‹ La vie et l'œuvre de Robert-W. Mac-AllChapitre 5 sur 52 · LA JOIE DU SERVICE ACTIF · texte numérisé non relu

LA JOIE DU SERVICE ACTIF

Fragment d'écrit de M. Mac-All

Si je me décide, à l'âge de soixante-dix ans, à écrire une brève histoire de ma vie, la raison qui me pousse le plus fortement à cet essai, c'est la conviction profonde que peu de personnes, si même il en fut, ont eu une vie plus vraiment heureuse que la mienne. Oui, vraiment, il m*est arrivé souvent de songer, de rêver, en telles circonstances de ma carrière, que j'étais assurément Têtre le plus heureux qui fût sur terre. Que ce fût, en un certain sens < un rêve », c'est possible, mais je suis très sûr que l'origine de cette rêverie remonte à de merveilleuses dispensations de joie, et, quand j'en fais le compte, mon cœur de septuagénaire tressaille d'une intense gratitude et fait monter sa louange à Celui qui m'a donné cette joie en partage.

Qu'était cette joie, et d'où venait-elle? A vrai dire, la source où je l'ai puisée semblerait à beaucoup de gens l'opposé même des conditions du bonheur : je veux dire, dans le parcours d'une carrière absorbée en efforts incessants pour accomplir, dans mon humble sphère, le service du Maître; or, cette absorption impliquait le renoncement — non pas à titre de mérite, mais par suite des exigences de ce service même, — à beaucoup de choses qui, pour une appréciation superficielle, seraient considérées comme des ingrédients essentiels dans la coupe d'une joie débordante. Qu'on veuille bien se dire que je ne présente pas ma carrière en modèle — loin de là ! — Si tout pouvait être dit, ma vie, si richement privilégiée qu'elle ait été, serait marquée par des imperfections sans nombre et fort humiliantes. Souvent, j'ai été prêt à conclure que jamais proportion plus disparate entre des privilèges si particuliers et

Tusage que j'en ai fait pour la gloire du Seigneur n'aurait été, autant que dans mon cas, une cause de condamnation. Mais je désire ici rappeler comment, en dépit de tous ces déficits et de toutes ces infidélités, mon effort pour m'adapter jour après jour à Son service, a illuminé pour moi les étapes successives de la route, et a fait, si je puis m'exprimer ainsi, germer et fleurir d^nnombrables fleurs du ciel dans un sentier qui, pour un observateur borné aux horizons terrestres, aurait semblé plutôt traverser une terre aride et sèche.

Mon seul but, en écrivant ces souvenirs, sera de mettre en relief, en caractères pris sur l'empreinte de ma propre vie, cette vérité que je tiens d'une foi profonde, savoir : que le secret de la joie du cœur, d'une joie tranquille, constante et sans mélange se trouve seulement dans le service du Maître, dans la consécration la plus intense et la plus permanente de toutes les énergies de notre être à l'efibrt de faire d'abord ce qu'il nous donne à faire. Ai-je besoin de faire remarquer que, pour goûter cette joie, il n'est pas indispensable de laisser de côté, comme c'a été mon cas, toute vocation du monde, et de réserver la totalité de son temps et de ses forces pour un service directement spirituel? Dans mon cas même, beaucoup de mes obligations, tout en étant connexes avec la tâche d'avancer le règne de Christ sur la terre, comportaient évidemment le tracas et le fracas de détails incessants qui, pour la plupart, étaient séculiers et mondains. Que chacun soit juge de son propre cas, mais que le serviteur de Christ voue à son Maître, à mesure pleine, tout ce qu'il a de temps, de talent, d'influence, pour l'employer à la poursuite fidèle de sa vocation terrestre; sa bénédiction, sa récompense sera d'avoir part, une part large et pleine, à cette pure joie dont je parle. Mon but essentiel sera donc de recommander — et je le fais du plus profond de mon cœur — la recette de

consécration que j'ai indiquée, à quiconque voudra faire avec moi Texpérience de la vraie et pure joie.

Je fais plus particulièrement allusion, dans ces vues, aux vingt et un ans que j'ai employés à la poursuite quotidienne de mes tentatives d'évangélisation à Paris ; mais, en principe, renseignement qui se dégage de ma carrière, si imparfaite qu'elle ait été, est le même du commencement jusqu'à la fin. Si je tâche d'écrire quelque chose sur la première partie de ma vie, ce sera pour mettre en lumière, dans cette relation, Téclat indicible des privilèges que j'ai déjà mentionnés. Qui, plus que moi, a pu goûter la joie d'une enfance heureuse, autour d'un foyer plus béni et plus à l'abri de toutes les influences adverses et mondaines? Chez nous, la crainte et l'amour de Dieu régnaient sans partage. Chaque influence reçue par l'enfant était par excellence une influence tendant à Dieu. Mon père, Robert Stephens Mac- Ail [docteur in utroque jure (LL. D.)] était un ^ homme éminent et qui ne fut inférieur, par les dons intellectuels, à aucun homme de sa génération. Mais, pour ceux qui l'ont connu intimement, ces qualités supérieures et brillantes semblaient s'effacer, quand on le mettait en face de sa consécration si pleine à la gloire de son Sauveur ; cette consécration avait, d'ailleurs, été braséeau feu des luttes intérieures, car, avant d'en arriver à se fixer dans la voie d'une foi simple et ferme au sacrifice expiatoire du Calvaire, sa nature avait eu à soutenir de terribles assauts de la sagesse humaine, et à traverser les plus sombres suggestions de l'incrédulité. Je n'essaierai pas, dans cette étude, de faire son portrait comme penseur et orateur chrétien. Toutefois, je noterai un ou deux traits que je crois inédits, dont je fus témoin dans mon enfance, alors qu'il s'était fait mon précepteur, et me permettait d'entrer dans le sanctuaire de son cabinet de travail. Ces traits pourront jeter quelque lumière sur ses rares, et, à certains égards, incomparables qualités...

