TOME I
l'Europe sous le souffle de la réaction. Toutes les nations sont envakies par la tristesse. Aucune ne chante plus.
La septième fut une réponse aux attaques de La Guéronnière et des prédicateurs populaires, des Capucins, qui l’avaient diffamé en chaire. Il invite les jeunes gens, non à la dispute, mais à enseigner au peuple la religion du droit et le culte des martyrs du droit.
La huitième leçon eut pour objet de montrer à la jeunesse qu'il faut aller au peuple et lui enseigner les leçons de la Révolution : l’héroïsme et la moralité.
Enfin dans la neuvième, il demande qu’on enseigne la Patrie, seule base d’enseignement et de littérature populaires. Elle est un autel sur lequel s’enseigne une morale d’action et une légende d'action.
C'est à ce moment qu'’éclata l’orage qui, depuis deux ans, grondait
sur sa tête. Letronne, à la fois garde-général des Archives et admi--
nistrateur du Collèce de France, était mort le 14 décembre 1848. Michelet avait le droit d'espérer qu'il le remplacerait aux Archives et il réclama ce poste par une lettre adressée au ministre de l'Intérieur. son ancien ami Léon Faucher. Il y avait d'autant plus droit que Dufaure l'avait, par une délégation provisoire, chargé de remplacer par intérim le garde des Archives pendant sa maladie. Malheureusement pour Michelet et pour les Archives, la politique réactionnaire à laquelle Léon Faucher avait pleinement adhéré, était triomphante t on nomma garde-général, le plus médiocre et le plus servile des fonctionnaires, M. de Chabrier, qui devait après le 2 décembre se faire l'instrument de la politique du coup d’État,
Au Collège de France, le successeur de Letronne fut Barthélemy Saint-Hilaire, élève de Cousin et ami de Thiers, et à <e titre un des soutiens de la politique du Comité de la rue de Poitiers et de la candidature de Louis-Napoléon. Ïl avait de 1826 à 1833 été un des journalistes kes plus avancés du Globe, du Bons Sens, du Constitutionnel, du Courrier Français et du National. Mais il s'était attaché à Cousin, était devenu, en 1838, professeur de philosophie ancienne au Collège de France, chef de cabinet de Cousin en 1840, avait comme député de Seine-et-Oise soutenu le ministère Odilon Barrot et l’expédition de Rome. Il ne pouvait donc être qu’ardemment hostile à Michelet, d'autant plus que dès qu'il fut à la tête du Collège de France, il s'occupa de faire rentrer dans la règle les professeurs qui, comme Michelet, ne remplissaient pas exactement les devoirs de leur charge.
Dès janvier 1849, B. Saint-Hilaire se plaint au ministre de l’agitation dont le cours de Michelet est le théâtre, de la quête faite à ce cours pour la Pologne, et adresse des remontrances à Michelet sur le nombre dérisoire de leçons que comporte chaque semestre. Il fait venir au Collège de France des agents de police pour réprimer les désordres, Michelet répond que ce qui se passe avant et après son cours ne saurait lui être reproché, et qu'il ne reconnaît qu'à l’Assemblée des professeurs le droit de lui faire des observations, qu'il a d’ailleurs prévenu ses collègues que l’état de sa santé ne lui permettait pas de faire plus d’une leçon par semaine. En février 14850, se repro-