‹ La vie et le martyre de s. Thomas Becket, archevêque de Cantorbéry et légat du Saint SiègeChapitre 45 sur 79 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

LES CARDINAUX LÉGATS

La sentence d’excommunication dont le saint avait menacé Geoffroi Ridel et plusieurs autres dans l’église de Clairvaux, fut mise à exécution le jour de l’Ascension. Elle donna à un des évêques consacrés par saint Thomas l’occasion de prouver qu’il avait le sentiment du devoir. Roger (1), fils du comte de Glocester , proche parent du roi, était évêque de Worcester, et, seul parmi les prélats, il osa braver l’exil pour la cause de saint Thomas. GeofFroi Ridel continuait, malgré son excommunication, à occuper sa place dans la chapelle royale. L’évêque de Worcester eut l’occasion d’aller à la cour, où il fut parfaitement accueilli par le roi, qui écouta volontiers ses conseils, bien qu’il n’eût point l’intention de les suivre. Un jour, ils se rendirent à la chapelle, où le roi -devait entendre la messe ; l’évêque vit entrer de sa place l’archidiacre de Cantorbéry et quitta aussitôt la chapelle. Le

(1) Fitz-St., p 259.

S. THOMAS DE CAUTORBÊBY .

roi s’irrita de ce procédé, et bien qu’il en devinât la cause, il fit donner ordre à l’évêque de revenir et d’expliquer sa conduite. Roger fit répondre au roi et ne cacha pas le motif de sa retraite; le roi lui envoya l’ordre de quitter l’Angleterre au plus vite. L’évêque demanda ses gens et leur ordonna de le suivre, après avoir rassemblé leurs bagages. Puis il fit dire au roi qu’il avait déjà le pied à l’étrier et qu’il allait partir (U. Un instant après, le roi éclata en insultes et en menaces. Alors un de ceux qui l’entouraient eut assez de courage pour le blâmer : a Sire, dit-il , qu’avez-vous fait ? Vous avez banni un évêque qui vous est étroitement uni par la fidélité et les liens du sang. S’il m’est permis de vous le dire, vous avez eu tort. En outre, vous avez fait ce qui peut être le plus agréable à l’archevêque, et le pape , qui jusqu’ici n’a eu aucune raison de vous blâmer, aura dans l’avenir et par votre faute sujet de le faire. Vous affligez vos amis et vous réjouissez vos ennemis en bannissant un innocent, pour ne point dire un évêque. » Le roi. fut ému et envoya un homme à cheval pour chercher l’évêque, qui ne voulut point revenir; il dépêcha encore d’autres émissaires, puis il expédia un détachement de soldats montés sur des chevaux rapides, commandés par un comte, et il leur donna l’ordre de ramener l’évêque bon gré mal gré. Roger revint et parla au roi avec franchise. Depuis ce jour, l’archidiacre n’entra plus à la chapelle en présence de l’évêque ni même du roi.

(1) « In ttrepâ vel orbe tenente pedem. » (Fitz-St., p. Î54.)

LES CARDINAUX LÉGATS

L’évêque d’Hereford, l’autre prélat consacré par saint Thomas , fit son possible pour obéir aux sommations de l’archevêque, mais il en fut empêché par les officiaux; il revint chez lui et prit la chose tellement à cœur, qu’il fut atteint d’une maladie qui se termina fatalement. Il „ mourut (i) le 28 février H 67. Son siège était vacant depuis six ans quand Robert Foliot, cousin de Gilbert, qui alors (*) était archidiacre d’Oxford, lui succéda.

Le 19 juin, le pape adrëssa à saint Thomas, au sujet des excommunications , la lettre suivante (s), datée de Bénévent :

« Nous sommes très étonné qu’alors que vos envoyés et ceux de notre bien-aimé fils en Jésus-Christ le roi d’Angleterre étaient encore à notre cour, attendant notre décision, vous ayez, sans nous consulter, prononcé une sentence d’excommunication contre les dignitaires du royaume. De plus , quoique nous ne doutions point en général de votre prudence et de votre circonspection, nous savons pourtant que souvent on voit moins clair dans ses propres affaires que dans celles d’autrui; et comme nous ne voulons pas que la sentence soit révoquée par d’autres que par vous, nous vous avisons, conseillons et prions, comme un frère bien-aimé, de la suspendre de votre propre volonté afin d’adoucir le déplaisir du roi, et

(1) Godwin, p. 483. Le 8 janvier, mourut aussi Robert, évêque de Lincoln. (Hoved., fol. 293 b.)

(2) Herb., I, p. 363 ; Fitz-St., p. 215.

(S) Ep. s. Th., il, p. 22 ; Lupus (III, 24) donne la date du l«r juillet; Froude, p. 429.

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