G. D. CULLEN
Du même au même :
Royal Terrace, Edimbourg, 27 novembre 1879.
M. Dale a réussi admirablement dans ses nombreuses allocutions, mais la mieux réussie de toutes a été celle du dimanche soir, dans V Eglise Augustine, où il a prêché pour votre mission. Il y avait foule. Le texte : Lucxvi, 9-12, la collecte : £ 25, — 625 francs.
35i» ROBERT-W. MAC-ALL
€ ('omlûen de noms, écrit M"* ^lac-All, ces lettres du bon M. Cullen ne nous rappellent-elles pas! Comme dans les actes d'un drame, ces personnages entr«»nl en scène — et puis la quittent — ; aussi niuis esl-il impossible d'exprimer comme nous le voiulrions toute la reconnaissance qui s'éveille en nous à la vue de ces figures expressives, vénérables, mais di»nl quelques-unes portent encore la rosée de leur jeunesse. La soirée du dimanche, 8 septembre 1878, est restée dans ma mémoire, — une belle photographie du reste, — elle a été reproduite par la plume du Rév. principal TuUoch ('). A côté j de lui et de mon mari, dans la salle de Belleville, se I trouvaient le Rév. Garden-Blaikie, d'autres pasteurs • écossais, irlandais, et M. Watson dont il est fait ♦ mention dans la lettre de M. Cullen (le beau-frère de notre cher et regretté M. Paterson, pasteur du culte écossais à TOratoire du Louvre). Les Rév. docteurs ont bien exprimé leur satisfaction à la vue si frappante de cette salle remplie de gens du ; PEUPLE (oui, c'est le peuple qu'il nous faut, afin que. nous lui montrions son Sauveur, son libérateur) (')..
( 1 ) Voir Church of Scotland Home and Missionary Record^ .^ October 1878. ' ,
(2) L'un d'eux s'est mis de suite à écrire la notice intére»| santt meniiûutiée dans la note qui précède; l'autre, devenf 't [ïrùsidÊtit du Comité auxiliaire d'Edimbourg, a noblemeii .
revendiqué In situation des pasteurs français vis-à-vis de Mission, cOQtre quelqu< des mol ifs mercenaires*
Mission, cOQtre quelques personnes qui osaient leur attribue|
Avec les pasteurs presbytériens d'Ecosse, les hauts dignitaires du clergé anglican. Le 3 octobre 1878, Tarchevèque de Cantorbéry écrivait :
Lambeth Palace.
Mon cher monsieur Mac-All,
J*ai à vous remercier de votre lettre du 14 septembre et de l'envoi des rapports qui l'accompagnaient, de votre € Mission aux ouvriers » ; cette œuvre m'intéresse beaucoup, et je serai heureux d*être renseigné plus tard sur sa marche et sur ses progrès.
Bien sincèrement,
A. G. Cantuar.
En 1877 et encore en 1879, le journal mensuel « The Congregationalist » publiait deux articles sur « L'Œuvre Mac-All » accompagnés d'une note du Pasteur Dale, et en 1879, du Rév. E. G. Rogers et provenant de la plume de cet ami loyal et regretté le Rév. R. S. Ashton, bien connu comme le secrétaire de V Evangelical Continental Society (^). Dans une de ces notices il rappelle les grandes fatigues physiques qu'il fallait savoir supporter ; les courses à faire, en train, ou en omnibus, ou à pied ; la rentrée tard du soir; et cela, non seulement par le président et sa femme, mais par chaque soldat de cette petite armée! 11 parle, enfin, des débuts de l'œuvre à Lyon — où sa présence, à l'occasion
(1) The Congregational Magazine,
352 ROBEnx-w. mac-all
de rouverture de la salle de Yaise (si je ne me trompe), nous égayait, surtout pendant que les préparatifs de la réunion allaient leur train.
En cette même année 1879, M. Rosseeuw Saint- Hilaire, alors en villégiature dans le Jura, se rappelait, par la lettre suivante, au souvenir de ses amis M. et M"^ Mac-Ail.
Frontenay, 11 septembre 1879.
Chers amis, frère et sœur en J.-C,
Il m'est bien pénible d'être ainsi séparé de vous pendant des mois, sans savoir comment vous vous portez, et ce qu'il advient de vous et de votre œuvre bénie.
