‹ La vie et le martyre de s. Thomas Becket, archevêque de Cantorbéry et légat du Saint SiègeChapitre 72 sur 79 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

MIRACLES

Les miracles suivirent immédiatement le martyre, et ce fait est aussi remarquable que leur nombre. Le premier (t) eut lieu à Cantorbéry : ce fut la guérison d’une femme paralytique. Son mari était présent au martyre et rapporta chez lui ce soir-là, de même que tous les fidèles, un morceau de linge trempé dans le sang sacré. Après avoir entendu le récit de la constance du saint et vu les taches de son sang, cette femme fut touchée d’une foi si vive, qu’elle demanda que ce linge fût lavé et qu’on lui donnât à boire l’eau dans laquelle il aurait été trempé. On fit ce qu’elle désirait, et elle fut aussitôt guérie. Le bruit de cette cure miraculeuse se répandit, et dès lors tous ceux qui vinrent à Cantorbéry estimèrent au plus haut prix la possession de quelques gouttes du sang du martyr mélangées avec de l’eau. Ce fut l’origine des

(1) Fitz-St , I, p. 310. Benoît ne parle pas de oe miracle.

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petites fioles de plomb que nous avons déjà citées comme la marque distinctive des pèlerins de Cantorbéry.

Le prieur Odon envoya à Philippe, comte de Flandre, un récit (*) de quelques-uns de ces miracles. On trouve dans sa lettre cette phrase, qui prouve que son témoignage est certainement digne de foi : « On dit que des lépreux ont été guéris; mais je ne l’assure point, parce que je ne les ai pas vus depuis qu’ils ont quitté l’Angleterre; toutefois, on m’a dit qu’ils étaient beaucoup mieux qu’à leur départ pour Cantorbéry. »

Voici un fait raconté par Odon et qui se passa trois jours après le martyre, c’est-à-dire le vendredi de la même semaine : Emma, femme de Robert de Saint- André, soldat du comté de Sussex, était malade et aveugle. Après avoir entendu le récit du martyre, elle invoqua le saint; avant qu’une demi-heure se fût écoulée, elle avait recouvré la vue , et, peu de jours après, elle était parfaitement guérie. Ce fait est aussi rapporté (*) par Grim et Benoit.

Le soir du même vendredi, un prêtre de Londres (*), nommé Guillaume de Capella, qui avait perdu l’usage de la parole, fut averti de se rendre à la tombe de saint Thomas, où il devait être guéri par une goutte du sang du martyr. Il, y alla et le fut en effet. Comme il avait été

(1) Martene, Vet. Scriptor., Paris, 1724, vol. I, p. 882 b.

(2) Grim, p. 80 ; Bened., p. 49.

(3) Bened., p. 54; Fitz-St., p. 311; Gerv., p. 1417. Benoît raconte la guérison d’Huilina, fille d’Adelise de Londres, qui eut lieu le vendredi à Gloucester,

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défendu publiquement par proclamation (probablement par la famille de Broc) de faire l’éloge de saint Thomas, ce prêtre ne parla de sa guérison qu’avec une grande réserve.

Guillaume Belet, soldat (i) d’Ainesbume dans le Berkshire, avait un bras et une main énormément enflés. Le samedi qui suivit le martyre, dès qu’il eut appris ce qui était arrivé, il invoqua le saint et le pria de le rendre à la santé. La nuit suivante, il dormit profondément, ce qui ne lui était pas arrivé depuis longtemps; quand il s’éveilla, sa guérison était complète ; l’enflure avait disparu.

Une femme pieuse (*), qui menait la vie d’un anachorète et n’avait jamais appris ni à lire ni à écrire, qui ne connaissait du latin que quelques psaumes, le Pater noster et le Credo, pleurait nuit et jour le crime qui venait d’avoir lieu. Cette femme avait parfois des extases, et un jour elle envoya aux moines de Cantorbéry un papier sur lequel étaient écrits ces mots, qu’elle dit lui avoir été adressés par une très belle dame : Noli flere pro archiepiscopo ; caput ejus in gremio Filii met requiet* cit : a Cesse de pleurer sur l’archevêque; sa tête repose dans le sein de mon Fils. »

Un jeune garçon de quinze ans, aveugle de naissance, recouvra la vue au tombeau du saint. Ce fait est raconté par le prieur Odon , qui termine ainsi sa lettre : a D’aut très qui étaient aveugles, sourds, muets, boiteux, convult

(1) Benedict, p. Si. Odo (apud Martene) dit le dimanche.

(S) Fiti-St., p. SU.

