‹ La vie et l'œuvre de Robert-W. Mac-AllChapitre 49 sur 52 · DISCOURS DE M. LOUIS SAUTTER · texte numérisé non relu

DISCOURS DE M. LOUIS SAUTTER

Chers amis,

Je viens au nom du Comité directeur de la Mission populaire évangélique, au nom de tous les collaborateurs et amis de M. Mac- Ail, exprimer quelques-uns des sentiments qui remplissent notre cœur en présence de ce cercueil. C'est d'abord une grande douleur. Notre cher Président ! nous ne le verrons plus, nous ne serrerons plus sa main, nous n'entendrons plus sa voix! Il ne sera plus là pour nous encourager par son exemple, pour nous guider de ses conseils, pour conquérir toutes les sympathies et triompher de toutes les résistances avec la seule autorité de son dévouement sans bornes, de son jugement pénétrant et sûr, de sa patiente, persévérante et inaltérable bonté! Un vide s'est fait, une lumière s'est éteinte; nous pleurons tous un chef et un ami.

C'est ensuite une profonde compassion pour celle qui a été, pendant tant d'années, la fidèle et inséparable compagne de M. Mac-Ail, celle qui reçut la première confidence de son désir de Venir se fixer en France, et qui, voyant dans ce désir un appel de Dieu, lui dit sans hésiter : « allons » !

Oh! comme nous sentons le besoin de l'entourer de notre respectueuse affection! La France était devenue, pour elle et pour son mari, une seconde patrie; nous voudrions tous lui être» n'est-il pas vrai, comme une autre famille.

C'est encore la reconnaissance. Hommes et femmes, nous ne saurions dire assez haut le bien que M. Mac- Ail nous a fait en nous invitant, en nous entraînant à travailler avec lui pour le Seigneur, en ouvrant à notre activité chrétienne, hélas!, si souvent timide et paresseuse, des champs de travail où chacun pouvait trouver des tâches appropriées à ses dons et à ses forces, en affermissant ainsi notre foi, en nous apprenant à devenir à côté de lui, et à son exemple, des serviteurs et des servantes de Jésus-Christ. — Français, nous remercions M. Mac-Ail de l'amour dont il a aimé la France, et du bien qu'il lui a fait, sans se laisser arrêter par aucune difficulté, sans reculer devant aucun sacrifice. — Chrétiens, nous rendons grâce à Dieu pour les semences de vie que M. Mac-AU a répandues dans nos Églises, pour ces portes qu'il leur a ouvertes sur les masses populaires, pour ces moyens d'évangélisation si simples, si pratiques, si conformes au goût et au génie de notre peuple dont il les a dotées ; pour cette démonstration nouvelle qu'il a donnée de la puissance de l'Évangile pour attirer les âmes, pour consoler, sauver et transformer les pécheurs.

Enfin, avec la tristesse, l'amour, la reconnaissance, nous éprouvons un sentiment de confiance et de paix. La Mission populaire évangélique a fait une perte immense en perdant son fondateur et son président. Il ne doit cependant y avoir aucune place dans notre cœur pour le découragement. J'ose dire que ce jour de deuil doit être en même temps un jour d'actions de grâce et de saintes résolutions. Le feu que M. Mac-AU a allumé ne s'éteindra pas; l'œuvre qu'il a commencée ne sera pas interrompue et ralentie par son départ. Nous ne nous lamenterons pas sur notre faiblesse, nous ne nous inquiéterons pas de l'avenir; nous compterons sur notre Maître, sur sa force, sa fidélité ; nous nous consacrerons de nouveau et plus complètement à son service, répétant avec un de nos cantiques :

Nous aurons la victoire Par le Ressuscité!

Chers amis des réunions populaires, qui avez voulu donner

un témoignage de votre affection pour M. Mac- Ail en accompagnant au cimetière ses restes mortels, permettez-moi de me faire aussi votre interprète. N'est-ce pas que vous aimiez M. Mac- Ail? N'est-ce pas que, lorsqu'en entrant dans la salle de conférences, vous aperceviez M. MaC'All debout sur Testrade et M"^ Mac- AU assise à l'harmonium, vous étiez contents? N'est-ce pas que vous aimiez, en défilant devant lui à la sortie, recevoir sa cordiale poignée de main, accompagnée de son doux et gracieux sourire? N'est-ce pas que vous êtes tristes de penser que jamais, jamais plus nous ne le reverrons sur cette terre? (De nombreuses voix répondent : oui, oui!) Oh! voyezvous, on vous a déjà dit, mais on ne vous dira jamais assez combien il vous aimait! Pour vous, il est venu s'établir, seul avec sa femme, dans un pays dont il connaissait à peine la langue. Pour vous, il a travaillé pendant vingt et un ans, sortant tous les soirs, pour présider l'une ou l'autre de vos réunions, et, quand il rentrait chez lui, écrivant jusqu'à une heure avancée de la nuit, à ses amis d'Angleterre, d'Ecosse, d'Amérique pour les intéresser à l'œuvre dont ils étaient en grande partie les soutiens. Pour vous il a sacrifié ses goûts, ses aises, ses forces, sa vie. Et savez-vous, chers amis, pourquoi il a fait cela et vous a aimés à ce point? C'est parce qu'il aimait le Seigneur Jésus, parce qu'il avait appris de lui ce que c'est que la charité, et que, de même que Jésus-Christ a donné sa vie pour nous, il a voulu donner sa vie pour ses frères. Son but, en venant à vous, était de vous amener à Jésus-Christ. Il voulait, en vous aimant, vous faire comprendre et vous montrer l'amour de votre Sauveur.

