Dans une lettre du 21 décembre
2. Comme nous le voyons par une note épinglée à une lettre de M. de Gérando, qui lui envoyait des lettres de recommandation pour l'Italie, et le priait de visiter pour lui les instituts de sourds-muets de Turin, Gênes, Rome et Naples. — Il alla en effet visiter les sourds-muets à Gênes, Pise et Rome.
3. La page 26 de la préface de Mme Michelet a dramatisé ridiculement tout cela. [Cette critique des procédés de travail de M®* Michelet se trouve déjà dans l'introduction à Michelet et l'Italie (Jules Michelet, p. 7). Cependant, dans ce volume imprimé en 1905, Monod penchait encore du côté de l’indulgence; dans son cours on voit qu'il se montre plus sévère].
accomplir ce voyage presque aussi rapidement qu'il avait accompli son voyage d'Allemagne. Comme en 1828 il hâta son retour par impitience de revoir sa famille dont l’éloignement lui était intolérable, et il fallait le don incroyable au'’il possédait de deviner les hommes et les choses rien qu’en les entrevoyant, pour profiter comme il Je fit de ceile course au clocher à travers l'Italie. Le plus curieux c’est qu'en faisant le voyage le plus fatigant et en passant ses journées de séjou: dans les villes, à visiter du matin au soir les curiosités et les savants pour qui il avait des recommandations, il recueillit le frur qui espérait pour sa santé et revint fortifié et mieux portant qu'il n'avait é.é depuis dix ans. Tel avait été le bienfait de rester six semaines sans pouvoir lire ni prendre de notes.
Les voyageurs d'aujourd'hui sont parfois assez ingrats à l'égard de la civilisation pour regretter le beau temps des diligences et pour s'imaginer naïvement qu'avant les chemins de fer on était plus à l’ais pour voir les pays qu’on visitait et mieux en jouir. Cela pourrait êtr: vrai pour quelques artistes qui, n'ayant pas à mesurer leur temps, préféraient faire la route à petites journées en savourant à loisir tous les détours des chemins, ou de quelques grands seigneurs qui voya geaient dans leur chaise de pos'e. Mais le voyageur ordinaire qui n'avait à’sa disposition qu’un temps limité et voulait remplir un cer. tain programme de voyage, se trouvait dans une situation singulirement moins avantageuse que le voyageur d'aujourd'hui. Jl voyait beaucoup moins de choses avec beaucoup plus de fatigue et en dépensant beaucoup plus d’argent. Le voyage de Michelet est à cet égard singulièrement instructif et l’on s'étonne qu'un homme délicat comme lui ait pu supporler une telle fatigue, surtout quand on a connu ce qu'étaient les diligences d'autrefois et le supplice d'y passer trois ou quatre nuits de suite sans pouvoir s'étendre à son aise. Michelet fut quarante-neuf jours en voyage. Sur ces quarante-neuf jours, il en passa un à Lyon, un à Genève, quatre à Turin, trois à Gênes, un à Pise, trois à Florence, onze à Rome, deux à Bologne, trois à Milan, en tout vingt-sept jours de séjour et vingt-deux jours de voyage en dit gence (presque la moitié de l’absence). Et encore, voyez au prix de quelles fatigues sont obtenues ces journées de séjour! Il part de Genève à deux heures de l'après-midi le 21 mars et n'arrive à Turin que le 24 à quatre heures du matin, après avoir dû perdre une journée à Chambéry, mais ayant passé trois nuits en diligence. Sur les quatre jours de Turin il ne couche que deux nuits, étant arrivé le 24 et reparti le 27 au soir. De même, il arrive à Florence le 1° avril à six heures du matin, après avoir roulé depuis neuf heures du soir entre Pise et Florence (trajet qu’on fait aujourd’hui en deux heures); il ne couche qu’une nuit à Florence et en repart le 3, à cinq heures du soir, pour arriver à Rome le 5 au matin, n’ayant vu Sienne que de minuit à une heure du malin, par le clair de lune, Le voyage de Rome à Bologne prend aussi trois nuits et deux jours, du 15 au 18 avril, à quatre heures du matin; et après avoir passé à Bologne le 18 et le 19, Michelet en repart à cinq
heures du matin, le 20. Il lui faut trente-six heures pour aller de Bologne à Milan, et c’est le trajet le plus rapide. Le pire de tout est le voyage de retour, fait en trois traites : de Milan (départ le 25 au matin) à Lausanne (arrivée le 27 à quatre heures du soir), puis de Lausanne (le 28, à quatre heures du matin) à Dijon (arrivée le 29 dans la nuit), enfin, de Dijon (départ le soir du 30) à Paris (arrivée le 2? mai. Dans ces huit jours de voyage, Michelet a couché deux nuits dans un lit, et, sauf la journée du 30, passée à Dijon, il a roulé tout le temps. On ne conçoit pas comment, après de pareilles équipée», après une ou deux nuits de diligence, et arrivant à quatre heures du matin dans une ville, on pouvait Fasser sa journée à visiter des monuments; encore moins commeht il était possible de fixer pour les dilisences des heures aussi matinales, Mais nos pères étaient moins svharites que nous; et Michelet, qui se levait alors tous les jours à quatre heures, trouvait tout simple de prendre la diligence à cinq ou six heures.
