‹ La vie et la mort du globeChapitre 15 sur 17 · ATMOSPHÉRIQUE · texte numérisé non relu

ATMOSPHÉRIQUE

Une des caractéristiques de la vie est une circu-^ lation continue dans le corps de Têtre vivant : ani-. maux, plantes, ont une circulation inséparable de leur existence même. La Terre, si nous considérons qu'elle « vit » et qu'elle évolue, doit avoir, elle aussi, sa circulation propre.

Nous avons vu, déjà, une circulation électrique exister dans son écorce et dans son noyau ; nous avons dit les mouvements de çpnvection qui pouvaient déplacer la masse superficielle, encore liquide, de son magma intérieur. Nous allons voir dans ce chapitre que les deux milieux qui Tenveloppent, rhydrosphère et l'atmosphère, sont également le siège d'une circulation continue, dont l'importance est capitale au point de vue de l'aspect extérieur du relief terrestre. Nous étudierons d'abord la circulation atmosphérique, puis la circulation océanique, et nous verrons que ces deux manifestations sont connectées par des rapporta

tellement étroits qu'elles sont inséparables Tune de Tautrc.

L'atmosphère, au moins dans ses couches inférieures, sans posséder la fixité de constitution d'une combinaison chimique, présente pourtant une composition à peu près régulière : elle est composée de 21 p. 100 d'oxygène, de 78 p. 100 d'azote, de 1 p. 100 d'argon. Enfin, à dose§ infinitésimales, elle contient des traces de ces autres gaz « rares », que l'on appelle quelquefois les gaz « nobles », tels que le xénon, le néon, le krypton et enfin l'hélium et l'hydrogène : nous ne parlons ici que des gaz simples, qui constituent, du moins jusqu'à nouvel ordre, des « éléments » chimiques. Quant aux composés gazeux, deux d'entre eux, l'acide carbonique et la vapeur d'eau, jouent un rôle important dans l'économie de notre globe : nous avons déjà insisté, en parlant des premières phases de la vie de la Terre, sur le rôle protecteur de « manteau thermique » qu'ils jouent par rapport à la température superficielle de la Terre. Les autres, comme l'ammoniaque, les composés azotés, les gaz sulfureux, Tozone, etc., sont à doses très petites et variables. Les couches inférieures, en contact avec le sol et les eaux, contiennent à peu près les mômes proportions de gaz simples : l'hydrogène et l'hélium sont en proportion croissante avec la hauteur, et aux limites supérieures de l'atmosphère terrestre, le peu d'air qui subsis est formé de 99/100« d'hydrogène et de 1/10 d'hélium.

Ces corps gazeux sont soumis, d'une part, à la force centrifuge, conséquence de la rotation xle la Terre, d'autre part, à l'attraction du centre. De plus, ils sont incessamment exposés à Faction thermique des rayons du Soleil. C'est la vapeur d'eau qui absorbe le mieux ces rayons : c'est donc elle qui sera le facteur principal de réchauffement de l'atmosphère sous Finfluence du rayonnement solaire.

Si le globe terrestre était une surface sans relief, partout recouverte d'une substance homogène, comme du sable, par exemple, et si son axe de rotation était, par rapport au plan de son orbite, « droit » au lieu d'être incliné, tous les points de la Terre seraient soumis au même régime de température, sauf les petites variations de distance de la Terre au Soleil en vertu de la loi de Kepler. Pour tous les points du globe, au cours de tpute l'année, les jours et les nuits auraient donc une égale durée de 12 heures; la température, maxima à Téquateur éclairé normalement par les rayons calorifiques, irait en diminuant régulièrement jusqu'aux pôles où ces mêmes rayons, rasant la surface, ne lui apporteraient qu'une chaleur nulle, comme le veut la loi du sinus de l'obliquité. Par conséquent, il n'y aurait pas de « saisons » et les climats terrestres, c'est-à-dire l'ensemble des conditions météorologiques en chaque lieu du globe, varieraient d'un point à un autre, d'une façon continue.

