Ibidem
Mme Michelet ajoute quatre pages sur la ville, sur le musée, sur le champ de bataille de Waterloo, qui sont fabriquées avec les notes du voyage d° 1$ô1. Elle a l'audace de dire « Il y a cinq ans, venant de Charleroi, etc.
« Gette fois j’ai pris par la belle forêt de Soignes cet cheminé sous les haulrs futaies etc.. » Or Michelet n'alla à Waterloa ni en 1837, ni en 1840. [ Voy. dans Jules Michelet, p. 297-338, les notes prises par Mme Michelet lors du voyage de 1849.] |
h. Le comte Ch. de Coux. né à Lubersic (Limousin), en 1787, mort à Gnerande en 1$60. Prof. à l'Université libre de Louvain depuis sa fondation en 1S34 jusqu'en 1S45. Essai d'économie politique 1832. Collaborateur du Correspondant, de l'Avenir, de l'Univers, 1831. Membre de la Chambre des pairs, it y défendit la liberté d'enseignement.
réuni tout ce qui touche directement ou indirectement sa ville : histoire, littérature, monnaies, gravures surtout. « Anvers, dit-il. a produit plus de gravures que toute la France. Il a des spécimens de 380 maîtres. » Il dit à Michelet que les « Archives sont admirablement spéciales. » Celui-ci le soupçonne de déprécier à dessein un dépôt dont « il veut avoir l'exploitation exclusive ». Il décrit avec une puissance extraordinaire les deux tableaux de Rubens, l’élévation et la descente de croix. Mme Michelet a transcrit assez fidèlement ces descriptions, mais en a supprimé des traits intéressants : « Autres brutalités à la Rubens, le vieil homme d'en haut qui mord ce drap san: glant... Humaincment parlant, la figure de Madeleine, l'épaule, le bras sont les plus attirants du monde. Ce n'est pas la parfaite beauté grecque, tellement rythmique qu'elle élève et calme les sens. Celle-ci est bien pure, mais bien chair. Le nez aussi me semble un peu long. Ce qui ajoute à l’air simple et naïf de la figure '. » |
‘* Michelet avait visité la cathédrale de 6 à 8 heures du matin. Il part pour Bréda à 5 h. 1/2 et y arrive à 8 h. Il trouve la route solitaire, triste « parce qu'on est entre deux royaumes, hors du droit », et pour. tant, il traverse de beaux et riches villages. Pure imagination.
Le 6 juillet, il part à 5 heures du matin pour Rotterdam et La Haye. C’est à dessein qu'il prend cette route aquatique qui lui fait traverser trois fois les fleuves, l’Escaut, le Waal, la Meuse. Il est impressionné par cette nature uniforme et mélancolique de tourbières, pâturages, canaux. « On conçoit que Paul Potter ait aimé tout cela et soit pourtant mort. jeune de tristesse. C’est ici la fin de l’Europe, la dernière alluvion de l'Allemagne et de la France, la mort de leurs grands fleuves qui ont tant fait de bruit, de l’Escaut, de la Meuse, du Rhin. »
C’est à la fois un tableau et une histoire.
Puis Michelet profite de la rencontre d'un avocat de La Haye, M. Meylinck, pour se renseigner sur l’état économique et moral du pays.
« 1° Nouvelles difficultés économiques. Harlem ct diverses provinces devenant manufacturières. depuis la séparation, obtiennent des douanes, des droits protecteurs contre l'industric étrangère. La Hollande qui, une fois débarrassée de la Belgique, espérait la liberté du commerce, ne l'obtiendra mas. Elle se trouve contenir unc Belgique en elle-même. 2° Sous l'influence d’un M. Lecomlte s'est élevé dans la Gueldre et ailleurs un calvinisme plus rigide, plus indépendant de l'autorité civile. Le gouvernement sévit contre, par amendes, destitutions. Gomarisie du temps de Barnevelt, la maison de Nassau
1. Mme Michelet fait aller Michelet à Ypres après Bruxelles. En 1837, Michelet n'alla pas à Ypres. En 1S4o il y alla, après Lille. Puis elle le fait aller d'Ypres à Anvers. A Anvers elle commence aussi par dé'ayer quelques lignes du voyage de 1$35, mal arrangé, el mêlé de ses prapres Souvenirs. Elle : aussi transformé les notes brutales de 1837 sur le Saint-Georges et la Saintc- Famille. .
