RAYONS ET OMBRES
A mesure que nous avançons, cette .histoire devient toujours plus. difficile à écrire, car c'est de l'homme que nous avons à parler plus que de l'œuvre. Or, l'homme se confond avec son œuvre. Et l'œuvre sortie du grain de sénevé primitif n'est plus seulement un grand arbre, c'est toute une forêt luxuriante et touffue. Sur la tige des réunions proprement dites se sont greffées des œuvres qui la complètent et qui l'étendent : écoles du dimanche et du jeudi pour les enfants, groupes pour les jeunes gens et les jeunes filles, réunions pour les mères de famille, ouvroirs, dispensaires gratuits (^), salles pour les militaires, bateau missionnaire, etc. Chacune de ces branches, comme chacune des stations fondées à Paris ou en province, mériterait une étude spéciale, et cette étude^^serait riche en documents intéressants, vécus. L'embarras ici est celui du choix entre
(1) Les premiers dispensaires gratuits furent adjoints aux salles des Ternes, de Grenelle et de la rue Lauriston. Les médecins attachés àn;es dispensaires ont été successivement les docteurs Darcus, Estrabaud et Anderson. Nous ne devons pas omettre de parler des services si importants qu'a rendus M. Taylor, pharmacien de l^e classe en retraite, qui, ainsi que sa femme, se sont dévoués pour l'œuvre, comme collaborateurs bénévoles, d'une façon vraiment admirable.
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toutes ces richesses. Mais, nous Tavons dit, cette histoire-là ne s'écrira jamais complètement que dans le ciel. Ici-bas, nous n'en aurons jamais que des fragments, et, même quand nous le voudrions essayer, nous faudrait-il renoncer à recueillir tous ces fragments. Ils sont trop. Les seuls rapports de la Mission font de gros volumes, et ces rapports ne disent pas tout. Forcé de nous borner, nous prenons donc le parti auquel s'était arrêtée déjà M°»« Mac- AU dans la biographie anglaise, celui de donner un peu pêle-mêle, dans l'ordre seulement de leur date, les documents les plus intéressants : lettres, adresses, notes, citations, extraits des rapports. Que le lecteur veuille bien excuser l'apparent désordre de ce travail. La matière ici vaut par elle-même et peut se passer de l'art de l'ajusteur.
Voici, par exemple, une lettre de M. Théodore Monod qui, dans l'anglais où elle fut écrite, est un véritable bijou. Nous craignons seulement que notre traduction ne trahisse, comme c'est si souvent le cas, la pensée et l'expression de l'auteur. M. Mac- AU lui avait demandé s'il ne voudrait pas s'attacher d'une manière permanente à son œuvre (*). M. Théod. Monod lui répond :
(1) C'était aussi M. Moody qui souhaitait ardemment que les dons de M. Thcodore Monod fussent consacrés à l'évangélisation a pour notre œuvre ».
18 novembre 1882.
Mon cher frère,
Vous avez rarement écrit une leltre — ou même une prédication— aussi affectueuse que ces dix lignes que j'ai reçues de vous hier. Eh bien, les jours s'écoulaient les uns après les autres, et la lettre que je me proposais de vous .écrire, ainsi que tant d'autres, restait à l'état de projet. De sorte que, lorsque je vis votre écriture, je m'attendais à trouver quelque chose comme une discussion, un argument, des reproches; et voici... c'était une délicieuse petite fleur d'amour fraternel. Oui, certes, la leltre incluse m'a « fait plaisir », et m'a encouragé. Je remercie Dieu de l'avoir donnée, et vous de l'avoir communiquée. Quanta la-grande question, pas un mot, — et pourtant... pourtant, vous avez marqué un seul trait qui désigne un mot... « pour notre œuvre » ; et cela est allé doucement, sûrement, profondément dans mon cœur. Une aiguille, vous le savez, pénètre plus loin qu'un marteau. Depuis lors, j'ai appris par M. Ashton que vous avez été très souffrant, et je n'en éprouve que plus le besoin de vous venir en aide. D'un autre côté, « la sortie » — comme les Anglais le mettent dans leurs stations de chemins de fer — n'est pas claire du tout. Au fait, je suis surchargé de raisons — et elles sont fortes, je vous assure — qui me pressent de rester à mon poste et de concentrer toutes mes forces au milieu de ma propre paroisse, m'efforçant de la faire revivre d'abord — bref « commençant à Jérusalem » avant de m'occuper des Samaritains, même des « bons Samaritains ». A mon avis, il y a beaucoup à dire des deux côtés, et je crois que je suis prêt à me décider pour l'un et pour l'autre partis. Que le Maître me donne toutes les lumières au moment où cela sera nécessaire; je n'en ai aucun doute.
Je serai prêt à recommencer mes réunions de la rue de
Rivoli, vendredi, 8 décembre. Et j'aimerais inaugurer une réunion de prières à la salle de la rue Saint-Antoine, samedi, 9 décembre, à 8 b. 1/2 du soir, si cela vous convient. Mes meilleurs compliments à M"^® Mac-AU. Bien affectueusement.
Th. MoNOO.
Voici un clocument d'un autre genre. C'est une demande venue de Nantes, si célèbre dans les fastes religieux de la France, afin d'organiser dans cette ville une œuvre d'évangélisation. — Cet appel était accompagné d'une lettre du Synode régional de l'Eglise réformée, dont voici les termes :
Au Rév. M. Mac-Ail, Cher et très respecté frère,
Nous avons Thonneur de vous transmettre la résolution suivante du synode des Églises Réformées évangéliques de la quatrième circonscription, assemblées à Nantes, les 9 et 10 octobre.
Le Synode, sur la proposition de M. de Richemond (archiviste du département de la Charente-Inférieure), adresse un témoignage de reconnaissance et de sympathie fraternelle au Rév. R. W. Mac-AU, le fondateur respecté de la Mission évangélique aux Ouvriers de France, œuvre qui a pris une si grande extension, grâce à la générosité des chrétiens d'Angleterre et des Etats-Unis d'Amérique. Ce témoignage, voté à Tunanimité, n'est qu'une faible expression de l'admiration et de la gratitude avec lesquelles nos Eglises considèrent votre oeuvre. Dans notre circonscription, La Rochelle, Rochefort, Brest et Lorient ont déjà
des réunions populaires, et nous espérons que, bientôt, le même privilège sera étendu à Nantes, à Rennes et à Saint- Nazaire.
E. Bbrthb, pasteur à Brest, président.
A. RouFiNEAU, pasteur à Nantes, secrétaire.
Une station Mac-AU ne tarda pas, selon ce vœu, à être fondée à Nantes avec le concours des pasteurs de la ville et de laïques dévoués, comme M. Hipp. Durand-Gasselin. Avec des péripéties diverses, cette branche s'est toujours maintenue depuis lors et y dure encore.
Un appel semblable, venant des pasteurs d'Alger, recevait une réponse non moins favorable, et M. Mac-AU déléguait à Alger lui de ses jeunes coadjuteurs, — entré depuis lors, avec le fondateur, dans le repos du ciel, Arthur de Rougemont — qui, déjà à Nice, à Saint-Etienne et à Paris, avait mis au service de la Mission sa foi profonde, sa piété touchante, son enthousiasme communicatif. Comme le relate le rapport de 1883, les débuts furent difficiles dans cette ville, où Tincrédulité soi-disant libre-penseuse est facilement intolérante, échauffée et batailleuse.