Mais les choses, dans la réalité, sont loin d'être aussi simples. D'abord l'axe de rotation de la

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Terre n'est pas « droit » : le plan de l'équateur terrestre fait un angle de 23** 1/2 avec le plan de Pécliptique. Du fait de cette inclinaison résultent, et Finégalité des jours et des nuits, et Texistence des a saisons », et la division de la Terre en zones géographiques-^ la zone torride, dont l'équatetir occupe le milieu, comprenant les lieux situés entre les deux tropiques, c'est-à-dire entre les petits cercles parallèles correspondant aux latitudes de 23° 1/2 nord et sud ; les zones glaciales, dont les pôles occupent le centre, enfermant la région comprise entre les deux pôles et les « cercles polaires» de latitude 66° 1/2; et enfin les deux zones « tempérées » qui renferment les régions comprises entre les zones glacfiales etlazone torride.

Un autre facteur de complexité dans réchauffement superficiel du globe terrestre est le défaut d'homogénéité à sa surface : celle-ci, en effet, est couverte d'eau sur près des trois quarts de son étendue: le reste est pourvu d'un relief varié, tantôt présentant des montagnes, tantôt des vallées, ici de hauts plateaux, là des dépressions, plus loin des déserts. La nature du sol, son pouvoir absorbant pour les rayons calorifiques, changent d'un lieu à un autre : les conditions d'échauffement de l'atmosphère, qui repose sur ce substratum à chaleur spécifique essentiellement variable, doivent donc varier aussi.

Toutefois, sur les océans qui forment la part la plus importante de la superficie du globe, le phénomène se simplifie, car leur surface est homo-

gène et sans relief. Les molécules fluides y peuvent donc librement obéir aux lois, qui les régissent, c'est-à-dire à celles de l'attraction, de la force centrifuge et de l'équilibre des corps gazeux. Nous devons donc voir un « régime atmosphérique »

régulier s'établir sur les grands océans, comme l'Atlantique, l'océan Indien, les mers du Sud et surtout comme le Pacifique : c'est, en effet, ce qui a lieu en réalité, et nous commencerons par dire quelques mots de ce régime.

Les régions intertropicales, celles qui, appartenant à la zone torride, sont avantagées au point de vue thermique ; deux fois par an, le Soleil passe au zénith de chacun des points de cette zone, au moment où il esVmidi vrai en ce point. Ses rayons tombent alors perpendiculairement sur le sol et y apportent le maximum de chaleur possible : nous avons donc une zone privilégiée quant à réchauffement. Il en résulte que, surtout le long de l'équateur, l'atmosphère en contact sivec un substratum plus chaud s'échauffera davantage par sa partie inférieure; de plus, ce sont les couches basses qui renfermant le plus de vapeur d'eau et de poussières, absorbent le mieux la chaleur rayonnée par le Soleil, deuxième raison pour que l'atmosphère équatoriale soit surchauffée. On a mesuré, à l'aide des méthodes et des instruments de l' « actinométrie » la quantité de chaleur ainsi reçue annuellelent par la bande équatoriale : on a trouvé qu'elle iffirait à vaporiser une couche d'eau épaisse de mètres et recouvrant la même superficie. Or, les

météorologistes ont, d'autre part, donné comme résultat de nombreuses années d'observation, des chiffres qui indiquent la quantité moyenne de pluie tombée en un an sur la bande équatoriale : elle se représente par une couche d*eau de 2 mètres d'épaisseur. En admettant même que toute cette eau soit vaporisée par la chaleur solaire, qu'aucune parcelle n'en imbibe le sol sur lequel elle tombe, on voit qu'il resterait, après sa vaporisation totale, un excédent de chaleur susceptible d'en vaporiser encore autant.

Rien n'est jamais perdu dans l'admirable économie de la Nature. Cet excédent de chaleur va donc être employé à quelque chose, après avoir évaporé la pluie tombée sur l'équateur, et ce « quelque chose », c'est réchauffement supplémentaire des couches inférieures de l'atmosphère équatoriale. Ainsi surchauffées, comme l'air d'une montgolfière, ces couches, ayant dès lors une densité moindre, vont s'élever dans l'atmosphère à des hauteurs considérables, et cela d'une façon continue, puisque la cause de cette « convection », c'est-à-dire réchauffement de l'équateur, est ellemême continue. Voilà un premier mouvement de « circulation verticale » dans l'atmosphère terrestre : il va en engendrer d'autres.