Sur Matsys, Mme Michelet a arrangé et gâté une n le de IS 10. Là où Michelet écrit : « Les œuvres de ce grand artiste populaire, si inspiré, portent toutefois l'empreinte d'une main soigneuse d'ouvrier » elle écrit : « Ses œuvres, Si justement populaires, portent bien cette empreinte d'une main solgneuse, pa thiente, d’ouvricr ».
est maintenant arminienne. Dépenses énormes et pour les digues et pour l'armée — sera forcé de traiter, entre la mer et l'ennemi. Cette maison rejette toujours la Hollande vers la terre, l’éloignant de la mer, son véritable élément. La difficulté est insoluble pour elle. En général, après les grands empires sclon la nature, comme on le vit dans l’Asie, s'élèvent des Elats contre nature, de petits États tout artificicls, Athènes, Rome (d'abord), Venise, la Hollande, la Hanse. Maintenant il faut qu'il y ait réconciliation. Les Etats artificiels ne restent présents que lorsqu'ils présentent une harmonie naturelle, comme l'Angleterre qui n’est pas seulement industrie et commerce, mais agriculture etc. Cette Hollande est respectable comme œuvre exclusive de l'industrie et de la patience humaine. Il n’y avait point de terre. Les hommes en on fait une par des desséchements. »
On voit Michelet partout préoccupé en Hollande à la fois de comprendre l’ancienne histoire de la nation et les résultats de la récente révolution qui l’avait séparée de la Belgique. La Hollande était encore mal à l'aise et méfiante. Michelet a de la peine à obtenir un passeport pour s’y rendre et il se trouve que ce passeport lui permet d'en trer, mais non de sortir, ce qui l'oblige à de nouvelles démarches.
En même temps l’archiviste est chez lui toujours en éveil et l'état de délabrement de certaines archives lui fait penser qu'il serait facile d'acheter des documents.
Il ne passe que quatre heures à Rottrdam. Il part à 4 heures pour La Haye, par Delft. Il décrit les moulins, « les vrais monuments du pays » le mélange des moulins et des mâts des vaisseaux, les prairies dominées par les canaux et où tout le monde, hommes et femmes, était occupé à traire sous un pâle soleil...
A peine à La Haye il va voir les historiens, Groen Van Prinsterer, qu'il avait connu à Paris, Holtrop bibliothécaire, de Jonghe conserva teur des médailles. Il se fait donner les titres des meilleurs ouvrages à consulter, recueille des renseignements sur les faits mêmes de l’histoire, sur la mort de J. de Witt, massacré par les bourgeois, les orfèvres, non par la populace. !l passe une partie de la journée du samedi 8 aux Archives, mais le travail qu'il y fit fut insignifiant ‘. J] avait oublié le catalogue de Dunoyer où il avait marqué les manuscrits à demander. IL s’imaginait qu'il trouverait là des paniers de Granvelle, ignorant qu'ils étaient à Bruxelles et à Besançon. Il prend des notes sommaires sur les pièces les plus curieuses.