Laissez-moi donc vous demander, comme une charité, un de ces gentils petits billets que sait si bien écrire la chère M"* Mac- Ali. Vous devez être, je n'en doute pas, de retour de votre tournée annuelle en Suisse, et puissiez-vous y avoir trouvé, je ne dis pas le repos, mais la force et la santé dont vous avez besoin! Je serai et nous serons aussi bien heureux de savoir comment se portent vos chères réunions, à Paris et en province, et si vous avez toujours bien de la peine à trouver, surtout en été, les helpers dont vous avez besoin.
En attendant des nouvelles de vous, je vous en donne des nôtres. J'ai quitté Paris le 19 juin avec ma fille, pour aller en Suisse faire une visite d'adieu à mes amis de Lausanne et de Berne. Puis , nous nous sommes tous réunis au Val de Ruz,près Neuchâtel, à nos petites cousines qui sont en pension dans cette ville, et nous avons passé ensemble d'heureuses et douces vacances. Enfin, nous sommes depuis huit jours chez ma belle-sœur, dans le Jura français, et comptons, Dieu voulant, revenir à Paris vers le 20 ou
22 septembre, rafraîchis et reposés par cette longue villégiature, et bien reconnaissants des grâces dont Dieu nous a comblés. Jamais notre santé à tous trois n'a été meilleure. Pour moi, malgré mes soîxante-dix-sept ans bien sonnés, j'ai pu faire des courses de montagne de quatre ou cinq heures, tout en travaillant activement à reviser et à abréger mon Histoire d'Espagne que Dieu, dans sa bonté, m'a permis de finir. Je compte la réimprimer, et des 14 volumes en faire 10; mais pour cela, il faut abréger et je retranche sans pitié toute longueur. Mais c'est assez vous parler de moi, et je serais si heureux d'entendre parler de votre œuvre, et de savoir si Dieu continue à la bénir! Ai-je besoin de vous dire combien il m'en coûte de ne plus pouvoir travailler à cette œuvre chérie, et de m'enfermer dans mon égoïsme en travaillant pour moi seul et à mon ouvrage ? Mais au moins je me console de mon impuissance en priant pour vous, chers amis, et en demandant au Seigneur de bénir vos efforts et votre travail et de lui faire porter des fruits sérieux et durables.
J'espère donc, chers amis, que vous voudrez bien nous donner de vos nouvelles chez M"® Landry^ à Frontenay par Passenans [Jura). Ma fille me charge de la rappeler bien affectueusement à votre souvenir, et moi, croyez-moi toujours, avec une vieille et sincère affection en Christ,
Votre frère dévoué,
R^ Saint-Hilaire.
P.-S. Ma femme voulait aussi vous écrire; elle porte partout avec elle, pour y répondre, le joli petit billet que vous lui avez écrit il y a quelque temps; mais elle a tant de choses à faire, et est si fatiguée que ce ne sera pas encore pour cette fois. Veuillez l'excuser, chère madame, et croire à son affection bien dévouée, qu'elle me charge de vous exprimer.
354 nOBERT-W. MAC-ALL
L'année 1880 vit se fonder les stations de La Rochelle et de Rochefort. « Des souvenirs agréables, au point de vue historique et personnel à la fois, se groupent autour de cette fondation. Nous fumes à La Rochelle, dit M"® Mac-AU, les hôtes choyés de M. de Richemond, l'archiviste de la Charente-Inférieure. L'Hôtel de Ville, le Musée sont pleins d'intérêt, avec tous les muets messages qu'ils échangent par le « Gulf Stream » avec la Terre promise de TOccident.
Cette année-là, M. Mac-AU éprouva les premières secousses de ce qu'il appelle dans son journal : des épreuves' graves et diverses. Pendant l'été, Dieu prit à lui le chrétien au « cœur de lion », le premier entre les amis et les aides de Paris, l'excellent pasteur Georges Fisch. Puis vint une saison de maladie pour M. Mac-AU lui-même, dont la tête était toujours le siège de vives souffrances.
