CHAPITRE XI
Les Origines du Droit.
Michelet justifia le congé qu'il avait fini par arracher à la mauvaise volonté de M. Cousin, en travaillant avec une énergie nouvelle au t. JT de son Histoire et à ses Origines du Droit, qui parurent simultanément ‘en juin 4837’. Il ne put faire aucun voyage en cette année 1836. Une indisposition d’un de ses enfants et sa mauvaise santé l'empèchèrent d'aller en Allemagne comme il l’espérait; au milieu d'août, son père eut une attaque de paralysie, que Pauline soigna avec un extrême dévouement *. Il se contenta d'installer en septembre sa famille à Nogent-sur-Marne, restant lui-même à Paris pour travailler et allant de temps en temps lui faire une visite; il séjourna à Saint-Cloud à la fin de septembre avec sa femme et ses enfants, après avoir ramené son père à Paris.
| Sur le t. IIT de l'Histoire de France, qui contient l’histoire de Phihppe le Bel et de ses trois fils et celle des trois premiers Valois. nous reviendrons à propos de la publication du Procès des Templiers et de l’ensemble des quatre derniers volumes du Moyen-Age. Toutefois observons tout de suite qu’il marque un progrès très significatif. Sans doute Michelet s’y montre toujours poète, mais désormais contenu par l'habitude qu'il a prise de recourir aux textes originaux, aux documents inédits, de ne s’avancer qu’appuyé sur une documentation aussi solide que possible. Ce n’est pas qu’on n’y trouve de graves erreurs d'appréciation et de critique. Mais son livre dépasse de beaucoup tout ce qui avait été écrit jusque là sur cette époque, en particulier Sismondi et de Barante,
Quoiqu'il prêtât beaucoup moins à la s“ritique que les précédents, il fut beaucoup plus sévèrement jugé, sans doute parce que le succès de l'écrivain avait excité bien des jalousies. Gaillardin lui consacra un article très dur. Petit, professeur d'histoire au Collège Bourbon, lui écrivait que d’amères attaques se préparaieni contre lui. Le Journal des Débats déjà, depuis 1835, avait cessé d’être bien disposé et laissait Aimé Martin écrire, le 23 octobre 1835. à propos du Vico : « Il est bon que les jeunes gens connaissent la valeur des modèles qu’on leur propose. » Michelet trouvait même chez des amis comme Sainte-Beuve des restrictions qu'il avait quelque peine à accepter *.
1. À. Mourier saluait avec cnthousiagme l’apparition -des deux volumes » 15 juin 1837.
2. La paralysie durait encore en 1837 (voir lettre de Faucher).
3. Celui-ci lui écrivait après avoir lu son volume en épreuves : « Mon cher Mi-
La préface de ce troisième volume se termine par des considérations sur le droit : le xrv° siècle, dit Michelet, est le siècle des légistes; il marque l'éveil de l'esprit moderne, prose, esprit critique, antisymbolique, après la nuit poétique du Moyen-Age. La poésie du vieux aroit est tuée par le tribunal des légistes, le Parlement. D'ailleurs. le droit français a été de tout temps moins asservi au symbolisme que celui d'aucun autre peuple : « Pour admirer le génie austère et la maturité précoce de notre droit, il nous a fallu mettre en face le droit poétique des nations diverses, opposer le monde et la France. » | |
Michelet annonçait ainsi son ouvrage sur le symbolisme du droit, les Origines du Droit français cherchées dans les symboles et les formules du Droit universel’. Disons tout: de suite que ,ce titre est inexaçt.… simon faux. Michelet parlait de son livre en 1836 comme d’une Symbolique du Droit, et, dans une lettre à Nicias Gaillard, du 13 avril, comme d'une (Concordance des Institutions barbares, ecclésiastiques et tcodales. Ce n'est pas, en effet, une étude sur les Origines du Droit \ français, c’est un livre sur la symbolique générale du droit, où
Michelet, empêché aujourd’hui d'aller vous porter moi-même les feui!les comme je l'avais espéré, je ne veux pas du moins Îles retenir plus longtemps. Je les ai Jucs avec vif plaisir et grande instruction; vous n'attendez pas que je vous fasse aucune observation sur des détails que j'apprends de vous: mème. Ma scule objection serait générale : sur le trop de composition et de sens que, selon moi, cette manière apporte à chaque fait de l'histoir:. Les caractères généraux du-siècle y sont saisis ct exprimés avec une merveilleuse vivacité; mais le talent d'écrivain ne s'y joue-t-il pas quelquefois ? Je notais ce malin même (dans mon Port-Royal) que si l'on pouvait savoir ce qui revient en propre à l’entrain de l'écrivain, à la plume excitée qui s'amuse, on r&battrait sans doute beaucoup du scepticisme de Montaigne, de l'absoiutisne de de Maistre, du