Au bout de quelques jours, une cabale fut montée parmi quelques mauvais sujets pour troubler et empêcher les réunions. Il y eut tapage, désordres, et finalement on dut fermer les réunions. M. Réveillaud, mandé à la rescousse, arriva — muni, entre autres armes, d'une attestation de M. de
Pressensé, qui rendait hommage au caractère patriotique en même temps que chrétien de Tœuvre. On visita les journalistes; on agit par la presse sur Topinion, et bientôt, les malentendus étant dissipés, les réunions purent être reprises et non sans succès. Post tenebras^ lux. Ce fut, comme il arrive si souvent dans la nature et aussi dans l'histoire du règne de Dieu, une alternance d'ombres et de rayons.
Dans le rapport de 1883, qui relate ces faits, M. Mac-AU fait un tableau des progrès de Tœuvre en plusieurs lieux, et donne, entre autres, une description de la salle Philadelphie, rue Saint- Honoré.
Ici, dans cette petite salle, confortable maintenant et, à sa manière, élégante, on peut voir, chaque soir de la semaine, à 8 h. 1/4, et le dimanche, dans l'après-midi, à 4 h. 1/4, deux cents personnes assises, assemblée suffisamment nombreuse, composée surtout de gens bien velus. Ce sont là les assistants réguliers et les passants d'occasion. On peut y voir souvent des personnes connues par leur intelligence et leur influence. Le ruban rouge, insigne de l'ordre de la Légion d'honneur, n*est pas rare. Outre la sympathique figure de notre facteur, vêtu dans ses plus beaux habits du dimanche, qui a trouvé son Sauveur dans cette salle, il y a deux ans, on peut surprendre le regard curieux ou protecteur de quelque personnage à Tair sévère, peut-être un notable ou un grand sai>ant. Le charme produit sur les personnes de toutes les classes, par le chant des cantiques, est remarquable et significatif. J'ai vu dans la rue Saint-Honoré plus d'un regard, hautain d'abord,
prendre tout à coup un air de sérieux intérêt à l'ouïe du
chant : « Redites-moi l'histoire ». Et nous avons lieu de
380 ROBERT-W. MÀC-ÀLL
croire qu'aucune réunion ne se tient dans cette salle, le dimanche ou les jours de la semaine, sans qu*il y assiste quelques auditeurs qui, à la lettre, entendent TEvangile pour la première fois.
En octobre 1883, Lord Radstock dirigea, dans cette salle, une double série de réunions en vue des collaborateurs chrétiens, et pour Tévangélisation. A la suite de ces réunions, plusieurs personnes déclarèrent qu'elles étaient résolues à se consacrer à Christ. Une petite réunion de prières, tenue dans la même salle, à cinq heures de Taprès-midi, fut la conséquence de cette heureuse visite (^).
Notons encore, comme une suite de ces réunions, l'impulsion donnée par M. Mac- AU pour organiser une série de services évangéliques de chrétiens de toutes dénominations, dans le grand temple de l'Oratoire du Louvre.
En avril 1884, la « salle Baltimore », 8, boulevard Bonne-JVouvelle, fut ouverte, près de la porte Saint-Denis. Nous extrayons le passage suivant d'une note écrite en mai par le cher et regretté
. (1) C'est dans cette même aunée 1883 que ce clergyraau dévoué, le Rév. T. Howard Gill, M. A., vint à Paris comme chapelain de l'Eglise de l'ambassade britannique, rue d'Aguesseau» où ^es travaux furent abondamment béois. Malgré les charges de son ministère, il trouva le temps de manifester ses sym> pathies à l'œuvre de la Mission et, sur les instances du fondateur, consentit h entrer comme membre dans le Comité de direction.
M. RosseeuwSaint-Hilaire,carcette note témoigne, pour M. Mac-Ail, d'une affection profonde, vraiment remarquable. La lettre est adressée à M""® Mac-Ail :
Yendredi. 17 mai 1884.
Chère amie et sœur en Jésus-Christ,
A peine arrivé ici, je vous ai écrit une carte pour vous demander des nouvelles de votre cher mari, et, depuis cinq ou six jours que je vous ai écrit, vous ne m'avez pas répondu ! Vous ne vous doutez pas des inquiétudes, des tortures même que m*a infligées votre silence. Je prie sans relâche, et je tremble pour cette vie si précieuse, à laquelle se rattache Texistence d'une œuvre non moins précieuse, d*où dépendent l'avenir et le salut de la France. Écrivezmoi, je vous en supplie, fût-ce trois lignes seulement, pour me dire comment va, depuis mon départ, votre cher mari. Dites-lui à quel point sa santé et sa vie me sont chères et combien je prie pour lui et pour vous, son ange gardien. S'il va mieux, hâtez-vous de me donner cette joie; s'il va plus mal, tenez-moi au courant de tout, que je redouble mes prières; mais en tout cas, rappelez-vous que, à tout prix, il a besoin de repos, d'un repos de plusieurs mois, pour se remettre de ses longues fatigues et de ses travaux forcés; s'il ne se repose pas, il est perdu, je vous le dis sans hésiter; on ne résiste pas toujours, ni même longtemps, à une tension pareille. Aurais-je oublié de vous donner mon adresse ici ? Kate aurait pu vous la donner -7- en tout cas la voici : chez M"*® Landry, à Frontenay par Passenans (Jura). Ma chère sœur vous envoie ses plus affectueux souvenirs; nous prions tous les matins ensemble pour votre cher mari et vous. Que Dieu veuille nous entendre !
Si par hasard, il allait mieux, pourriez-vous lui demander s'il croit que je pourrais envoyer à Londres deux
traités de plus à M. White qui en a déjà cinq de moi. Je viens d*en écrire un sous la dictée de ma chère sœur, qui a éprouvé bien souvent la puissance de la prière à côté du lit de ses malades. Adieu, chère amie, ayez pitié de moi, et écrivez-moi sur-le-champ.
Votre frère affectionné,
RossEEUw Saint-Hilaire.
Il est à peine nécessaire d'expliquer ce que cette lettre donne à comprendre; que nous sommes ici en présence des « grandes » épreuves dont nous aurons à parler. Avec chaque année nouvelle, l'effort physique devenait plus fatigant pour M. Mac-All. De bonne heure, en 1884, il eut pour conséquence une maladie excessivement grave. Lui-même a raconté d'une manière frappante ce temps d'épreuve.
3 ou (k mai i88'4. — A mon réveil, je m'aperçus que j'avais été favorisé d'un doux sommai, après quelques jours et quelques nuits de terribles maux de tète, et que la douleur insupportable avait cessé (bien qu'elle revînt quelques heures après). Involontairement, jouissant de cet inexprimable soulagement, je m'écriai intérieurement : t Dieu soit béni pour ce repos! » Puis, j'ajoutai, comme malgré moi : f . Hélas ! pourquoi faut-il que je L'aime si peu, que ma foi soit si hésitante et si faible! » Mais c'est justement mon désir, c'est le besoin ardent de mon coeur de saisir et de posséder mon Sauveur. — Je puis l'affirmer du fond de mon être. — Il n'y a rien que je ne sois disposé à faire et à souffrir pour cela. N'est-ce pas merveilleux qu'il ait confié une œuvre si importante pour la
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gloire de son glorieux nom, à un instrument si peu en rapport avec tout ce qu'elle exige de vie spirituelle et d'amour pour Lui? Je désire que, partout où l'on parle de mes faibles efforts, on puisse savoir, quand je ne serai plus, que du commencement à la fin, parmi toutes les choses remarquables qui concernent l'œuvre en France, je n'en connais pas de plus étonnante que le choix que le Seigneur a daigné faire de moi, en m'accordant le privilège d'être son pionnier pour celte œuvre, moi dont la foi est si faible, et qui manque tant d'amour pour Lui et d'amour pour les âmes !