« M. Groen van Prinsterer vient me prendre en voiture pour me mener à Scheveling (sic). Dunes; on y plante une herbe pour fixer Je sable. Rel élablissement de bains. La mer formait deux on trois longues lignes d'écume blanche; elle brisait à grand bruit. Froïide mer du Nord plus que les mers
Mme Michelet dit qu'il n’a pu voir à loisir le Musée royal parce que Îles Des l’absorbent trop. Pure fantaisie, Michelet à passé deux jours et denii à La Haye, vendredi 7, samedi 8 et dimanche g jusqu'à 2 heures. Le vendredi, il fait des visites le matin, l'après-midi voit le Musée et le Bois. Samedi malin aux Archives et à Scheveningue; revient à temps pour déjeuner avec M. Ho! trop. dine ct prend le thé le soir chez M. de Tonghe. Dimanche service, visites, musée, écrit à Pauline et part à à heures. Lvé à 5 heures pour écrire 4 Daunou et à Mme Angelet puis il visite Scheveningue qu'il écrit Scheveling.
Beau passage que Mme Michelet a fortement arrangé (p. 336-338).
d'Irlande. C'était selon le mot frison, le féroce océan qui demande sa proie. Féroce? Non, mais terrible, impitoyable, qui jetterait volontiers une nappe immense par dessus la Hollande. Cependant le péril est ici moins visible que sur les bords de l’Escaut [il veut dire la Meusel. Belle devise sur les triples florins 4e Zélande de 1869 : Luctor et emergo. Celle d'Orange : je maintiendra Florin de 1719 : Hac nitimus (le chapeau de liberté et la lance), kanc tuemur (les tables de ka loi). La figure calme de mon guide ne gâtait rient au tableau. Cet homme si pur de cœur et si ferme de caractère, me semblait la plus noble image de l’homme de Hollande en face de la nature; noble et simple
en même temps. Cette tête virginale, pâlie et amaigrie par les combats intéræurs, eût été héroïque à une autre époque!. »
Charmant passage encore sur la maison du Bois, het huis ten Bosch.
« Maison royale où le roi ne va jamais. Il a bien raison. Portraits nombreux des Nassau. Force princesses qui montrent le bout de leurs seins. Grande salle peinte par Rubens, Jordaens, etc.. en réjouissance de la paix. Le grand tableau (le Triomphe) est de Jordaens. Ivresse, femmes dont les yeux errent, les chairs flottent, vrai génie de bacchanales. Le Rubens est une Vénus qui vient d'obtenir les armes de Vulcain. Elle est assise en reine, toute nue; ses nymphes prennent les armes à côté et au-dessus d'elle; l’une, pour les prendre, passe entre ses cuisses, etc... »
Il est à Leyde du dimanche 9 à $ heures au lundi 10 à 2 heures. Mme Michelet prétend qu'il trouve l’Université veuve de professeurs. Ce n’est pas vrai. M. Van Assen est seul absent. Michelet voit M. Tydemann, M. Hazembergh et surtout M. Thorbecke *. Il visite la biblio-
1. Mme Michelet a placé ceci, qui a eu lieu le samedi 8, après le service royal qui est du dimanche 9. Elle fait venir le roi à pied au temple, tandis qu'en réalité il vient en voiture et s'en va seulement à pied. Elle prétend que Michelet erre tristement dans les rues en attendant d'aller dîner à 1 h. chez M. Holtrop (il a déjeuné le 8 avec lui à la bibliothèque et va lui dire adieu le dimanche matin, puis à midi il va’ visiter la collection du baron de Verstolk). Mme Michelet lui fait aussi prendre le thé de dimanche chez M. Jonghe. Il y a pris le thé de samedi. Elle prétend que Jonghe lui a offert la brochure : La Belgique et l’Europe 1815-18@x et e’est gardé de lui offrir celle de Libri Bagnano, anti-française. La Guerre pendant la Paix ou l’Attentat d'Anvers. Tout cela est faux. Les brochures ont été prêtées à Michelet par M. Hoitrop et on ne lui en a caché aucune. Il étudie surtout celle de M .J. op der Hoff sur la Navigation du Rhin et il prend des notes sur le conflit entre la Prusse et la Hollande au sujet de la navigation du Rhin, la Prusse empèchant les bateaux hollandais de remonter plus haut que Cologne, et la Hollande, faisant payer des droits aux bateaux prussiens pour sortir du Rhin. L’affaire fut arrangée après 1832, dit Michelet.