En effet : par suite de ce départ de masses d'air chaud vers la haute atmosphère, il y a, à la surface du sol, une raréfaction qui « appelle » vers l'équateur, ainsi abandonné par une partie < molécules d'air qui le doivent régulièrement en^ lopper, les masses d'air, froides et denses, (

surmonteDt les régions glaciales et tempérées. Il y aurait donc, si la Terre était immobile, des vents de Nord dans Thémisphère boréal, des vents de sud dans l'hémisphère austral, qui chemineraient le long des méridiens en se dirigeant vers Téquateur terrestre.

Mais la Terre n*est pas immobile : son mouvement de rotation entraîne, comme nous l'avons vu, la déviation de tout corps en mouvement vers la droite de sa trajectoire dans Thémisphère nord, vers la gauche de l'hémisphère sud. Ces vents, primitivement de direction nord-sud, vont donc être déviés, et deviennent vents de nord-est au-dessus de réquateur, vents de sud-est en dessous : ce sont les vents alizés^ ceux-là mêmes qui ont poussé vers le Nouveau Monde les caravelles de Christophe Colomb. Aujourd'hui la, marche de ces vents réguliers est connue; l'illustre Maury,lepère de l'Océanographie, en a le premier tracé des cartes mensuelles, et a indiqué aux marins des routes qui, paraissant être sur la carte des « chemins d'écoliers », économisent en réalité 50 p. 100 sur la durée des grands voyages effectués par les bâtiments à voiles.

Que vont devenir . les masses d'air chaud qui se sont élevées de l'équateur vers le haut de l'atmosphère terrestre? Elles vont s'abaisser sur la Terre, et retourner, par les couches supérieures, vers les Dôles où elles remplaceront l'air de ces contrées laciales appelé à l'équateur par la dépression 'origine thermique de celui-ci : ces vents sont les mtre-alizés. Leur existence est rendue manifeste

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par le mouvement des cirrus^ ces nuages en filaments légers, les plus élevés qui soient daBS l'atmosphère : les « cirnls » Tont toujours du sud-ouest au nord-est, poussés par les courants supérieurs de retour.

Ces contre-alizés, déviés eux aussi pat* la rotation de la Terre, vont devenir peu à peu des vents d'ouest et devenir un courant d'air tournant autour des pôles, ajoutant la vitesse de progression à la vitesse que communiquerait à leurs molécules, même immobiles, la rotation de la Terre. Les masses d'air qu'ils déplacent tourneront donc autour des pôles avec unevitesse de rotation supérieure à celle du globe lui-même, et engendreront ainsi une force centrifuge considérable qui, tendant à écarter les masses gazeuses de l'axe de rotation, provoque au voisinage de celui-ci, c'est-à-dire autour des pôles, une raréfaction, une dépression atmosphérique, d'origine « mécanique » cette fois.

Donc, dépression « thermique » à l'équateur, dépression « mécanique » aux pôles : entre ces deux miniraa, le principe de la continuité exige forcément qu'il y ait un maximum de pression. Le calcul le prévoit aux latitude de 30**, Nord et Sud, l'observation en confirme l'existence permanente sur les grands océans.

Voilà donc une première circulation des masses d'air qui constituent l'enveloppe de la Terre : mouvement d'aller, du pôle à l'équateur, suivant des routes inclinées par la rotation terrestr mouvement de retour, par les hautes régions, ( l'équateur vers les pôles.

Ces vents alizés, qui soufflent constamment, puisque leur origine, réchauffement solaire, est .constante, vont peu à peu entraîner avec eux les molécules d'eau qui garnissent la surface de la mer : ni l'air ni Teau n'étant des fluides « parfaits », un frottement s'exerce entre leurs molécules respectives, et, petit à petit, le long de l'équateur, les molécules liquides, sollicitées à la fois par les alizés Nord-Est de l'hémisphère nord et les alizés Sud-Est de l'hémisphère sud, vont se diriger, suivant la direction résultant de la combinaison de ces vents. Cette direction est celle de l'Est à l'Ouest, c'est-à-dire, pour nous borner à ce qui se passe dans l'océan Atlantique nord, de la côte de Guinée vers celle du Brésil. Ces eaux, chauffées par le Soleil de la zone torride, vont donc constituer, par leur déplacement, le « courant équatorial » qui rencontre le cap Saint-Roch, et, à cause de la forme de la côte américaine, s'y divise en deux ; une branche qui va vers le Sud et que nous laisserons provisoirement de côté; une branche, que nous allons suivre dans sa route, et qui va vers le nord en longeant la côte des Guyanes.