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sionnaires et souffrant de différentes infirmités, ont été guéris par les mérites de saint Thomas ; mais je ne puis en parler même brièvement. Le nombre de ceux qui ont été guéris de la fièvre est infini. »

Le saint apparut (*) à quelques personnes avec cette légère trace de sang qui descendait de la tempe droite à la joue gauche en traversant le nez, et ceux qui le virent ainsi décrivirent cette ligne aussi exactement que s’ils avaient vu son corps. Il apparut à d’autres et leur fit voir qu’il était vivant et que ses blessures n’avaient laissé que des cicatrices. Ces faits durent arriver peu de temps après sa mort, car ils sont rapportés dans la lettre (*) de l’archevêque de Sens au pape.

La nuit (8) qui suivit le martyre, un des familiers du saint le vit revêtu de ses habits pontificaux et montant les degrés de l’autel comme pour dire la messe. Ce fait s’étant renouvelé la seconde et la troisième nuit, il dit à son maître : « Monseigneur, n’ètes-vous point mort î » Saint Thomas répondit : « Je suis mort et pourtant je vis. + Si vous êtes véritablement vivant et parmi les martyrs, reprit le serviteur, pourquoi ne vous montrez-vous pas au monde? » Le saint répondit : « Je porte un flambeau, mais on ne peut le voir à cause du nuage qui l’environne. »

La famille de Broc (*) s’efforça d’arrêter les témoignages

(1) Benedict, Vita, II, p. 68. (4) Ep. s. Th., il, p. 161.

(8) Grim, p. 80.

(*) Fitz-St., p. 814.

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de vénération dont saint Thomas était l’objet, et ces faits ne se racontaient qu’à l’oreille; mais le bruit des guérisons et des autres miracles se répandit si loin et il y eut un tel concours de peuple, que les de Broc furent obligés de renoncer à la vaine entreprise d’arrôter cet élan de dévotion et furent forcés de dire : « Toute l’Angleterre est avec lui! » Quand les portes de la crypte, qui avaient été fermées lors de son inhumation, furent ouvertes à Pâques, les miracles se multiplièrent, et le récit de ces prodiges remplit deux volumes W que l’on conservait à Cantorbéry. Ce travail est dû à Benoît, qui dans la suite devint prieur de Christ-Church et en dernier lieu abbé de Peterborough ; on y trouve de précieux détails sur le martyre. Ce fut en sa faveur que s’opéra le miracle suivant :

Benoît , avant d’être prieur, était l’objet de la haine du roi (*). Quand il occupa cette charge, il fut obligé de se rendre près d’Henri pour des affaires qui concernaient l’Eglise ; mais les menaces du roi lui faisaient redouter de se présenter devant lui. Un jour entre autres, le roi et ses officiaux avaient gravement insulté le prieur; la nuit suivante, Henri fit un rêve si affreux, qu’il déclara qu’il ne voudrait à aucun prix souffrir encore l’agonie d’un tel songe. « Comme je traversais un pont très élevé sur un profond et rapide torrent , la planche sur laquelle était posée mon pied céda et je passais à travers le pont, auquel

(1) Voyez la note I, à la fin du volume.

(2) Grim, p. 89.

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je m’accrochais avec désespoir. Ce lieu était solitaire et mes forces m'abandonnaient rapidement; perdant tout espoir de secours humain , j'invoquai les noms sacrés de Jésus, de Marie et de mes saints patrons. Alors il me sembla que j'ajoutais : « Secourez-moi , 6 martyr du Christ ; » saint Thomas, assistez-moi. Ne vous souvenez point » des injures d’autrefois ; car au commencement je vous » aimais par dessus tous. » J’avais à peine prononcé ces paroles qu'il me sembla que Benoît venait à moi et me disait : a Le saint archevêque que vous avez invoqué » avec foi m’a envoyé vers vous; » et, parlant ainsi, il me sauva du danger. Je me réveillai ; il me fut impossible de me rendormir, et ce songe m’avait tellement ébranlé, qu'il me fallut rester au lit jusqu’au milieu du jour. » Quand le prieur vint, Henri lui raconta son rêve, et remercia saint Thomas avec un cœur aussi reconnaissant que si le saint lui eût vraiment sauvé la vie. Le narrateur dit que ce songe devint une réalité en ce sens que le roi prit Benoît en amitié et lui accorda tout ce qu’il demandait.

Le 28 janvier 1185, Héraclius, patriarche de Jérusalem, visita Cantorbéry. Pendant son séjour en Angleterre, il raconta l’histoire suivante à Herbert de Bosham, qui l’a rapportée (U et qui l’a probablement écrite aussitôt après le récit d’Héraclius. Un moine appartenant à une maison religieuse de la Palestine, et qui avait mené une vie très sainte , était près de mourir, le jour du martyre

(1) Herb., I, p. 353.