En cette même année une série de conférences fut organisée, sous les auspices de la Mission, à l'Elysée-Montmartre, — l'une des plus vastes salles de bal de Paris. M. de Pressensé donna la première conférence, le 24 mars, introduit par M. Réveillaud qui remplissait les fonctions de président. On craignait du tapage, a Nous n'étions pas sans inquiétude, note M. Mac-AU, en faisant ce premier essai dans un local si réputé comme un lieu de frivolité et de dissipation. Quelle émotion d'entendre le premier cantique de louanges faisant
HOBEUT-W. MAC-ALL ' 355
résonner les échos de cette salle qui n'avait jamais entendu, jusque-là, que des airs profanes, et quelle joie de voir Tattention soutenue que le grand nombre, dans cet immense auditoire, prêtait aux paroles des orateurs. Nous revînmes à la maison, bien encouragés, et convaincus de l'importance d'organiser des réunions publiques du même genre dans les divers quartiers de Paris (^) ».
En 1881, ouverture de nouvelles stations et branches de l'œuvre à Roubaix, Croix-lez-Lille, Dunkerque, Saint-Etienne, Saintes et Cognac, Clermond-Ferrand, Montauban et Toulouse. C'était là certes de la « marche en avant »! Il y aurait à relever beaucoup d'incidents de ces débuts d'œuvres : et presque chaque salle mériterait d'avoir son historique. Malheureusement il nous faut passer vite. Notons pourtant cette anecdote qui eut Roubaix pour théâtre. Un étranger entre dans la salle nouvellement ouverte et communique ses impressions à l'un de nos amis :
« Ce monsieur (montrant M. Mac-AU), on voit bien que c'est le vrai type anglais; c'est un original. »
Et comme il montrait une grande hilarité :
(1) On sait qu'une des principales salles de la Mission Mac- Ail à Paris, — la salle Rivoli — est une conquête permanente sur l'ennemi. Cette salle avait été, depuis cent ans, sous le nom de bal de la Reine Blanche, etc., une salle tour à tour de bal et de clubs révolutionnaires.
€ — Vous riez toujours », lui dit notre ami.
« — Oui, mais tout de même il est très sympathique, ce monsieur. Il me semble moins original que tantôt. Il est tellement sympathique que je sens le besoin d'aller Tembrasser. »
Presque chaque année, M. et M""* Mac -Ail quittaient la France, pour faire en Angleterre un séjour plus ou moins court. Mais ce séjour n'était pas, dans les premières années surtout, un temps de repos. M. Mac-AU avait à plaider la cause de son œuvre auprès des chrétiens anglais, pour les intéresser et obtenir d'eux des secours. Les lignes suivantes sont de sa main :
« Durant notre court séjour à Birmingham en octobre 1880, nous eûmes l'occasion de prendre la parole devant une nombreuse assemblée, réunie à l'hôtel de ville de Birmingham pour entendre parler des œuvres chrétiennes en France et de la nôtre parmi celles-là. C'était à l'occasion de l'Union des congrégationalistes d'Angleterre et du pays de Galles. Huit ans auparavant, dans une occasion semblable, à Nottingham, j'avais parlé de quatre stations avec 330 sièges. A Birmingham, cette fois, je pus donner les chiffres de quarante stations comportant 7.300 sièges. L'ovation qu'on nous fit à cette occasion a laissé dans nos cœurs une impression indélébile. »
Voici l'exorde du discours prononcé par M. Mac- Ail à cette occasion :
nOBEKT-W. MAC-ALL 357
Quoique l'œuvre que je poursuis dans un autre pays ne se réclame d'aucune dénomination ecclésiastique particulière, je ne puis me défendre d'une émotion profonde, en me retrouvant ici, dans ma chère patrie, au milieu de mon propre peuple, et au sein de cette grande assemblée qui représente l'église de mes pères et des pères de mes pères. Comment me défendrais-je aussi des déclarations que m'inspirent à la fois d'anciens souvenirs et le retour en arrière, sur les longues et heureuses années de mon ministère en Angleterre? J'aime vos Églises congrégationalistes; j'aime leur indépendance et leur fraternité; j'aime cet élément de largeur qui me garde une place au milieu d'elles, alors que je suis engagé dans une tâche commune à tous les chrétiens, et je désire finir mes jours comme je les ai commencés, dans la communion de ces assemblées où, selon l'expression, c mes meilleurs amis, mes parents, ont eu leur demeure », où le Dieu Sauveur règne comme le seul Souverain spirituel, le Chef unique de son Église.