Je désire signer de nouveau ce papier, octobre 1892.
C'étaient là des jours d'épreuve et d'angoisse. Nous n'oublierons jamais, écrit AP* Mac-Ail, les efforts dévoués et anxieux du D' Anderson, pour essayer de guérir — tout au moins de diminuer ses souffrances. — Les terribles maux de tête revinrent par intervalles tout l'été et tout l'automne. Les encouragements et les consolations, dictés par l'amour fraternel et par la reconnaissance pour son œuvre, ne lui manquèrent pas. Témoin cette lettre du Synode générai des Églises réformées :
Cher Monsieur et très honoré frère. — Le Synode général des Églises réformées évangéliques de France, réuni à Nantes, a, dans sa séance du 17 juin 1884, pris à l'unanimité la résolution suivante :
• c< Des remerciements sont votés à M. Mac-AU pour l'œuvre bénie qu'il accomplit depuis si
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longtemps dans notre pays, avec tant de dévouement et de succès. »
Vous trouverez le texte de cette résolution dans le recueil des actes et décisions du Synode général qui vient de paraître (n® 56).
Je suis heureux d'être appelé à vous la transmettre, comme président de la Commission permanente, et je saisis cette occasion pour vous exprimer les sentiments personnels de respect et d'affection chrétienne avec lesquels je demeure, cher monsieur et très honoré frère, votre tout dévoué,
ËuG. Bersier.
Outre la maladie, « des épreuves graves et diverses » venaient atteindre, de temps en temps, M. Mac-Ail, dans l'accomplissement d'une œuvre si grande, qui prenait chaque jour un plus grand développement. Nous en avons un aperçu dans la lettre suivante : *
Rue Pierre-Guérin, Auteuil, Paris, 12 mars 1885.
Mon cher monsieur Monod. — Merci pour votre bonne petite lettre. Je sais que je puis compter sur votre sincère sympathie dans cette si grave épreuve... Nos relations ont toujours été pleines d'une inaltérable cordialité ! — A mon égard il a toujours montré une parfaite sympathie, et a toujours été prêt à m*obliger. Vous pouvez comprendre quel fardeau de détails et d'arrangements embarrassants m'est ainsi imposé... Sans doute, vous avez eu une heureuse et agréable visite chez vos bons amis de La Rochelle, à l'occasion de l'heureux événement qui vient d'avoir lieu dans leur famille. Chaque fois que je vous écris, je voudrais
pouvoir vous dire quelque chose qui vous fasse sourire, mais cette douleur concernant *** m'empêche absolument de le faire.
J'essaierai, cependant, de diminuer la longueur de ma figure, quand, vous présent, votre vue agréable me permettra de me livrer à un moment de c légèreté » .
R. W. MacAll.
Nous voulons donner ici un portrait de M. Mac- All, à cette époque, tracé par un ami d'Amérique et qui intéressera le lecteur. Il est tiré de « Une GrandeVie)),parleRév. A. F. Beard, D.D., publiée dans la a Missionary Reviev^ of the world ».
On Taurait difficilement pris pour un véritable Anglais. Ne possédant pas une grande vigueur physique, il avait pourtant une force de fer, une énergie spontanée, nerveuse, qui appartient plutôt au type américain. Remarquablement instruit, il aimait surtout la nature et les sciences naturelles — fait qui rend d'autant plus surprenante sa prodigieuse disposition à l'action, qu'il s'agît des vues d'ensemble ou du soin des détails. Son habileté à discerner les caractères et son jugement fin et judicieux faisaient facilement de lui le chef entre les chefs.
Les relations avec lui étaient des plus agréables. Alors que l'esprit missionnaire s'imposait partout et en tous lieux, et que le grand objet de sa vie Tabsorbait au point de l'empêcher de donner à ses goûts sociaux les satisfactions qu'il aurait voulu, il se présentait cependant, de temps en temps, des occasions qui révélaient une disposition à la gaieté à laquelle on ne s'attendait pas, et qui était pour lui une ressource incalculable au milieu des difficultés et des anxiétés inséparables de la conduite de l'œuvre qu'il chéris-
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sait et que sa volonté le poussait à accomplir. Je n'oublierai pas de longtemps un exemple de cette gaieté, et ceux qui en ont été témoins ne Toublieront pas non plus. (C'était dans la jolie vieille maison de la rue Pierre-Guérin, le 15 mai 1885) (^).
Pour amuser les enfants, on propose une charade dans laquelle l'auteur de cet article devait se plaindre à lui, comme juge de paix, de la perte de son portefeuille, tandis que les enfants jouaient un rôle différent. Les jeunes gens se tirèrent assez bien de leur français ; mais la manière dont le juge de paix s'amusa à laisser l'auteur de ce récit faire sa déclaration en un français épouvantable, refusant d'entendre une seule explication par un seul mot d'anglais, devint à la fin si extraordinairement drôle, que M. Mac- AU, dont la figure se contractait depuis quelque temps sous les efibrts qu'il faisait pour réprimer sa gaieté, et dont les yeux riaient malgré lui, ne put à la fin tenir bon, et renonçant à tout effort, laissa éclater toute sa joie, et parut comme un enfant au milieu des enfants. Le lendemain, son zèle ardent et sa ferveur avaient repris leur cours avec une force encore plus grande. Il me sembla cependant que, pendant la durée d'une semaine, il paraissait plus jeune.
On nous permettra de rappeler ici les paroles prononcées par un homme qui, lui aussi, est entré dans l'autre monde — le vénérable et distingué pasteur Ernest Dhombres. Ces paroles se trouvent dans a le Petit Album de la Mission », publié par M. Arthur de Rougemont en 1886.
(1) M. Lorado Taft, jeune sculpteur de talent, a bien voulu faire le buste de M. Mac-Ail, en marbre blanc, qu'on vit au Salon de 1885.
f Vaillant et doux, plein d'autorité et de charme, il n'a qu'à paraître pour que tous les visages s'épanouissent. Il y a, dans son regard loyal, dans son sourire, dans son cordial serrement de main, quelque chose qui gagne même les plus distraits et les plus indifférents. Ses allocutions, courtes, simples, pleines de finesse en même temps que de bonhomie, sont écoutées avec une attention singulière. On voudrait qu'il pût se multiplier et être tous les soirs dans chaque salle, etc., etc. »
Le lundi de Pentecôte, 13 mai 1886, la grande salle des fêtes du Palais du Trocadéro était remplie par les élèves du dimanche de Paris — j'entends, par ceux des Eglises protestantes et de la Mission Mac-Ail. — C'est la première fois qu'on faisait une semblable tentative, le grand nombre des enfants de la Mission le rendant possible. M. Mac-Ail dit : « De la plate-forme, nous regardions cette mer de jeunes et joyeuses figures. Les pasteurs demandèrent les uns après les autres : « Où sont les élèves de votre Mission? » Et désignant du doigt le vaste amphithéâtre de galeries qui s'étendaient autour et au-dessus de nous, nous répondîmes : « Ils remplissent ces galeries. » Alors, nous nous rappelâmes la première petite réunion pour enfants, tenue par M™® Mac-Ail et moi, sans aucun aide, quatorze ans auparavant. »
Dans l'automne de cette année, écrit M™® Mac- AU, des difficultés survinrent relativement aux ressources de la Mission, et nous nous proposions
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de louer notre maison pendant six mois, pour visiter l'Angleterre et essayer d'organiser des comités auxiliaires dans les différents centres. Mais la crise eut une solution, de sorte que nous n'y allâmes pas. De nouvelles stations s'ouvrirent à Montpellier, Cette et Béziers, en septembre, et une à Menton, en novembre.