Une partie de cette branche, toujours formée d'eau très chaude, passe en dehors de la chaîne des Antilles, remonte le long de la côte américaine, et, déviée vers sa droite par la rotation terrestre, s'avance en biais pour traverser obliquement l'Atlantique du Sud au Nord; l'autre partie entre dans le golfe du Mexique, s'y accumule sous la poussée des eaux qui continuent à affluer

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derrière elle et séjourne dans ce bassin presque fermé en léchant les côtes échauffées par le Soleil tropical. Les eaux ainsi surchauffées par leur contact avec ces « terres chaudes »>, poussées par Tafflux des masses liquides du courant équatorial qui arrivent pour les remplacer, sortent par la seule issue qui leur soit offerte : le canal de Floride, par où elles s'échappent à la vitesse de 4 nœuds 1/2 à Theure, soit environ 8 kilomètres. Elles s'élancent alors dans l'Atlantique et vont rejoindre et renforcer la première branche qui remonte vers le Nord, ajoutant au courant ainsi constitué l'appoint de leur masse, de leur vitesse et de leur température élevée.

Ce courant s'appelle lé « courant du Golfe » ou Gulf'Stream : c'est, suivant la pittoresque expression de Maury, « un fleuve d'eau chaude coulant entre deux rives d'eau froide ». A sa sortie du golfe du Mexique, sa profondeur est d'environ 400 mètres, sa largeur de 60 kilomètres. A la hauteur du cap Hatteras, sa profondeur n'est plus que de 300 mètres : en revanche, il s'est élargi et sa largeur à la surface atteint 120 kilomètres. Il débite 33000000 de mètres cubes par seconde, c'est-à-dire 2000 fois plus d'eau que le Mississipi dans l'écoulement duquel les anciens géographes avaient, à tort on le voit, cherché autrefois l'explication de son origine. Ces eaux chaudes transportent avec elles une énorme quantité de chaleur : cette quantité a été calculée pour une journée elle s'exprime par le nombre :

39500000000000000000 calories (kg-dg);

c'est donc une quantité formidable de chaleur que transporte ainsi le Gulf-Stream ; elle est égale à celle qui tombe sur la zone glaciale pendant les six mois durant lesquels cette zone est éclairée par le Soleil.

Ce courant chaud devient Tamorce d'une « circulation océanique », qui doit se manifester par des courants froids de retour, nécessaires pour ramener à Téquateur les eaux qui en sont parties chaudes et sont allées se refroidir près des pôles. Le plus important de ces courants froids est celui du Labrador, qui descend de la mer de Baffin, longe la côte de TAmérique du Nord à laquelle il donne son climat, si rude Thiver (ce qui lui a valu le nom de cold wall), et « plonge » sous le Gulf- Siream pour reparaître à la surface de TAtlantique, près de la côte d^Afrique, favorisant ainsi, par le tempérament que ses eaux fraîches apportent à la température élevée de la mer, Tabondance du poisson le long de la côte d'Afrique, au voisinage de la baie du Lévrier.

Un autre courant froid descend aussi de la côte Est du Groenland, toujours garnie de banquises qui la rendent inaccessible, tandis que la côte ouest de la même terre, léchée par une branche secondaire dérivée du Gulf-Stream, est ouverte pendant quelques mois aux marins et a permis aux Danois d'installer leurs établissements sur cette côte. Les bois flottés, essences des tropiques amenés jusqu'à l'ile Disko, démontrent bien que c'est un courant d'origine équatoriale qui les y a conduits. Il apporte dans les parties nord de

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PAtlantique, où ses eaux sont toujours de plusieurs degrés plus chaudes que celles qui les eûtourent^ la quantité énorme de vapeur d'eau qui cause ces brumes persistantes régnant sur l'Islande, sur Terre-Neuve, sur le trajet des transatlantiques pendant l'hiver, et qui constituent pour la navigation entre* l'Europe et l'Amérique aussi bien q«e pour la pêche un sérieux et permanent danger.

