IV. Le St Esprit. Perpétuité grecque
En résumé, il y a dans l’histoire de l’humanité une identité fondamentale, une perpétuité de l’âme qui permet de la concevoir comme l’évolution d’une seule âme. Mais l'humanité n’a pas reconnu sans peine cette identité; elle a lutté pour l’établir et la comprendre. C’est seulement quand la liberté humaine a pris pleine conscience d’ellemème et s’est affranchie des entraves d’une tradition morte qu'elle a pu inaugurer un développement harmonieux cù les âmes se sont senties unies pour une œuvre commune dans la famille et la cité. Michelet poursuit ainsi l’application de la conception de Vico : l'humanité se faisant elle-même et la conciliation de deux concepts contradictoires : 1 liberté humaine et l’accomplissement d'une évolution LARoRIuE à laquelle préside une force supérieure et providentielle.
Michelet appuyait sa foi dans la liberté et l’indestructibilité de l'âme humaine sur les théories qu’il avait puisées dans l’étude de Descartes, Spinoza, Glisson, Leibnitz et Vico. Il considérait comme une des plus glorieuses acquisitions de la philosophie moderne d’avoir fait de la force de l’âme considérée comme cause agissante, la seule réalité indestructible et positive. Cette conception est°le fondement même de toute philosophie de l’histoire. Il n’a pas consacré de leçon au Collèæ de France à ce sujet — mais il en avait fait le sujet d’une de ses leçons aux princesses le mardi 23 mars et les idées qu'il y exprime sont sous-entendues dans tout son cours. C’est ce qu'il y a de plus sérieux, de plus médité, de plus durable dans sa pensée. Il est resté toute sa vie attaché inviolablement à cette conviction de la réalité indestructible de la monade humaine considérée comme force spirituelle. Non seulement il avait repris en 1842 ses anciennes méditations philosophiques de 1825 à 1828, mais il avait revu les textes anciens et modernes et s'était éclairé des conseils de son élève Ravaisson, qui avait publié en 1837 son admirable Essai sur la métaphysique d’Aristote, et qui, dans un article sur la Philosophie Contemporaine, paru en 1840 dans la Revue des Deur Mondes, s'était montré aussi versé dans la philosophie moderne que dans la philosophie ancienne.
Une lettre de Ravaisson à Michelet résume l’histoire de l’idée de force active chez le médecin anglais Glisson (Tractatus de natura substanciae energetica, 1672) chez Leibnitz, chez Spinoza. oo
Nous y avons la clef des notes écrites par Michelet pour son cours.
Cette foi de Michelet dans la force de la volonté et de la pensée humaine lui permettait d'affirmer la persistance éternelle, la perpétuité
Abaiïilard, Héloïse. Le Paraclet.
Combat du Fils et du St Esprit.
V. Le St. Esprit concilié en N.-D. avec le Fils. N.-D. cans Grisélidis. Mais le Moyen-Age ne put aimer assez.
VI. Maternité de la Providence pour le développement de la liberté.
VIT. Liberté sui conscia. Vico 1826 recommence la libre unité des sciences. Réconciliation commencée.
Ma vie et mon Temps.
Préludes de la leçon VII.
Réclamation de la liberté au xvri® siècle : Vico.
de l’âme individuelle, et de se faire une idée de la relation qui peut exister entre la perpétuité de l’humanité terrestre et la perpétuité de l'humanité à travers ls mondes et au-delà de la terre, dans l'infini Jl conçoit une forme particulière de métempsycose qui se rapproche de celle de Jean Reynaud, et l’oppose à celle de Pierre Leroux, qui supposait les mêmes âmes revenant sur terre dans des corps différents et y évoluant vers le mieux, tout en perdant le souvenir de leur existence antérieure. Michelet, lui, croit que notre vie d'ici-bas n'est qu'um enfance, à laquelle succéderont d’autres vies, dans des globes plus avancés. Ainsi se fait la perpétuité de l’humanité poursuivant l'idéal \ irréalisable de l'identification absolue.
- J'ai cru devoir insister sur ce cours, malgré tout ce qu'il a d’obseur, d’incomplet et de défectueux.
Ses imperfections viennent en partie de l'incroyable agitation d'esprit el de cœur dans laquelle il fut conçu. Michelet y cherchait non seulement une explication de l'histoire, mais un remède, une consolation pour les maux de son âme.
On y trouve-aussi l'influence de la pensée poétique et vague des deux hommes ses amis, qui enseignaient à côté de lui. On y trouve enfin l'influence de l'agitation religieuse qui se déchaïînait alors en France — où Michelet se sentait entraîné, où il prenait déjà position, mais en termes encore voilés de formules poétiques.
Nous retrouverons les idées de 1842 dans son enseignement ultérieur, mais devenues plus précises et sous une forme plus agressive à l'égard du passé.