Citons ici une nouvelle lettre du vénéré M. Rosseeuw Saint-Hi.laire à M™* Mac-AU :
Frontenay, 13 août 1887.
Chère et fidèle amie,
Merci de votre bonne leUre qui, malgré sa longueur, est encore incomplète, car elle ne me dit pas un mot sur la santé de votre cher mari ni du bien qu*a dû lui faire sa promenade alpestre d'un mois en Suisse et en Tyrol. Mais quels voyageurs vous êtes tous deux! Je vous croyais en Suisse ou à Paris, et vous voilà en Angleterre, où j'ai bien peur que vous ne perdiez, dans la fatigue et le souci des affaires, le bien que vous a dû faire à tous deux votre promenade à travers les Alpes. Enfin, je vous ai, dans votre course que je ne soupçonnais pas si longue, fidèlement suivis par mes prières, et j'espère qu'elles seront exaucées, et que vous nous reviendrez tous deux bien portants de votre voyage. Je suis heureux d'apprendre que vous et votre belle œuvre allez être représentés à Londres par quelqu'un qui porte ce cher nom de Mac- Ail, aussi respecté qu'aimé en France et en Angleterre, et j'espère que vous en recueillerez des fruits sérieux pour le succès de votre mission.
Si vous passez par Londres, comme je n'en doute pas, je prierai votre cher mari de plaider la cause de mes
traités qui dorment dans les cartons de la Tract Society, et de les rapporter avec lui à Paris, s'il pense qu'on ne doit pas les imprimer, car il pourrait alors les donner à la Société des Traités deParis^ dont je suis membre, et dont le secrétaire, M. Arbousse Bastide, ne demande qu'à m'obliger. La société de Toulouse, et M. Courtois, dont j*ai fort à me louer, m'ont envoyé mon volume des Grandes Figures d'Israël, que je suis en train de relire, et qui, je l'espère, pourra être appelé par Dieu à faire quelque bien. M. Mac- Ail recevra bientôt ses traités à distribuer dans vos chères réunions, et, s'il a quelque occasion d'écrire à Toulouse, je le prierai de proposer à la société d'imprimer mes prières qui seront bientôt terminées , et formeront un petit volume.
De moi, rien de bien nouveau à vous dire, si ce n'est que, épuisé par ces atroces chaleurs, j'ai suspendu mon travail, et me repose un peu en relisant ce que j'ai fait, manuscrit ou imprimé. Ma santé, grâce à Dieu, est toujours parfaite et nous attendons avec impatience ma chère Kate
qui doit nous arriver, Dieu voulant, après le 20 août
Ma chère sœur Landry, toujours active et vaillante, malgré les chaleurs, vous envoie ses plus tendres amitiés.
Je ne pense pas être de retour à Paris avant la fin d'octobre, ce qui me paraîtra bien long à attendre, car je suis bien impatient de vous revoir tous deux, et puissé-je vous retrouver en bonne santé, et votre chère œuvre en prospérité, sous le regard de Dieu, ce que je ne me lasse pas de lui demander. Ma vue est bien affaiblie, et j'ai eu bien de la peine à lire votre lettre, comme vous en avez sans doute à lire la mienne ; mais, malgré tous mes efforts, je ne peux pas parvenir à écrire plus gros; on ne change pas les habitudes de quatre-vingts ans !
Adieu, chers amis, que la direction et l'amour du Seigneur vous accompagnent dans toutes vos courses, et quand vous
sf^rej df reîonr a Parî>, j^espère avoir quelques lignes du cbf*r \!. Mar-AIl. pour savoir s'il a passé à Londres, et vu la T^fîri ScwJtti:. Croyex ion jours tous deux à la vieille et coii>tai.î<' affertion de
Votre frère dévoue.
R^ Sajxt-Hilaire.
Do toîiips en temps M, Mac-AU recevait, malgré lui, d'autres honneurs que ceux qui avaient un n^p}»or! direct avec ses œuvres. Preuve en soit la l»îîrc sui> ânîe qui lui apportait le titre de Docteur en riiroli»^ne, conféré, honoris causa, par une Université d'Amérique,
30 juin 1887.
Cher dotîcur Mac-Ail. — Le Président Gates du collège de lowâ, le principal collège universitaire de Tun de nos El aï s le? plus grands et les plus importants, un collège qui 051 tenu en haute estime dans tout le pays, sachant que j\iais bien placé pour me mettre en relations avec les pasteiirs les plus capables et les plus influents de nos Etats, a eu avec moi un entretien, en vue de conférer un [diplôme de Docteur en Théologie. Je lui ai dit que TAméricain le plus moritant que je connaisse, était le Rév. Robert W. Mac- Ail et, le temps et les événements ayant suivi leur cours... mais, nous y sommes!
Je tiens à dire, au sujet de ce Collège, que s'il n'a pas Tancienneté de ceux d'Aberdeen oudeGlascow, son importance n'est inférieure à aucun des deux, et sa situation dans ce pays est universellement connue. J'aurais pu obtenir pour vous la même distinction dans n'importe laquelle de nos institutions de TEst; mais je désirais que le grand
Ouest VOUS connût et connût votre œuvre. Le collège s'est honoré, et j*espère que vous permettrez qu'il puisse compter sur cet honneur. Mes amitiés à vous et à M™* Mac- Ail, et mes constantes prières pour vous et pour votre œuvre. La mission Mac- Ail n'aura aucunement à en souffrir aux États-Unis. Croyez à mes sentiments bien sincères.
A. F. Beard.
Au Rév. Robert-W. Mac-Ali, D. D.
Grinnell-Iowa, 25 juin 1887.
Cher et honoré frère, — J'ai le grand plaisir de vous envoyer, par l'entremise du Rév. D"^ Beard, notre ami commun, la nouvelle officielle que le Conseil des administrateurs du collège de lowa vous a conféré, à l'unanimité et cordialement, le titre honorifique de docteur en théologie.
Nous espérons que cette décision, en souvenir de votre mérite comme savant, de votre haute situation dans notre communauté chrétienne, et, par-dessus tout, de votre œuvre pour le Christ parmi les Français, œuvre universellement connue, ne vous déplaira pas. En vous accordant ce diplôme, nous sentons que nous nous sommes honorés nous-mêmes, bien plus que nous ne vous avons honoré. En réalité, elle ne vous honore pas du tout, et ne fait que reconnaître l'honneur qui vous est dû depuis longtemps.
Veuillez, monsieur, agréer l'assurance de ma haute estime personnelle, et croire à mes sentiments sincères et respectueux,
George A. Gates, président.
C'est pendant nos vacances, nous dit M"^® Mac- Ali, que cette nouvelle inattendue nous parvint. M. Mac-AU la reçut avec un vif plaisir. Si seule-
ment M. le Principal Gates et les Conseillers de son Université avaient pu le voir rayonner! Du Rév. professeur Mac-AU.
