‹ La vie et le martyre de s. Thomas Becket, archevêque de Cantorbéry et légat du Saint SiègeChapitre 46 sur 79 · THOMAS DE CANTOBBËRY · texte numérisé non relu

THOMAS DE CANTOBBËRY

cela jusqu’au moment où vous apprendrez par nos envoyés si le roi désire se réconcilier et réaliser la promesse de votre rappel.

» Il convient que nous l’attendions avec patience et que nous le tolérions en tout esprit de douceur pendant deux ou trois mois, afin de ne lui laisser aucune excuse. Si vous ne jugez pas à propos de suivre notre conseil, et que les choses , ce qu’à Dieu ne plaise , tournent contre votre désir et votre attente, vous ne devez l’attribuer qu’à vous-mème et non pas à nous. Mais si, selon nos désirs et notre invitation, vous suspendez la sentence jusqu’à l’arrivée de nos envoyés, et que le roi persiste dans son obstination, vous serez parfaitement libre de renouveler la sentence sans encourir notre déplaisir, et vous pourrez vous adresser à nous en toute assurance pour demander aide et appui. »

Cette lettre semble constater la validité des censures en dépit de l’absence des trois citations ou monitions canoniques, sans doute à cause de l’impossibibté de les faire parvenir et de la notoriété des offenses. A la requête des évêques (i), le saint consentit à suspendre la sentence tant qu’il y aurait quelque espoir de paix.

Les cardinaux qui avaient été nommés légats au mois de décembre précédent , mais dont les pouvoirs avaient été restreints à une simple médiation depuis le mois de mai, arrivèrent presque à la fin de l’année 1167. Le car-

(1) Ep. Jo. Sar., n, p. 129; Froude, p. 812.

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dinal Othon (O écrivit de Montpellier, où il attendait son collègue Guillaume de Pavie , qu’il avait mis un long temps à faire son voyage, ayant été obligé de prendre un déguisement pour aller à Venise, à cause de l’état de l’Italie, occupée alors par l’empereur et ses troupes. Il avait, disait-il, séjourné pendant quelque temps à Brescia, son pays natal. Saint Thomas ne redoutait point la médiation de ce cardinal comme celle de son collègue Guillaume de Pavie. Celui-ci écrivit aussi (8), mais d’un style qui inquiéta sérieusement notre saint. Ils n’avaient aucun pouvoir quelconque et n’étaient que de simples pacificateurs. Aussi la lettre suivante fit supposer que son auteur avait l’intention d’assumer une autorité qui ne lui appartenait point, et comme il était connu pour un homme passionné, cette prétention pouvait avoir de sérieuses conséquences. « Nous sommes en route pour l’Angleterre, nous et notre vénérable frère Othon, cardinal diacre, avec la commission de trancher les questions pendantes entre Votre Seigneurie et le roi, comme nous le jugerons convenable dans l’intérêt de l’Eglise de Dieu, et nous prions sérieusement Votre Seigneurie d’éviter autant que possible tout ce qui tendrait à augmenter la division et de coopérer avec zèle à tout ce qui pourrait faciliter un arrangement. » Saint Thomas prépara deux réponses différentes à cette lettre , mais elles ne furent jamais envoyées ; Jean de Salisbury, que le saint con-

(1) Ep. Gilb. Fol., H, p. 187; Froude, p. 256.

(2) Id., H, p. 146; Froude, p. 257.

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sulta (i), les condamna avec une grande liberté comme trop sévères et trop peu respectueuses pour être envoyées à un cardinal-légat , et lui en suggéra (*) une autre. Rien peut-être n’est plus admirable dans la vie de saint Thomas que l’esprit avec lequel il reçut et encouragea la libre et constante critique de Jean de Salisbury.