Cette année-là, 1880, nous pouvons noter la formation et le développement rapide des comités auxiliaires. Celui d'Edimbourg, créé depuis trois ans, se distingue en particulier, grâce à l'énergie extraordinaire et aux efforts déployés par son secrétaire et son trésorier honoraires, MM. Dovey et Brewis, aidés du docteur Horatius Bonar, du Rév. G. D. Cullen, et de tant d'autres dont le dévouement s'est montré digne de tous les éloges. Les dames, chargées de faire des collectes, se sont montrées infatigables. Et, pour se faire une idée de ce qu'était leur besogne, qu'on
358 ROHKin-W. MAC-ALL
songe à ces hautes maisons de quatre ou cinq étages, comme celles que nous possédons à Paris! Il s'agissait de monter jusqu'en haut, en s'arrêtant à chaque porte pour solliciter une offrande. C'est là ce que font chez nous les sœurs de charité pour lesquelles nous professons, nous aimons à le reconnaître à cette occasion, une respectueuse admiration.
On nous permettra encore une citation à ce sujet, tirée du neuvième rapport annuel composé par M. Mac-Ail.
« Nous avons eu, au mois d'octobre, le grand plaisir d'assister au troisième anniversaire du comité auxiliaire d'Edimbourg. Nous n'oublierons jamais la chaleureuse réception qu'on nous fît, et le grand nombre d'amis qui s'étaient rendus à l'appel de notre vénérable et bien-aimé frère M. CuUen. Quelques jours après, à Glasgow, réunis chez M. A. Campbell, sous la présidence de l'honorable D^ Somerville, nous constituâmes, dit M. Mac-AU, un nouveau comité régional, qui fonctionne maintenant de façon fort satisfaisante, sous la direction dévouée de M. Andrew Williamson junior. Dans toute l'Ecosse, du reste, s'étend le mouvement. A Perth, à Dundee, existent des branches prospères. Nous retrouvons là les noms du Rév. B. F. Greig, le père de notre collègue, et de MM. A. A. Maitland Heriot et J. Dickson Dodds. »
L'Angleterre ne reste pas en arrière. A Liver-
HOBERT-W. MAC-ALL 359
pool existe un comité auxiliaire. « A Londres dans les salons de M. et M""® Frank Bevan, nous assis- *tânies, dit M"® Mac- AU, à la naissance d'un comité central. On commença par proposer la division de la ville en districts, de façon à faciliter le travail des collecteurs. Nous avions du reste dans la capitale l'aide de deux excellentes œuvres : \diForeign Evangelisation Society et VEvangelical Continental Society,
« Mais le fait que les souscriptions nous venaient de tous les points de l'Angleterre ajoutait encore à leur signification. Nous étions assurés en outre du concours du sympathique membre du Parlement, M. Burley, et de John Bright ; de l'archidiacre Sand" ford, et d'un grand nombre d'autres esprits distingués. »
Nous nous en voudrions de ne pas dire un mot des efforts désintéressés d'une amie. Miss Howard, qui, dans le cours d'une visite qu'elle fit à Londres, se montra précieuse auxiliaire dans la formation du nouveau comité. Avant de quitter l'ancien continent et de passer en Amérique, il faut citer encore une petite anecdote rapportée par Miss CuUen d'Edimbourg :
Je veux vous signaler, écrit cette amie de la mission, un don qui fera plaisir à M. et à M™® Mac- AU. On me dit l'autre jour qu'un homme désirait me parler. Pensant qu'il s'agissait d'un mendiant, je m'apprêtais à tirer ma bourse, quand je m'aperçus qu'il tenait à la main un des rapports édités par notre comité. — Je connais, me dit-il, la mission ;
car mon fils Qt moi sommes allés à Paris Tété dernier. Nous n'étions point là comme tant d'Anglais pour aller aux courses ; nous avons donc passé notre temps à nous promener. Passant rue Saint-Honoré, notre attention a été attirée par une des salles Mac-AU; nous sommes entrés. Quelle n'a point été notre surprise et notre joie de trouver une salle semblable c dans un pays que je m'attendais à voir voué au paganisme » ! Il m'expliqua ensuite le but de sa visite : il avait trouvé un rapport dans sa boîte aux lettres (bravo pour les dames du comité!), il y avait vu mon nom, et vite il était venu me trouver pour me remettre cela — je regardai, j'avais dans la main deux cent cinquante francs en billets, — mais déjà était parti le généreux donateur. Je courus, je voulus savoir son nom, il refusa. Tout ce que je puis dire encore une fois, c'est que c'était un pauvre ouvrier ; je crois avoir dit que je l'avais pris pour un mendiant. Quoiqu'il en soit, je viens d'envoyer le don à M. Brewis, notre trésorier (*).