Clapton, 23 août 1887.
Mon cher neveu. — Voilà des jours et des semaines que je me propose de vous écrire. Je n'ai pas su que penser de votre distinction académique. Vous n'en aviez pas besoin, sans doute, pour être honoré de tous. Qu'elle ait été bien et honorablement gagnée, je n'en doute pas. Puisse lowa en avoir beaucoup de semblables ! Et puisse l'hojineur qu'il en retirera être durable et se réfléchir au loin ! Et maintenant, mon cher neveu, il faut que je termine.
Écrire est pour le moment presque une impossibilité, tant est grande ma faiblesse, dans mon état de santé. Ainsi, au revoir à vous deux ! Que Celui qui est plein de grâce et de vérité soit toujours avec vous!
Sincèrement à vous, S. Mac-All.
Peu de temps après la réception de cette lettre, le Rév. S. Wardlaw Mac-All, M. A., jSls du vénérable professeur, mourut soudainement. En écrivant à la veuve à la date du 28 octobre 1887, le D** Mac-All disait :
Vous n'ignorez pas, je suis sûr, que nous avions pour votre cher défunt une affection toute particulière, non seulement en tant que parent, mais parce que nous comprenions tous son mérite et savions les sentiments qu'il avait pour nous. Combien de fois n'avons-nous pas exprimé le désir que lui et vous pussiez vivre plus près de nous, pour que
les échanges d*une douce amitié, qui amènent toujours la joie et les consolations, pussent être plus fréquents : naturellement, nous avions espéré que leur renouvellement ne cesserait pas de nous apporter de la joie aussi longtemps que durerait notre propre vie. La pensée qu'il partirait € avant nous » ne nous venait pas à l'esprit. Et maintenant nous avons de la peine à réaliser la chose. Mais la carrière qui, à nos yeux obscurcis, semble inachevée, est, en réalité dans un sens, bénie, une carrière f terminée », et nous verrons qu'il en est ainsi, à la lumière du jour éternel. N'ayant jamais été atteint par les souillures du monde, invariablement sincère et dévoué dans l'accomplissement du ministère qu'il avait reçu du Seigneur Jésus, fidèle jusqu'à la fin dans toutes les relations de la vie, jouissant de Testime et de l'affection de tous ceux qui avaient le bonheur de le connaître intimement, il est maintenant entré en possession d'un bonheur qui dépasse infiniment tout ce que nous pouvons concevoir. Il sait maintenant qu'il a c plu > à Celui qui a bien voulu le choisir pour son soldat... C'est maintenant, pour vous, une joie de penser que sa vie entière a été consacrée à l'œuvre que le Seigneur lui avait donnée à faire. Et maintenant, si nous pouvions tout voir, nous verrions cette œuvre accomplie à la lettre... achevée, selon le dernier mot prononcé de son dernier sermon.
Le rapport de 1886 mentionne Tactivité, à Montpellier, de M. Chéradame, a jeune évangéliste bien qualifié quia pris la direction de l'œuvre » . A Calais (où la visite du bateau missionnaire de M. Henry Cook avait suscité un véritable intérêt pour TEvangile) ce même rapport rend hommage au zèle de M. et M™* Brun « deux amis, dit M. Mac-Ail, qui
ont jadis collaboré avec nous à Paris et que leurs affaires ont conduits dans cette ville, où ils ont pris entièrement à leur charge la conduite de cette station ».
Relevons aussi, cette année-là, la mention suivante consacrée aux rapports de la Mission avec l'Amérique :
La Société auxiliaire des Dames américaines nous a noblement soutenus pendant cette année; notre œuvre fait de grands progrès dans les sympathies des chrétiens de ce grand pays, grâce aux efforts de nos sœurs. M™* Mariné J. Chase, présidente, a collecté une somme très importante pour aider à combler le déficit, sans que cela ait en rien diminué les contributions ordinaires. M. Robert Mac- AU (parent du fondateur de la Mission) qui consentit à accompagner MM. Saillens et Greig en Amérique, il y a quatre ans, a fait cette année une nouvelle visite à nos amis de là-bas, et il a constaté que, « tandis qu'en 1883 nous n'avions en Amérique que trois Comités auxiliaires, nous en possédons aujourd'hui cinquante ».
Le Rév. J.-G. Bracq, qui, bien que devenu Américain, est resté Français de cœur, est occupé depuis plusieurs années à parcourir les Etats-Unis pour y fonder de nouveaux Comités auxiliaires, et y faire connaître la France et ses besoins.
Dans sa lettre annuelle, insérée en tête du rapport de 1887, M. Rosseeuw Saint-Hilaire relève un fait encourageant qui atteste, en même temps, les progrès de la foi chrétienne dans notre cher pays, et le besoin qu'il sent d'opposer une digue au flot montant de l'incrédulité :
Ce fait, c'est que, dans plusieurs villes de second et de troisième ordre en province, on vient d'inaugurer cette année plusieurs stations nouvelles, où les pasteurs ou évangélistes, aidés par quelques laïques de leurs troupeaux, se chargent d'organiser les réunions et d'y parler, ne laissant à votre charge que le loyer et les menus frais des salles d'ëvangélisation.
Parmi les nouvelles stations fondées par cette initiative chrétienne, je citerai celles de : Quimperlé, en Bretagne, dirigée par M. le pasteur Kissel; Roanne (Loire), par M. le pasteur Thouvenot; Thiers (Puy-de-Dôme), par M. Marseille; Saint-Fortunat (Ardèche), par M. le pasteur Ad. Maillet; Sainte-Florine (Haute-Loire), par M. Thierry. Aux stations que je viens de citer, il faut encore en ajouter huit, de sorte que le chiffre total de vos stations en France est monté dé 99 à 113; ce chiffre seul en dit plus que toutes les paroles ! (*)
L'année 1888 vit, entre autres événements importants dans rhistoire de Tœuvre, l'ouverture — le 5 septembre — de la « salle Rivoli » (*), Tune des « cathédrales » de la Mission. « Nous avons longtemps pensé, écrivait M. Mac-Ail, que si nous
(1) Dans ce rapport de 1887, M. Mac-AU écrit : « Nous sommes heureux d'avoir pu mettre à la disposition du Rév. Howard Gill, M. A., pasteur de l'Eglise anglaise de la rue d'Aguesseau, l'usage de quelques-unes de nos salles pour ses services en faveur des ouvriers anglais de Paris. »
(2) Mistress Chase et Miss Lea, l'une présidente et l'autre trésorîère de V American Mac- AU Association étaient présentes, ainsi que quelques autres dames chrétiennes des Etats-Unis, à l'ouverture de cette salle Rivoli qui a reçu en outre le nom de «c salle New- York ».
pouvions avoir de plus grandes salles au centre de Paris, le nombre des auditeurs s'accroîtrait en proportion, et qu'ainsi, sans augmenter notre personnel, nous pourrions cependant étendre davantage notre sphère d'action. La rareté des locaux spacieux et le prix élevé des loyers nous avaient jusqu'ici empêchés de poursuivre cette idée . Mais, cette année, plusieurs maisons se sont présentées qui nous ont permis de mettre notre plan à exécution. Outre les stations déjà mentionnées, nous avons loué la salle Rivoli (l'ancienue salle de bal si connue de la rue Saint-Antoine) où, depuis trois mois, nous constatons avec joie la présence d'un auditoire attentif, recueilli, et de jour en jour plus nombreux. »
Le rapport, pour cette année 1888, mentionne en outre le a transfert de notre petite station de la rue Boissière dans un vaste local à Neuilly, l'ancienne église de l'excellent et regretté pasteur Léon Paul», lequel avait suivi, à un an d'intervalle, la vénérée M""® André-Walther, dans le repos des bienheureux.