Le côté économique du voyage n'est pas moins instructif que :e côté touristique. Aujourd’hui, un voyageur dans la situation de Michelet prendrait un billet cireulaire de 2° «lasse, qui lui coûterait de 150 à 209 frs, et ses 49 jours de voyage, comme nourriture et hôtel, lui “oûleraient, suivant qu'il serait plus ou moins économe entre 350 et 30 fr. Ainsi, pour 700 fr. au maximum, il ferait de voyage qu'a fait Michelet, et comme il n'aurait pas eu plus de quatre jours à passer en chemin de fer, il aurait eu quarante-cinq jours pleins de séjour. I aurait pu séjourner une semaine à Florence, trois ou quatre semaines à Rome et le reste à Bologne, Gènes, Pise, Milan; voir Sienne, Orvieto, Assise, Pérouse, ou bien aller à Naples, ce que Michelet avait dàù renoncer à faire. Or il avait. au lieu de 700 fr., dépensé 41.300 fr., dont plus de 800 en frais de diligence. La nourriture et les hôtels avaient été peu de chose, 307 fr. seulement, soit 6 fr. 50 environ par jour. Mais il v avait des faux-frais énormes, quatre passeports’, des cceroni, des bonnes-mains, des frais de poste formidables etc... Rren de plus curieux de voir combien Sur certains points la vie depuis un siècle, bien loin de renchérir, a diminué *.
Je ne raconterai pas ce voyage en Italie. Le volume que Mme Michulet a publié sous le titre de Rome retrace avec une exactitude suffisante et l’itinéraire de Michelet et aussi les principales impressions qu'il rerueillit dans ce voyage et pendant les onze jours qu'il passa à Rome. Toutefois il est nécessaire de rappeler encore une fois comment ce volume a été composé’. Mme Michelet a d’abord eu la pensée de faire un récit avec Île petit journal de voyage de Michelet et ses lettres à sa femme, en supprimant ce qui lui paraissait trop aride et dénué ‘intérêt piltoresque, et en complétant les phrases inächevées, Elle
1. Un pour le Piémont, un pdd la Toscane, un pour les États pontificaux, un pour la Lombardie.
a Morod écrit ceci en 1910. La guerre de 1914-1918 a changé tout ce 3. (Cf. la note de la page 173.]
