‹ La vie et l'œuvre de Robert-W. Mac-AllChapitre 6 sur 52 · LES TROIS ROBERT · texte numérisé non relu

LES TROIS ROBERT

byGoOgy

Les parents de Robert -Whitaker Mac- AU étaient, à ce qu'on croit, originaires du « sandy GoU » d'Ecosse, dont il est parlé dans le Lord des Iles de Walter Scott. Le nom primitif de la famille aurait ainsi été Mac-Coll (on sait que Mac indique la filiation dans les langues gaéliques). En passant la Tweed, le C du nom serait tombé et VO aurait été changé en A. Le père de notre héros n'avait pas pris son parti de cet effet du dépaysement en climat plus méridional, et se proposait, nous dit-on, de reprendre YO primitif et original de son nom.

La biographie anglaise nous fait remonter à cent vingt-sept ans en arrière. Durant cette période, la famille compta successivement trois Robert. Le premier était un bel homme, doué d'un caractère gai et d'une grande facilité de parole, prédicateur de prédilection dans les (c Chapelles » évangéliques de Gloucester, à Saint- Yves et de Old Sion à Whitechapel, fondées par la « bonne Comtesse » de Huntingdon. Il était, de plus, grand fumeur, ce qui expliquerait, peutêtre, pourquoi le deuxième Robert dit un jour au troisième : « Je désire que tu me fasses une promesse. — Laquelle, mon père? — Fais-moi d'abord la promesse, avant que je te dise de quoi il s'agit.

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— Est-ce quelque chose qu'il me soit possible de faire? — Oui, certes! Promets-moi de ne jamais fumer. »

L'enfant promit et tint toujours fidèlement sa parole.

Le premier Robert s'établit à Saint- Yves, et c'est là qu'il gagna l'affection de celle qui devait devenir sa femme,. Jane Ley. Néanmoins le pasteur étant pauvre, et la jeune fille ayant dû braver la colère de son père pour l'épouser, celle-ci n'aurait pas eu la vie facile sans sa bonne tante Stephens, qui la protégea tant qu'elle vécut, et, en mourant, se souvint d'elle dans son testament. Notre jeune couple en témoigna sa reconnaissance en donnant le nom de Stephens à leur premier-né, notre second Robert. Si les murs pouvaient parler, Tregenna Gastle (transformé aujourd'hui en hôtel) aurait bien des choses à nous raconter de cette bonne tante.

Vingt-sept ans plus tard, nous voyons Mistress Mac-Ail en visite à Macclesfield, chez ce fils qui, à son tour, est marié et père d'une petite fille. Ce second Robert avait, dès lors, la réputation d'un prédicateur aimé et populaire. En partant, la mère laisse sur la cheminée un bout de fil, — frêle souvenir que son fils ne voudra pas laisser déranger.

Le voyage à Londres par le coche était fatigant. Lors de son arrivée, elle écrit à son fils : « Le Coran t'est expédié, et nous espérons t'envoyer

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bientôt la Lyra prophetica de Byttner. « Son père ajoutait : « Il m'est bien doux de pouvoir te renvoyer. Pas de poisson cette année à Saint- Yves. » Un peu plus tard, nous trouvons de lui la lettre suivante :

Londres, le 19 décembre 1821.

Mon très cher iils,

Nous recevons à l'instant ta bonne lettre du 17; elle a été la bienvenue, et c'est avec des larmes de joie que nous l'avons lue, ta mère et moi; la nouvelle de la naissance de votre premier-né, notre petit-fils, est vraiment une grâce. Comme, dès l'instant de ta naissance, nous t'avons solennellement consacré au Seigneur, je ne doute pas que, de même, toi et ta femme n'ayez aussi consacré à Dieu ce gage de sa faveur. Nous nous unissons à vous dans cet acte solennel.

L'enfant, baptisé par son grand-père, le 3 mai 1822, le fut sous les noms de « Robert-Whitaker Mac-All )), ainsi que l'atteste le registre de la chapelle congrégationaliste de Townley Street, à Macclesfîeld. C'est ce « troisième Robert » qui sera le héros de notre récit. Nous n'avons plus à apprendre de qui il tenait son prénom de Robert. Mais disons maintenant d'où lui venait son autre prénom de Whitaker.