En province, le rapport énumère, parmi les salles nouvelles, celles de Poitiers et de Châtellerault, avec M. Migault; celle de Cholet, sous la direction de M. le pasteur Samuel Vernier; celle de Grenoble, fondée de concert avec M. le pasteur Vinard, avant son départ pour Paris; celle de Tonnerre, avec le concours de M. le pasteur Fallourd;
celle de Cherbourg, avec celui de M. Sinel; enjSn celles de Saint-Quentin, où la Mission ne faisait que seconder l'initiative de M. le pasteur Monnier.
En mai 1888, le Synode d'Orléans envoya une lettre fraternelle au D"" Mac-Ail, l'engageant, de la part des pasteurs, à donner une plus grande coopération à l'œuvre des salles de Mission, en vue de transformer graduellement ces stations en annexes de leurs églises respectives (^).
Le voyage d'été, cette année-là, se fît en Danemark, en Norvège, au Hartz et en Hollande — rapidement, cela va sans dire, mais pourtant d'une façon très agréable, si nous en exceptons ce triste compagnon « ma tête, ma tête », survenant toujours, non pas comme l'Esclave de la Lampe, quand on l'appelle, mais sans qu'on l'appelle et quand on n'y pense pas. Nous allâmes à Skagen et au Scaw, et vîmes « ce que » (dit Hans Andersen) « la lune vit», et les collines de sable du Jutland, où Linné
(1) Voici le texte de cette résolution :
« Le Synode delà III« circonscription, appréciant les services rendus à l'évangélisation par la Mission Mac-Ail, et disposé à favoriser l'admission dans l'Eglise Réformée des convertis de cette Mission;
« Invite fraternellement les pasteurs de son ressort à donner leur concours le plus large aux stations de la Mission établies dans le voisinage de leur Eglise, de manière à préparer la transformation graduelle de ces stations en annexes de leur Eglise. »
(Proposition faite par M. Buscarlet et votée à l'unanimité des suffrages exprimés.)
Ct Fêcole buissonnière, apprenant plus par la nature que par son professeur. Nous reçûmes aussi un accueil hospitalier de M. le pasteur Henry Ussing, à Aarhus, de M. le pasteur Stein, à Copenhague, et aussi de son frère, sculpteur de talent, qui nous expliqua tout ce qu'il y avait de beau au musée Thorwaldsen.
Le 18 juin 1854, M. Mac-AU avait prêché le sermon annuel pour Técole du dimanche de Macclesfleld qui, à cette époqye, comptait deux mille enfants. En 1888 il avait promis de prêcher encore. Mais il ne put réaliser son projet, et son cousin, le Rév. Robert Mac-AU qui, récemment, s'était donné tout entier à l'œuvre de la Mission, eut la bonté de le remplacer :
A ce sujet, nous sommes naturellement amenés à insérer l'extrait suivant, qui nous paraît devoir intéresser le lecteur.
11 y aura soixante- trois ans, dans quelques mois, que deux ministres chrétiens, pleins de dignité et de distinction, avaient été nommés pour présenter à S. A. R. la duchesse de Kent, des adresses de condoléance, àroccasion de la perte de son mari, le regretté duc, mort récemment. Ces messieurs venaient comme représentants de deux des plus grandes écoles du dimanche d'alors, — ou depuis, — dans le royaume, situées à Macclesfield et Stockport, et comptant de quatre à cinq mille élèves. Le duc avait été le patron de ces célèbres institutions, et l'on désirait que le patronage fût continué en la personne de la duchesse et de son frère, le prince Léopold. Ces deux buts furent heureu-
sèment atteints. Pour la démarche projetée, les membres de la députation étaient le Dr. Gollyer, le populaire etéminent ministre de Hanover Cbapel, Peckhem, et le Rév. Robert Mac-Ail, un des premiers ministres de lady Huntingdon, père de l'éloquent Dr. Mac- Ail, de Manchester, et grand'père du Fondateur de la Mission de Paris, dont les travaux d'évangélisation ont récemment excité un intérêt sans exemple. Le narrateur se rappelle, comme si c'était hier, le compte rendu fait à leur retour, par son père, le président d*âge de la députation.
Ce dut être un beau et imposant spectacle à Kensington Palace, quand eut lieu cette visite qu'on pourrait appeler « princière » : — les ministres revêtus de leurs robes, la maison assemblée, un officier général et le médecin de la famille de service. — La duchesse était accompagnée d'une dame de rang, et quand on lut les adresses, elle les écouta avec une profonde attention et avec un vif intérêt, attesté par beaucoup de larmes. Dans un compte rendu de l'époque, on dit qu'elle ne put vaincre son émotion, et qu'elle pria la députation de l'excuser de ne pouvoir répondre, comme elle Taurait voulu, à cause de l'état de ses sentiments et aussi parce qu'elle ne pouvait pas s'exprimer couramment en anglais; mais, posant la main sur son cœur, elle dit qu'elle sentait la bonté de ses amis, et qu'elle en ressentait une grande joie, i
La partie cérémonielle de l'entrevue étant terminée, l'auteur du récit ajoute : « Gomme je m'informais de la santé de la princesse infante (notre reine actuelle, qui n'avait alors que treize mois et demi), la duchesse répondit « qu'elle allait bien i et demanda « si nous aimerions lavoir ». Nous répondîmes que « cela nous ferait un très grand plaisir > . Tous alors, nous allâmes dans la salle voisine, où la gentille petite créature était assise par terre, entourée de ses joujoux, sa gouvernante, debout, à ses côtés. La duchesse la prit dans
k02 ROBEBT-W. MAC-ALL
«^> briîî, puis s'avança Ters nous, et nous eûmes le plaisir d embrasser la petite main de celle qui, peut-être un jour, pv>rtera le sceptre du royaume. •
S. Mac-All.
CUplon. mars 1888.
« Là OÙ étaient les pères, là seront les enfants. » Le 5 avril 188^^ se tînt, dans Técole du dimanche de Macolestîeld, une rêtinion publique en faveur de la Mission Mao-All. La présidence était occupée par >L (.hurles H. Johnson, et le Rév. Robert Whitaker Mao-AU, D. D,, F. L. S., de Paris, neveu du fondateur de TEcoledu dimanche deMacclesfield, et fils de son premier chapelain, prononça un discours à celte occasion. Ce jour-là, on fit une charmante visite à la vieille ville et à Técole, si pleines de souvenirs. Toutes les deux en profitent, car, lorsqu'un vieil ami, possédant un tableau, ou un cantique chanté aux funérailles de M. Whitaker, ou n'importe quelle relique, vient à mourir, on ne manque pas de les envoyer au Comité pour être placés dans les salles de réception.
Les marques de sympathie et de reconnaissance cordiales données à M. et M">« Mac-All, ne manquaient pas non plus en France. Souvent, comme il était arrivé à la « salle Boston » du boulevard Barbés, à la date du 21 décembre 1885, c'étaient tous les habitués d'une salle qui se cotisaient
spontanément pour lui offrir « un témoignage d'afTection et de reconnaissance ».
