Cependant, quand M. Mac-AU se retira, simplement parce qu'il sentait qu'il ne faisait pas naître un grand mouvement, là où il l'avait espéré, parmi les gens étrangers à la congrégation, les masses dégradées, par suite de l'éloignement de la population vers les faubourgs, M. Armitage ne put admettre ce départ. « On le fouettera pour l'en punir », disait-il pour se décharger le cœur; mais son fouet ne nous fît pas grand mal.
« Voici les propres paroles qu'écrivit M. Mac-AU en août 1867 :
La chapelle est au centre même de la ville. La population effective s'étant complètement retirée de nos environs, je trouve impossible de faire quelques progrès et d'accomplir un grand effort.
« Il y avait aussi une importante école du dimanche, entretenue par les efforts incessants de moniteurs dévoués, et les Dimanches de mission, les traditions « Roby » se manifestaient par des collectes de 5,000 francs pour la L. M. S. [London
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Missionary Society?) Honneur au Pasteur qui s'est tenu près du noble et vieux vaisseau, fidèle timonier, depuis le départ de M. Mac-Ail ! . . . quoique le malheur ait bien éclairci les rangs et que, de notre « conseil des dix », un seul reste, dont les mains sont soutenues par de plus j-eunes. »
On peut dire de « Roby » qu'elle « étendait ses rameaux à la mer et ses branches au fleuve », car ce n'est pas seulement dans les églises suburbaines du Cheshire et sur les côtes qu'on peut trouver ceux qui, soit par eux-mêmes, soit par leurs parents, s'en réclamaient; mais elle est liée à de nobles noms dans le vaste champ des Missions : Royle dans les mers du Sud, Jonathan Lees en Chine, et le dernier, mais non le moindre, le vénérable Robert Moffat, qui a écrit son « séjour sous les soins bienveillants et éclairés de M. Roby, séjour qui dura au moins un an, à la pépinière d'où je ne pouvais sortir pour venir le voir qu'une ou deux fois par semaine. » Le grand missionnaire décrit ^insi sa première entrevue avec M. Roby :
La peine de frapper à la porte de cet excellent homme semblait très dure. Une deuxième fois j'arrivai jusqu*à la porte, et j'avais à peine posé le pied sur la première marche que le cœur me manqua encore. Enfin, après avoir reculé, puis avancé pendant quelques minutes, je revins à la port^ et je frappai. Gela ne fut pas plutôt fait, que j'aurais donné 1,000 livres, si je les avais eues, pour n'avoir pas frappé; et j'espérais, oh! combien! j'espérais de tout
mon cœur que M. Roby ne serait pas chez lui! résolu, s'il en était ainsi, de ne recommencer jamais. Une jeune fille m'ouvrit la porte. « M. Roby est-il chez lui ? i demandai-je d'une voix tremblante. « Oui », me fut-il répondu, et l'on m'introduisit dans le salon. L'homme redouté, que j'avais demandé à voir, apparut bientôt. Ma simple histoire fût bientôt dite. Il écouta avec un bienveillant sourire tout ce que j'avais à dire, en réponse à quelques questions. Il dit qu'il écrirait aux Directeurs de la Société, et que lorsqu'il recevrait leurs réponses, il me communiquerait leurs vœux à mon sujet.
A l'automne de 1867, M. Mac- AU se sentit poussé à exprimer son opinion, et à agir en conséquence, au sujet des trois Fenians condamnés à mort, le 8 octobre, à Manchester. Nous pouvons appeler cela un avant-coureur de son œuvre parmi les tempêtes de Paris.
Ici, levons le voile, et faisons une visite rapide au centre de Torage avant de revenir à Manchester. « Sept années environ se sont écoulées, dit M"* Mac- AU. A la sortie d'une excellente réunion du dimanche après-midi, boulevard de Méniimontant, tout près du Père-Lachaise, un ouvrier, qui était évidemment tout à fait un « Rouge », et qui, d'ailleurs, avait probablement un peu trop bu, voulut savoir ce que nous étions, nous. Etions-nous Monarchistes, Bonapartistes ou Républicains ? Comme il insistait beaucoup, M. Mac-AU dit à la fin : « Dans mon pays, je suis Radical (ce qui chez nous
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signifie Libéral), mais ici, je ne suis que chrétien. » Cet aveu amena un grand changement chez l'homme dont les questions avaient été importunes. »
Les extraits de journaux qui suivent, font clairement ressortir la cause et les résultats de Faction de M. Mac-Ail à Manchester.