Chers amis, je viens de dire que ce jour de deuil doit être aussi un jour d'actions de grâce pour les bénédictions reçues et attendues. Ce n'est pas assez; il faut que ce soit un jour d'appel, un jour de décision; il faut qu'en présence de la tombe encore ouverte de M. Mac-Ail, chacun de nous entende la voix de Jésus lui disant : « Vous savez ce que j'ai fait pour vous, que ferez-vous pour moi? » « Mon fils, ma fille, donne-moi ton cœur ». Après avoir entendu cette voix il faut y répondre, et, rachetés de Jésus, devenir les témoins et les messagers de la

bonne nouvelle du salut. C'est ainsi, chers amis, que vous honorerez le mieux la mémoire de M. Mac-Ail. C'est ce qu'il vous a toujours dit; et si, nouveau Lazare, nous le voyions en ce moment, à la voix toute-puissante de Jésus, sortir de son cercueil, et se tenir debout sur le bord de cette fosse, c'est encore ce qu'il vous dirait.

Et maintenant, cher M. Mac-AU, adieu, et au revoir! Le vœu que vous avez formé il y a quelques mois, au moment où, vous sentant très malade en Angleterre, vous exprimiez l'ardent désir de revenir en France, a été exaucé.

Vos restes reposeront au milieu de cette population parisienne que vous avez tant aimée, non loin de la demeure où vous avez passé les dernières années de votre vie, à côté des restes de votre ami et compagnon d'armes M. Dodds, auquel, il y a onze ans, nous rendions à cette même place et avec vous, les derniers devoirs. La même pierre tumulaire rappellera aux visiteurs de ce cimetière vos deux noms, et ce que vous avez fait l'un et l'autre pour le bien de vos semblables et pour l'avancement du règne de Dieu. Le souvenir en restera gravé dans nos cœurs, en attendant le jour des rétributions où, selon la parole de nos saints livres, « Ceux qui en auront amené plusieurs à la justice, luiront comme les étoiles, à toujours. »

M. Ph. Vincent, pasteur baptiste, est appelé vers la tombe pour faire la prière de la fin. A son tour, il rend grâces à Dieu de la bénédiction qu'a été pour ce pays l'arrivée de M. Mac-AU. Au nom des ouvriers de l'œuvre, il exprime la gratitude qu'il éprouve, parce que cet homme de bien a mis à la portée de plusieurs le moyen d'annoncer rÉvangile. Il prie pour qu'il y ait en ce moment de la joie dans le Ciel, pour que, maintenant, ici même, une âme se donne à son Sauveur. Il prie Dieu d'apporter à Mme Mac-Ail toute consolation.

Et les a£Qigés qui sont au cimetière, les femmes en pleurs, les amis, les chefs et les soldats de l'œuvre, les sauvés du grand naufrage, tous les chrétiens présents entonnent avec force et confiance le n^* 211 des cantiques populaires.

^ 4> KrrEXBÊCIL IV

r F .'■cr Vi<« .««r» arec Loi ! *

A c«« »v*t«, dAB« Boa ccmr a lui

Ma fv-sî* «^ «oîitaire,

Mjti5 eitfcq^r soir «a nouveau pas

M* r*ppT\.<W da Fère-

O d.«aoe rt^mil*' !

O £<-QT< des <^anx vît^s !

B:<^KtM 3* s«Tai traasporlé >ar tes «■I<*t<* rÎTe*.

Doax SauTrar. près de toi Qa* je TÎve et je meure ; FaU de mon Âme, à puissant Roi, Ton trône et ta demeare.

Puis, laissant ici-bas

Ma route solitaire.

Je m euToleraî dans tes bras

Vers la maison du Père!

M. Andersen prouoncc les dernières paroles liturgiques : Il r€Dd à la terre ce qui appartient à la terre. M. le pasteur Greîg donne la bénédiction, et nous nous retirons sous Timpression que cette journée de deuil a été une journée de foi, d'espérance, d'amour, de paix entre les chrétiens, — une journée digne de M. Mac-Ail .i..

,1) Le correspondant dn Times dit: « Plusieurs congrégations envoyèrent des couronnes, quelques-unes d*nne simplicité touchante, contrastant étrangement arec les offrandes plus coûteuses. Quand ces couronnes et ces bouquets furent placés sur le cercueil, les fragments tombés à terre furent ramassés avec empressement ponr être conservés comme souvenirs. »

Page 1