CONSÉCRATION. - 1"^ COMMUNION
C'est en 1838, à Tâge de dix-sept ans, que Robert-W. Mac-AU fît sa première communion. Elle fut précédée d'une entière consécration à Dieu, comme on peut en juger par les pages suivantes écrites durant cette phase de sa vie :
Grand Roi du ciel, éternel, invisible, toi qui habites audessus des cîeux, viens illuminer, je t'en prie humblement, de ta bienfaisante clarté ma pauvre âme perdue et désolée. Parais dans la personne de ton fils Jésus, et sois pour moi le guide sûr, qui, me permettant d'oublier toutes les choses de la terre, m'élève ra jusqu'au ciel. Montre-moi mon Rédempteur crucifié sur la croix pour ma rédemption, montre-moi ses mains ensanglantées, son flanc percé, son agonie, sa douceur, Tinvitation gratuite qu'il adresse au pécheur, son élévation maintenant, sa pauvreté sur la terre, et ses souffrances de toutes sortes — tout cela comme s'adressant à moi, et ayant été fait pour moi. — Fais que j'aie sans cesse cette idée présente au cœur, et donne-moi la force, par ta grâce, d'ajouter un solennel Amen à celte déclaration que je fais, m'appuyant sur toi, divin Père, et mettant mon espérance en ta force. Oui, Amen.
Moi, créature indigne, ayant une conscience profonde de ma faiblesse et de mon indignité naturelles, aussi bien que de la nature détevante de toutes les choses de la terre ; persuadé en même temps de l'impossibilité d'être sauvé autrement que par la mort de Jésus, je le déclare ici mon dessein solennel (que Dieu me permette de ne jamais l'oublier!), de faire une guerre sans relâche, interminable
et résolue au péché, quelle qu'en soit la forme, et de me dévouer autant qu*il est possible au service et à l'amour de mon Sauveur. Je ne veux d'autre joug désormais que le sien. C'est par Lui seul que je puis espérer trouver grâce devant Dieu; je reconnais sa parfaite sainteté et je sais qu'il a obtenu le salut de l'humanité ; j'espère en conséquence qu'il obtiendra le mien. En un mot, je suis résolu, quoique je ne puisse rien par moi-même, à me dévouer à la gloire de Dieu et du Seigneur ; et je ne peux concevoir de bonheur plus grand — il n'en est pas de concevable, — que d'être à terre, humilié, dans la poussière, en jetant ma couronne aux pieds de Jésus, et en joignant ma voix au concert des louanges qui montent vers Dieu et vers l'Agneau.
R.-W. MacAll.
17 janvier 1838.
Que Dieu me donne la force de remplir le but que je me suis proposé ; que sa grâce travaille puissamment en moi; qu'elle me permette de vivre pour sa gloire ! O mon Père, montre-moi mon impuissance, la perfection de mon Sauveur, et conduis-moi à la fin dans son royaume éternel ! S'il y a dans mes résolutions quelque faute. Seigneur, arrache-la. Et maintenant, Seigneur, je me jette dans tes bras, souhaitant de pouvoir, durant toute l'éternité, louer le Père, le Fils, et le Saint-Esprit. Amen. Amen,
O Jésus, si doux, si humble, si compatissant, toi dont le seul nom inspire mon cœur, — ton nom qui signifie à la fois Sauveur des pauvres et misérables pécheurs, Rédempteur, Juge, Grand Prêtre, Prophète et Roi, — je ne voulais pas autrefois, je veux de tout mon cœur aujourd'hui venir à toi. Donne-moi ta grâce, pour que je puisse lue prosterner soumis et abaissé devant toi ; ma prière quotidienne sera que ta compassion ineffable, que ton sceptre d'or s'étendent sur moi ! Oui, mon Dieu ! sur moi,
ROBEfiT-W. MAC-ALL 49
malgré mon indignité et ma perdition ! Fais-moi vivre, mais afin que je te loue, afin que je m'efforce ici-bas de suivre ton divin exemple. Fais-moi vivre, afin qu'un jour j'aie ma place avec les chœurs triomphants des rachetés et des anges. C'est leur état glorieux que j'ambitionne. Puisse celle décision que j'espère pouvoir faire connaître bientôt à ceux qui m'entourent, ne pas être jugée au dernier jour comme prise à la légère et trop peu mûrie ! Daigne enfin le Saint-Esprit me préserver et me guider ici-bas, jusqu'au jour bienheureux où je serai dans le séjour de la paix éternelle !