séraphisme de St François de Sales, du Jansénisme de St Augustin >? Ainsi dans ce siècle d’anarchie et de folie que vous peigne7, 5 y à des endroits où je trouve comme l'entrain d’une ronde de Sabbat. C'est poitique. Est-ce juste historiquement? Le passage qui m'a le plus fait cet effet est celui sur l’alchimie et çà et là, ailleurs quelques traits. [Il v «à tant de science, tant de vie et de talent'dans ce tableau ac je le voudrais sans quelques-uns des reflets qui le traversent. Je scrais bien embarrassé de les désigner pourtant, parce qu'il v a de l'esprit partout. Merci de votre honorable concultation et pour le plaisir que j’Y ai pris et excusez-moi de ne pas vous le rendre sans le grain de critique pédante dont je rougis en 1e relisant »,
Michelet lui répondit : « Votre remarque, mon cher critique, est ingénicus® ct profonde. L’entrain fait tort aux œuvres humaines. Et je ne sais ponitant s'il y aurait aucune œuvre sans cela. La vie même a l’air d'être une espèce l'entrain. Grâce au ciel nous en revenons tôt ou tard. Je. souscris très volontiers à vos critiques générales. Et pourtant comment en profiter ? TI fanderit changer « nature... Veuillez toutefois remarquer, que, si le mouvement est un peu vif, cela était peut-être plus nécessaire dans mon histoire que dans les autres de ce temps. Si, comme M. de Barante, ou même comme notre grand ct excellent narrateur Thierry, je n'avais fait entrer dans la narration que l’histaire politique, si je n'avais point tenu compte des éléments divers de l'histoire religion, droit, géographie, littérature, art, etc...) mon allure eût été tout autre. Mais il fallait un grand mouvement vital, parce que tous ces éléments divers gravitaient ensemble dans l'unité du récit ».
1. Michelet travailla à ses Origines du Droit de 1832 à 1835 tout en publiant deux volumes de son Histoire de France, Luther, et la 2° éd. de Vico.
les symboles et formules du Droit français sont rapprochés de ceux des autres peuples, mais où la France ne tient qu'une très petite place en comparaison des pays germaniques. Michelet, d'ailleurs, n'étudie dans ce livre ni les filiations, ni les diversités des
conceptions juridiques, mais, au contraire, leur concordance Îon-
<damentale depuis l’Inde jusqu’à la France. Désiré Nisard, dans une lettre du 8 septembre 1837, lui reproche très vivement ce titre trompeur, qu'il reconnaît d'ailleurs avoir été imposé à Michelet par son éditeur Hachette : « Je n'ai pas approuvé l'article de mon frère. Ki javais parlé de votre livre, je n'aurais blâämé que le titre, dont il ne tient pas les promesses, et que je sais qu'on vous a imposé. Îl ne faut pas que la science ait honte d’elle-même en se parant d'une enseigne où elle espère attraper quelques lecteurs frivoles. Ces lecteurs-là sont indignes de vos livres. Permettez cette brutalité à une admiration tendre de la personnalité et du talent. »
Le point de départ du livre est toujours la Scienza nuova, qui domine l’œuvre de Michelet. Pour Vico, toute l’histoire primitive est poésie, et la faculté poétique est créatrice Jde civilisation. Cette faculté poétique, d’autant plus puissante que l’homme est plus rapproché de la nature, plus frapmé de ses phénomènes bienfaisants ou terrible: contribue à rattacher les relations humaines à des conceptions suptrieures, religieuses ou sociales. La religion et la jurisprudence en sont issues directement. Il y a pour Vico trois espèces de jurisprudences ou « sagesses » : la sagesse divine, celle du premier âge, ot la justice gît dans l’accomplissement des rites religieux; la jurisprudence héroïque, qui entoure de formules précises comme cr garanties les relations entre les hommes; enfin, la jurisprudence h1:maine, qui cherche à faire concorder les faits avec la justice et la vérité abstraites’. Dans le premier âge, dans l’état patriarcal, puis aristocratique, les relations familiales s'expriment par des cérémonies et des actes, acta legitima, et les relations civiles restent entourées de pratiques religieuses secrètes. Viennent ensuite les lois écrites, publiques, avec la démocratie et la monarchie. Vico, dans une ingtniosité admirable, montre comment les mots désignant à l'origine un fait brutal prennent uu sens d’abord poétique, puis spirituel, et servent ensuite à désigner toute une série de rapports et de transactions juridiques assurant l’ordre social. Ainsi l’usucapion, d’abord simple prise de possession matérielle, finit par devenir un mode légal d'entrer en jouissance; les représailles héroïques se transforment en actions personnelles.
