‹ La vie et l'œuvre de Robert-W. Mac-AllChapitre 47 sur 52 · DISCOURS DE M. HOLLARD · texte numérisé non relu

DISCOURS DE M. HOLLARD

Appelé à prendre la parole, l'un des derniers, je dois me faire violence et renoncer à exprimer la douleur profonde qui me remplit en face du cercueil de cet homme que j'ai tant aimé, et la sympathie pleine de respect que j'éprouve, avec vous tous, pour la veuve de notre ami, pour celle qui était associée d'une manière si étroite et si complète à son âme et à son œuvre.

Mais il est deux pensées qui, en ce moment, s'imposent à moi et dont je ne puis ni ne veux retenir l'expression. C'est aujourd'hui pour nous un jour de deuil ; il ne faut pas que ce jour soit pour nous un jour d'ingratitude. Il ne faut pas, parce

que uous avons beaucoup perdu, que nous oubliions que Dieu nous avait beaucoup donné, en nous donnant celui que nous pleurons aujourd'hui. Il ne faut pas que la voix du Maître, qui lui dit, là-haut : « Cela va bien, bon et fidèle serviteur, entre dans la joie de ton Seigneur ! » et que la voix de tant de malheureux auxquels il a enseigné le chemin de la vie, et qui le reçoivent avec des cantiques dans les tabernacles éternels, non, il ne faut pas que ces voix glorieuses ne trouvent ici-bas, parmi nous, pour tout écho, que la voix de nos lamentations.

Nous pleurons, sans doute, mais en pleurant, nous bénirons, n'est-ce pas? Oui, nous bénirons!

Nous bénirons Dieu tout premièrement de ce qu'il avait donné à notre ami ce trésor qui est le plus nécessaire à tous, aux petits et aux grands, dans la vie et dans la mort, ce trésor qui est resté, jusqu'à la fin, pour le plus grand de tous les missionnaires, pour saint Paul, le trésor le plus précieux, celui qui était comme la source et la garantie de tous les autres, savoir : sa miséricorde par Jésus-Christ.

Nous bénirons Dieu de ce qu'il lui avait donné de mettre en œuvre cette miséricorde dans l'une des vies les plus belles, les plus pleines qu'un homme, qu'un chrétien puisse ambitionner, et dans l'accomplissement d'une tâche qui a été grande, non seulement en elle-même, mais parles fruits vivants et abondants qu'elle a produits. Nous bénirons Dieu pour le grand exemple que son serviteur nous a donné. Nous le bénirons pour cette sympathie dont il avait, je ne dirai' pas seulement le don mais le génie même, qui a fait qu'entre tous les champs de mission il a choisi le nôtre, oui, qu'il est venu à nous, à notre patrie, parce qu'elle était défaite, malheureuse, abandonnée, et qu'il y est venu avec son cœur tout grand ouvert, son regard tuot illuminé de tendresse, et sa main loyalement tendue. Nous le bénirons pour cette foi indomptable qu'il a eue en nous, en nos concitoyens, c'est-à-dire en Dieu et en ce qu'il pouvait faire de nous et par nous pour le relèvement des âmes et pour son Royaume, dans notre pairie. Nous bénirons Dieu de ce qu*il a répondu à celte foi d'une manière si fidèle et si magnifique. Nous bénirons Dieu de ce qu'après tant de labeurs et, en

dernier lieu, tant de souiFrances, il a donné à notre ami le plein repos dans la lumière, où, par la grâce de Dieu, nous le retrouverons bientôt. Oui, nous bénirons Dieu. Mais nous ferons autre chose encore. Nous nous souviendrons de ceux auxquels la tâche entreprise par M. Mac-Ail a été léguée, et qui tremblent sous le poids d'un héritage, si noble assurément, mais si lourd aussi.

Et nous leur dirons : Bon courage! Cette œuvre n'est pas d'un homme seulement, elle est de Dieu. Dieu a mis son sceau sur elle. Elle subsistera. La forme en pourra être quelque peu modifiée, — et encore je ne sais, — mais, en elle-même, elle subsistera. Dieu la soutiendra et vous soutiendra.

