‹ La vie et la pensée de Jules MicheletChapitre 99 sur 105 · MICHELET DE 1840 A · texte numérisé non relu

MICHELET DE 1840 A

duisirent exactement les mêmes incidents qu’en 1849, de janvier à mars; puis en février 1851, B. Saint-Hilaire signale de nouveau au ministre et à Michelet l'attitude lapageuse des auditeurs, et se plaint à Michelet de ce qu'il les excite à cette attitude par la nature même de son enseignement. Enfin, le premier mars, il convoque les professeurs pour le 9 mars, pour examiner le cas de Michelet. Le ministre de l’Instruction publique, alors M.-Giraud, avait fait faire des deux leçons du 27 février et du 6 mars des sténographies que Michelet déclara être de vraies falsifications.

Il eut le 6 mars une scène violente avec B. Saint-Hilaire. Ïl se refusa à se rendre le 9 à la réunion et adressa à ses collègues une lettre indignée. Une nouvelle réunion à laquelle il se rendit, se prononça contre lui et le blâma formellement d'avoir donné à son cours une allure de polémique politique.

Le 12 mars, jour anniversaire du mariage de Michelet, le cours fut suspendu par arrêté ministériel. |

Le 43, Michelet publiait dans l’Événement la note lue au Collège.

Le 21 mars, les étudiants firent, malgré les efforts de Michelet, une manifestation violente en sa faveur et le ministère y répondit, le 8 avril, en suspendant le traitement de Michelet. Mais les professeurs à leur réunion du 7 mai, protestèrent contre cette mesure illégale. Ils protestèrent de nouveau à leur réunion de juillet, et le 17 octobre le ministre, qui était encore Giraud, lui accorda un demi-traitement. Mais Michelet repoussa avec dédain toute compensation pécuniaire.

Il s'était, non pas consolé de la mesure dont il était victime, mais arraché à son sentiment d’irritation en entreprenant un travail qui, dans sa pensée, devait avoir une très grande portée. Il entreprit, pour rendre à la démocratie vaineue le sentiment de ses devoirs et l’espoir dans l'avenir, la Légende d'Or de la Démocratie, qui aurait compris l’histoire des héros de la Révolution dans tous les pays de l'Europe, en Italie, en Allemagne, en Pologne, en Roumanie, en Russie.

C’est le 17 mars qu'il avait noté dans le journal . « Je conçois ia Iégende d'Or ». Le 19 : « J’esquisse la Légende d'Or ».

Il recucille aussitôt des documents sur les femmes de 1840. M. Deutsch lui en fournit sur les femmes allemandes. Les Bratiano sur la Révolution roumaine et Mme Rosetti: M. Accursi, puis plus tard, Massimi, sur Mameli ct l'Italie; M. Biernacki sur la Pologne, Herzen sur la Russie. En même temps, il écrit l’histoire des généraux révolutionnaires.

Note du 15 avril :

" « Le 20 avril : Pâques. Ce-jour et les quatre suivants furent consacrés à la légende de Kosciusko que j'écrivais tous les matins.

Le 21 mai, il écrit :

« J'aurais désiré valoir mieux, être plus haut de cœur, plus pur au moment où je prends cette grande initiative de me porter juge du monde, juge des deux papes (Rome et Moscon) juge du dernier homme qui ait eu autorité (Napoléon) au moment où je reprends Île drapeau de FTtalie, de Ja Pologne, contre 1 Ruscie, La perfection de mon intérieur est pourtant un secours, une

facilité pour m'élever à l'état de force calme et de sainteté que demande un tel rôle. »

Il commence le 16 juin à imprimer les Légendes démocratiques. Un voyage à Arcachon et Bordeaux (22 juillet-2 août) l’interrompt. Mais il reprend aussitôt en septembre les Légendes de Russie et le 6 octobre celles de Roumanie.

Il songe toujours à une Histoire de France populaire et à publier pour le peuple les Fédérations et Jeanne d'Arc.

Il met Kosciusko en vente le 26 novembre.

Le vaste plan de Michelet ne put s’âchever en entier. Il publia des fragments de ses Légendes dans l’Événement; mais les Soldats de la Révolution ne furent publiés en volume que par sa veuve, en 1877.

Les Principautés danubiennes ne parurent en volume qu’en 1853; puis les deux brochures complètes en 1854, comme Légendes démocratiques du Nord, et en 1863, sous le titre La Pologne martyre:

Le coup de tonnerre du 2 décembre vint écraser Michelet. Il prévit que sa situation allait être perdue .tout entière. Il abandonna ses Légendes démocratiques pour travailler fiévreusement à son tome VI à partir de janvier 4852. Dès février, il se sentit obligé de prendre une installation moins coûteuse que sa modeste maison des Ternes. Le 13 avril, il était destitué de sa place au Collège de France, avec Mickiewicz et Quinet, par un décret présidentiel, çontresigné Fortoul. Le 3 juin, il refuse le serment et est destitué de sa place aux Archives, qu'il quitte définitivement le 9. La perte de toutes ces places J'oblige à quitter même le petit appartement qu'il avait pris rue Léonie, aux Batignolles, ct à aller à Nantes, où, d’ailleurs, il pourra trouver des documents sur la Vendée, que Paris ne put lui fournir. En une année de travail acharné, il y écrira les tomes VI et VII de sa Révolution.

I dut alors dire adieu à tout un passé de travail, de pensée, de douleurs et de joies. Il était presque réduit à la misère. Il n'avait plus que trois mille francs de revenus et des enfants à soutenir, car Dumesnil perdait, lui aussi, la suppléance de Quinet, et ni lui, ni Charles ne pouvaient se suffire. Michelet #’avait plus à compter que sur sa plume. Son âme ne fléchit pas sous ces coups multipliés. TL fut soutenu, et par l’amour de la jeune femme qui était à son côté, par cette foi en lui-même qui ne le quitta jamais, the incomparable will, et par Ja foi dans la mission qu'il avait à remplir pour la France st pour le monde.

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