Il y a une « fameuse distance » de Saint- Yves, dans la Cornouaille, à Macclesfield, dans le Cheshire, où naquit Robert-Whitaker; cependant, le trajet sera vite fait, grâce au « tapis merveilleux » plus rapide que celui du Flying Dutchman^ que possède tout narrateur. Adieu donc à la pitto-

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resque petite ville d'il y a cent ans, et à ses habitants vifs comme le salpêtre; adieu aussi aux plages sablonneuses de la Gornouaille, avec leurs petits Pectens roses et couleur d'ambre (les « Papillons de la mer » de Cuvier); adieu aux pêcheries à la « seine », et à l'auditoire à bouche béante de sardines et de mulets rouges des légendes de Saint-Brandan ; adieu, enfin, à la belle devise de Saint- Yves : « One and AU! »

A Macclesfield, c'est le rouge foncé de la brique qui donne sa couleur à la ville, — tranchant sur les tons verts et gris des hautes collines qui la séparent du Derbyshire. Buxton n'est pas très éloigné, si vous prenez la route du « moorland », tandis qu'à trois minutes de la station de Hibel- Road, dans la direction de Manchester, vous rencontrerez Prestbury, l'église mère de celle de Macclesfield, avec son « porche des morts » [lychgate)^ et le paisible village situé sur la rive gauche de la petite rivière de Bollin^ qui dirige vers la Mersey ses eaux limpides.

C'est là que furent unis, le 6 novembre 1815, Robert-Stephens Mac-AU et Sarah Whitaker, et c'est là aussi que, à l'ombre du temple et à côté de plusieurs générations de parents, repose Mistress Mary Millet, la protectrice des premières années de notre héros, et sa plus fidèle amie jusqu'à l'heure où elle quitta ce monde.

Le mouvement méthodiste du siècle dernier

avait laissé, dans cette région, des traces profondes; John Wesley était souvent venu dans le voisinage, en visite chez M. Richard Bruce de Tattenhall (^), qui fut Tun des partisans les plus décidés du grand

Maison ou est né Robert-W. Mac-All

Revivalist^ prit rang parmi ses prédicateurs laïques. Il prêcha, en effet, dans les assemblées et classes qu'il organisait, avec une activité et un zèle qui ne Tempèchèrent pas d'atteindre à Tâge avancé de quatre-vingt-seize ans. Parmi les familles notables

(1) Arrière- «rand-père de R.-W. Mac-All.

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du pays entraînées dans ce mouvement de réveil religieux se trouvait la famille Whitaker.

En 1796, M. John Whitaker, Fonde maternel de notre Robert-W. Mac- AU, s'occupait, avec quelques autres jeunes gens, de grouper les enfants pauvres de Macclesfield dans une salle offerte à cet effet, et où des instituteurs bénévoles leur donnaient l'instruction religieuse et leur apprenaient à lire et à écrire.

« On pensera peut-être, a écrit depuis M. Whitaker, que c'était une entreprise bien téméraire de ma part. Où trouver l'argent ? A vrai dire il ne m'en fallait pas beaucoup pour commencer. Un ami nous donna deux guinées pour acheter les livres nécessaires ; mais voilà qu'au bout de quatre semaines la salle élait devenue trop petite. On en trouva une autre où tous se rendirent le cinquième dimanche; mais il fallait la meubler et se procurer des pupitres, des bancs, bien d'autres choses encore. »

Après un autre déménagement, ils se trouvent, en 1797, dans la manufacture de Hardern. En 1812, le nombre des écoliers atteignant 2,149, on se vit forcé d'ériger le bâtiment dont nous donnons cicontre la gravure. Maîtres et élèves donnèrent à eux seuls 1,676 livres 15 shillings, c'est-à-dire environ 41,919 francs, somme très considérable pour l'époque. Cette institution a fêté son centenaire le 6 mai 1896.

L'honoré fondateur mourut prématurément à

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Tâge de quarante-sept ans, le 29 octobre 1820, usé parles épreuves et les fatigues qu'il avait endurées en faisant l'œuvre du Seigneur. Deux mille personnes suivirent son convoi et pleurèrent sur sa tombe. C'était un homme de paix, mais qui, à l'occasion, savait lutter pour ses idées. Il ne voulait pas que l'école appartînt à une confession particulière, et, quoiqu'il en coûtât beaucoup à son esprit pacifique, il tint tète d'un côté au clergé anglican et de l'autre aux méthodistes. On croyait généralement, et non sans raison, qu'il avait eu autrefois un amour « traversé ». Son père disait: « Notre John a perdu son amie, mais il a adopté tout Macclesfield à sa place ! »

Revenons à l'année 1798. Nous sommes dans la maison de Dieu, au milieu d'un auditoire varié où la jeunesse se mêle à l'âge mûr. Un émule de Whitefield et de Wesley est en train de parler. Ecoutons-le :

Prêtez-moi attention encore quelques moments et je vous raconterai une histoire véritable. Dieu, mes frères, le Dieu grand et bon, qui prend plaisir à Tamélioration et au bienêtre de ses créatures, a mis au cœur d'un jeune homme d'entreprendre, gratuitement, l'éducation de tous les enfants pauvres de la ville, du moins de tous ceux qui voudront s*en remettre à ses soins et se soumettre aux règlements prescrits. Il a vu leur déplorable condition et son cœur en a été ému; il a résolu de leur venir en aide, et Dieu lui a donné la sagesse, le jugement et la force de concevoir et d'exécuter un plan. Il est le père, Tami, le maître, le ministre

John Wiiitakbr (d'après un pastel).