Malheureusement, le manuscrit s'arrête là. Cette autobiographie qu'il avait pensé écrire, et qui — riche de ses impj'essions personnelles et de ses témoignages sur ce que « ses yeux avaient vu » (*) — eût été un document d'une valeur inestimable, il ne trouva pas le temps de la compléter et n'en put tracer que ces quelques lignes. D'autant plus chères nous sont-elles, comme le serait une ébauche ou quelque partie fragmentaire d'une statue d'un grand maître. Combien précieuses aussi par leur teneur! Tel un père que la mort empêcherait d'achever le testament qu'il avait commencé de dicter, mais qui, toutefois, aurait eu le temps de léguer à ses enfants et à ses amis ce rare talisman : le secret du bonheur.

Outre cette page, sa veuve a encore trouvé dans ses papiers quelques lignes, par lesquelles il avait lui-même marqué d'avance les jalons, les points de repère de l'ouvrage qu'il projetait. ]yjme Mac-AU s'est attachée à les suivre exactement, dans la biographie de son mari qu'elle a eu à cœur d'écrire en anglais. Nous ne saurions mieux faire nous-même que de nous laisser guider du plus près possible par leurs indications.

Voici d'ailleurs, à titre documentaire, ces notes trop brèves, sorte de croquis, d'esquisse, ou, comme il l'appelle lui-même, de fil conducteur de sa carrière :

(1) l'^e Ep. Jean, I.

ROBEKT-\V. MAC-ALL

La joie du service actif préparé par le maniement des a£Paires.

La porte d'airain s'ouvrant d'elle-même *i. Presque toutes les autres portes fermées.

Ici, un événement extérieur (l'appel du Macédonien, Belle ville).

Là, une voix intérieure (Londres, Union Chapel),

Je m'arrache des pastorats, en dépit de..., etc.

Qui pourrait hésiter à reconnaître un plan dans tout cela, et d'un autre que moi ?

Esquisse de mes premières années. Parents, côté paternel ; côté maternel. Traits de mon père. Macclesfield. Naissance. Santé délicate. École. Le banc de Saint-Georges. Mr. Leigh, puis Mr. W. Alexander. Conviction de péché. Œuvre du Saint-Esprit en moi à l'âge de trois ou quatre ans. Manchester. — \J Amanuensis (manuel) de mon père. Son « Alarum » Réveil^matin pour la chaire. Son dernier sermon. Ses derniers mots : c Deviens un ministre de Jésus-Christ », etc. Sa mort. Architecture. Bureau à Londres. Sir Charles Barry (Panchaud?), etc. Changement de carrière. Collège universitaire. Jours heureux. Sunderland et Leicester. Dix-huit années. Deux Églises. Ministère. Conversions, etc. Délices de la prédication et du pastorat. Court séjour à Manchester. Birmingham. Hadleigh. Nombreux appels, L'Appel à Paris. Caractères généraux de l'œuvre en cette ville. Administration. Devoirs séculiers. Assistance aux réunions, par tous les temps, tard chaque soir avec M"« Mac- Ail. Graves et diverses épreuves. Vingt et une années. Fêtes, « 20 », « 70 », etc., etc. Légion d'honneur. Marques d'estime personnelle. Effets sur la mission de ma maladie. Témoignages d'affection, etc. Insister sur la Main directrice.

(1) Allusion à la citation du Livre des Actes, XII, 10.

ROBERT*W. MÀC-ÀLL

Cette page, ainsi que le fragment qu'on a lu au commencement de ce chapitre, fut trouvée à Auteuil sur la table de travail de M. Mac- AU, quelques semaines après sa mort. Voici donc le plan de la construction; mais où prendre les matériaux pour la bâtir? M™* Mac-AU, sa pieuse veuve, les a trouvés, en partie, dans quelques lettres et manuscrits de date plus ou moins ancienne, dans les récits de famille qu'elle tenait de sa bellemère, femme d'une intelligence et d'un savoir éminents ; dans une série d'annotations sur des carnets quotidiens tenus par lui pendant plus de cinquante ans ; dans des notes de voyage développées en des conférences en vue de ses classes de jeunes gens ; dans des sermons, traités ou cantiques, en anglais et en français; dans ses agendas français et ses plans de sermons ; dans de nombreux écrits et rapports, soit officiels, soit personnels; enfin, dans quantité de notes familières écrites par M™* Mac-AU elle-même, pendant les premières années de la « Mission aux ouvriers de Paris ». Nous n'avons eu, pour toute la première partie de la carrière de l'homme de Dieu dont nous retraçons l'histoire, et, d'une manière générale, pour tout le côté intime de sa vie, qu'à suivre à notre tour M™® Mac-AU dans son travail, en profitant, après elle, des notes et des documents qu'elle a rassemblés. Dans la seconde partie seulement, nous avons fait appel à des souvenirs

ROBBRT-W. MÀC-ÀLL

personnels, et puisé à de nouvelles sources d'informations. Sans doute, il nous faudra, dans remploi de ces matériaux, laisser de côté beaucoup de choses que nous aurions souhaité retenir. Puisse Finfluence de ces pages, prouver que la sélection a été inépirée par le conseil de Celui qui ne peut errer en ses directions!

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