(1) Cette lettre ne porte point de date, mais -elle doit avoir été écrite après 1881, puisque c'est seulement au mois de mai de cette année-là que s'est ouverte la « salle Saint-Honoré », dans la rue de ce nom, presque en face de l'église de l'Assomption, non loin de l'imprimerie où sont actuellement les bureaux du Signal.
Citons encore, de ce même temps, les lettres suivantes :
De Montauban, le 10 février 1882, M. le pasteur D. Benoit écrit : « Quelle perle que celle du cher M. Cochet! Mais il a été trouvé à l'œuvre, quand son Maître l'a appelé! »
De Perpignan le 4 juillet 1882, M™» Parlier-Courtois écrit à M. Mac-Ail :
« Cher Monsieur et honoré frère, « Depuis longtemps déjà j'ai le désir de vous écrire, pour vous dire ma profonde reconnaissance pour ce que vous avez fait dans notre chère ville de Toulouse ! Ah ! si du ciel on voyait
ROBEHT-W. MAC-ALL 361
En Amérique aussi, Tintérêt pour la Mission allait toujours croissant. Nous avons déjà fait allusion, en parlant de M. Dodds, au succès de la Mission qu'il avait acceptée : d'aller, conjointement avec M. Réveillaud, parler de Tœuvre évangélique en France, de ses progrès, des occasions merveilleuses qui s'ouvraient devant elle, et demander aux chrétiens des Etats-Unis de venir en aide au pays qui avait jadis envoyé à leurs pères l'aide des La Fayette et des Rochambeau.
L'intérêt éveillé par leurs appels, dans cette tournée de conférences qui dura trois mois (du 18 septembre à fin décembre 1880), ne se ralentit
ce qui se passe sur la terre, mon père et mes oncles vous béniraient comme je vous bénis! Je n'ai pu assister qu'une fois à ces chères réunions que j'ai demandées au Seigneur pendant trois ans! Mais j'en ai souvent des nouvelles et il m'est précieux de les recommander à notre Dieu et de m'y trouver moi-même par la pensée et la prière. Maintenant mon cœur soupire après un agent pour cette œuvre que Dieu bénit si grandement! Vous aurez su, sans doute, qu'il n'y a pas eu moyen de cesser les réunions pendant l'été! Dieu ne l'a pas voulu et s'est servi pour cela de la bouche des chers ouvriers; par Toulouse vous devez être mieux que moi tenu au courant de ce qui s'y passe. Oh! s'il y avait un agent qualifié, avec le concours dévoué de M. Viel, on pourrait ouvrir trois, quatre salles, et ce qui nous réjouit à Saint-Michel nous le verrions dans d'autres quartiers. Quelle joiel.... Oh! que la vie est différente quand on songe aux âmes! d
On sait avec quel dévouement l'œuvre de Toulouse a été soutenue par MM. les pasteurs, les amis et le Rév. Daniel Robert.
plus désormais. Accru par les tournées de Miss Beach, qui, vers le même temps, s'adressait aux dames américaines et fondait avec elles les Comités auxiliaires qui sont allés depuis en se multipliant, — entretenu par des opuscules, comme la brochure du Rév. D' Léonard Woolsey Bacon : God's wonderful work in France, le petit livre intitulé : In the land of Calvin and Voltaire, et(i., cet intérêt dut encore beaucoup aux rapports que publièrent sur toutes les œuvres d'évangélisation en France, mais spécialement sur la Mission Mac-AU, les pasteurs américains qui desservirent successivement rÉglise américaine de Paris, MM. les Rév. D" Hitchcock, W. W. Newell, A. F. Beard et Thurber. Dans un travail dont il donna lecture à la seconde convention des œuvres chrétiennes tenue à New- York, voici ce que le Rév. D*" A. F. Beard, qui avait appris à la connaître sur place, disait entre autres choses de Tœuvre Mac-AU et de son fondateur :
De toutes les œuvres d'évangélisation entreprises hors de nos États-Unis, il n'en est peut-être aucune qui ait attiré une attention plus générale que la Mission évangélisatrice de France, connue sous le nom de Mission Mac- AU. L'histoire de cette œuvre, accomplie dans le pays de Calvin et de Voltaire, est l'histoire d'une grande foi, travaillant sous l'inspiration d'un grand amour, et prouvant sa puissance en même temps que l'accomplissement des desseins providentiels et des promesses de Dieu.
