Trad. Barthéicmy
rains de la maison de Hanovre était loin de donner l’exemple de la vertu à ses sujets, le mouvement de réforme avait été commencé avec le ministère de lord Grey, auquel succéda, au commencement de 1834, le ministère, libéral également, de lord Melbourne.
La loi électorale de 1832 supprima la représentation de soixante bourgs pourris et diminua celle de trente autres bourgs peu peuplés pour accorder une représentation aux grandes villes industrielles et augmenter la représentation des comtés en donnant le droit de vote à des tenanciers ou à des locataires, au lieu de les réserver aux seuls propriétaires. Le nombre des électeurs passait de 435.000 à 656.000. Pour la première fois, la vieille Angleterre agricole et aristocratique ne prenait plus seule part à la politique. La nouvelle Angleterre, commerçante, industrielle, celle qui maintenant produisait la richesse, allait accéder au pouvoir. Mais le droit électoral continuait à être un privilège local, indépendant de la loi du nombre. Aussi la réforme, jui ne donnait à d'énormes centres comme Birmingham, Manchester ou Liverpool, que deux représentants, ne devait-elle qu’exciter le désir de réformes plus profondes. Du moins, c'était la reconnaissance officielle d’un nouvel état de choses.
Le bouleversement qui s'était produit dans les conditions économiques au xvm* siècle, par la création de la grande industrie et l'introduction des machines à vapeur, en augmentant le nombre des ouvriers et en avilissant le prix de la main-d'œuvre, avait produit d'effrovables misères sociales. La taxe des pauvres, imposée sous Elisabeth à toutes lez paroisses pour subvenir à l'entretien de leurs pauvres, avait pris des proportions considérables. Le nombre des assistés s'élevait à près de deux millions sur une population de vingt millions d'âmes. Beaucoup de paroisses étaient ruinées et les pauvres mouraient de faim. La loi d'assistance (poor law), que le ministre Melbourne fit voter en 1834, ordonna partout la construction de workhouses, où les indigents qui voulaient être secourus devaient être astreints au travail. Cette loi diminua les charges publiques et le nombre des indigents, mais ces ateliers publics soutenus par les paroisses contribuaient à faire baisser encore le prix de la main-d'œu-. vre et faisaient craindre la création d’une industrie d’État qui absorberait un jour tout le travail national *.
La condition des ouvriers était effroyable, au point de vue moral comme au point de vue matériel. Aucune mesure légale ne protégea rendant longtemps les enfants ni les femmes contre la rapacité des patrons. Ce ne fut qu’en 1833 que grâce à lord Ashley (connu plus tard sous le nom de lord Shaftesbury, comme un des grands philanthropes de l'Angleterre) que la première des lois ouvrières limita à huit heures par jour le travail des enfants au-dessous de 13 ans, à douze heures le travail des enfants de 13 à 18 ans. Les femmes, les hommes travaillaient jusqu’à seize heures avant 1824, puis les douze heures devinrent la règle. Les ouvriers pouvaient-ils du moins, en