avait fait une transcription du journal dans cette intention. Mais !e journal et les lettres mis bout à bout auraient fourni tout au plus une cinquantaine de pages, et les idées, les impressions, les jugements s'y seraient trouvés plutôt esquissés qu'exprimés. Les lettres à la princesse Louise, où Michelet avait dû noter avec beaucoup plus de détails ses impressions, étaient perdues. Mme Michelet frensa que l’équivalent s’en trouverait dans son Histoire de France, dars ses cours du Collège de France, dans son volume sur la Renaissanc:. Elle les Ilut en faisant des extraits de tous les passages qui pouvaient se rapporter aux diverses périodes de son voyage, aux monuments qu'il avait vus, à l’histoire dont ces monuments étaient le témoignage. Elle fondit tout cela avec les notes du journal et des fragments de lettres. Elle arrangea, développa et paraphrasa. D'où un livre qui ne trahit pas sans doute la pensé: de Michelet, qui nous dit bien ce que Michelet a vu, ce qu’il a pu penser. sentir, mais qui n’est pas du Michelet. Les erreurs y sont rares, bien qu'il y en ait quelques-unes. Elles sont pour la plupart vénielles. Pourtant le volume de Rome ne nous donne pas une idée vraie de ce voyage et de l'importance qu'il a eue au point de vue de la formation de Michelet, des acquisitions intellectuelles qu'il lui a apportées. |
Il y a même dans ce volume bien des choses qu’on pardonne difficilement. Mme Michelet, d’abord, n’a pas dit avec une clarté suffisante de quelle manière elle l’a composé; elle a laissé croire et fai croire que, sauf en quelques pages, elle s’est contentée de reproduire le journal de 1830. Il lui arrive même, à la fin de trois pages consacrées à une comparaison entre Rome et Paris, comparaison très factice, entièrement rédigée par elle et inspirée par quelques lignes du cours professé en 1830 sur Paris de mettre ces mots: « Il faut se rap peler que ceci a été écrit en 1830. » Elle fabrique des leltres de Michelet. Michelet écrit à sa femme: « Jusqu'ici l'Italie me plaît et me charme plus qu'elle ne m'’étonne », et c’est tout. Mme Michelet à cette simple ligne, ajoute, de son crû, mais toujours comme citation de la lettre: « Il me semble que je retrouve une personne déjà connue. C’est avec plaisir que je la revois. Il s’y mêle aussi de l'émotion, mais elle ne m'’apprend rien que je ne sache déjà. » Elle veut faire croire que Michelet connaissait si bien l'Italie en y arrivant qu'il n'avait plus rien à y apprendre. Toute différente est l'aittitude de Michelet dans son vrai journal. Il regarde avec avidité, rapporte tout ce qu'il voit, questionne et note aussi tout ce que chacun lui raconte et lui apprend. Michelet raconte dans son journal qu'il arrive à Florence à six heures du matin et qu'il commence sa journée par des visites. Il ne va voir la cathédrale que l'aprèsmidi. Mme Michelet lui fait écrire qu'il arrive à cinq heures, se promène dans les rues en attendant que la ville se réveille rt reste pétrifié d’admiration devant la cathédrale. Dans sa préface elle cite de prétendues lignes du journal sur le dôme, que Michelet n'aurait jamais écrites en 1830 quand il était encore en pleine fièvre
cothique, et qui sont transcrites de la préface de la Renassance, ecrile en 1843. D'ailleurs, par une singulière étourderie, elle a oublié # reproduire quelques lignes de Michelet dans le chapitre du journal où cle parle de Santa Maria del Fior :.
Elle a commis encore bien d’autres contre-sens *.
Elle nous représente Michelet à Turin allant travailler aux Archives. Î ny a pas mème mis les pieds. Elle nous le représente travaillant à la bibliohèque du Vatican avec un tel acharnement que le cardinal Angelo Maï a peur qu'il ne se fasse du mal, et Maï lui montrant des raretés qu’on ne montre à personne. Michelet nous tient au courant heure par heure de tout ce qu'il a fait à Rome. Il n’a travaillé dans aucune bibliothèque. Il a fait une seule visite à celle du Vatican. Angelo Maï lui a fait voir quelques beaux manuscrits, mais Michelet, loin de le remercier de lui avoir montré ce que d’autres ne vovaient pas, se plaint qu'il ne lui aït rien montré d'’inédrt.
