II. Vous ME l'avez fait
Nous venons de lire ces paroles : « Le roi (Jésus-Christ luimême) dira : En tant que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, vous me l'avez fait. »
(( On dit qu'une nuit, au plus fort de l'hiver, un soldat russe se tenait debout, en sentinelle, à son poste. Le froid était si perçant, qu'il était près de périr. Un paysan, pauvre journalier, passant devant lui, se sentit ému de compassion envers son semblable. Il ôta son propre habit, et, l'ofirant au soldat, il lui dit : a Mettez-le, mon frère, ou vous serez gelé avant le matin. Quant à moi, je retourne à ma cabane, où je serai à l'abri et trouverai du feu pour me chauffer. » Néanmoins, à l'aube du jour, on trouva la pauvre sentinelle morte de froid.
« Quelques mois plus tard, ce brave paysan, lui aussi, allait mourir. Alors il eut un songe, un beau et glorieux songe. Il rêva qu'il voyait entrer dans sa petite cabane le Seigneur Jésus,
auquel il demandait : « Seigneur Jésus, est-ce vous que j'aper- « çois au chevet de mon lit? — est-ce vous que je vois revêtu de « mon habit? » — a Oui, répondit le Seigneur, je porte l'habit <( que vous avez retiré pour le donner à la sentinelle russe, cette c( nuit terrible où elle mourut de froid. J'étais nu et vous m*avez <c revêtu. »
a Un songe, sans doute, mais un songe plein de vérité glorieuse. Arrêtons notre pensée, pendant un instant, sur ce trait du beau caractère de Jésus qui y resplendit. « Que vous semblet-il de Christ », mes chers auditeurs? 11 est possible que quelques-uns d'entre vous entretiennent des idées sur le Sauveur tout à fait opposées à celle que renferme le songe du paysan. Qu'est-ce que nous enseignent, à son égard, et ce songe et les paroles de Jésus que je viens de lire? N'est-ce pas qu'il estime toute action généreuse, tout sacrifice personnel fait volontairement pour le bonheur d'autrui, comme si on le faisait à luimême? Combien donc, n'est-il pas plein de générosité, de pitié, de sympathie ! Si l'action du paysan, ôtant son habit pour réchauffer son semblable, lui était si agréable, ne s'ensuit-il pas que si, pendant son séjour ici-bas, il avait rencontré luimême le pauvre soldat, il aurait fait de même? Oui, je crois fermement que, si f avais été moi-même cette sentinelle et si Jésus m'avait rencontré par cette terrible nuit d'hiver, il aurait en effet retiré son habit, pour m'empêcher de mourir de froid ! Je crois qu'il l'aurait fait, non seulement si j'avais été un étranger pour lui, mais encore son ennemi, ou même, si je m'étais trouvé parmi les hommes cruels qui cherchaient à le faire mourir !
« Quel beau caractère que celui-là! Tel était le bon berger pendant son séjour ici-bas; tel il est encore aujourd'hui; car il ne change jamais ! Il m'assure que s'il m'avait vu exposé à une peine, à une douleur quelconque, il aurait voulu accepter cette souffrance lui-même, afin de m'en alléger!
c< Ah! mes auditeurs, ce qu'il se montra à l'égard des maux temporels qui affligèrent ses frères humains, il l'est également à l'égard de leurs maux spirituels ; il est le même ami sympathique, prêt à aider et à délivrer, partout.
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« Comment donc pouvez-vous doater, mon ami, que Jésus ne soit prêt à vous sauver, vous ? Voyez comme il se hâte de donner la vue aux aveugles, de nettoyer les lépreux, de guérir les malades. Est-ce qu'il voudrait prendre un si grand soin de ce pauvre corps mortel, s'il ne voulait pas prendre infiniment plus de soin de notre précieuse âme immortelle? Chaque âme, dans son estimation, vaut mieux qu'un millier de mondes ! // est mort pour racheter nos âmes ! Oh ! reconnaissez cette grande vérité dans limage imparfaite que nous présente ce paysan si généreux, et allez à ses pieds pour réclamer le pardon, la réconciliation, le ciel! »
Voici le texte de l'allocution prononcée par M. Mac-AU à l'Oratoire du Louvre, le 18 janvier 1892, dans la grande assemblée destinée à célébrer le vingtième anniversaire de la fondation de la Mission. ^
« Je ne saurais vous dire combien nous sommes touchés, ^me Mac-Ail et moi, en nous trouvant au milieu de cette grande assemblée et en recevant cette adresse, ce témoignage d'affection, de la part des chers habitués de nos salles. Nous conserverons ce document, comme un vrai trésor, un souvenir bien précieux, jusqu'à la fin de notre vie.
