LES BOIS
des secondes lettres du pape était de rendre à l’archevêque ses pouvoirs sur lui et sur le royaume, il envoya secrètement d’autres messagers au saint-siège. Les envoyés du pape remirent leurs secondes lettres dans une nouvelle conférence des deux rois. Ce fut avec la plus grande difficulté que les conseillers de Henri le déterminèrent à accepter cette conférence. Mais, bien qu’ils l’eussent décidé à supprimer le mot coutumes, il déclara pourtant que saint Thomas ne pourrait rentrer en grâce avec lui qu’à la condition de promettre in verbo veritatis qu’il ferait ce que ses prédécesseurs avaient fait. Ils lui dirent que l’archevèque tiendrait à la clause contestée; « il ne pouvait observer des coutumes que le pape avait condamnées à Sens quand il l’avait absous de la promesse qu’il avait faite de s’y conformer. » Henri dit alors qu’il convoquerait les évêques d’Angleterre et les consulterait comme il l’avait toujours fait; mais il refusa de répondre au pape. Il quitta en colère les envoyés de Sa Sainteté, excepté Bernard de Corilo, qu’il prit à part, lui promettant de visiter bientôt Grammont et de suivre l’avis du prieur.
Saint Thomas avait dès lors recouvré l’usage de ses pleins pouvoirs; mais les envoyés lui demandèrent d’attendre, pour s’en servir, ce que produirait la conférence de Grammont.
Les hommes sérieux s’aperçurent enfin que saint Thomas n’avait fait qu’un acte de simple prudence en refusant de renoncer à la clause « sauf l’honneur de Dieu. » Bernard de Grammont dit à Herbert : a J’aimerais mieux avoir eu le pied coupé que d’avoir vu votre archevêque
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faire la paix à cette conférence, comme nous le lui avions tous conseillé. »
Un événement plus important encore fut le retour du roi Louis à ses anciens sentiments d’amitié. Les gens de l’archèvèque retournèrent de Chartres à Sens, qui était à deux journées. Trois jours après leur arrivée, ils s’entretenaient ensemble et se demandaient l’un à l’autre où ils iraient. L’archevêque était aussi gai que s’il n’eût éprouvé aucun malheur; il répondit gaiement aux condoléances de ses amis, et leur dit avec un tranquille sourire : a On n’en veut qu’à moi; quand on aura disposé de moi, ou vous persécutera moins sérieusement; ne vous alarmez pas tant. » Ils l’assurèrent qu’ils n’étaient inquiets que pour lui. « Oh ! répliqua-t-il (O, je me remets à la garde de Dieu maintenant que je suis chassé des deux royaumes. Je ne puis recourir encore à ces brigands Romains, qui dépouillent toujours les malheureux. Voyons; on dit que les habitants de la Bourgogne, près des bords de la Saône, sont des hommes généreux. Je me rendrai chez eux à pied, avec un compagnon; peut-être, en nous voyant, prendront-ils pitié de notre misérable condition et nous donneront-ils de quoi vivre pour un temps, jûsqu’à ce que Dieu vienne à notre aide. Dieu peut secourir les siens dans la plus grande misère, et celui qui désespère de sa miséricorde est pire qu’un infidèle. » Il n’eut pas plus tôt dit ces paroles, que la miséricorde de Dieu éclata à sa porte même. Un serviteur du roi de France
(1) Alan, p. 368.