Mais il y a dans ce volume une faute générale plus grave que ce: petites inexactitudes plus ou moins volontaires *. Sans doute Mme Mi- ‘“helé à reconstitué le voyage de Michelet à l’aide du journal aver vn soin extrème et il n’est, pour ainsi dire, pas de trait un peu marquant qu'elle aîit laissé perdre. Elle en a reproduit, expliqué, paraphrasé chaque passage avec une rare intelligence et elle n’a rien AU dire à Michelet que celui-ci eût renié s'il avait pu Île lire. Et pourtant, si Michelet avait lui-même écrit en 1830 un volume sur ses impressions de voyage en Îtalie, ce volume n'aurait pas ressemblé à cxlui qu'a publié Mme Michelet. Celle-ci a fait entrer dans ec: volume tout ce que Michelet a connu et pensé de l'Italie pendant toutu a vie. Elle s’est servi de ses notes de voyage de 1838, de ses notes de cours de 1840, de ses volumes d'histoire romaine et d'histoire de Franre, de ce qu'il a écrit dans le Banquet et des souvenirs recueillis avee lui en Italie en 1853-54 et en 1871. Elle nous a donné en somme le résumé de toutes les impressions de Michelet sur l'Italie et sur Rome pendant sa vie entière. |
Mais en 1830, Michelet ,abordait l'Italie pour la première fois. Il illait l’interroger, questionner Îles hommes éminents, ïtalens 6t étrangers qui, à Rome, à Florence, à Milan, pouvaient l'instruire sur ltalie, et il ne se serait pas permis, s’il avait eu le temps de déve. lopper son journal, de pérorer sur toutes rhoses, de manifester sur tous les points l'assurance doctrinale que lui prête Mme Michelet. n'aurait pas non vlus adopté le ton d’admiration rt d'enthousiasme “onstants qu'elle lui fait prendre. IL aurait laissé percer l'ennui 61 1 tristesse dont il avait constamment le cœur rempli. Il trouve Turin
1] v a dans la préface de Rome mn. Ar une lettre à mn ami qui, j'en uie eûr, à été fabriquée par Mere Michelet,
2. Voy. enr une de ces inventions île choïx de la route du Mont Cenis) l'acticle de Gabriel Monod dans la Semaine littéraire de Genèse du 4 mars are : Michelet à Genève, p. 971.
3. Michelet dit dans an lettre du 96 qu'il a passé cinq nuits sur douze en din. Mer Michelet imprime sept sur douze.
une ville insipide; il trouve Rome triste et s’y ennuie; il renonce à voir Naples parce qu'il a hâte de retrouver les siens. Il est toujours ie Parisien attaché au pavé de Paris, le bourgeois et l’homme de f:. mille qui se sent perdu loin de ses murs, de son foyer, des êtres qu'il aime. Nous l'avons vu accomplir en gémissant et par devoir con voyage d’Allemayne. C'est encore par devoir, devoir de santé et devoir d études, qu'il fait son voyage d'Italie. Sans doute il a müri et s'esl développé depuis 1828. D'ailleurs le Latin qu'il est, nourri des classiques, de Virgile, de Vico et d'histoire romaine, est bien mieux prépaié à comprendre les hommes et les choses d'’itaiie qu'il ne l'avait été à comprendre l'Allemagne. Tandis qu'en 1828 il passe son temps dans les bibliothèques, en 1830 il cout du matin au soir, visitant toutes les curiosités et jouissant, profitant vraiment de la conversation de tous, de celle des courriers de diligences et de ses compagnons occasionnels de voyage, aussi bien que de celle des archéologues Gerhard et W. Gell, du théologien Ventura, du jurisconsulte Komagnos: ou du grand poèle et romancier Manzoni. Il a trouvé patout, à cha: que pas, à chaque heure, des impressions intéressantes et vives: il a éprouvé parfois de véritables émotions, des émotions de nature, d'histoire et d'art. Mais on n’a pas le sentiment qu'il s’y soit abandonné, qu'il ait été pris Lout entier par l’italie. Il y a plutôt recueitli des matériaux avec lesquels son imagination, à son retour au log, recréera toute une Italie, en fondant les impressions livresques ave les Impressions vécues. D'ailleurs quel est celui qui en trois jours à llorence et en onze jouis à ftome, vues pour la première fois, pourrail Vraiment juger et sentir à 1ond florence et tome” Michelet ne se seuil jamais perinis sur celle courst à vol d'oiseau, d'écrire les trente pages sur la Toscane et surtoui les cent soixante pages sur Rome que \me Michelet lui a fait écrire.
Enfin, remarquons-le : ce qui nous inléresse dans le vrai journal de Michelet, ce n’est pas seulement ce mélange des hommes et des choses, de la vie quotidienne présence avec {es souvenirs du passé — que Mme Michelet a relégue à l'arrière-plan pour ne laisser voir qu’un historien valicinant sur les ruines de Rome, — ce sont aussi certaines lacunes, qui sont caractéristiques et que Mme Michelet a comblées.