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de saint Thomas. Sa piété singulière l’avait rendu cher à son supérieur, qui lui demanda en pleurant de lui apparaître après sa mort, si Dieu le permettait, et de lui dire en quel état il se trouvait. Le moine le promit et mourut. Quelques jours après, il accomplit sa promesse et apparut à son abbé pour lui dire qu’il voyait Dieu et que son âme était au ciel. « Et pour que vous ne puissiez pas en douter, sachez qu’aussitôt que mon âme fut séparée de mon corps, je fus porté par les anges et je vis le Seigneur. Bientôt m’apparut un homme grand et imposant, suivi d’une procession d’une merveilleuse splendeur; on ne pouvait compter la multitude d’anges, de vénérables patriarches et prophètes, de glorieux apôtres, de martyrs vêtus de pourpre et de confesseurs habillés de blanc, qui le suivaient, l’entouraient et le précédaient. Cet homme se tenait debout devant le Seigneur comme un martyr. Sa tète était meurtrie et le sang coulait de ses blessures. Et le Seigneur lui dit : a Thomas, c’est ainsi que tu dois entrer dans la cour de ton Seigneur. Je veux te donner la même gloire qu’à Pierre; » et le Seigneur prit une couronne d’or d’une forme merveilleuse et la plaça sur sa tète meurtrie et blessée. Tenez pour certain que Thomas, le grand archevêque de Cantorbéry, est mort en ces jours et qu’il est allé vers Dieu ; et cependant notez bien ce que je vous ai dit, et remarquez l’époque, car avant peu, le récit de ceux qui viendront dans ce pays prouvera que tout cela est vrai. Et maintenant que je vous ai parlé de la mort de ce glorieux martyr, vous ne devez point douter de mon salut. » L’abbé raconta à chacun ce qu’il

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avait entendu, et Héraclius affirma à Herbert et aux autres qu’il avait appris ainsi le martyre dans la quinzaine qui suivit le jour où il avait eu lieu, et que dès lors il fut généralement connu dans le pays.

Edouard Grim nous donne l’intéressant récit (i) d’un miracle que le saint opéra en sa faveur. C’est la guérison du bras cassé par Guillaume de Tracy, quand Grim l’éleva pour défendre la tête de son maître, qui lui-même n’éleva pas la main pour sa propre défense. Le médecin avait essayé en vain, pendant près d’un an, de raccommoder l’os brisé, quand, une nuit, le vénérable martyr lui apparut, s’approcha de lui, prit son bras, l’enveloppa d’un linge humide et lui dit : « Allez, vous êtes guéri. » C’était un linge trempé dans l’eau bénite et dans le sang du martyr, et par la grâce de Dieu et de saint Thomas, les os furent réunis et le bras guéri. « Et pour preuve de ma guérison, dit Grim, la main qui a écrit pour vous ce récit appartenait à ce bras. Et Dieu a fait beaucoup d’autres choses, ajoute-t-il, afin de prouver son amour pour notre bienheureux martyr, car il a guéri les lépreux comme nous l’avons vu nous-mème, il a mis les démons en fuite, il a guéri les hydropiques, les paralytiques, les sourds, les muets, les aveugles, et ceux qui souffraient de différents maux; toutes choses pour les-

(1) Le récit de ce miracle, raconté pour la première fois dans cet ouvrage, se trouve dans un Mss. de la bibliothèque Casanatense, au couvent de l'ordre de Saint-Dominique de Santa-Maria soprà Minerva, à Home (lib. A, i, 21). C’est une copie complète de la pièce que Martene n*a publiée qu’en partie. (Thés. nov. anecd., III, p. 17S7.)

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quelles nous invoquons le fidèle témoignage de l’Eglise de Cantorbéry, à la vue et à la connaissance de laquelle on sait que ces miracles ont été opérés.

Jean deSalisbury (t) écrivit à l’évêque de Poitiers pour lui demander s’il ne pensait pas qu’on pût, même avant sa canonisation, le traiter comme on traite les martyrs à la messe et dans les prières publiques, ou s’il devait continuer à prier pour une âme que Dieu avait honorée par tant de miracles : a Car, dit-il, sur le lieu du martyre et près du maître-autel où il fut placé avant son inhumation, aussi bien qu’à son tombeau, le paralytique est guéri, l’aveugle voit, le sourd entend, le muet parle, le boiteux marche, les fiévreux sont guéris, les possédés du démon sont délivrés, ceux qui souffrent de diverses maladies sont rendus à la santé, ceux qui blasphèment à l’instigation du démon sont confondus. » Les moines de Cantorbéry pouvaient dire chaque jour, comme l’un d’eux nous l'affirme (2): «Nous avons vu aujourd’hui des choses merveilleuses. »

Parmi les faits nombreux que nous pourrions raconter ici, nous en avons choisi un ou deux (3), qui se rattachent » à saint Edmond, successeur de saint Thomas. L’abbesse de Lacoke était très malade de la fièvre ; saint Edmond alla la visiter et la quitta eu lui promettant de lui envoyer

(1) Ep. Jo. Sar., H, p. 257. Martene, en publiant ce documentée donne pour une lettre du prieur de Cantorbéry à l’évêque de Winton. (Thés. nov. anecd., 111, p. 1746.)