Dieu compatissant, que ces résolutions trouvent grâce devant toi ! puissé-je être capable de les observer toujours ! Augmente, augmente ma foi, ô mon Dieu ! réchauffe mon amour, suscite dans mon cœur un nouveau zèle, purifie toutes mes pensées, et surtout, donne-moi la force de résister au malin, et de sortir victorieux de la lulte. Du Père, du Fils et Saint-Esprit, je voudrais, durant toute l'élernilé, célébrer la majesté éternelle, moi, poussière, et pourtant je l'espère, enfant de Dieu. Confiance ! puisque je t'ai pour appui Jésus, mon Jésus, mon Sauveur, mon tout! Amen f amen, amen!
29 janvier 1838.
Comment puis-je, malgré mon infirmité, oser comparaître devant ta face redoutable, moi qui suis moins que rien devant toi, ô Dieu puissant et éternel, ou bien plutôt Dieu offensé ! Il faut ta compassion infinie, il faut ta grâce immense pour que le ver rebelle ne craigne pas de se hasarder sur le chemin qui conduit vers toi ! C'est surtout, comptant sur l'intercession de mon Sauveur que j'exprime le désir de m'approcher de toi, tout pénétré de ma profonde humilité, que j'ose même m'adresser à toi, afin de remettre entièrement ma destinée entre tes mains.
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Ton service procure la liberté parfaite, ton joug est aisé, et ton fardeau léger; quelle joie pour celui à qui il est donné de servir un tel maître, et déporter un tel fardeau! — fardeau, non; ne me déchargé-je pas, au contraire, entièrement de mon fardeau, du lourd fardeau de mes péchés aux pieds du Rédempteur? Je confesse que je suis un pécheur, rien qu'un pauvre, qu'un misérable, qu'un indigne pécheur, dont ta justice aurait pu depuis longtemps exiger le châtiment. Je reconnais que je suis irrémédiablement perdu sans le sang de Jésus. Aussi, je veux solennellement suivre, accepter le salut qu'il m'offre, et déclarer que je suis déterminé, a*vec l'aide de Dieu, à placer mon espoir en Lui seul , et à entamer une lutte absolue et sans trêve contre mes péchés. Toutes mes facultés, ô Dieu, je voudrais te les consacrer! Sers-t'en comme tu le jugeras bon! Je serai trop privilégié encore de sentir que je suis le serviteur du Roi des Rois, que dis-je ? que je suis son fils ! Je me soumets. Père de grâce, à ta volonté pour toujours. Fais de moi ce qui servira le plus à la gloire de ton règne, et ce qui contribuera à mon bonheur éternel. Dirige entièrement ma volonté, ma volonté endurcie, donne-moi le souci complet et absolu de t'obéir! Extirpe de mon cœur les passions tenaces qui empêcheraient mon salut final! C'est, en un mot, Seigneur, mon être tout entier que je te supplie d'accepter, c'est le meilleur de moi-même que je livre à toi, à toi seul, à toi pour toujours ! Accepte, accepte, o mon Dieu. Fais de moi, je t'en prie, ton enfant! Anéantis, oh ! anéantis, tout ce que lu juges en moi contraire à les lois parfaites. Augmente ma foi, donne un renouveau à mon amour, élève mes résolutions, purifie mes désirs, tiens mes pensées fixées vers le ciel...