Au moment où Michelet a ïait ce premier voyage d'ilalie, les primitifs italiens étaient inconnus ou méconnus. On ne les regardan pas ou, si on les regardait, on ne les admirail. guère. Michelet ne s ntéresse visiblement pas à la peinture antérieure à Léonard, à Raphaël et au Tilien, De méme avant 1830 on ne descendait guère dans les catacoimbes. M. de Rossi ne les avait pas eucore fouillées et on craignaæut en les visitant les difficultés, les dangers de malaria. Dans un séjour aussi restreint Michelet ne pouvait songer à les visiter sérieusement. Il est possible qu'il ait, Le 10 avril, jeté un coup d'æil sur celles de Saint- Sébastien, mais je doute qu'il en ait vu plus que l'entrée, car de 7 heures à midi il a vu le portique d'Octavie, la via Appia jusqu'au
tombeau des Scipion, la fontaine d'Egérie, les thermes de Caracalla et la basilique de Saint-Paul hors les murs. |
Or, Mme Michelet n’a Pu supporter l'idée que Michelet ne dît rien des fresques du Campo Santo de Pise, ni de celles du couvent !le San Marco à Florence, car Michelet plus tard les a beaucoup admirées, ni des Catacombes qu'il étudia avec passion dans Bosio en 1840. Elle lui fait écrire quelques lignes sur le Jugement dernier attribué à Urcagna, sur les fresques de Gozzoli; elle lui fait dire qu'il a été À. San Marco pour y retrouver le souvenir de Gozzoli, elle lui fait. écrire des pages et des pages sur Rome Souterraine, sur les tombeaux, sur les Catacombes, sur Bosio et Piranèse, en se servant des notes des cours du Collège de France de 1840. Il s’en suit’ que ce volume de liome, exposé et développement très fidèle de ce que Michelet a pensé sur Rome au cours de sa longue vie, n’est pas une image tout à fait exacte de ce qu'il a éprouvé en 1830. En 1830 Michelet a été surtout un pélerin docile, laborieux et modeste, qui en quelques semaines, je pourrais dire en quelques jours, a absorbé tout ce qu'il a pu de lHaïe, s'est rempli les yeux de visions et les orcilles de renseigneuen.sS recueillis avidement de toutes parts. Mais il ne faut pas croire qu'il s'abandonne avec délices aux charmes de l'Italie. Il en jouit, mais Son cœur est resté à Paris et il est touchant de voir avec quelle intensité il y revient sans cesse. Sa femme, ses enfants, son père, &s trois amis chers entre tous, Poret, Quinet, Ballard, son médecin Edwards sont toujours présents à sa mémoire. Il voudrait être sür que les siens ne s’ennuient pas, qu'ils prennent des distractions. vont voir Hernani, conduisent Adèle voir la ménagerie de M. Martin et les chiens qui calculent, ou Les représentations de Bobinno : « Quand jX* pense à vous et à la douceur de notre vie intérieure, ce beau voyage me semble un exil » (24 mars) :.
Il se préoccupe de la santé de Pauline, des yeux d’Adèle, de la Yacination de Charles. Il renonce à Naples parce que cela prolonge. rail son absence. IL écrit encore le 44 avril .
“ Je te sacrifie Naples. Pense à moi et je ne regrettcrai rien. J'ai trouvé Ki dans la maison de M. Vollard, secrétaire du prince de Prusse, une petite Adèle de huit ans qui m'a bien attendri à cause de la mienne. Je lui ai donné hier la main en allant aux ruines du Colisée avec ses parents. Elle m'aime beaucoup. Dites à Adèle que Son papa l'aime de tout son cœur, et les enlants de son âge ct de son nom à cause d'elle. »
Et il écrit dans sa lettre en majuscules pour qu'Adèle puisse lire : ‘ J'AIME MA BONNE PETITE ADÈLE. » A Milan, le 24 avril, il se demande si un de ses enfants n'est pas mort, si en arrivant il n'apprendra pas quelque chose d'irréparable. Il prie qu'on ne dise à per-