Telle est, dans ses grandes lignes, la circulation maritime dans l'Atlantique nord. Une chose analogue se passe dans l'Atlantique sud où nous avons une circulation du même genre. Dans le Pacifique nord, il existe un courant important, le Awro- Siivo, le « fleuve noir » des Japonais, qui, quoique moins rapide et moins chaud que le Gulf-Stream, présente, dans son ensemble, les mêmes caractères. Le Pacifique sud, l'océan Indien, ont aussi leur circulation, celle de l'hémisphère sud se faisant toujours dans un sens de rotation inverse de celui de l'hémisphère nord.

Enfin, dans les mers du Sud, toutes les branches inférieures des circulations des trois grandes mers: sud Pacifique, sud Atlantique, océan Indien, donnent 'une impulsion tangentielle aux masses liquides et les poussent vers l'Est en un mouvement d'ensemble souvent accentué par les contrealizés de retour qui, à ces latitudes, se sont abaissés jusqu'au sol et soufflent, eux aussi, de l'Ouest à l'Est : l'océan Antarctique sera do caractérisé par un régime exclusivement Ouest-Eî tant par le mouvement de ses eaux que par celui c

LA CIRCULATTON DE LA T^IWIî; ^^1

l-air qui les surmonte. Ainsi se fait cette grandiose « circulation océanique » superficielle, à laquelle vient, sans doute, s'ajouter une circulation océanique verticale, qui fait les échanges d*eau entre les couchés supérieures chaudes, d'origine équatopiale, et les eaux profondes, d'origine polaire, qui garnissent les grands fonds : au-dessous de '6000 mètres, la température de T^au du fond des mers est toujours comprise entre zéro et un degré. Les régions polaires mêmes, où la mer est recouverte de banquises glacées, n'échappent pas à cette loi générale de la circulation des eaux. Les courants qui les parcourent déplacent la banquise elle-même, et c'est grâce à cet entraînement des glaces, dans lesquelles il avait volontairement emprisonné son navire, que Nansen put effectuer son glorieux périple dans le voisinage du pôle Nord. Quant aux montagnes de glaces flottantes, aux icebergs^ fragments des glaciers qui recouvrent les terres circumpolaires, on sait que les courants froids les amènent jusque dans les régions où passent les paquebots transatlantiques; ils fondent alors dans les eaux chaudes du Gulf-Stream, après avoir constitué, au cours de leur dérive, un double danger pour la navigation.

Les différences de température entre les eaux équatoriales et les eaux froides des régions polaires peuvent aussi, grâce à la différence de densité qui en résulte, provoquer un « appel d'eau » du pôle à l'équateur et amorcer une circulation océanique superficielle qui vient, en grandeur et en direction, ajouter ses effets à ceux de la circulation dont les

vents alizés sont la cause première. Il y a donc une relation certaine entre la circulation aérienne et la circulation marine. Nous allons voir que cette relation est encore plus étroite et que les courants marins, engendrés par le mouvement des vents réguliers, réagissent à leur tour sur les courants aériens, et engendrent, par un admirable réflexe, la circulation générale de l'atmosphère au-dessus même des continents.

Si Ton jette les yeux sur une carte des courants marins, on constate que les circuits généraux de circulation océanique tournent autour des centres dé haute pression assis sur les grands océans aux latitudes de 30°. Au-dessus de ces courants chauds sont des masses d'air auxquelles le courant communique à la fois sa chaleur et une partie de son mouvement.

Considérons, en particulier, le Gulf-Stream : il entraîne au-dessus de lui un véritable « Gulf Stream aérien », chaud et surtout humide, riche en vapeur d'eau dont sa température élevée lui permet de contenir une quantité plus considérable. Quand le Gulf-Stream marin rencontre les soubassements, puis les rivages du continent européen, il est arrêté par cette barrière continentale et forcé de modifier sa route; mais le Gulf-Stream aérien qui le surmonte n'est pas, lui, a'rrêté par cet obstacle : il continue sa route au-dessus ^'^^ terres. Chaudes et humides, les masses d'air le constituent apportent aux côtes occidentales l'Europe, qu'elles rencontrent tout d'abord, la c

leur qui contribue à leur donner leur climat si heureusement tempéré et l'humidité qui forme leur régime pluviométrique. Toujours dévié sur sa droite par la rotation du globe, il condense sa vapeur sur la Suède, la Finlande, la Russie, dont il alimente ainsi les grands lacs, il franchit l'Oural et redescend %