Suivait l'histoire abrégée de la Mission depuis ses origines. Puis venait le portrait du fondateur :
M. Mac-AU croit que Christ a tout pouvoir dans le ciel et sur la terre ; et delà son espérance qui défie toute crainte. Il n'est pas de santé robuste, mais sa force vient de sa bonne grâce et du rayon de soleil de son bon sourire. Je crois vraiment que c'est en France le seul Anglais que les Français aiment. Les Français aiment passionnément la France, mais n'aiment guère l'Angleterre ni les Anglais. M. Mac-Ail, au contraire, a conquis tous les cœurs, et le fait qu'une mission, présidée par un Anglais, ait pu gagner ainsi l'amour et la confiance du peuple, atteste assez hautement la puissance et les qualités de la direction, ces qualités qui commandent le succès dans toutes les œuvres missionnaires. Personne, au surplus, ne peut entrer dans ces salles d'évangélisation sans en éprouver l'attrait. Ces paroles : « Dieu vous aime » et « Je vous aime » pénètrent l'œuvre tout entière. Il n'y a, à ma connaissance, pas trace de « cant » ni de mômerie ou de fausse piété dans la Mission. Quand le D' Mac-Ail a chassé le « vieil homme », il a mis dehors aussi ( la vieille femme »^.
C'est la même admiration pour l'homme et pour l'œuvre que montre le Rév. D"" A. T. Pierson, bien connu aussi des chrétiens des deux mondes, dans son beau livre des Nouveaux actes des Apàtres récemment traduit en français. Un de ses chapitres est consacré à la Mission Mac-AU. Nous voudrions pouvoir en citer de longs passages et regrettons d'être obligés de nous en tenir à ce fragment :
364 HOBEHT-W. MAC-ALL
c Cette mission tout entière est un des miracles modernes de la Providence. Dieu a suscité et envoyé dans sa mission rhomme du moment. L'homme était fait pour l'œuvre et Tœuvre pour l'homme. »
Puisque nous avons été amenés à parler de TAmérique et des amis américains, de qui nous aurions encore tant de témoignages à recueillir et à qui nous aurions en retour tant de témoignages de gratitude à rendre, ne les quittons pas sans mentionner ici celui que M. Mac-AU appelait son « premier ami américain ». C'était en effet le plus ancien, car il Pavait connu peu de temps après la mort de son père, Tannée 1838, alors que sa mère voulant, autant que possible, conserver les traditions de la famille Whitaker, accompagnait son fils à une petite école missionnaire que M. Atterbury, grand commerçant américain, venait d'établir dans un quartier pauvre de Manchester. Ce M. Atterbury était, par sa mère, d'origine française, descendant des huguenots qui se sont réfugiés en Amérique au temps de la Révocation. Il présidait luimême les réunions et les travaux de son école missionnaire. La veuve lui présenta son fils, qui lui offrit ses services et, dès lors, voilà Robert Mac-Ail qui collabore avec le Yankee^ son ami. Un jour, le président donne la parole à son jeune ami pour la prière. Le jeune homme répond avec tremblement à cet appel. Il commence très ému ; mais après avoir
^ized by CjOOQIC
balbutié quelques phrases, silence!... Il reste court! — M. Atterbury aimait à raconter ce petit incident lorsque, quarante ans plus tard, il faisait des séjours à Paris avec sa femme et sa fille — à qui Ton doit, pour le dire en passant, la fondation de Tœuvre excellente des « Demoiselles de magasin», ce Ah! quels doux souvenirs, écrit M"**' Mac- AU, que ces heures arrachées à notre vie surchargée et passées avec ces bons amis, retenus pour Vafternoon tea ou le dîner, avant de partir pour nos réunions du soir! Bien que Texode de ses aïeux ait eu lieu à une époque déjà si reculée, on pouvait toujours saisir, dans les yeux noirs de notre ami, l'étincelle héritée de ces vaillants huguenots. »
Et puisque nous sommes, parla citation qui précède, ramenés à Paris et même introduits dans le home^ dans la demeure intime et hospitalière de M. et M""^ Mac- AU, — si souvent pleine, selon le vœu de Socrate, de vrais amis, — terminons ce chapitre par un coup d'œil sur les distractions et les délassements que M. Mac-AU s'accordait chaque semaine, lorsque, dans l'intimité de ses relations avec quelques amis de choix, il oubliait, pendant quelques heures, les responsabilités et les tracas de sa grande et lourde tâche.
