‹ La vie et la pensée de Jules Michelet (1798-1852) (volume 2)Chapitre 36 sur 81 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

L’Introduction à l'Histoire Universelle !.

Michele’ rentré à Paris le 2 mai, reposé, rafraîchi, l’esprit enrichi et vivifié par son voyage d'Italie, avait repris avec un entrain nouveau son cours d'histoire romaine quand une révolution politique, que personne ne prévoyait ni ne souhaitait un an plus tôt vint influer d’une manière sensible sur sa carrière et ses travaux.

L'année 1830 fut marquée pour Michelet par quatre événements importants et par une publication qui eut un grand re‘entissement et qui tient une place capitale dans ses œuvres. Il fut en 1839 candidat pour la première fois au Collège de France. Il fut nommé chef de section aux Archives Nationales. Il continua d'’ère le professeur des princesses du sang mais passa, comme la France, de la branche aînée à la branche cadette: il fut, à l'Ecole Normale, conformé. ment à son désir, débarrassé de l’histoire ancienne confiée à M. Lebas, tandis que lui-même, devenu professeur de 2° année, était chargé de l’histoire du Moyen-Age et des temps modernes”. Enfin il publia son Introduction à l'Histoire Universelle.

Michelet ne prit aucune part active à la Révolution de 1830°, bien qu'il fût de cœur avec le peuple soulevé contre les Ordonnances et le ministère Polignac. Mais ses relations avec les Tuileries lui interdisalent de faire cause commune avec les insurgés, et d’ailleurs il n'avait pas le tempérament belliqueux de Quinet qui écrivait à sa mère en août 1830, de Paris où il était accouru à la nouvelle de la Révolution : « Quelle désolation d'avoir été absent de Paris à la fin de juillet. Je ne me consolerai jamais de n'avoir pas marché avec les faubourgs * »!

Cousin * avait écrit à Quinet de se hâter de revenir à Paris pour profiter de l’organisation du nouveau régime. Michelet de son côté lui écrivait Le 10 août : « Il faut venir sur le champ, mon ami, tout s’organise; les places von: être enlevées rapidement. La vôtre se trouvera

1. L'Introduction à l'histoire universelle a été traduite en allemand par M. Gehring avec des notes sur la philosophie de l’histoire.

2. Le réglement du 30 octobre 1830, rédigé par le Conseil Royal sous l’inspiration de Cousin et approuvé par le Ministre, M. de Broglie, rétablissait le litre d'École Normale, la scolarité de trois ans. On dédoubla la chaire d'’hisloire.

3. On a prétendu qu'il criait aux émeutiers : « Faites l’histoire, nous l'écrirons », mot apocryphe.

4. Edgar Quinet avant l'exil, t. IT, p. 15°. Cilalion tronquée dans Cinquanle ans, p. 44.

5. Devenu non ministre de l’Instnuction publique, mais tout puissant à la lête du Conseil royal de l’I. P.

sans peine si vous arrivez à temps. Nos amis sont au pouvoir : Guizot à l'intérieur, et à l'instruction Villemain, ou Vatimesnil ou Cousin. Hâtez-vous donc » ‘.

Le pauvre Quinet eut beau se hâter (car il était parti de Heidelberg avant même d’avoir recu les lettres de Cousin et de Michelet), il ne trouva pas à Paris l’accueil espéré. Cousin était tou: prêt à l'aider à obtenir un poste dans une Faculté de province, p. ex. à Strasbourg où Jautain entré dans les ordres abandonnaït sa chaire de philosophée, mais 1l se refusait à le faire nommer.à Paris parce qu'il n’était ni agrégé ni docteur. De là chez Quinet cette féroce rancune contre Cousin qui changea subitement son amour en haine, et lui fit écrire contre son maître et ami les plus terribles attaques. Quinet du reste ‘n'avait rien fait pour se rendre favorables les docirinaires alors tout puissants. Il collaborait au Globe qui avait en novembre 1830 passé aux mains des Saint-Simoniens et était suspect au pouvoir. Il dut aftendre jusqu'en 1838, jusqu’au moment où Michelet était entré 1 Collège de France et Villemain au ministère de l'instruction publique pour obtenir une chaire à la Faculté de Lyon.

Michelet perdait par la Révolution la position qu'il occupait aux Tuileries *. Mais, grâce à Villemain et à Guizot, il fut immédiatement appelé au Palais Royal à donner des lecons à la princesse Clémentine. J'ignore quel était le traitement at'aché à ce poste, mais il était infé. rieur à celui, très large, fourni par le roi légitime *. Michelet eut une appréciable compensa:ion par le poste que Guizot lui donna aux Ar. chives du Royaume, dont Daunou venait de reprendre la direction. Michelet, dans ses notes inédites écrites en 1869, dit que Guizot lui avait donné aux Archives « une petite position, augmentée depuis. » Il est vrai qu'il vit son traitement aux Archives, qui était en 1830 de 3.509. francs, s'élever en 1840 à 5.000 francs. Mais il est très inexact que Guizot lui eût donné une petite position. I] l’avait nommé d’emblée chef de la section historique. C'était la position la plus importante après celle du garde général, et aussi la mieux faite pour faciliter les travaux d’un historien. Si Michelet devint l'auteur l'Histoire de France, il le dui à ceite situation qui le plaçait ainsi à la source même de documents encore en grande partie inexplorés où

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