Voilà les idées dont Michelet était imprégné et qui continuaient à dominer sa pensée quand il réfléchissait sur l'évolution humaine. Quand il se mit à étudier l'Allemagne, il avait commencé per connaître les traditions ponulaires et les poésies du Moyen-Age en remontant jusqu'aux Sagas scandinaves. (Cela l’avait amené tout
1. Cette idée ne fait qu'appliquer la doctrine des trois âges (divin, héroïque et humain) que gous avons exposée (pp. 08-99) en analysant la Scienza Nuova.
naturellement à parcourir les ouvrages des frères Wilhelm et Jacob Grimm. |
Dans la dissertation de Grimm parue cn 1816 sur la poésie du Droit, il avait tout de suite aperçu une confirmation des idées de Vico. Les Deutsche Rechtsalterthümer qu'il lut en 1829 l’enthousiasmèrent en lui apportant en foule des exemples de cette création poético-juridique qui abondent dans les traditions, les lois, les jugements, de l'ancienne Allemagne et de la Scandinavie. Grimm, tout en présentant ce colossal recueil de textes et de documents comme une distraction à ses travaux linguistiques, avait conçu son ouvrage en pur érudit. Il n'avait donné place à quelques considérations générales que dans son introduction, d'ailleurs fort courte, L'idée générale la plus intressante exprimée dans sa préface et Celle qui devait avoir le plus d'action sur l’esprit de Michelet, est la constatation de la merveilleuse concordance de toutes les formes juridiques dans les diverses bran. ches de la famille germanique aux diverses époques, et mème entre les coutumes de la famille germanique et celles des autres familles de peuples de la race indo-européenne; car Grimm ne s'était pas interdit de faire des rapprochements entre les formules et les coutumes du droit germanique et celles de l'Orient’ de Ja Grèce ct de Rome. Toulelois, il n'en avait usé qu'avec modération.
Le livre de Grimm n'offrait à aucun degré le caractère d’une exposition ou d’un commentaire des idées juridiques. C’est un admirable Wagasin de documents, classés avec la critique la plus scrupuleuse, et où, avec un sens très délicat du caractère des textes juridiques, il avait su retrouver à travers les documents de tout le Moyen-Age ceux qu appartenaient à l’époque primitive. On ne peut pas lire les Kechtsalterthümer. On ne peut que les étudier ou les consulter.
Michelet eut le mérite d’en saisir tout de suite l'importance. Il y avait toute une substance de pensée et de systématisation historique dans ces énumérations sèches de textes fortement coordonnés, qui avaient en outre à ses yeux le mérite de corroborer une de ses idées favorites : l'identité fondamentale du genre humain.
Aussi conçut-il l’idée de reprendre le travail de Grimm, en y fai. sant entrer ce qu'il pourrait trouver dans les coutumes et les formules juridiques ou religieuses de la France, et d’en présenter les résultats non plus comme Grimm, sous forme d’une sorte de catalogue méthodique, mais liés, commentés et expliqués, de sorte que chaque chabitre fût un exposé des idées juridiques et de: conditions sociales que les textes nous révèlent.
De rlus, dans une introduction étendue, qui forme plus d’un quart de l'ouvrage, il fait un tableau brillant, poétique et ému de lévolution des sociélés primitives, telles que les formules et les symboles du droit nous la font connaître.
Le plan adopté par Michelet est beaucoup plus conforme à cette idée d'évolution sociale que celui de Grimm, car il nous permet d'’en suivre les diverses phases à propos de chaque grande institution. D'abord la famille : naissance, mariage, parenté, héritage. Puis ta
propriété : occupation, possession, pasteurs et agriculteurs, tradition. Puis l'État : rois, nobles libres, fonctionnaires, associations, signes et vmblèmes, droits féodaux, servage. Ensuite, la guerre et le droit des gens, l’organisation de la justice, procédure et pénalité. Enfin, un dernier chapitre est consacré à la vieillesse et à la sépulture. L'ouvrage montre ainsi tout le développement de l’activité de l’homme. de la naissance à la mort.
