‹ La vie et le martyre de s. Thomas Becket, archevêque de Cantorbéry et légat du Saint SiègeChapitre 54 sur 79 · THOMAS DB CANTOEBÉRY · texte numérisé non relu

THOMAS DB CANTOEBÉRY

de ses autres possessions, prouveraient par serment avoir été réclamées par ses prédécesseurs, ou, si cette condition déplaisait à l’archevêque, il s’en rapporterait, dit-il, au jugement de trois évêques d’Angleterre et de trois de ses possessions du continent, et il nomma Rouen, Bayeux et le Mans. Si ce n’était pas suffisant, il se soumettrait au jugement de son seigneur le pape, pour lui seulement, mais non pour ses héritiers. Il refusa pourtant de restituer les propriétés de l’archevêque et de ses amis. Les cardinaux furent très satisfaits de quitter les terres du roi Henri, carie temps s’écoulait rapidement, et ils craignaient que, le carême arrivant, saint Thomas ne lançât quelque censure contre le roi et que leur sûreté ne fût compromise.

Le saint-père avait reçu de formelles assurances de la prochaine réconciliation du roi avec saint Thomas, tant d’Henri lui-même que des cardinaux; il considérait donc cet événement comme prochain, et il avait désigné le carême comme terme de la suspension des pouvoirs du saint. Comme ce moment approchait, il pensa qu’il serait utile d’envoyer une ambassade au roi. En conséquence, Simon, prieur de Montdieu, Engelbert, prieur de Val de Saint-Pierre, et Bernard de Corilo, moine de Grammont, furent chargés (i) de porter au roi des lettres d’avertissement pour le prévenir de la sentence qui le frapperait certainement s’il ne remplissait pas enfin ses

(1) Ep. s. Th., il, p. 113. La lettre est datée de Bénévent du S 5 mai* mais on y lit : « Ântè initium proxiraæ quadragesimæ quæ jam instare videtur. »

IBS BOIS.

devoirs envers l’Eglise et s’il n’accomplissait la promesse qu’il avait faite de se réconcilier avec l’archevêque. Par leur médiation, ils réussirent à amener une conférence entre saint Thomas et le roi Henri.

Bien des efforts avaient été faits et bien des conférences avaient eu lieu dans le but de rétablir la paix entre l’Angleterre et la France. Enfin, les termes en furent arrêtés et la paix fut conclue (i) par les deux rois dans la plaine de Montmirail, au pays chartrain, le 6 janvier, jour de l’Epiphanie de l’année 1169. Le roi Henri désirait vivement la paix, et par la médiation du comte Thibaud et du Père Bernard de Grammont, les rois se donnèrent la main et s’embrassèrent. Vers le même temps, le roi d’Angleterre avait reçu du pape , par l’entremise des trois religieux, des lettres d’avertissement favorables à la cause de saint Thomas. Henri avait donné des espérances de paix pour le cas où l’archevêque voudrait faire acte de soumission. Les messagers conseillèrent donc au roi Louis d’inviter saint Thomas à cette réunion.

Avant l’ouverture de la conférence, saint Thomas était entouré de ses amis, qui presque tous essayèrent de le déterminer à se soumettre absolument et sans restriction au roi Henri, abandonnant toutes les questions en litige à la merci et à la générosité du roi. Saint Thomas avait proposé de substituer à la phrase a sauf les droits de son

(1) Ep. Jo. Sar., il, p. 196. Froude (p. 374) ne donne que la première partie de cette intéressante lettre. (Herb., I, p. Î57 ; Ep. s. Th., il, p. 175 et 177; Froude, p. 376 et 885; Ep. s. Th.,I,p.4S; Froude, p. 387.)

S. THOMAS DE CANTORBÉRY

ordre » la clause semblable, mais plus solennelle encore,

« sauf l’honneur de Dieu. » Quelqu’un entra alors et lui dit avoir entendu le roi d’Angleterre assurer qu’il n’attendait que le moment de sa réconciliation avec l’archevêque pour prendre la croix et aller à Jérusalem ; il ajouta qu’il lui suffisait d’un consentement verbal donné devant le roi de France et les autres personnes présentes, et qu’il l’exigeait uniquement pour sa propre dignité. On avait ainsi trompé le saint une première fois, mais il ne pouvait plus se laisser surprendre. Comme saint Thomas entrait dans la salle de la conférence et tandis qu’on ignorait encore s’il avait été persuadé ou non par les arguments et les supplications de ceux qui l’entouraient, Herbert de Bosham parvint à se glisser dans la foule de ces grands personnages et dit bas à l’oreille du saint que s’il omettait la clause a sauf l’honneur de Dieu, » il s’en repentirait par la suite aussi amèrement que lorsqu’il avait omis la première clause en Angleterre. Ds étaient en présence des rois, et le saint ne put répondre que par un regard.

Quand il vit son souverain, il s’agenouilla devant lui, ainsi que son fidèle ami Guillaume , fils du comte Thibaud, alors archevêque de Sens; Hugues était mort depuis que le saint était venu habiter cette ville. Le roi le releva. « Ayez pitié de moi, dit-il, ô mon seigneur, car j’ai recours à Dieu et à Votre Majesté pour l’honneur de Dieu et le vôtre. »

Le roi Henri avait désiré une réconciliation avec l’archevêque tant qu’il avait pensé qu’elle pourrait favoriser

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