I. — Mon Frère
« Il y a un lien de fraternité qui l'emporte sur toutes les distinctions de race, d'âge, de circonstances, d'idées quelconques. Une fois reconnu, ce lien a le pouvoir d'ouvrir les lèvres de ceux qui étaient, auparavant, entièrement étrangers, le pouvoir de leur faire dire, l'un à l'autre : « Mon frère, mon, véritable frère! »
« Lors d'un voyage en Suisse, nous nous étions arrêtés» pendant un moment, pour contempler l'ensemble d'une sublime vallée des Alpes, au fond de laquelle les glaciers étincelants et les plus hauts sommets du canton du Valais bordaient Thorizon. Assis sur un vieux pont, nous nous occupions à distribuer des traités et des évangiles français aux quelques personnes qui y suivaient leur chemin. Parmi elles, se trouvait une paysanne qui, ayant reçu un traité avec bien des remerciements, le montra à un vieillard, un homme qui paraissait avoir au moins quatre-vingts ans. Immédiatement il s'approcha de nous, en nous demandant, d'une manière douce et naïve : « Est-ce que vous êtes en route pour Zinal ? (village alpestre
en haut de la vallée). Les montagnes de glaces, ajouta-t-il, sont très belles par là.
« — Non, mon ami.
0 — Allez-vous donc à Zermatt ?
« — Non. Les noms de trois ou quatre endroits voisins suivirent. Chaque fois, même réponse : « Non ».
« — Où donc allez-vous?
« — Au glacier du Rhône, à la Furka, à Lucerue, puis en Angleterre, enfin à Paris, où nous demeurons.
« — Ah ! donc, répondit-il, nous ne nous rencontrerons plus jamais sur cette terre; mais, continua-t-il, en élevant les yeux vers le ciel, notre prochaine . rencontre sera là-haut, dans un meilleur pays, n'est-ce pas? » En disant cela, son visage bronzé et sillonné s'illumina !
« Oui, cher ami, lui répondîmes-nous, oui; par les mérites de Notre-Seigneur Jésus-Christ. » Ainsi nous nous serrâmes la main, en nous donnant rendez-vous, l'uif à l'autre, au ciel. Dites-le, mes auditeurs, n'avions-nous pas trouvé dans ce pauvre paysan du Valais un véritable frère? Quoique nous eussions été entièrement inconnus l'un à l'autre jusqu'à cet instant, et quoique notre rencontre eût été si courte, quelle révélation intime du cœur de ce vieillard se déployait devant nos yeux! Il pouvait être très ignorant; ses idées sur beaucoup de choses, même sur l'évangile, pouvaient être très imparfaites et peu semblables aux nôtres, néanmoins, combien il y avait du commun entre lui et nous! que de pensées, que d'espérances précieuses étaient également à nous et à lui!
« Voilà notre frère, notre propre frère, notre proche parent, disions-nous quand il nous eut quittés, un véritable membre de la même famille !
« Mes amis, est-ce que vous demandez une preuve pour vous montrer que Vamour d'un Sauveur renferme une vraie puissance, une puissance qui suffit pour dominer, pour élever, pour renouveler toute notre nature? Reconnaissez-la ici; en ce fait merveilleux, mais incontestable, que l'empreinte de cet amour sur le cœur peut faire des êtres, à certains égards les plus éloignés les uns des autres, de véritables frères ; qu'elle peut
être reconnue par ceux qui la possèdent, de sorte qu'en un instant, ils peuvent bien se connaître les uns les autres.
a Oh ! la foi personnelle en Jésus crucifié pouvait seule nous rapprocher ainsi du pauvre vieillard du Valais. Par cette foi, nous étions arrivés à nous connaître l'un l'autre* en deux minutes, beaucoup mieux que nous n'aurions pu le faire sans elle en deux mois, ou même en deux années! Le sentiment profond qu'ils sont également redevables de tout leur bonheur au même Ami divin, fait naître le vrai amour fraternel dans les esprits les plus éloignés !
« Voulez-vous donc goûter cette douce fraternité, cet amour, ces joies de la famille divine? Beçevez, je vous supplie, le Sauveur du paysan des montagnes et le nôtre, — >- recevez-le pour votre Sauveur.
(c S'il en était ainsi, nous pourrions nous servir des paroles du pauvre Valaisan, en nous serrant la main, l'un à l'autre, à la fin de cette réception : « Nous nous rencontrerons là-haut, dans un pays meilleur. Nous nous donnons rendez-vous au ciel. »
« Que le Seigneur nous rende capables, chacun d'entre nous, de le dire ! »