Ce livre, qui est peu connu, est pourtant d’une grande beauté. Ji présente un intérêt particulier par ce qu'il nous apprend de la nature de son esprit et de sa méthode. Nulle part on ne voit d'une manière plus frappante les deux faces de son génie, les deux démarches de sa méthode : l’érudition et la généralisation. L'ouvrage constituait pour la France une véritable nouveauté. L'histoire du droit y était encore dans l'enfance. D2ux jeunes savants, Henri Klimrath, né à Strasbourg, en 1807, et Laferrière, né en 1798, commençaient seulement à en introduire en France l'étude sérieuse, florissante en Allemagne avec Niebuhr, Savigny, Mittermaier, Zachariae. Klimrath ne publia qu’en 1833 son premier Essai sur l'étude historique du Droit, et Laferrière, en 1836, son premier volume d’Essais sur L histoire du Droit français, pour lequel il avait reçu les encouragements de Michelet. Les dépouillements de textes faits par Michelet supposent une lecture immense. Rien que la lecture de Grimm, le choix à faire parmi les textes, leur traduction qui offrait de grandes difficultés (le mérite en revient en partie à Müntz), suppose un formidable travail. Tout se classait dans ses notes avec cette lucidité qui était dans son esprit et qui lui faisait voir toutes choses comme dans une série de . tableaux se succédant en ordre organique, conformément aux lois de la vie. Ce travail d’érudit a été accompli par lui avec une sorte d’allégresse, avec la joie de la créalion en même temps que de la recherche. La récolte terminée, Michelet put tracer le tableau du développement juridique ou plutôt poético-juridique de l’humanité primitive avec un élan et un enthousiasme qui font des cent pages de l'introduction un des morceaux les plus éclatants et les plus attrayants qui soient sortis de sa plume.
Malgré cet enthousiasme, Michelet ne se faisait pas une idée exagérée du mérite de son œuvre : « Le livre qu’on va lire, écrit-il dans son Introduction (p.VID est extrêmement incomplet. A vrai dire, ce n’est qu’un cadre que je remplirai un peu mieux avec le temps. » Et, dans une lettre inédite à Douhaire, il déclare : « Je ne me flatte pas d’avoir épuisé la matière, J’ai voulu faire un spécimen, rien de plus. »
Il n'hésite pas à reconnaître que, sans Grimm, il n’aurait pu écrire son livre: il lui rend hommage en termes émus. Il le remercie chaudement de l’aide qu'il lui a prètée pour l'intelligence des formules et leur traduction.
Cela ne l’emjièchait pas, du reste, d’être sensible aux critiques. Dans sa lettre à Douhaire, il proteste contre la sévérité d’Ozanam ‘ :
y. Sans doute dans un article de l'Univers.
Ozanam venait d'être reçu docteur &s lettres en 1836,
«a Votre jeune et sévère docteur ne parait pas soupçonner les difficultés d’un travail qui m'a occupé cinq années presqu’entières. Les publications que j'ai faites dans cet intervalle étaient réparées depuis longtemps. Plusieurs des formules qu'il regrette de ne point trouver ne sont point des formules, par exemple le texte de la coutume d'Auxerre. Je connais tous nos livres de droit féodaux et nos principales coutumes. Ce que je n'ai point mis, c’est que je l'ai jugé peu intéressant. La Chine et la Perse n’ont point de formules rroprement dites, non plus que l’Égypte. Il n’y a pas de formules n de symboles dans les Capitulaires. » Et, en note, il ajoute : « Les Onigines du Droit sont aussi un ouvrage philologique. MM. Grimm et
Burnouf, qui les ont revues sur épreuves, en très grande partie, m'ont témoigné leur admiration *. »
L'approbation de Grimm pouvait suffire à Michelet. Il en est d’autres auxquelles il dut être également très sensible. Paul Lacroix, le bibliophile Jacob, le romancier-historien avec qui Michelet était en guerre amicale parce que Lacroix était à la fois trop romantique et trop voltairien pour son goût, lui écrit une lettre admirative. Jouffroy
lui adresse une lettre des plus intéressantes sur l'Histoire de France et les Origines *.
Laferrière consacra un article très élogieux au livre de Michelet dans le journal Le Droit : il acceptait l’ensemble des idées de Miche-
1. [Voyez la très intéressante correspondance de Michelet avec Grimm dans G. Monod. Michelet el l'Allemagne (Revue germanique. t. ÏŸ, p. 134-136).)