« J'ai exprimé avant-hier, à la rue Royale, notre reconnaissance envers les chers pasteurs et laïques français qui, — comme vous, M. Recolin, — nous ont accordé leur collaboration, leur sympathie chrétienne pendant les vingt années qui viennent de s'écouler. J'aime à prononcer encore les noms honorés et chéris de ceux que le Seigneur a déjà rappelés à lui : Bersier, Georges Fisch, Edmond de Pressensé, Irénée Lepoids, Rosseeuw Saint-Hilaire, Keller, le Dr Gustave Monod, et les noms de chères dames françaises : M"*® de Staël, M""® André-Walther,
APPKNDiCE III 475
M"« Schneider, Mme Saint-Hilaire, M™« Keller. Puis-je oublier un autre nom gravé d'une manière ineffaçable dans mon cœur : celui de mon bien-aimé collègue, George-Théophile Dodds !
a Et j'ai prié, avant-hier, mes braves et fidèles collaborateurs qui forment notre personnel, et les dames chrétiennes qui nous aident d'une manière si désintéressée, de recevoir l'assurance de notre attachement et de notre affection.
(( Maintenant je m'adresse à vous, les habitués de nos diverses salles, afin de vous faire part de notre joie en vous voyant, au bout de vingt ans, entourant ainsi l'étranger (je dois plutôt dire les deux étrangers) qui ont essayé d'être, au milieu de vous, les faibles représentants de leur Sauveur et Maître.
Chers amis, il nous a coûté beaucoup de quitter notre pays, notre chère église, nos amis, tout, afin de nous installer à Paris. J'ose affirmer que personne n'aime plus que moi les relations sacrées qui lient un pasteur chrétien à son troupeau.
La veille de notre départ, j'ai dit à M"« Mac-Ail : « Il faut nous préparer à être entièrement privés de l'affection de notre chère congrégation, notre grande famille, pour ainsi dire. Si les ouvriers français veulent écouter le message de l'Evangile, nous devrons en être infiniment reconnaissants au Seigneur. Mais nous ne pouvons nullement compter parmi eux, sur ces liens si doux qui nous ont unis à notre peuple en Angleterre.
« Grâce à Dieu, en ceci nous nous étions trompés. L'attachement que vous, nos chers habitués, nous avez témoigné, surtout dans les stations qui ont existé depuis longtemps, a été pour nous un grand soutien et un puissant encouragement. Voici notre grande famille, voici notre chère congrégation!
« Nous sommes nombreux ce soir. Nombreux, dis-je. Une pensée me frappe à cet égard, — c'est celle d'une autre assemblée qui est réunie à la même heure, — la compagnie de nos bien-aimés habitués d'autrefois, qui nous ont devancés dans le ciel, — ceux qui ont été amenés au Sauveur dans nos salles et qui sont morts en sa paix. Oui, nous osons ■ croire que cette assemblée là-haut, — là, où il n'y a plus de pauvreté, plus de souffrance, plus de péché — est au moins aussi nombreuse que celle-cil
« Eh bien, ne désirez-vous pas que ces deux assemblées paissent devenir bientôt une seule réunion bienheurease ? Ah ! permettez à votre vieux directeur de vous prendre par la main, un par un, afin de vous amener aux pieds de ce Sauveur qu'il a essayé de vous faire aimer depuis vingt ans. Vous qui avez fréquenté nos réunions depuis longtemps sans faire le grand pas décisif, — vous, chers jeunes amis, qui êtes, pour ainsi dire, l'avenir de la Mission, aussi bien que la joie de notre cœur, dites ce soir même :
« Désormais, Christ pour moi. Désormais, j'appartiens à la famille. Désormais, je réclame une humble place dans la grande église des premiers-nés inscrits dans les cieux.
a Voici le but de tous nos travaux, le seul désir de notre cœur. Chers pasteurs, laïques, collègues, collaboratrices, — et vous, nos chers habitués convertis, nous voulons nous consacrer de nouveau pour travailler avec vous, la main dans la main, en cherchant à hâter dans cette chère France le règne de notre glorieux Sauveur.
« Poursuivons l'œuvre bénie
Avec zèle, amour et foi;
Pais, notre tâche finie,
Nous dirons : Maître, prends-moi ».
R. W. Mac-All.
Le 18 janvier 1892.