Ou bien, comme au 20 février de Tan 1889, c'étaient les pasteurs de Paris, dont on lira les noms ci-après « appartenant à diverses églises et collaborateurs de M. Mac- AU dans la Mission populaire évangélique», qui se réunissaient pour lui présenter un souvenir, et se disaient « heureux de renouveler le témoignage de leur attachement à cette œuvre excellente et de leur gratitude pour son fondateur».
«Ils considèrent, disait leur adresse, les mesures récemment prises avec l'intention, — tout en maintenant le caractère distinctif des stations missionnaires, — de les rattacher plus intimement aux différentes églises, comme constituant un progrès dans Tœuvre de la Mission, comme un bienfait pour leurs églises et surtout comme un moyen nouveau d'accroître la culture spirituelle pour les auditeurs amenés sous l'influence de l'Evangile.
a Ils ne voient rien dans ces mesures, ajoutaientils, qui compromette cette neutralité religieuse dont la mission n'a jamais eu le désir ni les motifs de se départir (^). »
(1) Cette adresse était signée des noms suivants : MM. Georges Appia, Eglise Luthérienne; A. Decoppet, Eglise Réformée ; Ernest Dhombres, Eglise Réformée; Frédéric Dumas, Eglise Luthérienne; Aug. Fisch, Eglise Libre; Roger HoUard, Eglise Libre; Matt. Lelièvre, Eglise Méthodiste; Th. Lorriaux, Eglise Réformée; Aug. Mcllelal, inspecteur ecclésiastique, Eglise Luthérienne; Théodore Monod, Eglise
Mentionnons encore, d'après le rapport de Tannée, un incident touchant du même genre :
A la salle Rivoli, près de 600 réunions évangéliques, pour les adultes et les enfants, auxquelles ont assisté plus de 80.000 personnes, ont été tenues pendant Tannée 1889. M. le pasteur Mettetal, qui a dirigé avec soin Téducation religieuse des nouveaux converlis, et M. le pasteur
Réformée; E. de Pressensé, Eglise Libre; N. Recolîo, Eglise Réformée; Louis Yernes, président du Consistoire, Eglise Réformée; Philémon Vincent, Eglise Baptiste.
Nous rapprochons de cette adresse la lettre de félicitations suivante, adressée peu de jours après [le 4 mars 1889) par le ff Comité auxiliaire d'Edimbourg. »
Edimbourg, 4 mars 1889.
Cher Dr. Mac-Ail, En notre qualité de membres du Comité auxiliaire de la Mission Mac-Ail, nous avons eu le privilège de recevoir un manuscrit du Rapport annuel qui va paraître, et nous adressons, à vous et aux directeurs de Paris, nos cordiales félicitations pour l'évidence qui y est démontrée de la vigueur et de l'utililé croissantes de la Mission, et aussi et surtout, pour le développement important que ce Rapport enregistre dans la direction de l'organisation en faveur des nouveaux convertis, ainsi que pour le progrès de l'organisation ecclésiastique et de l'union entre les fidèles. Nous reconnaissons qu'il y a toujours une tendance à travailler en vue de poursuivre seulenient la continuation des efforts évangéliques, et à amoindrir l'importance du fait d'amener de bonne heure les convertis à partager les responsabilités et les privilèges des membres d'une Eglise, et nous avons éprouvé à ce sujet la même anxiété que vous, en regrettant que par le manque d'occasion, ou peut-être àcause des nécessités relatives de leur position, beaucoup de convertis delà Mission « ont vécu et sont morts sans avoir joui du privilège de commémorer le sacrifice du Sauveur ». En conséquence, nous
Th. Monod, donnent chacun leur précieux concours à cette réunion, une fois par semaine. Vers le commencement de Tannée, nous avons appris que quatorze des habitués de la station s*étaient joints aux Eglises de ces deux pasteurs. Le 15 septembre, la vieille salle de bal était remplie par un auditoire sympathique, venu pour offrir à M. Mettetal un témoignage de gratitude pour ses services désintéressés et dévoués; M. Mac-Ail, qui présidait la réunion, dit qu'ils
partageons aujourd'hui votre satisfaction, d'autant plus cordialement, que, finalement, une méthode s'est montrée manifeste, — variée quant au procédé, mais une en principe — encourageant à participer à la communion d'une église, et par laquelle les forces et les résultats de la Mission seraient employés, non à la formation d'une nouvelle église, mais surtout au développement de la vie évangélique dans les Églises déjà existantes. Nous comprenons que ceci est un grand pas accompli relativement à la détermination de la voie dans laquelle l'œuvre doit progresser, et quoique des difficultés dans le détail s'élèveront certainement, noire espérance intime est que les directeurs pourront maintenir une attitude impartiale et faire profiter de la position neutre qu'occupe l'Alliance évangélique, pour rendre le développement de la Mission une bénédiction croissante pour les Églises en ajoutant à leur eficctif, et en les unissant dans un lien commun de fraternité et d'effort pour la propagation du règne de Christ.
Avec nos considérations affectueuses à vous et à M'^e Mac-Ail, et nos salutations cordiales et fraternelles aux directeurs de Paris, nous restons, cher Dr. Mac-AU, Tout à vous dans le service de l'Evangile,
Horatius Bonar, Charles Anderson,
John Caîrns, John George-Cunningham,
John M'Murtrie, John Ed. Dovey,
W. G. Blaikie, J. Forbes,
David K. Guthrie, Alexandre Whyte,
G. D. CuUen, Robert H. Muir, honor. Sec.
John Brewis,
étaient réunis à l'occasion de deux fêtes — premièrement, pour célébrer le premier anniversaire de la transformation de la salle en une station évangélique; secondement, pour souhaiter une cordiale bienvenue à M. Mette tal au retour de ses vacances. Puis il appela le Rév. S.-R. Brown, chargé plus spécialement de cette station, qui avait été député par les habitués de la réunion pour offrir à M. Mettetal, en leur nom, un beau fauteuil de bureau, qui fut apporté au pied de Testrade par deux ouvriers, devenus membres de son Eglise. M. Meltetal, profondément ému, dit qu'il ne méritait pas l'honneur qui lui était fait. Puis il parla avec l'éloquence d'un vrai patriote. 11 remercia le fondateur de la Mission de n'avoir pas désespéré de la France à son heure la plus sombre. 11 loua les sacrifices faits en Amérique et en Angleterre pour répandre la connaissance de l'Evangile en France, et prédit que le temps viendrait où son pays bien-aimé, amené à la lumière de l'Evangile, joindrait les mains avec ces nations sœurs en envoyant aussi ses enfants annoncer le Christ dans les parties les plus reculées de la terre. Puis, s'adressant à M. Mac-AU, il dit : € Au nom de Dieu, je vous bénis, Monsieur, nous ne sommes pas un peuple ingrat. Comme nation nous avons nos fautes, mais l'ingratitude n'est pas Tune d'elles. Au nom de la France, comme pasteur et comme Français, je vous embrasse. »
Cette année 1889 fut — nul ne Ta oublié — Tannée de la grande Exposition universelle du Centenaire. Chaque jour, à cette occasion, des réunions étaient tenues dans la salle de Tavenue Rapp et dans celle de la place du Trocadéro. L'affluence • était grande. Le rapport ne mentionne pas moins de 600 réunions dans l'année, et de 80,000personnes
MAISON Dlî LA VILLA MOLITOB, AUTELIL
présentes dans le compte total de ces réunions (*). Plusieurs des visiteurs de ces salles étaient amenés, par la suite, à visiter les autres salles de la Mission et aussi la maison de M. et M"»® Mac-AU, à Auteuil.