2. « J'ai trouvé votre volume sur l'histoire de France digne des deux premiers et plein de vues nouvelles qui rajeunissent un thème en apparence épuité et qui le semble si peu sous votre plume. Écrire ainsi l'Histoire de France, c'est presque la créer. L'’écueil, quand on a autant d'imagination ct 4 fécondité d'esprit que vous, c’est de la trop créer et d’en faire un système. Peut-être allez vous jusque J\ dans quelques détails, fidèle aux faits, tout en lcur faisant dire une foule de choses nouvelles. Je vous crois moïns irréprochable dans vos Origines du Droit Français. et ici, j’oserais dire que vous avez trop cédé à votre penchant pour le symbolieme historique, si le sentiment de mon incompétence ne m'interdisait pas d’avancer cette critique contre un homme qui a passé sa vie aux sources mêmes de l’histoire et qui sait mieux que personne d’où elle vient. D'ailleurs, quand même vous auriez mis dans l’histoire un peu plus de poésie qu'elle n’en contient, il n’y aurait pas grand mal à ce'a. Ïl est bon que quelqu'un fasse contre-poids aux inclinations prosaïaucs de notre époque, où il y aura toujours assez de gens pour ne voir dans l’histaire que des faits tout secs, sans lien, sans âme, sans ailes. Aussi êtes-vous l'historien des philosophes et des poètes, ct c’est un rôle dont vous devez être fier, mais je crois qu'il n'appartient qu'à vous de le remplir et d’y porter la retenue et la mesure qu'il y faut. Vous serez comme tous les hommes qui ouvrent un nonveau chemin. Vous aurez souvent à vous plaindre de vos imilateurs. ù
« Agréez, Monsieur, la nouvelle assurance de ma haute considération et de ma sincère amitié.
Etioles, 21 août | Th. Jouffroy.
« J'espère que vous ferez à notre Académie l'honneur de vous mettre sur les rangs à la prochaine vacance dans la section d'histoire. Je crois que vous trouverez un accès facile à la place qui vous appartient. »
let, tout en revendiquant pour le droit romain une place plus grande dans la formation du droit français :.
Mais Michelet trouva des contradicteurs et même des envieux, s’il faut en croire une lettre écrite à Faucher en août 1837. Il fut aussi l'objet, de la part de Klimrath, d’une critique assez sérieuse parue le 28 juillet dans le Journal général des Tribunaux, dont Michelsi parle dans cette même lettre à Faucher*.
Cet article causa une vive irritation parmi les jeunes amis de Michelet. Il n’était d'aiHeurs pas aussi malveillant pour lui que le préten- Gait Mourier. Cependant, il y a une malice incontestable dans la manière ‘dont Klimrath présente Michelet comme un simple traducteur. qui s’est borné à élargir le cadre fixé par Grimm en ÿ faisant entrer les Hindous, Persans, Hébreux, Grecs, Gallois et Français: en descendant, d'autre part, jusqu’à l’époque féodale et municipale et en puisant dans les formules ecclésiastiques. En quoi Michelet, déclare Klim. rath, a gâté Grimm, car si Grimm avait raison de relever l'harmonie des formules germaniques ct scandinaves primitives, cette identité devient illusoire si l’on embrasse tous les pays et tous les temps. Michelet confond la symbolique du droit avec le droit, il ne se rend pas compte de la diversité des principes juridiques qui se dissimule souvent sous l’apparente analogie des formules. Cependant Klimrath, après avoir un peu écrasé Michelet sous un éloge enthousiaste de Grimm, loue l'intelligence et l’exactitude des traductions et l'effort accompli pour offrir aux juristes un ensemble de formules et de symboles qui n'a vaient jamais été réunis. Ceci dit, il se donne le facile plaisir de critiquer l'opposition établie par Michelet dans son premier volume entre Île génie helléno-celtique, représentant la pensée libre de l'individu, re! ic génie germanique, génie de l'association et de la collectivité. Klimrath n'avait pas tort d'attirer l’attention sur l’exagération énorme donnée à l’idée de l'identité du droit primitif, la suppression de toute indication précise sur la diversité des principes juridiques. Le baron d'Eckstoin attira à son tour l'attention de Michelet sur ce point *.
Michelet, dès qu'il eût mis en vente ses deux volumes, partit pour la Belgique ef Ja Hollande. Il y passa un mois, du 22 juin au 19 juillet.
1. Avant mème l'apparition de d'ouvrage, Jaferrière, qui allait quitter sa profession d'avocat à Bordeaux pour aller (en 1838) enscigner le droit à Reims lui écrivait dans le même sens.