Ici, nous cédons simplement la parole à M. Léon Rieder qui, avec sa charmante famille, a été tout particulièrement honoré de ces relations intimes avec M. et M"' Mac-AU ;
368 ROBEHT-W. MAC-ALL
Chère madame Mac-Ail,
Je crois qu'il ne sera pas sans intérêt pour les lecteurs du livre si touchant que vous publiez sur la vie de notre regretté M. Mac-Ail, d'avoir quelques détails sur nos soirées familiales d'Auteuil, pendant les dernières années de sa vie, depuis 1886 jusqu'à son départ pour Londres, en 1892.
Ces souvenirs tout intimes de l'amitié dont votre mari honora ma femme et moi, et surtout nos filles qu'il se plaisait à appeler c nos enfants », n'auraient jamais été divulgués au public, si vous ne m'aviez vous-même exprimé le désir de voir un chapitre ajouté à votre livre, qui retraçât une des formes de son caractère que personne ne put soupçonner, à moins d'avoir été de son c samedi soir >. Qui, en effet, pourrait croire qu'un homme aussi sérieux, aussi occupé, aussi tourmenté par l'idée fixe de son œuvre de relèvement et d'évangélisation parmi les déshérités de la terre, pût prendre un plaisir quelconque à ces jeux enfantins auxquels restent généralement étrangers tous ceux qui ont en tête de graves préoccupations ? Non, tel n'était pas M. Mac-Ail; il adorait la jeunesse et se plaisait à s'entourer d'enfants, à partager leurs jeux, « jeux innocents » et jeux d'esprit principalement. Aussi excellait-il en cela comme en toute autre chose. Son plus grand bonheur était de gagner au « jeu des lettres», c'est-à-dire, avec un certain nombre de lettres, de former le plus de mots possibles, et il mettait à cela un acharnement extraordinaire; vous avez retrouvé dans ses papiers des problèmes de ce genre, qu'il se posait quelquefois pour se reposer de ses durs travaux et, sans doute aussi, pendant ses longues insomnies. El les charades? Que de souvenirs ce mot nous rappelle, autant à la rue Pierre-Guérin qu'à la Villa Molitor I Sans aucun travestissement (car il n'approuvait pas ce qui sortait du cadre naturel des choses), il représentait, avec les enfants qu'il conviait à ses jeux, tantôt l'Anglais débarquant en
France et se servant de son mauvais anglais pour traduire ses pensées, tantôt le Français blagueur et parlant avec abondance de choses qu'il ne connaît que superficiellement. Quoique l'auditoire fût très peu nombreux, et ne se composât guère que de deux ou trois personnes, M. Mac-Ail mettait à ce jeu le même soin que s'il eût parlé devant une salle de conférence remplie de monde, et il avait, pour représenter certaines syllabes, les idées les plus originales, je pourrais dire les plus cocasses : le mot « rien » restera toujours un souvenir ineffaçable de nos bonnes soirées d'Auteuil.
Au jeu de € bagatelle » , il excellait également et surtout n'admettait pas que Ton pût jouer mieux que lui ; c'est en le voyant s'adonner à tous ces jeux que l'on pouvait, mieux que jamais, voir à nu son caractère. Mais, à côté de ce petit faible bien excusable, de. vouloir primer les autres, quelle bonté d'âme, quelle aménité! Aussi était-il aimé par tous, jeunes et vieux, et son souvenir restera vivant dans les cœurs des parents comme dans ceux des enfants. Sa mémoire sera en bénédiction à tous ceux qui l'ont connu, et surtout à ceux qui ont eu le rare privilège de le voir de près dans l'intimité, comme nous par exemple.