Le Manchester Examiner du 18 septembre 1867, raconte :
« Pendant que l'on conduisait deux des chefs Fenians, le Colonel Kelly et le Capitaine Deasy, à la geôle de Bellevue, le fourgon de la prison, dans lequel on les emmenait, fut attaqué, en arrivant à la voûte du chemin de fer, en travers de Hyde Road, par une bande d'hommes. Avec quelques coups de revolvers, ceux-ci dispersèrent les agents de police, au nombre de onze, qui accompagnaient le fourgon, en forcèrent la porte et mirent en liberté les prisonniers. Un agent nommé Brett, qui était assis à l'intérieur de la voiture, reçut un coup de pistolet et mourut bientôt après à l'hospice. Deux ou trois autres hommes furent légèrement blessés. Quand la surprise qui suivit l'attaque fut passée, le parti des assaillants fut poursuivi, et leur chef, un homme du nom d'Allen, fut arrêté et convaincu d'être le meurtrier de Brett. Hier au soir les deux Fenians, Kelly et Deasy, n'avaient pas été repris. Le Home Office a offert une récompense de 300 livres (7.500 francs) pour
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leur capture, et de 200 livres (5.000 francs) pour celle des Fenians qui ont pris part à l'attaque. »
a 8 octobre, — Trois des sept hommes accusés de meurtre, ont été déclarés coupables et condamnés à mort. »
Le même journal publia cette lettre le 6 novembre :
Monsieur,
J'entenda.dire, de tous côtés, que le sentiment d'indulgence qui a fait épargner la vie des autres condamnés Fenians ayant « totalement échoué », le seul parti à prendre est de « faire un exemple », en sacrifiant un ou deux des malheureux actuellement condamnés à mort. Je suis fortement frappé de la hâte de cette conclusion, et je la trouve basée sur des raisons insuffisantes et sur une conjecture superficielle. Était-il raisonnable d'espérer, qji'à là suite de l'expansion et de la force que, malheureusement, le Fenianisme avait déjà prises chez beaucoup de nos compatriotes irlandais, l'effet de cette indulgence se ferait sentir immédiatement, et de façon triomphale, ou même que les actes de téméraire audace seraient tout de suite réprimés? Les conquêtes du 'calme, de la clémence, de la générosité ne se font pas si aisément. Il faut que la forme angélique de la fraternité souffre plus d'une blessure, avant que la main criminelle qui causa ces blessures s'étende pour demander la pression de l'éternelle amitié.
Si la première opinion est juste, s'il y a lieu d'espérer que la patience fera plus que la terreur pour ramener les mécontents à l'obéissance, je pense qu'il y a les plus fortes raisons de croire, que changer de conduite maintenant, ce serait prévenir l'effet de la tentative d'indulgence, alors qu'on
ne l'a encore qu'à, moitié essayée. Il est difficile d'admettre qu'il y ait des esprits assez étroits pour croire que nous n'aurions pas aujourd'hui à déplorer ces funestes actes, si une justice excessive avait été observée auparavant. C'est ma ferme croyance que les outrages répétés, si terribles qu'ils soient, le sont bien moins que n'auraient été la fureur et l'agitation imprudemment excitées, si l'on avait fait, des hommes en question, les c héros martyrs i de la populace égarée. Je voudrais que ma voix fût assez forte, assez persuasive pour être entendue, et je dirais : N'anéantissez pas prématurément cette sage et fraternelle tentative; essayez, ail moins, encore une fois. Plus profondément qu'à la sombre surface des passions effrénées, peut-être prépare-t-elle déjà la guérison. Au delà de ce qui n'est que passion et agitation, existe, pour une multitude d'Irlandais, l'idée au moins qu'ils sont réellement lésés. Par-dessus tout, je supplie que la question soit traitée à un large point de vue et comme liée à l'avenir de l'île sœur.
Quel cœur anglais, vraiment généreux, ne désire une intime fraternité, dans laquelle la race irlandaise, avec ses traits si fins et ses talents si variés, nous sera liée et unie de telle façon que la distinction soit à peine possible ?
L'exécution de ces hommes, ou d'Allen seul, si je comprends bien la nature humaine, aura certainement pour efiet de retarder cet heureux résultat.
La commutation de la sentence en la peine des travaux forcés, pour celui qui, follement, tira le coup fatal, aussi bien que pour ses camarades, serait une puissante affirmation de la résolution des Anglais de vouloir être pour leurs sujets aveuglés des compatriotes et des frères. Quelles que dussent être les apparences immédiates, je ne puis croire qu'une telle leçon n'aurait pas, à la fin, un heureux résultat.
Je suis. Monsieur, sincèrement à vous.
R. W. Mac-All.
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Aucun effort ne fut épargné pour obtenir la commutation de la sentence rendue contre les condamnés. Une réunion influente, convoquée par le Rév. R. W. Mac- AU, eut lieu au Marché aux grains, et une pétition en faveur d'un sursis fut adoptée à l'unanimité, le 19 novembre (^).
