‹ La vie et la pensée de Jules MicheletChapitre 30 sur 105 · Michelet ajoute que · texte numérisé non relu

Michelet ajoute que

Les Juifs en supprimant Je temps; les Romains en supprimant le lieu, ont jeté la, base de la philosophie de l’histoire. Note du 11 mars.

Je vais refaire mon cours. Phil. de l'Hist.

J'arrachai, de ma science, une vita nuova :

I. d’abord extérieure, histoire de l’histoire. II. Puis perpétuité? Identité? Plus de morts. dII-IV. L'âme fait son corps. Leibnitz. Vico. Une seule cause, la liberté se causant.

Plus de classifications.

Plus d'histoires de religion, philosophie, etc. V. Je découvre ma propre histoire, ma dialectique intérieure, libres mais inconscientes, 1827-1842.

Cet article est le seul qui ait fourni quelque chose à mon cours fleçon du 26 mai). Tout le reste sur la liberté, le moi, n'a pas été enseigné, non plus que les vues datées de mai sur la nature, ce grand moi-non-moi.

Quant à moi, qui maintenant essaie d’arracher du dedans toute science, mème celle qui semble Le plus extérieure, je sens bien que les mouvements inventifs de l’âme, ses fécondes vibrations, ne se font pas ainsi en sens direct, ni par lignes géométriques, mais tantôt par ondulations, par lignes oscillées (par ex. du droit à Ja religion, de la religion au droit) : quelquefois circulairement par rayonnerent, lorsque j'arrive à l’un de ces centres, de ces points de vue ephériques où aboutissent les sciences diverses. »

De cette méthode subjective Michelet donne un exemple en exposant à Ravaisson (le 18 mars à 8 heures du soir) comment il aurait traité l’histoire des religions. Au lieu de les décrire successivement et de les montrer ccimme une progression et une tradition :

/ « J'aurais tiré toutes ces religions du dedans, comme d'un mouvement du cœur, je les aurais inventées l’une après l’autre pour le remède de mon

üme, les rejetant derrière moi à mesure que je n'y trouvais pas le dictame cherché.

« Ce qui montre assez que ce mouvement est le vrai, c’est qu'à chacun de ses pas, l’homme désappointé maudit le pas précédent. Un Dieu déposé n'est pas mis en retraite. Il est banni, proscrit, il devient Satan. Cette malédiction successive montre assez avec quelle âpreté le genre humain a pris tout cela. »

Telkes sont les conclusions auxquelles Michelet arrive dans ces trois mois de réflexions. Il ne se décide à commencer que quand il a cru voir clair en lui-même.

Que fut ce cours qui dura huit semaines (avril et mai 1842) et se coimposa de æpt leçons?

Dans la première leçon (7 avril), Michelet pose son point de départ, l'identité de l’âme humaine perpétuellement poursuivie, à travers les luttes de la nature et de l'homme, les luttes de l’histoire. Michelet trouve un symbole de cette idée dans les récits qui terminent le Mahabaratha. |

Le 14 avril, en face de la conception indienne il pose la vie antique de la Grèce et de Rome, le combat des villes contre les villes, des classes contre les classes, la naissance de l'esprit critique qui examine, distingue et nice. Cette lutte de l’antiquité, meurtrière pour les peuples, est vivifiante pour les idées.

Dans la troisième leçon, il montre la pensé judéo-chrétienne essayant une réconciliation de tous les éléments divers qui constituent l’humanité, concevant la perpétuité humaine sur la terre et an delà de la terre. Cette idée de l'identité qui abolit le temps est en.état de gestation dans le prophète juif, dont le successeur est le Fils de Dieu. Mais le Fils de Dieu est conçu comme l’homme parfait, ce qui ne laisse plus de place au développement dans l'identité, mais seulement à l’imitation.

Dans la quatrième leçon, Michelet fait surgir un élément nouveau, le Saint-Esprit, héritage de la pensée grecque, qui associe la perpétuité grecque telle qu’elle s'était manifestée par l’art et la philosophie à la perpétuité judéo-chrétienne. Une lutte s'établit entre le Fils et le Saint-Esprit. Le Fils représente la tradition, le Saint- Esprit la liberté, le mouvement et l'amour Abailard et Héloïse dans

leur abbaye du Paraclet, consacrée au Saint-Esprit, plus tard Joachim de Flore dans son Evangile Éternel, annonceront ce règne de l'esprit qui devra succéder au règne du Fils. Cette leçon est considérée par Michelet comme une déclaration de guerre au christianisme traditionnel. enfermé dans l’imitation stérile du Fils, et comme l'annonce d'u forme religieuse nouvelle où l'âme trouvera un renouvellement perpétuel. Déclaration de guerre faite sous une forme tellement mystique et lyrique, que sans doute le public n’en sentit pas la gravité.

Dans la leçon suivante, (42 mai), Michelet semble d'abord dire que le Moyen-Age a trouvé la conciliation entre le Fils et le Saint-Esprit par le culte de la Vierge et dans le personnage symbolique de saint Jean, le disciple aimé qui repose sa tête sur Jésus et à qu il confie sa mère en mourant '. On rève un règne de Notre-Dame, de Jean, de l'esprit, de la liberté et de l'amour. Vains efforts pour découvrir l’avenir dans les types et les idées du passé. Le Moyen-Age nv sut pas aimer assez. En vain il chercha la paix, en vain il simula l'unanimité des cœurs. Il resta stérile et impuissant.

Il fallut trouver une maternité plus haute et plus vaste que celle de Notre-Dame, plus détachée de toute tradition positive. Cette maternité sera celle de la Providence. Cette idée remplit la sixième leçon. Dieu est une mère qui a dù allaiter le monde goutte à goutte pour le développement de la liberté. La mort comme la vie sont des accouchements d’où sortent des fruits de plus en plus parfaits.

Enfin Michelet ayant posé le principe d'identité et montré les efforts faits par l’antiquité et le christianisme pour le réaliser, arrive dans sa dernière leçon (26 mai) à l’âge moderne. Ici la liberté prend conscience d’elle-même, la réconciliation entre tous les éléments opposés commence à se faire, l’homme se réconcilie avec la nature, Îles parentés intellectuelles se forment, les sciences conçoivent leur libre unité, ls paix s'établit non par une unité tyrannique, mais par une union des esprits, des cœurs et des volontés. Après avoir montré Vico réclamant la liberté il fait alors ur retour sur lui-même, et rappelant son discours de 1825 sur l'Unité de la Science, il montre toute cette conception philosophique comme la résultante de l’étude de sa vie et de son temps.

J'ai essayé de présenter la pensée de Michelet sous une forme aussi cohérente que possible. Tâche mal aisée, car le plan tracé par lui-mtme dans ses notes est loin d’être limpide. Ses notes en particulier sont souvent d’une fantaisie bizarre et nuageuse*.

1. On retrouvera ces idées en partie dans l’Introd. de la Renaissance.

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