‹ La vie et le martyre de s. Thomas Becket, archevêque de Cantorbéry et légat du Saint SiègeChapitre 27 sur 79 · THOMAS DH CANTOBBËRY · texte numérisé non relu

THOMAS DH CANTOBBËRY

d’avoir assassiné son père. Saint Thomas dit à son évêque de le faire mettre en prison pour qu’il ne tombât pas entre les mains des magistrats royaux. Le jugement rendu sur cette affaire n’est pas parvenu jusqu’à nous; nous ne savons même pas si, en définitive, il fut trouvé coupable. La sentence prononcée contre l’autre clerc est vraiment terrible. Il avait volé un calice d’argent dans une des églises archiépiscopales de Londres, Sainte-Marie ïn foro. Le roi voulait qu’il fût jugé par un tribunal laïque; mais saint Thomas le dégrada, et, pour satisfaire le roi, on le marqua d’un fer chaud.

Une autre affaire vient clore ce triste catalogue. Un prêtre du diocèse de Salisbury fut accusé de meurtre, et quand sa cause fut portée devant l’évêque diocésain, ses accusateurs ne purent fournir de preuves suffisantes contre lui. Il fut soumis aux épreuves ; il y succomba, et l’évêque, sur la recommandation de saint Thomas, le condamna à être dégradé, privé de ses bénéfices et confiné pour la vie dans un pénitencier monastique. Herbert, qui nous raconte ce fait (U, parle aussi d’une sentence de dégradation, suivie de bannissement, prononcée contre plusieurs autres délinquants de Tordre ecclésiastique.

La dégradation emporte avec elle la perte de tout privilège et de toute immunité ecclésiastique, et le clerc dégradé devient justiciable, comme un laïque, des tribunaux séculiers. Si nous en jugeons par les faits qui sont venus jusqu’à nous, cette sentence n’était prononcée que

(1) Herb., I, p. 101 et 103.

LES PREMIERS TORTS

pour des fautes très graves. Eu examinant ces faits pour voir s’ils justifient l’accusation de corruption si souvent portée contre le clergé de cette époque, on remarquera, si on veut être de bonne foi, qu’ils appartiennent à l’Angleterre tout entière et qu’ils pèsent sur un corps excessivement nombreux , car le clergé d’Angleterre formait un corps -beaucoup plus considérable qu’aucun clergé séculier ou régulier de l’Europe actuelle. Nous avons trouvé en tout cinq causes. Dans la première, un prêtre est accusé de meurtre et insulte un magistrat ; il est acquitté sur un chef et sévèrement puni sur l’autre. Dans la seconde, c’est une accusation de rapt et d’assassinat ; mais le jugement n’est pas arrivé jusqu’à nous. Dans la troisième, c’est un vol sacrilège puni par la dégradation et la marque. L’accusation de meurtre, que la quatrième présente, n’est pas soutenue par des preuves suffisantes, et l’accusé, que nous aurions acquitté, est soumis à une épreuve qui se termine par une sentence de dégradation, de confiscation et d’emprisonnement pour toute la vie. Dans le dernier cas, il n’est question que d’une sentence de dégradation et de bannissement.

Nous ne pouvons pas accuser un corps de relâchement pour des fautes commises par un petit nombre de ses membres; nous en aurions seulement le droit si elles restaient impunies; et certainement, si les causes que nous avons citées prouvent qu’il se commettait des fautes, elles prouvent aussi la sévérité des châtiments et même lèur excessive rigueur. Ce n’est donc pas parce que les privilèges ecclésiastiques étaient devenus un abri pour

S. THOMAS DE CANTORBÊRY .

les criminels que le roi tenta de les renverser ;-la raison de sa haine était qu’ils mettaient des bornes à son pouvoir despotique.

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