« Jamais je n'oublierai cette réunion, écrit M™* Mac-AU, les milliers .d'hommes assemblés, la place, noire de tètes d'hommes, les circonstances tragiques, le pardon chrétien de la veuve de l'agent de police assassiné, obtenu par son pasteur, la plateforme sur laquelle toutes les classes de la société étaient représentées, le ton de largeur, de modération et de miséricorde de Torateur, recon-
(1) Appelé à la présidence, M. Mac-AU prononça une allocution qui fit une profonde impression. En voici les phrases plus particulièrement significatives :
« Montrons à nos compatriotes qui habitent l'Angleterre que nous comprenons les enseignements de Celui qui dit : « Aime ton prochain comme toi-même. » Faisons ainsi, en ce qui nous concerne, tous les efforts nécessaires pour amener les temps heureux où les Anglo-Saxons, unis aux fils de la verte Erin, pourront employer à un but commun leurs qualités exceptionnelles. Hâtons le jour où nous serons tous frères et rien que frères.
« Voyez du reste, messieurs, l'adresse qui nous a été envoyée hier de Manchester. Quel sujet d'espérance! En trois jours elle s'est couverte de 17,490 signatures, données par des hommes de toutes les classes et appartenant à tous les partis.
« Nous avons reçu bien d'autres témoignages d'approbation. Sans doute, ces derniers n'ont pas l'importance du « Mémorial » auquel je viens de faire allusion, et dont le papier, bien qu'il fût écrit sur deux colonnes, avait 200 mètres de longueur. »
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naissant le caractère détestable du crime, mais relevant, cependant, les circonstances atténuantes.
« Le temps pendant lequel on pouvait agir avait été terriblement court ; la demande de commutation avait été signée dans les rues; sans l'initiative la plus énergique des instigateurs de la démonstration, elle n'eût pu être faite. M. Mac- Ail ne reçut aucun encouragement de ses amis personnels; tous penchaient pour la sévérité.
« La pétition ne fut pas favorablement accueillie. En dépit de tous les efforts faits pour les sauver, les trois condamnés, Allen, Larkins et Gould, furent exécutés le 23 novembre. Quelle tristesse de penser à ce pauvre garçon de dix-neuf ans, si soudainement entraîné par ses compagnons! Son oncle et ses amis vinrent de Dublin, et leur reconnaissance fut touchante, quand, s'étant approchés de la portière du fiacre, ils remercièrent cordialement M. Mac-Ail. Qui peut dire combien cette expression de sympathie, de la part de tant de milliers de leurs compatriotes, peut avoir contribué à calmer les esprits aigris, pleins du désir de vengeance ?
« Que Ton pardonne à une femme de dire qu'elle fut fière de son mari, ce soir-là. On aurait cru que ces pauvres gens ne cesseraient jamais de l'acclamer. Elle n'oubliera jamais deux bras qui, dans le coin le plus éloigné de la galerie, tournaient comme les ailes d'un moulin à vent, quand tous les autres s'étaient arrêtés.
« Après cela, je ne crois pas qu'aucun Irlandais eût jamais essayé de le molester durant un service en plein air, comme on Tavait fait une fois, quand, suivi d'un grand nombre de ses fidèles, un beau soir d'été, il avait tâché de parler du Christ. Un homme menaçait de le jeter par terre; nos jeunes gens de Roby l'entourèrent immédiatement, pendant que l'un de ses compagnons disait à M. Mac- AU : « Continuez, monsieur, c'est mon camarade, « il ne vous fera aucun mal », et le service se fit au milieu de la plus grande attention et de la plus parfaite tranquillité, spécialement pendant la prière. M. Mac- AU garda l'habitude de prêcher en plein air, pendant tout le temps dé son ministère, au milieu de l'été, après le service du soir; un grand nombre de fidèles suivaient, ettout se passait dans le plus grand ordre et avec décorum. Nous soupirons après le jour, où tout prédicateur, doué d'une voix et d'une charité suffisantes, pourra sortir de son clocher pour se mettre, pour ainsi dire, à la recherche « des masses déchues ».
« Plus on lira la lettre suivante, plus on la trouvera touchante. Là, et dans ce qui suivit, était, nous n'en pouvons douter, la « Main conductrice ».
Chapelle de Roby, rue de Grosyenor, Manchester, 26 septembre 1867.
C'est avec le plus grand regret que les membres de notre église reçoivent la démission que Ton vient de lire, de leur estimé pasteur le Rév. R. W. Mac-Ail; et tout en se sen-
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tant convaincus, par les termes décisifs dans lesquels il s'est exprimé, qu'aucune alternative ne leur reste que celle de l'accepter, ils ne peuvent songer à la rupture des importantes relations, si récemment nouées, sans un sentiment de profond chagrin. Vivement touchés de la fidélité et du talent avec lesquels M. Mac-AU a rempli ici son ministère, ils désirent lui en témoigner leur profonde reconnaissance, et offrir à lui et à sa compagne aimable et dévouée, l'expression de leur affection et de leur estime sincères et chrétiennes. Ils demandent et désirent ardemment que leurs pas puissent être promptement dirigés vers une sphère où il leur soit possible de travailler avec satisfaction, pendant de nombreuses années à venir, dans la maison du Maître qu'ils aiment à servir. A 4'unanimité et avec une sympathie sincère.
Edward Lewis, Président.