Comme les cardinaux devaient passer par Sens, ils visitèrent naturellement saint Thomas. Ils voulaient remercier l’archevêque (3) d’avoir intercédé près du roi Louis pour qu’il leur accordât la liberté de traverser la France, faveur que ce roi était fortement tenté de refuser. Ils allèrent ensuite visiter le roi Henri, qui était à Caen, et séjournèrent longtemps près de lui (*), sans rendre compte de leurs démarches à l’archevêque. Cette conduite était tout à fait d’accord avec l’idée qu’entretenaient les amis de saint Thomas, que le seul but du roi était de traîner les négociations en longueur, et qu’il n’était point sincère en discutant les termes de la réconciliation. Cependant saint Thomas fut appelé par eux à une conférence qui devait avoir lieu le 18 de novembre (&), sur les frontières de France et de Normandie, dans un lieu situé entre les villes de Trie et de Gisors.

Pendant là route, l’archevêque raconta à ses compagnons qu’il avait rêvé, la nuit avant la conférence, qu’on

(1) Ep. s. Th., i, p. 149 et 150 ; Froude, p. 258 et 261.

(2) Ep. Jo. Sar.,ii, p. 72, 97 et 74; Froude, p. 259 et 268.

(3) Ep. s. Th., i, p. 145.

(4) Herb., 1, p. 248.

(5) Gerv., p. 1402.

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lui offrait du poison dans une coupe d’or. Dans le cours de la journée, ils eurent l’idée que ce songe se vérifiait dans la personne du cardinal Guillaume de Parie, dont les propositions , élégamment présentées , semblaient plausibles, bien qu’elles fussent destructives de la liberté de l’Eglise. Le roi de France assistait à l’entrevue et avait pourvu lui-même aux besoins de l’archevêque. Dans une lettre (G où saint Thomas rend compte au pape de cette conférence, il dit que ses ennemis ont entrepris de le ruiner ai frais et en voyages, et que, comme lui et ses compagnons d’exil n’ont que trois chevaux à leur disposition, il a été obligé de demander qu’on ajoutât une semaine au délai de dix jours donné par les légats. Le roi Henri s’offensa de ce court délai (*); il serait difficile de dire pourquoi.

Lors de l’entrevue, les légats étaient accompagnés seulement par l’archevêque de Rouen, le roi d’Angleterre ayant gardé autour de lui les évêques anglais qu’il avait mandés, et qui tons étaient les plus grands ennemis de saint Thomas, — l’archevêque d’Yorck et les évêques de Londres, Chichester et Salisbury. Pour sauver les apparences , il ajouta à ceux-ci l’évêque de Worcestçr. Les légats, d’après le récit fait au pape par les deux partis (*) et d’après celui de Jean de Salisbury à son ami l’évêque d’Exeter, ouvrirent la conférence en rappelant l’inflexi-

(1) Ep. s. Th., I, p. 16; Fronde, p. *70.

(*) Ep. Gilb. Fol., il, p. 1*3.

(3) Ep. s. Th., i, p. 16; Ep. Jo. Sar., il, p. 85; Froude, p. *70, *89 et *75.

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bilité du roi, la perversité des temps, les besoins de l'Eglise, qui partout, excepté en France, était entourée d'ennemis. Ils parlèrent aussi du grand nombre de faveurs dont le roi s’était plu à combler le saint autrefois, et ils firent le récit des torts dont Henri se plaignait maintenant. Parmi ces derniers, le roi comptait la guerre qui avait éclaté entre lui, le roi de France et le comte de Flandres, guerre qu’il attribuait à saint Thomas, ns recommandèrent alors au saint une grande modération et une grande loyauté, et finirent en lui demandant comment ils pourraient espérer eux-mèmes recouvrer la faveur du roi, dont ils avaient encouru le déplaisir alors qu’il avait découvert que leurs pouvoirs n’étaient pas aussi étendus que Jean d’Oxford le lui avait fait supposer. Saint Thomas commença sa réplique en les remerciant, ainsi que le pape, de l’intérêt qu’ils prenaient à ses affaires. Il dit qu’il était prêt à montrer au roi toute l’humilité et la loyale obéissance qui pourraient s’accorder, avec l’honneur de Dieu, du siège apostolique, la liberté de l’Eglise, la dignité de sa charge et la conservation de la propriété ecclésiastique; et s’il semblait que ce fût trop ou trop peu, il promettait de se laisser guider par l’avis des légats, autant que le permettraient sa dignité et sa position. Quant à la guerre, afin d’enlever à ces rapports toute espèce de probabilité, depuis longtemps il s’était abstenu à dessein de toute relation personnelle avec le roi de France, et lui avait demandé seulement, depuis peu, une entrevue dans laquelle il avait obtenu, à leur requête, un sauf-conduit pour les légats. Ces faits

