LA PIERRE PARLE
Les dernières paroles du père mourant à son fils avaient été : « Il vous faut être un ministre de Jésus-Christ. »
Il semblerait donc que « le fil conducteur » dut nous guider tout d'abord dans cette direction. Mais non; à cette phase de sa vie, de dix-huit à vingt-deux ans, rien ne semble indiquer une issue semblable, quand nous voyons, après la mort de son père, le fils faire des études d'architecture, d'abord dans le bureau de M. Lane, — square Saint-Ann, à Manchester, — puis, sous la direction de M. Walter.
« M. Mac-Ail, vous ne réussirez jamais comme architecte tant que vous ne saurez pas jurer et sacrer contre ces gaillards-là! » — Ainsi parlait un de ses chefs qui, survenant à l'improviste, l'avait trouvé en train de faire des remontrances polies à un ouvrier. — « Alors, je ne réussirai jamais », fut la prompte réponse de l'interpellé.
Pourtant, en 1843 (il avait alors vingt-deux ans),, ayant complété le terme de son cours d'études, nous trouvons la mention suivante dans son journal :
11 janvier.
De Manchester à Londres. — Descendu chez J. Wilson Esq., Highbury Place.
C'est de cette maison hospitalière qu'il écrit à sa mère :
Je suis surpris de voir avec quelle facilité je me retrouve dans les rues de Londres. Mes amis aussi s'étonnent de ma promptitude à me débrouiller dans ce labyrinthe. Mais vraiment je pense que, d'ici huit jours, je serai aussi au courant des rues et des directions à Londres que je Tétais à Manchester.
Le 26 avril 1843, il conclut un court engagement avec M. Sydney Smirke et M. Basevi, lequel conclu, il « entra en affaires avec MM. Scott et Moffat », le 29 mai de la même aijnée.
11 eut là toutes les occasions voulues de se perfectionner dans la connaissance du style anglais, sous un maître éminent, M. (plus tard Sir) Gilbert Scott. Dans son carnet de poche, nous trouvons quantité de notes et de dessins relatifs à ses travaux et à ses études de ce temps-là.
11 avait d'ailleurs un goût naturel, inné, pour ce noble art de Tarchitecture. Pour ceux qui l'ont vu à Tœuvre plusieurs années après, préparant des « diagrammes » pour ses classes de jeunes gens, c'était merveille de voir à quelle rapidité d'exécution il était parvenu; on aurait dit que son crayon était né avec lui. 11 était épris du style anglo-normand. Sa veuve possède un album de croquis dessinés avec un art achevé, — fruit de nombreux pèlerinages qu'il fit aux monuments
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Portail de l'église de Pitsfori»
(Dessin de R.-W. Mae-All).
de ce style, entre les années 1839 et 1843. Plus tard, appelé à dessiner des lieux de culte pour lui-même ou pour ses amis, ses préférences seront pour le style italien, comme plus adapté, selon ses idées, aux conditions et à toutes les exigences d'un culte populaire. La simplicité et le « reposé » caractérisent ces dessins. Pour le décor intérieur, il aimait à voir une mer de visages devant lui dans une tribune de face. 11 avait un soin particulier de Tacoustique, et il avait Fart d'assurer à chaque assistant, dans toutes les parties *de Tédifice, l'avantage de voir, aussi bien que d'entendre le prédicateur.
Au nombre des constructions faites d'après ses plans, mentionnons celles de la « Chapelle Ebenezer » à Sunderland et du temple de « London Road» à Leicester. L'église indépendante d'Abbey Road, à Torquay, fut aussi construite d'après ses dessins.
On aimerait s'arrêter sur ce temps de son séjour à Londres, sur les amitiés qu'il y noua, dans beaucoup de cercles où on l'accueillit, d'abord par amour de son père, puis par amour de luimême. Plusieurs noms figurent dans son journal ; mais combien de ceux qui les portaient ont disparu d'ici-bas !
Le 11 mars, il inscrit sur son journal : « Mort de mon grand-père » (le premier des trois Robert), Au retour de ses funérailles à Bethnal Green, il
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retourne avec son oncle Edouard passer quelques jours dans son « lovely home » de Fîle de Wight, rendu historique par le « jardin du recteur » à Brighstone, où le pieux évêque Ken composa son « Hymne du soir », et par le sentier conduisant au banc sous les arbres, qu'on appelle encore « la Promenade de Bishop Ken ».
Ses vacances, cette année-là, furent égayées par l'arrivée de sa mère bien-aimée, le 2 août. Le 5, la mère et le fils allaient à Windsor, et, dans le parc du château foyal, ils croisèrent la voiture de la reine Victoria qu'accompagnaient la princesse Clémentine, fille du roi Louis-Philippe, le prince consort Albert, la princesse royale, le prince de Galles et la princesse Alice. Ils n'oublièrent jamais le bienveillant sourire de la gracieuse souveraine en réponse à leur salut. De Windsor, ils se rendirent à Tunbridge Wells, par le coche, passant par Sevenoaks, Knowle et Tunbridge. De là à Hastings. Le 12, ils étaient à Penshurst. Voici deux notes du journal qui se réfèrent à ce séjour :
Le 13, assisté au service dans l'église épiscopale. Le matin, l'évêque de Londres prêchait. Le soir, l'archevêque de Dublin. La toilette immaculée de l'un et la mâle négligence de costume de l'autre m'ont laissé, pour l'avenir, un édifiant souvenir.
2 septembre. — L'année passe rapidement tirant vers sa fin. Il me semble que nous sommes dans une vallée, entre deux montagnes dont les flancs se rapprochent si près,
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qu'ils ne laissent d'issue que par un sentier très étroit qui mène à la région de Tau delà.
Son engagement avec MM. Scott et Moffat allait prendre fin; dans son ambition de connaître et de voir tout ce que réclamait sa profession, — et quoiqu'il fût dûment avisé par des amis bien intentionnés que c'était peine perdue de s'adresser à ce grand architecte sans de puissantes recommandations, — il se hasarda à écrire à M. (aujourd'hui Sir) Charles Barry, la lettre que voici :