‹ La vie et le martyre de s. Thomas Becket, archevêque de Cantorbéry et légat du Saint SiègeChapitre 43 sur 79 · THOMAS DE CANTORBÉRY · texte numérisé non relu

THOMAS DE CANTORBÉRY

b L’archevêque n’a pas le droit de dire : Je ne peux pas citer l’évêque de Londres. Il le peut certainement; puisqu’il peut faire le plus en l'excommuniant, il peut faire le moins en le citant.

» Juger en dernier ressort est un privilège qui n’appartient qu’au pape. Mon appel me sauve donc; et par le nom sacré de la très saintp Trinité, je brise cet acte et le mets en pièces contre le roc sur lequel l’Eglise est fondée.

b Dans toutes les causes criminelles, quatre personnes sont nécessaires : l'accusateur, l’accusé, les témoins, le juge. L’archevêque, dans sa fureur contre moi, confond toutes ces personnes; il est accusateur, témoin et juge tout à la fois. Il est donc clair qu’il serait aussi exécuteur, s’il pouvait.

b II met sa faucille dans la moisson d’un autre, car il n’a aucun droit ni sur ma personne ni sur mon Eglise; sur ma personne, parce que je ne lui ai point prêté serment d’obéissance, que je ne lui ai jamais obéi; que je n’ai point prêté serment à l’Eglise de Cantorbéry, au nom de l’Eglise de Londres; sur mon Eglise, parce que l’Eglise de Londres revendique le droit dont une invasion païenne l’a dépouillée, le droit d’être siège archiépiscopal. Je suis prêt à le prouver, et je forme de nouveau appel sur ce point.

b S’il est vrai, comme il le dit, qu’il tient ses pouvoirs du pape comme légat, cela ne lui sert de rien, car il est en dehors des limites de son mandat, b

Le doyen, l’archidiacre, tous les chanoines et prêtres

CLAIRVAUX

de Saint-Paul se joignirent à l’appel; mais les chanoines de Saint-Barthélemy, de Saint-Martin et de la Sainte- Trinité refusèrent de s’y joindre. Enfin le doyen fit lire la lettre qu’il avait reçue.

Quelle que soit la validité canonique des autres arguments de l’évêque, un d’eux est particulièrement absurde. Quand il fut transféré d’Hereford à Londres, il refusa de renouveler le serment d’obédience , sur ce motif exprès qu’il n’était point exigible, puisque celui qu’il avait prêté lors de sa promotion à Hereford était toujours valable. Saint Thomas, d’accord avec lui, porta la question devant le pape Alexandre, quand ils vinrent ensemble au concile de Tours. Alexandre décida (i) en faveur de Gilbert, sous la condition expresse qu’il ne pourrait en résulter aucun préjudice pour l’archevêque ou pour son Eglise. Il était donc littéralement vrai qu’iln’avait personnellement rien promis à saint Thomas; car il avait prêté serment à Théobald, lors de sa promotion au siège d’Hereford; il n’avait pas non plus promis obéissance à l’Eglise de Cantorbéry au nom de celle de Londres; mais il avait été dispensé de ces deux promesses sous la condition ^ expresse qu’il ne réclamerait pas l’exemption dont il se prévalait aujourd’hui.

Les évêques furent convoqués à Northampton le jour de la Trinité. L’objet de cette réunion était de leur demander (S) de renouveler l’appel que les évêques de

(1) Ep. s. Th., il, p. 19.

(2) Ep. Gilb. Fol., Il, 268; Ep. s. Th., I, p. 328.

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Londres et de Salisbury avaient fait au commencement du carême. L’évêque de Durham, qui parla le premier, dit qu’il était absent à l’époque de l’appel; qu’il n’avait reçu aucune citation; que, cependant, il consulterait son métropolitain, l’archevêque d’Yorck,et qu’après avoir mûrement réfléchi, il ferait ce qu’il pourrait, sauf l’honneur de Dieu et le sien propre. Cette réponse évasive reçut l’approbation des autres évêques, qui ne voulaient pas prendre à la lutte contre saint Thomas une part plus grande qu’ils n’y étaient obligés. Ils furent aussi probablement refroidis par les prétentions à se rendre indépendant de Cantorbéry, que Gilbert avait introduites dans son appel, prétentions qui excitaient, particulièrement sur le continent (i), la plus vive indignation.

On prit ensuite l’avis de l’évêque d’Exeter; il répondit que l’appel de ses frères les évêques avait eu lieu sans qu’il en eût connaissance; que s’ils appelaient, ils faisaient cause commune avec des personnes excommuniées, et que si le pape confirmait la sentence, on se trouverait exposé à un danger qu’il ne voulait point courir; que si, pourtant, le bien de l’Eglise le demandait et que le roi voulût bien lui permettre de sortir du royaume, il protesterait par un appel contre toute nouvelle attaque pour l’avenir, mais non contre les attaques passées ; et que, pour lui, s’il venait à sa connaissance que son supérieur eût porté une

(1) Ep. s. Th., i, p. 329. L’archevêque de Sens (Ep. s. Th., U, p. 154), les évêques d’Auxerre, Térouanne, Noyon, Paris, Troyes. (Ep. Gilb. Fol., n, p. 205, 224, 228, 235 et 267.)

CLAIRVAUX

sentence contre lui, il s’y soumettrait. Gilbert Foliot rit beaucoup de cette réponse.

L’évêque de Winchester fut requis d'envoyer à Northampton sa réponse aux questions soumises à ses frères. La voici : « Lorsqu’un homme est cité devant une cour souveraine, la loi divine ne lui permet pas d’en appeler à un tribunal d’un degré inférieur, et celui qui a fait un appel est obligé de le soutenir. Maintenant, usé par la maladie et par l’âge, je suis cité devant le souverain Maître; je ne puis donc plus interjeter d’appels devant un tribunal terrestre. Je vous prie de m’excuser si je ne me joins pas à un appel qui pourrait m’exposer à un anathème. » Nous tenons ce récit de Roger de Worcester, qui était du parti de saint Thomas; il ajoute que ces deux évêques, Barthélemy d’Exeter et Henri de Winchester, devinrent dès lors suspects aux partisans du roi, et furent pour l’avenir mis en dehors de leurs intrigues. Quatre évêques allèrent encore plus loin dans le sens de la soumission : ils publièrent les lettres (i) qui proclamaient l’excommunication de Gilbert, l’évêque de Norwich dans son premier synode, et les évêques de Lichfield, de Winchester et de Chichester, le lendemain de leur réception.

Gilbert, après avoir si mal réussi auprès de ses collègues, eut recours au roi, qui lui écrivit de Saint-Macairesur-Garonne en Gascogne, pour lui permettre d’en appeler au pape. Henri écrivit lui-même en sa faveur au souverain

(1) Ep. Gilb. Fol., il, p. 9, 296 et 293; Froude, p. 412, 413 et

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