Je voudrais faire du Christ mon idéal — idéal parfait. Accorde-moi l'appui bienfaisant de ton Saint-Esprit pour
me diriger et m*encourager à travers le t désert de cette vie », et lorsque j'aurai achevé ton œuvre et atteint le but que tu m'imposes, soutiens^moi à mon lit de mort, et fais que je puisse dire à cette heure dernière^ avec calme et con^ , fiance: « Je sais que mon Rédempteur est vivant »/ (*). Alors, Seigneur, tu me permettras de me tenir sans crainte, devant ta face et de rendre de ma vie un compte qui trouve grâce devant ton tribunal auguste. Et quand ceci même sera arrivé, que mon esprit, libre désormais, délivré de toute entrave de la chair, vole, vole, vole encore, jusqu'à ce qu'il se trouve face à face avec le Rédempteur, qu'il participe à l'assemblée glorieuse, calme et bienheureuse entre toutes, de ceux dont la joie la plus pure et le triomphe le plus noble consistent à jeter à tes pieds leurs couronnes et à unir leurs voix dans un même cri de reconnaissance ! Et pourquoi, dès maintenant, malgré tous les obstacles de la terre, ne chanterais-je pas aussi tout joyeux, ma louange dont l'écho, je l'espère, parviendrait jusqu'à ton trône, t Gloire à l'Agneau qui fut immolé i, « Honneur, gloire et puissance soient à Dieu, sur son trône, et à l'Agneau aux siècles des siècles ! * Toutes ces résolutions je les forme au nom et pour l'amour de mon Rédempteur bien-aimé, et comptant sur sa force, je suis résolu à les tenir 1 Amen ! Amen !
Considérons un peu maintenant le petit cercle de famille que Ton peut qualifier d'w heureux », même sur cette terre de misère. Le père et la mère en sont les chefs; sous leur protection une seule fille et un seul fils, qui, à ce moment, les jours d'enfance étant passés, s'élèvent peu à peu
(1) C'est Mme Mac-Ail qui a souligné les trois lignes, mises en italique.
à la maturité. Voici la fille dans un portrait tracé par son frère :
Rien à signaler dans ses jours tranquilles. Nulle vicissitude dans cette existence qui s'écoula tout entière, depuis le premier souffle jusqu'au dernier, sous le même toit paternel. Les mêmes yeux qui répondaient naguère à ses premiers sourires d'enfant, et qui encourageaient ses premiers pas, furent tendrement fixés sur elle, lors du dernier adieu, et pleurèrent des larmes amènes sur sa joue pâle de morte. Pauvre enfant! dont l'esprit doux et tendre répondit à la tranquille destinée. Dans sa jeunesse, on ne trouve en elle que simplicité des désirs, que peur de faire de la peine, qu'amour de l'effacement, qualités bien peu faites pour affronter les rudes batailles de la vie, pour entrer en lutte avec un monde, dont elle n'eut pas la déception de connaître les bassesses. Et quand enfin elle eut pris Jésus pour Maître et Sauveur, sa joie, malgré sa timidité et sa placidité naturelle, se manifesta sur sa contenance même. Hélas ! on pouvait prévoir dès ce moment sa destinée, à voir cette figure éclairée d'un de ces rayons mystérieux qui semblent, on ne sait comment, annoncer, dès l'aurore, l'assombrissement du crépuscule.
Ce fut un jour solennel et mémorable dans rhistoire de la famille, que celui où le père accueillit cette enfant à la table du Seigneur. Quelque chose manquait cependant au bonheur des parents. L'autre enfant, le fils, n'était pas gagné à la cause divine. Quelques semaines se passèrent; et alors, — autre journée mémorable, — le fils vint se joindre au reste de la famille, et
confessa le même Sauveur. Le père vit donc toute sa famille Tentouratit auprès de la Table sainte. Rempli alors de joie et de reconnaissance, après avoir fait allusion, devant l'assemblée dont il était le pasteur, aux sentiments dont son cœur était plein, comme pour mettre un dernier sceau à la remise de leur âme entre les mains de leur Dieu, il entonna une strophe joyeuse d'actions de grâce.
Hélas ! jamais plus la famille ne devait se retrouver complète autour de la table de communion! Déjà la maladie avait mis sa main sur la frêle jeune fille, et le père affaibli semblait ne pas devoir résister lui-même beaucoup plus longtemps.