à travers les steppes et les déserts de TAsie centrale. En passant sur l'Europe, il a perdu, et sa chaleur, et son humidité : c'est à l'état de vent sec qu'il effectue, au-dessus de l'Asie, son trajet de retour qui doit le ramener vers l'équateur. Or, quand un pays n'est balayé que par des vents secs, il n'y pleut jamais, et, par suite la végétation y est difficile : de là cette suite de déserts qui marquent la route des courants aériens de retour, désert du Turkestan, désert de l'Arabie, désert du Sahara. Ainsi, par un bien curieux effet de réciprocité, c'est le Gulf-Stream qui se trouve être, indirectement, la cause première des climats désertiques de l'ancien continent.

Nous allons le voir amener encore bien d'autres conséquences. Il engendre, avons-nous dit, un « Gulf-Stream aérien » qui le surmonte et circule sur le continent. Mais ce courant d'air ne saurait échapper aux lois qui régissent tous les courants gazeux : on sait, en particulier, que dans une cheminée en « tirage », la pression est toujours moins forte à l'intérieur qu'à l'extérieur; il y a toujours une « dépression » plus ou moins forte dans l'axe d'un courant d'air, dépression d'autant plus importante que le courant est plus rapide. Aussi, tout le long du parcours de ce Gulf-Stream

aérien, observons-noos des « tourbillons », des tempêtes tournantes, en un mot des a dépressions eycloniques » qui constituent les bourrasques qui nous arrivent, en Europe, presque toujours de rOuest. C'est pour cola que les marins anglais ont baptisé le Gulf-Stream « le Père des tempêtes »• On voit ainsi quelle action la circulation marine exerce sur la circulation et les vicissitudes de Tatmosphère, même au-dessus des continents d'où Tocéan est invisible.

Ce que nous avons observé dans T Atlantique nord avec le Gulf-Stream, nous l'observons égalemeat sur le Pacifique nord avec le Kuro-Siwo : ce courant marin détermine la formation, au-dessus de ses eaux tièdes, d'un courant aérien qui le surmonte et chemine au-dessus de lui; comme celui qu'engendre le Gulf-Stream, il effectue son parcours dans le sens des aiguilles d'une montre. De même, aussi, dans l'hémisphère Sud, les trois courants chauds donnent naissance à trois courants aériens cheminant au-dessus d'eux et tournant en sens contraire de celui des aiguilles d'une montre.

La considération de ces circuits aériens qui constituent la circulation générale de l'atmosphère est due à un savant français, Maurice de Tasteé, un grand oublié, dont le nom n'est même pas prononcé dans certains traités de météorologie. Cette conception, d'ailleurs, n'a pas la prétention de donner les « détails », mais bien une vue générale de la c culation atmosphérique. La théorie « complète celle qui permettra de prévoir, dans leurs pli

minutieuses circonstances, tous les phénomènes de la météorologie sans exception, cette théorie-là est encore à faire : V w imagé » donnée par Maurice de Tastes n'en subsistera pas moins comme le premier schéma exact des mouvements dont sont animées les masses d'air qui nous çnveloppent.

Ce qu'il y a de remarquable dans cette « image », c'est qu'elle a permis de prévoir c^ qu'on a eu tant de peine, par ailleurs, à expliquer après coup : les cyclones des régions tropicales, dont la production se déduit naturellement de la conception des circuits aériens. Considérons, en effet, les deux circuits aériens qui transportent l'air, l'un audessus du Gulf-Stream dans l'Atlantique nord, l'autre au-dessus du Kuro-Siwo dans le nord du Pacifique. Ces deux circuits sont séparés l'un de l'autre par le Texas et les terres chaudes de l'Amérique du Nord. Au voisinage du solstice d'été, quand la température du sol atteint son maximum, cette région s'échauffe plus vite que la mer avoisinante : elle donnera, donc naissance à un mouvement ascendant dans les couches d'air qui les surmontent, et, par suite, sera le siège d'une « dépression ». Sous l'influence de cette dépression, les masses d'air voisines vont se précipiter vers le centre chaud, les deux circuits atmosphériques du Pacifique et de l'Atlantique, séparés jusque-là, vont se déformer; leurs sommets vont arriver au contact l'un de l'autre, et les molécules d'air, Qtraînées entre ces deux « rouages aériens » , vont 3 mettre à tourner dans le sens inverse des aiguilles 'une montre, entraînées qu'elles sont avec une