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furent confirmés le lendemain, en présence des cardinaux, par le roi Louis en personne, et il affirma par serment que l'archevêque de Cantorbéry lui avait toujours conseillé la paix à des conditions qui pourraient assurer l’honneur des deux rois et la tranquillité de leurs peuples.

Guillaume de Pavie dit alors : o Puisque nous ne valons pas mieux que nos pères, l’archevêque peut promettre d’observer envers le roi Henri les coutumes que ses prédécesseurs ont observées envers les premiers rois. » Toutefois, ce n’était qu’une subtilité pour lui faire approuver les constitutions de Clarendon , car la seule manière de les défendre était de les tenir pour d’anciennes coutumes, selon l’interprétation du roi, et saint Thomas fut obligé de refuser cette promesse. Le cardinal de Pavie lui dit alors de résigner son siège; mais le saint répondit que ce serait déserter la cause de l’Eglise. Q refusa aussi de retourner à Cantorbéry avant qu’on eût décidé quelque chose sur les sujets en litige , citant le proverbe anglais : « Qui ne dit rien consent. »

Les légats demandèrent alors au saint s’il se soumettrait à leur jugement quant aux points en litige entre lui et le roi. La question le plaçait dans l’alternative de se soumettre à un arbitre comme le cardinal Guillaume de Pavie, qu’il savait être un partisan du roi, ou de refuser le jugement, ce qui pouvait sembler une sorte de révolte. Il répondit qu’avant toute espèce d’arbitrage , il fallait restituer toutes les propriétés de l’Eglise injustement enlevées, et qu’il serait alors prêt à se soumettre au jugement de ceux que désignerait Sa Sainteté,

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Les légats demandèrent enfin à l’archevêque si , en cas d’un nouvel appel des évêques, il consentirait à ce que la eause fût instruite par eux et à ce qu’ils en fussent les juges. Le saint avait entendu parler déjà de cet appel qu’on se proposait de faire au nom des évêques d’Angleterre; il savait qu’un petit nombre d’entre eux étaient rassemblés à Rouen, que la plupart n’en avaient pas connaissance, et que presque tous les autres le désapprouvaient ou le considéraient comme étant plutôt une mesure évasive qu’un appel; c’est pourquoi il répondit qu’il n’avait reçu du pape aucunes instructions à ce sujet, mais que quand il les aurait reçues, il ferait la réponse qu’il jugerait convenable. H concluait en disant que sa pauvreté et celle de ses amis le rendait incapable d’entreprendre un procès et des voyages dispendieux, et qu’il ne voulait pas abuser des bontés du roi de France en lui demandant de les défrayer dans des maisons louées.

L’archevêque et les légats se séparèrent avec des assurances mutuelles de bienveillance. On ne pouvait guère espérer qu’une réconciliation fût la suite de cette conférence, car il ne faut pas oublier que les pouvoirs des légats auraient repris toute leur vigueur, au grand détriment de la cause de saint Thomas.

Le6 cardinaux (t) retournèrent alors près du roi. Le jeudi qui suivit l’entrevue, ils arrivèrent au monastère du Bec, le lendemain à Lisieux, le troisième jour à Saint-

(1) Ep. s. Th., il, p. 208; Ep. Jo. Sar., il, p. 89; Froude, p. 280 p\ 284.

