‹ La vie et la pensée de Jules Michelet (1798-1852) (volume 2)Chapitre 63 sur 81 · D'Eichthal, Rev. hist., mai · texte numérisé non relu

D'Eichthal, Rev. hist., mai

s’associant, lutter contre les patrons pour obtenir des conditions meilleures? Nullement. On peut lire dans le livre de M. Mantoux, La révolution industrielle, comment, à la fin du xvmr siècle et au début du xIx°, sous prétexte de protéger la liberté du travail, on interdit aux ouvriers toute action commune pour améliorer leur sort. Les patrons réussirent à faire voter en 1799 une loi interdisant aux ouvriers de se concerter pour obtenir l’augmentation des salaires ou la diminution des heures de travail. En 1814, après une longue agitation, on abolit tous les anciens réglements destinés à protéger les apprentis, à eu limiter le nombre et à fixer le temyÿs d'apprentissage; en 1813, on avait enlevé aux juges de paix le droit de régler les salaires. En vain des industriels philanthropes, David Dale et Robert Owen à New Lanark essayèrent de fonder des usines sur des principes humanitaires et sur Ja coopération des ouvriers et des patrons’; en vain sir Robert Peel en 1802 fit voter une loi pour la protection physique et morale des apprentis *, l'Angleterre dirigeante, qui avait à soutenir à ce moment une lutte à mort contre Napoléon et la France, sacrifia tout au développement de son industrie et resta sourde aux souffrances es classes ouvrières. On vit en mars 1834 des ouvriers agricoles concamnés à sept ans de déportation pour avoir formé une société amicale en vue de maintenir leurs salaires au taux de 10 shilling par semaine.

Dickens a décrit ces misères dans son beau roman de Hard times: les caves de Lille, décrites par Victor Hugo, n'étaient rien en comparaison de celles de Manchester, où vivait un dixième de la population, que les patrons forçait, en guise de salaires, à accepter des denrées avariées. Le choléra, quand il arriva en 1833, fit d'affreux ravages dans ces populations épuisées. Il y avait bien des révoltes et des protestations ‘. En ce même mois d’août 1834, où Michelet vint en Angle. terre, la Trades Union, récemment créée par Owen et englobant tous les métiers, organisa dans Londres une formidable manifestation pour protester contre la condamnation de six ouvriers agricoles Dorchester, qui furent relâchés. Mais les patrons avaient, en réponse à ces efforts, fondé en 1833 une union manufacturière, où ils s’engageaient à ne prendre aucun ouvrier faisant partie d’une association ‘. Owen fut obligé de transformer, en août 1834. sa Trades Union en une Association d'industrie, humanité et science en vue d'établir un nouveau monde moral.

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