Depuis le mois de mars, ses forces avaient décliné chaque jour; pourtant, le lundi de Pâques {16 avril 1838) il prêcha dans la grande chapelle de Manchester, et fit un appel en faveur des missions wesleyennes, sur ce texte : « Puissant pour sauver » . A ce propos il avait eu besoin pour prononcer son sermon d'en avoir une copie bien nette; son fils proposa de la faire : « Impossible, fut la réponse, le temps te manquerait. — Mais si, père, je pourrai y arriver. » Et voilà Robert au travail. Le jour arrive; le matin, l'après-midi se passent, et pourtant la besogne est loin d'être achevée. « Je te disais bien que tu ne pourrais le faire ! — Ne vous inquiétez pas, père, cela sera fait. » (]inq heures passées, bientôt six! et la plume court entre les doigts agiles. On fait dire à la chapelle qu'il faut
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commencer le service, et Ton prie le pasteur en charge de lire une page de TÉcriture sainte et de faire la prière. La copie heureusement est finie, le prédicateur peut monter en chaire... Hélas! c'était pour la dernière fois, car la mort devait tôt après Tenlever! « Ce sermon-là ne sera jamais oublié, écrivit un auditeur, par aucun de ceux qui eurent le privilège de Tentendre. Pendant une heure entière, il nous tint impressionnés sous les élans d'une éloquence puissante ; tel était son abattement physique pourtant, que Fun des pasteurs présents fut obligé de proposer un chant, afin qu'il prît un instant de repos. Après quoi il continua, et pendant une autre heure, presque, il tint son auditoire sous le pouvoir de sa parole. »
Quelle fin plus noble pour un ambassadeur de Christ! Il approche de la rive maintenant; les rames de son esquif n'ont plus beaucoup à faire pour atteindre le bord; et cependant, quelqu'un abordera avant lui la terre promise. L'heure de la mort est venue pour la jeune fille. Aucune terreur chez elle, aucune crainte, lorsqu'on crut devoir lui appreiulre la vérité. Son père était debout près de son lit; elle lui dit: « Papa, je voudrais que vuus puissiez mieux vous porter, à cause de tous les servîc('>ï que vous rendez, mais je crois que je vous verrai bientôt; je crois que nous nous retrouverons bientôt. » La nuit arrivait; elle demanda que toute lumière fut emportée et pria qu'on la laissât
seule. Elle avait voulu remettre une fois de plus son âme entre les mains du Sauveur. Et lorsque le « roi des ténèbres » vint, le lendemain, de grand matin, il ne répandit point la terreur autour de lui. Car un autre roi, le Roi des Rois, était présent.
Depuis cette heure-là,- le Rév. Mac-AU, quoiqu'il ne laissât échapper aucune parole de découragement, déclina à vue d'œil. Trois semaines s'étaient à peine écoulées que la famille était de nouveau réunie autour d'un lit de moribond. Soutenant dans ses bras la tète affaiblie de son père, Robert regardait avec émotion ces traits étirés par la maladie ; et doucement le cœur cessa de battre, et, les yeux remplis par les larmes, le fils annonça : « Son âme est maintenant près de Dieu. » Si calme avait été ce départ pour le ciel, qu'on ne put savoir au juste à quel moment il avait eu lieu.
« Ainsi, — a écrit R.-W. Mac-AU, — ainsi ces deux êtres, si différents par leur tempérament, leur caractère, leur vie, furent dans le même esprit conduits à la même fin, aux mêmes clartés en ce jour suprême. Leurs paroles mêmes, qui d'ordinaire étaient si différentes, en cet instant dernier, parurent inspirées par le même souffle divin, par la même foi, par le même amour. Ainsi l'on peut dire d'eux ce mot, avec toute la tendresse qu'il comporte : « La mort ne les sépara pas ». Où sontils en ce moment, ces êtres bien-aimés? Je pense qu'ils ne sont pas loin de moi, au moment où
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j'écris, ni de vous, lecteur, lorsque vous lisez. Plus près même, que si, vous conduisant dans le tranquille champ de repos, sous un arbre dont les branches pendantes abritent une humble tombe couverte de gazon, je vous montrais leurs deux noms sur la pierre qui les recouvre tous deux,
« Et moi, le fils unique! moi qui ai vu leur visage amaigri, qui ai entendu leurs dernières paroles! moi qui les ai vu mettre dans la même tombe! que Ton m'excuse si je me suis étendu longuement sur ce père, sur cette sœur! Parler d'eux me fait penser que je lie les ai perdus que d'hier. Combien vive est la blessure, malgré les années! Et pourtant, j'aime à insister sur leur vie sainte et sur leur mort dans le Seigneur, car j'espère pouvoir bientôt les rejoindre dans cette demeure bienheureuse où nous ne serons plus qu'une famille. »