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Pierre-sur-Dives, et le quatrième, c'est-à-dire le dimanche qui précédait l'Avent, ils passèrent par Argentan. Le roi fit deux lieues pour aller à leur rencontre , et, leur donnant cordialement la bienvenue, il les accompagna tous deux à leur maison.

Le lendemain, lundi 27 novembre, après la messe, ils furent invités à présenter leurs hommages au roi , et entrèrent dans la salle du concile avec les archevêques, les évêques et abbés qui y étaient admis. Quand ils reparurent, deux heures environ après leur arrivée, le roi vint à la porte extérieure de la chapelle et dit à haute voix, de manière à être entendu des légats : « J'espère que mes yeux ne rencontreront plus de cardinaux. » Il était tellement empressé de se débarrasser d'eux, que leurs maisons se trouvant à une certaine distance, il n'attendit pas l'arrivée de leurs chevaux, et leur fit monter les premiers qu'ils trouvèrent dans le voisinage de la chapelle. Ainsi les cardinaux s'en retournèrent avec une suite de quatre personnes au plus.

Les archevêques, évêques et abbés, restèrent avec le roi et rentrèrent dans la chambre du concile, où ils demeurèrent jusqu'au soir; ensuite ils visitèrent les cardinaux : tous étaient dans un trouble évident. Après être restés avec eux quelque temps , ils retournèrent à leurs logis. Le lendemain, ils restèrent enfermés avec le roi jusqu'à midi, puis ils firent une seconde visite aux cardinaux, revinrent de nouveau près du roi et retournèrent encore chez les cardinaux, portant de secrets messages des uns aux autres. Le jour suivant, veille de saint André, le roi

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se leva à l’aube du jour et s’en fut à la chasse au faucon, ce qui fit supposer qu’il s’absentait à dessein. Les évêques se réunirent de très bonne heure à la chapelle royale et se rendirent à la salle du concile ; ils y délibérèrent en l’absence du roi , puis ils se retirèrent à l’église voisine de la maison des cardinaux.

Les légats s’assirent pour entendre les propositions de l’assemblée; les archevêques de Rouen et d’Yorck, les évêques de Worcester, Salisbury, Bay eux, Londres, Chichester et Angoulème, un grand nombre d’abbés et une foule d’ecclésiastiques- et de laïques, se rangèrent de chaque côté. Alors l’évêque de Londres se leva; son discours, gauche et diffus, trahit suffisamment le trouble de son esprit. Il commença ainsi :

« Vos Seigneuries savent que nous avons reçu des lettres du pape, qui sont maintenant entre nos mains. Sa Sainteté nous signifie dans ces lettres d’avoir à nous joindre à vous. Vos 'Seigneuries étant munies de pleins pouvoirs pour terminer le procès pendant entre le roi et les évêques d’un côté , et monseigneur de Cantorbéry de l’autre.

» En conséquence, immédiatement après avoir appris votre arrivée dans ce pays, nous nous sommes empressés de nous réunir à vous, prêts à accepter votre décision et à prendre part à l’accusation aussi bien qu’à la défense. De même, monseigneur le roi se dispose à ratifier la sentence que vous prononcerez dans l’affaire pendante entre lui et monseigneur de Cantorbéry. Puisque rien de votre part, de celle du roi ni de la nôtre, ne vient entraver les ins-

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tractions de Sa Sainteté, que le blâme retombe sur qui le mérite.