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de tous les jeunes gens que vous voyez autour de vous ; c'est ma ferme conviction, qu'entre les mains de Dieu il sera un plus grand instrument de bénédiction pour les âmes que nous tous, pasteurs et prédicateurs de la ville.

C'est ainsi que parlait à « Christ Church », en- octobre 1798, le révérend David Simpson aux maîtres et aux élèves assemblés pour la première fois, et c'est John Whitaker qu'il désignait de la sorte.

A l'école qu'il avait fondée fut attaché, en novembre 1814, en qualité de chapelain, un jeune prédicateur, Robert-Stephens Mac-AU « maître es arts », présenté par l'aimable et courtois D^'Collyer. 11 s'était engagé à prêcher tous les dimanches, à 7 heures et demie le matin et à 2 heures et demie raprès-midi. 11 devait bientôt élargir son cercle d'activité en projetant racines et rameaux, car en écrivant à l'un des membres de la famille Whitaker, en septembre 1815, faisant allusion à ses prochaines fiançailles, il disait :

Gomme mon célèbre parent de Glastonbury (^), je dois pousser bientôt mes premiers bourgeons, et Ton s'attend à me voir dans Téclat de ma pleine floraison et frondaison vers le lemps de Noël prochain ou un peu avant.

Le 6 novembre 1815, Robert-Stephens Mac-AU épousait, en effet, dans l'église de Prestbury, Sarah, la plus jeune des sœurs de John Whitaker.

(1) Allusion à une légende.

Deux jolis pastels, dans de vieux cadres de forme ovale, nous montrent la petite Sarah à Tâge de onze ans environ, un livre sous son bras nu, et un chapeau coalscuttle sur sa blonde tête; le frère, déjà jeune homme, aux longs cheveux bouclés, aux yeux doux et calmes, avec un gilet bleu clair et une cravate de satin blanc nonchalamment portée bien que sans négligence.

11 y avait d'autres sœurs toutes blondes et jolies : Martha Roe, Elizabeth Higginbotham, Mary et Rachel. Mistress Whitaker, leur grand'mère, semble avoir été, à sa manière, une seconde Janet Geddes. La famille Whitaker était presbytérienne et allait assidûment à la chapelle de King Edward Street. Mais survint un certain pasteur professant des idées rationalistes qui, un dimanche matin, dit brutalement à son auditoire que le sang de Jésus-Christ n'avait « pas plus de valeur que le sang d'un taureau ou d'un bouc ». En entendant cela, M™® Whitaker se leva,disant,d'après ce qu'on a raconté : « Cela n'est pas l'Evangile ; mes amis, laissons ce lieu, puisque le Seigneur Jésus l'a quitté. Que tous ceux qui pensent de même me suivent ! » Ce fut un véritable exode, qui entraîna la plus grande partie de la congrégation.

Cette'vaillante femme était l'arrière-grand'mère de Robert- Whitaker Mac-AU. 11 n'est pas étonnant que son descendant ait eu le « courage de ses opinions ! » Sa grand'mère maternelle était Elizabeth

Sarah Whitakbr (d'après un pastel).

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Bruce, fille de Richard Bruce de Tattenhall dont il a déjà été parlé, et qui descendait lui-même, en ligne directe, de ce Robert de Bruce qui disputa la couronne d'Ecosse à John Baliol, en 1293. Ce Robert de Bruce était le grand-père de Robert le Bruce, roi d'Ecosse (*).

Jamais on ne vitElizabeth Whitaker, née Bruce, embrasser ses enfants !... Etait-ce là quelque mystérieux héritage de ses redoutables ancêtres ? Nous n'en savons rien ! Espérons, cependant, que si les signes extérieurs et visibles de l'affection manquaient, son cœur ne laissait pas d'être chaud. On rapporte que lorsqu'on lui présenta son petit-fils, Robert-W. Mac-Ail, alors baby^ elle l'accueillit par ces mots : « Eh ! mais que tu as de beaux yeux ! »

De M. Whitaker Senior^ on a tracé ce court portrait : « C'était un homme bon, conduisant religieusement sa maison, faisant le culte domestique. Sur son lit de mort, alors que ses forces défaillaient, il voulait encore se mettre à genoux pour prier. »

En parlant d'une chaise qui était au chevet du lit de son père. Miss Whitaker disait : « Si cette chaise pouvait parler, quel témoignage elle rendrait ! »

(1) « Ce Robert, le compétiteur, épousa Isobel de Clare et mourut en 1295. Robert, son fils, épousa Marguerite, comtesse •de Carrick, et mourut en 1304. C'est de ce mariage qu'est né Robert le Bruce, roi d'Ecosse, le septième fils du même nom dans la même famille, après son établissement en Bretagne. » Voir Aikman, Histoire de l'Ecosse, traduit du latin de Georges Buchanan, vol. I, pp. 397-98, note.

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