« La foule, le soir, était vraiment terrible. Souvent, entre le pont de TAlma et le pont d'Iéna, la circulation sur les quais de la Seine était impossible et arrêtée pour un temps. Je me rappelle entre autres un soir, dit M™® Mac-Ail, où, revenant de notre réunion à Paris, le blocus commençait même à la place de la Concorde. Chevaux et voitures étaient forcés de s'immobiliser. Il n'y avait plus trace de mouvement d'un côté ni de l'autre. Il faut dire que l'embrasement de la Tour Eiffel était dans le programme de cette soirée-là. La journée avait été surtout marquée par la présence du chah de Perse à Paris. Ayant cette foi ancrée en nous qu'on est plus en sûreté sur ses deux jambes que derrière
(1) « Il faut y ajouter, dit le Rapport, nombre de réunions d' cdiVicalïoiï[a f ter-meetings], les réunions de prière quotidiennes de rÂlliancc évangélique, enfin les réunions pour les Anglais, les Espagnols, les Italiens et les Juifs. Notre collègue, M. le Dr. Henry J. Benham, s'était chargé de la surintendance de ces réunions, auxquelles il s'est consacré chaque jour avec un dévouement aussi complet que désintéressé. N'oublions pas non plus M. Dundas Chauntrell, qui déjà, lors de l'Exposition de 1878, avait rendu de si grands services a la salle évangélique, place du ïrocadéro, et qui, plus tard, après l'extension de l'œuvre à Bordeaux, remplit les fonctions de Directeur bénévole avec le plus grand tact et non sans succès. »
les quatre de n'importe quel animal, nous avions voulu, à la descente du train, regagnera pied notre logis. Mais il n'y avait pas oioyen, tant nous étions étroitement comprimés. Dans ce moment d'immobilité, nous entendîmes un joyeux gamin qui, la tête penchée hors de la portière, criait facétieusement : a Ah! le voilà, le chah de Perse ! Quel beau chat! »
A côté des joies qu'elle apporta avec elle ('), l'année 1889 fut attristée par les nombreux deuils dont eut à souffrir la Mission. Citons parmi les principaux: D*" Horatius Bonar, D''Somerville, professeur Elmslie, RosseeuwSaint-Hilaire et Eugène Bersier. Le 18 novembre, les dernières paroles de M. Bersier, dans sa prière, boulevard Barbes, avaient été : « Que chacun de nous puisse dire : Non pas ce que je veux. Seigneur, mais ce que tu veux! »
A neuf heures du soir, dit le Dr Mac-Ail, a nous nous séparâmes après nous être serré la main. Il rentra chez lui, écrivit quelques lettres, se retira pour se reposer, et, à deux heures du matin, il se réveilla pour pousser quelques soupirs difficiles et pour mourir. » Si éloquent dans la chaire, il préfé-
(1) Mentionnons, dit Mme Mac-Ail, que la fm de ceUe année vit le mai-iagc de notre chère et charmante amie, Miss Frances Loa, trésorière de VAmerican Mac-Ail Association, avec le Rév. Leander Chamberlain, D. D. A l'imitatiou d'un usage français, une Bible de mariage leur fut offerte par nous tous.
rait se trouver « au milieu du peuple » et Dieu a eu la bonté de lui accorder ce qu'il désirait, «mourir» en lui prêchant TEvangile. La liste des morts^ cette année, parmi les amis et les soutiens les plus dévoués de la Mission, fut extraordinairement longue.
Le 14avrill890, le Rév. Robert Mac-AU, le cousin aimé du fondateur de la Mission, et, pendant trois ans, son honorable représentant en Angleterre^ mourut subitement. Ce fut une nouvelle « grave épreuve » pour le D*" Mac- A 11, car le ministère béni de son parent avait fait naître de grandes espérances, et il comptait sur lui pour étendre^ dans la France qui en avait tant besoin, Fœuvre d'évangélisation. Assurément, « quoique mort, il parle encore », car chaque jour nous avons des preuves du vif intérêt qu'avait excité son ministère béni. Et nous avons encore à mentionne^' une autre perte, celle d'un homme qui fut, au point de vue financier, peut-être un des plus grands bienfaiteurs que l'œuvre ait connus, je veux parler de M. David Paton, d'Alloa.
Le caractère universel de la Mission apparaît avec évidence dans le « Garden-party » tenu chez le Dr Benham, à Auteuil, le 7 juin 1889. Environ deux cents personnes y assistaient, et, dit M. Soltau :
Nous entendîmes plusieurs personnes faire la remarque que, jamais auparavant, elles n'avarent vu une telle variété
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de nadons et une telle variété de dénominations réunies, et qu^elles ne pensaient pas qu'une telle assemblée eût pu — ni à Londres, ni à Paris — se rencontrer sur d'autres fondements que ceux de la Mission Mac-Ail.
Cétait un vrai sujet de joie pour nous. Et, chose signiflcative, il nous aurait été impossible, si on nous avait interrogés, de dire à quelle branche particulière de l'Eglise Universelle de Christ appartenaient quelques-uns des collaborateurs!
Heureuse communauté, celle où les ismes auront disparu î Et pourtant, quelques mois plus tard, une grande et sérieuse épreuve nous était réservée, quand un membre, admirablement doué, qui, dès les premiers jours, s'était montré un des plus fermes appuis du fondateur, se sépara tout à coup de la Mission, simplement pour des raisons de dénomination. Le D»" Mac-AU, lui, avait toujours agi pour Ta Union » qu'il avait toujours crue possible. Suivant les paroles d'un cantique anglais : « Oh! quelle gloire et quelle bénédiction, quand tout ce qui souffre et qui paraît mal sera englouti avec la terre et le péché! » (*).
Un autre ami inoubliable était le Rév. G. D. CuUen.Le 7 novembre 1890, il envoie d'Edimbourg
(1) Ce fut avec de vifs regrets, écrit M™» Mac-Ail, que nous vîmes, ceUe année-là, Mr. Howard Gill avec sa famille quitter Paris pour Tonbrîdge.
Citons iciles lignes suivantes de ce chrétien si regretté de nos églises et si richement doué qui, pendant une suite d'années, s'était réjoui de prêter scm concours à l'œuvre dans la mesure
une lettre remplie des expressions les plus chaleureuses, où il rend compte d'un grand meeting eu faveur de la Mission Mac-Ail tenu à Edimbourg, avec un plein succès, sous la présidence de Téminent professeur D"" Garden Blaikie.
Voici ce qu'écrivait le D"" Mac-Ail à un jeune pasteur, à l'occasion de sa consécration :
Je regrette infiniment qu'il me soit impossible de profiter de votre aimable invitation à prendre part à votre consécration au saint Ministère demain en huit. C'est l'heure même où je suis appelé à présider la réunion de la rue Royale, et je trouve qu'il ne m'est pas possible de m'en absenter, d'autant plus que j'ai été empêché d'y aller dimanche dernier, par suite d'une affreuse migraine.
M. Anderson étant absent, en Amérique, et M. S... ayant quitté l'œuvre, ma présence, à cette occasion-là, semble être indispensable. Il va sans dire, cher ami et frère, que je suis des vôtres par l'esprit. Mon désir ardent pour vous,
où sn santé déclinante et les exigences de ses devoirs d'homme public le lui permettaient.