d Mais, puisque avec sa précipitation ordinaire l’archevêque frappe avant de menacer, suspend et excommunie avant d’avertir, nous prévenons sa sentence téméraire. Nous avons déjà appelé une fois, et nous renouvelons maintenant notre appel, dans lequel est comprise toute l’Angleterre. »

n parla alors de la réclamation, faite par le roi, de la somme de quarante-quatre mille marcs, à cause des revenus que saint Thomas avait eus entre les mains alors qu’il était chancelier, et il fit de l’esprit aux dépens du saint en disant que sans doute il pensait que son élévation au siège de Cantorbéry remettait les dettes comme le baptême remet le péché. Ensuite il parla des dangers d’un schisme en cas de mesures sévères contre le roi, et il se plaignit de ce que l’archevêque calomniait Henri à propos des statuts de Clarendon, protestant publiquement que le roi abandonnerait l’article des statuts qui interdisait les appels, qu’il ne l’avait introduit dans les statuts que pour le bien du clergé pauvre ; que l’ingratitude des clercs l’irritait au plus haut degré ; que les causes civiles devaient se débattre devant un juge civil; mais que s’il était question d’une cause ecclésiastique, les clercs pouvaient choisir leur tribunal et y plaider comme ils voulaient.

Il dit enfin que saint Thomas lui imposait une lourde charge, en lui ordonnant de répandre ses brefs en Angleterre, et que quarante courriers n’y suffiraient point. Un

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de ses griefs était encore que l’archevêque avait retiré de sa juridiction près de quarante églises, parce qu’elles avaient pa yé autrefois des rentes à la Sainte-Trinité on à Saint-Augustin ; et qu’il avait son doyen dans la ville de Londres pour surveiller l’évêque, qui, de cette manière, était plus vexé qu’aucun autre.

Les légats déclarèrent qu’ils n’avaient aucun pouvoir pour agir comme juges, qu’ils n’étaient que médiateurs. Alors les évêques désignèrent comme terme de leur appel, la Saint-Martin, c’est-à-dire le 11 novembre de l’année 1168. L’évêque de Salisbury se joignit à cet appel, en son nom et en celui de l’évêque de Winchester. Un clerc de Geoffroi Ridel, archidiacre de Cantorbéry, en appela au nom de son maître. Un des moines de Christ-Church à Cantorbéry fit de même, probablement pour obtenir les bonnes grâces du roi : il avait été envoyé à la cour pour implorer la protection d’Henri contre les exactions de l’infâme Renouf de' Broc.

Quand tout fut terminé, les cardinaux envoyèrent deux messagers à saint Thomas, le 14 décembre, lendemain de la fête de sainte Lucie. Ils remirent à l’archevêque des lettres (U par lesquelles les légats, au nom du pape et au leur, lui défendaient d’agir au mépris de cet appel jusqu’à ce que Sa Majesté eût été consultée.

Les évêques envoyèrent encore deux messagers, Walter, grand-chantre de Cantorbéry, et maître Jocelin, chancelier de Chichester, pour déclarer l’appel et le renouveler

(1) Ep. Gilb. Fol., n, p. 1*8.

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en présence de l'archevêque ; mais il refusa de leur donner audience, premièrement parce que l'un des évêques était celui de Londres, qu'il regardait comme excommunié et qu'il avait dénoncé comme tel aux cardinaux ; puis, parce qu'ils avaient communiqué avec des excommuniés dont l'absolution avait été frauduleuse.

L'archevêque écrivit en réponse aux légats, qu'il savait bien, et qu'eux-mèmes ne pouvaient ignorer, combien il était lié par leurs ordres, et que, par la grâce de Dieu, il agirait comme il jugerait le plus convenable aux intérêts de l'Eglise. Il leur fit dire aussi verbalement, par leurs messagers et par le sien propre , qu'il trouvait leur conduite répréhensible pour différentes causes évidentes. Il leur demandait aussi de remplir les instructions du pape à l'égard des excommuniés, soit en leur demandant satisfaction, soit en les replaçant sous la censure.

Les cardinaux quittèrent le roi le mardi qui suivit le premier dimanche de l'Avent. Au moment de leur départ, Henri les pria très humblement d'intercéder auprès du pape pour qu'il le débarrassât tout à fait de saint Thomas. En faisant cette demande, il versa des larmes devant tous les assistants. Guillaume de Pavie sembla pleurer aussi, mais le cardinal Othon eut peine à s'empêcher de rire.

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