double violence, et par le mouvement cycloniqtie dû à la dépression locale, et par le « couple de rotation » formé par la proximité des deux circuits cheminant en sens contraire. Un cyclone est donc né, et ce phénomène se produira chaque fois que les conditions qui l'engendrent seront ellesmêmes réalisées : c'est, par conséquent, dans la saison chaude et dans les régions où peuvent se rencontrer les sommets de deux circuits voisins qu'il y aura de ces terribles tempêtes tournantes, On peut, dès lors, prévoir que les cyclones seront « régionaux » et « saisonniers », ce que l'observation vérifie absolument. La plus belle confirmation de cette théorie a été donnée par l'absence de cyclones dans l'Amérique du Sud, malgré le voisinage des deux circuits sud Atlantique et sud Pacifique : c'est que, entre les deux, se dresse la formidable muraille de la Cordillère des Andes. Or, les cyclones sont des phénomènes qui n'atteignent pas de grandes hauteurs dans l'atmosphère : à 2000 ou 3 000 mètres ils sont, sinon éteints, du moins fort atténués. On conçoit donc que la Cordillère, dont les sommets s'élèvent à 6000 et 7000 mètres, dont l'altitude moyenne, dans la région argentine, atteint et dépasse 3500 mètres, oppose un obstacle invincible à la rencontre des deux circuits Atlantique et Pacique sud qu'elle sépare, et rende impossible l'entraînement tourbillonnaire des masses d'air entre les sommets de ces deux circuits.

Cette double circulation, atmosphérique et n rine, dont les deux manifestations sont si étroi ment connexes, se complète par une troisième <

culation qui est la conséquence des deux premières : la circulation fluviale qui, par les fleuves et les cours d'eau qui sillonnent les continents, ramène à la mer les eaux que réchauffement solaire lui avait enlevées sous forme de vapeurs. Les courants atmosphériques, avec Taide des courants marins, avaient transporté ces eaux vaporisées sur les continents plus froids où elles s'étaient précipitées sous forme de pluies, sur les hautes montagnes où elles s'étaient condensées sous forme de neige.

Tout le monde sait combien l'eau douce est nécessaire : là où il n'y a pas d'eau, il n'y a pas de vie animale ou végétale. Toute cette eau, indispensable à l'existence des êtres organisés, indispensable aussi à l'industrie qui est le complément de la vie, provient de la condensation des vapeurs atmosphériques sous forme de pluie. Si la quantité totale de pluie qui tombe sur les continents au cours de l'année y était répartie de façon uniforme, si le sol des continents était partout « de niveau », c'est-à-dire coïncidant avec une surface parallèle au géoïde, l'eau tombée y formerait, au bout d'un an, une couche de 85 centimètres d'épaisseur, ce qui fait, étant donnée la superficie des continents, une valeur de pluie annuelle égale à 122500 kilomètres cubes. Si l'on se rappelle que le volume des eaux océaniques est de 1300 millions de kilomètres cubes, le total de la pluie tombée en représente environ la onze millième partie.

Une portion seulement de cette pluie est restituée l'océan par l'intermédiaire des cours d'eau : Bux-ci, en effet, déversent annuellement dans la

mer 28 000 kilomètres cubes d'eau, à peine le quart de la totalité de la pluie précipitée sur le sol continental. Qu'est devenu le reste de cette pluie? Une partie s'est évaporée, une autre est absorbée par le sol et les êtres vivants. Les fleuves ne restituent donc aux océans, en réalité, que la 1/48000000^ partie de Teau que leur a enlevée Févaporation due à réchauffement solaire. C'est cette 1/48 000 000^ partie, ce sont ces 28000 kilomètres cubes d'eau seuls qui, par le double mécanisme de la circulation atmosphérique et de la circulation fluviale, exécutent ce continuel trajet entre les mers et les continents, ramenant aux réserves océaniques, par l'intermédiaire de la pesanteur. Peau que l'évaporation leur avait enlevée. Les fleuves jouent ainsi, en quelque sorte, dans la vie de la Terre, le rôle des vaisseaux sanguins dans l'organisme, vaisseaux qui ramènent au point de départ le sang qui en avait été transporté dans toutes les parties du corps pour en permettre la vie.

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