J'ose ajouter, — et je suis sûr, en le faisant, de parler au nom d'un grand nombre, — j'ose ajouter : et quant à nous, nous ferons, avec Dieu qui nous aidera, tout notre possible pour la soutenir et pour vous soutenir.

Eh quoi! Un étranger, — je me sers de ce terme faute d'un autre, — un étranger serait venu à nous en des jours sombres entre tous; il nous aurait apporté ce qu'il avait de meilleur et ce qui nous était, à nous, le plus nécessaire; il nous aurait apporté en même temps son cœur et sa vie ; il nous aurait fourni une preuve éclatante qu'il y a une place pour le Christ en toute âme et en tout foyer des fils et des filles de notre peuple; il aurait obéi simplement à cette parole du père de famille à son serviteur : « Va sur les places et dans les rues de la ville et presse d'entrer ceux que tu rencontreras ! » et des multitudes auraient répondu à cette invitation, — et quand il serait tombé, lui, accablé par la maladie et plus encore par les travaux et par les sollicitudes ardentes qui le consumaient, nous nous bornerions, nous, à des larmes et à des louanges! Non pas! Ce n'est pas ainsi que l'on honore des morts comme lui. Le vrai moyen de les honorer, c'est, après leur avoir fait de Justes funérailles, de ramasser l'épée qui est tombée de leurs mains défaillantes et de retourner au combat, vaillants, pleins de l'esprit qui les animait et prêts à tous les sacrifices. C'est ce que nous ferons, n'est-il pas vrai? Une fois lui disparu, nous ne tromperons pas sa confiance. Nous ferons, si j'ose

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ainsi parler, honneur à sa foi, à ses prières, nous répondrons d'une manière qui ne soit pas trop indigne de lui à ses ardentes et dernières sollicitudes. Et Dieu nous bénira!

Il me semble, pour revenir à notre parabole de tout à l'heure, l'entendre qui dit au Père, qui est là-haut : « Maître, j'ai fait ce que tu as commandé, et il y a encore de la place » — et entendre le Père qui répond, non pas à lui, car pour lui la lutte est terminée, sur la terre, mais à nous : a Allez sur les chemins et le long des haies et pressez d'entrer ceux que tous trouverez, car je veux que ma maison soit remplie! »

L'assemblée chante alors les strophes suivantes (cantique populaire no 282) qu'accompagne l'harmonium de l'Oratoire» tenu par l'organiste de l'Oratoire :

Non, ce monde n'est pas

Notre patrie !

La joie est ici-bas

Trop tôt flétrie.

C'est la terre des pleurs.

Des chutes, des douleurs; Elle doit être ailleurs,

Notre patrie !

Auprès de ton Sauveur,

Ame ravie, Tu verras le bonheur

Et la patrie !

Paix, amour, liberté.

Joie, immortalité, Dans la sainte cité,

Dans la patrie !

Un représentant des Églises indépendantes (congrégation nalistes) d'Angleterre, M. le pasteur Philps, proche parent de M. Mac-Ail, termine la série des discours par une très brève allocution en langue anglaise.

« Les membres de l'Association (plus de 3.000) des Églises congrégationalistes; dit-il, étaient réunis en séance, à Londres, vendredi passé, lorsque est arrivée la nouvelle douloureuse de la mort de leur cher collègue, M. Mac-Ail, dont ils suivaient

Tœuvre avec une sollicitude attentive. Ils ont chargé M. Philps d'exprimer à la France toute la reconnaissance des pasteurs congrégationalistes pour l'accueil sympathique et cordial que M. Mac-Ail a trouvé chez nous. »

Une émouvante prière du vénéré M. Hocart, pasteur de l'Église méthodiste, suivie de la bénédiction, clôt la cérémonie à l'Église. L'orgue joue la marche funèbre de Chopin, la foule s'écoule lentement, et défile respectueusement devant Mme Mac- AU qui se tient près de la grande porte, sur le perron de la rue Saint-Honoré. Il est quatre heures et demie.

Le protestantisme a fait à M. Mac-Ail de belles funérailles. Des lafmes ont coulé aux accents touchants ou vibrants des orateurs. Mais les actions de grâces non plus n'ont pas manqué pour l'œuvre accomplie, et pour le bienfait qu'a été et qu'est encore à la France l'eiFort persévérant de M. Mac-Ail.

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