(2) Gerv., p. 1417.

(3) Martene, Thés. nov. anecd., III, p. 1798 et 1812.

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un médecin qui la guérirait. Il lui envoya des reliques du sang de saint Thomas, et aussitôt qu’elle en eut goûté, elle fut rendue à la santé.

Un jour, avant de quitter l’Angleterre, saint Edmond eut une vision dans laquelle saint Thomas lui apparut; il se prosterna et essaya de lui baiser les pieds. Saint Thomas l’en empêcha en retirant son pied ; ce que voyant, Edmond se mit à pleurer, et saint Thomas lui dit : « Pourquoi pleurez-vous ?» Il répondit : « Parce que mes lèvres ne sont pas dignes de toucher vos pieds. — Alors, dit saint Thomas, ne pleurez pas, car le temps approche où vous me baiserez la face.

Nous ne devons pas omettre un autre miracle dont Jean de Salisbury fut témoin alors qu’il était évêque de Chartres. Il est rapporté par l’évêque, dans une lettre (1), inédite jusqu’à, ce jour, adressée à l’archevêque Richard, au prieur Herlewin, à l’archidiacre Herbert et au chapitre, au clergé et au peuple de Cantorbéry. Un homme du nom de Pierre, natif de Chartres et serviteur du comte Thibaud, ne croyait pas à la sainteté et aux miracles de saint Thomas et professait publiquement son incrédulité. Un jour qu’il travaillait à tailler des pierres pour le monastère de Saint-Pierré à Chartres, lui et ses compagnons se reposaient un instant, et la conversation tomba sur saint Thomas. Tous parlaient du saint avec respect; mais cet homme prit un morceau de pain

(1) Mss. coll. angl. Romæ, fol. 40. Ce miracle doit avoir eu lieu entre Tannée 1176, où Jean de Salisbury fut fait évêque, et Tannée 1179, où Herlewin résigna le priorat de Cantorbéry. (Gerv., p. 1456.)

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dans sa main et dit : « Maintenant , que saint Thomas , s’il en a le pouvoir, m’étouffe avec ce pain, ou qu'il le change en poison. » Les autres , pleins d’horreur pour ce blasphème, se frappèrent la poitrine et firent le signe de la croix. Bientôt après, le pauvre homme les quitta et retourna chez lui : il était muet. Les voisins, apprenant ce qui était arrivé, accoururent en foule, et comme son état empirait, ils l’apportèrent à demi mort dans l’église de la bienheureuse Vierge et le déposèrent sur la tombe de saint Lubin. La nouvelle de ce fait se répandit bientôt, et la foule se succéda dans l’église depuis neuf heures jusqu’aux vêpres. L’évêque qui rapporte cette histoire était ce jour-là hors de la ville. Le soir, à son retour, la mère et les amis de ce pauvre homme accoururent vers lui, et, s’agenouillant à ses pieds, ils lui demandèrent aide et conseil. 11 alla droit à l’église et y trouva le muet frappant sa poitrine et levant les mains et les yeux au ciel. L’évêque avait rapporté à Chartres quelques gouttes du sang de saint Thomas. Il en envoya chercher et fit demander de l’eau. Après avoir prié devant les reliques, il donna au muet le reliquaire à baiser ; après quoi cet homme s’écria d’une voix forte: à Saint Thomas, saint Thomas, ayez pitié de moi ! » Puis il but de l’eau dans laquelle l’évêque avait trempé le reliquaire et un couteau du saint. Quand il fut tout à fait guéri, il fit vœu de faire un pèlerinage au tombeau de saint Thomas, en réparation de son blasphème et en reconnaissance de sa guérison. Il fut luimême porteur de la lettre de Jean de Salisbury qui rendait compte de ce fait.

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Le pape, en vue de la canonisation du saint, députa les cardinaux Albert et Théodwine pour examiner les miracles et lui en faire le rapport. Sans doute ils ne furent pas longtemps avant de réunir les matériaux nécessaires; car dans la, lettre (i) au chapitre qui autorisait la réconciliation de l’église avant la fin de la première année, ils disent que a Dieu a montré combien la mort du saint était précieuse à ses yeux, et qu’il a illustré sa vénérable mémoire par tant de miracles, que le corps entier de l’église est maintenant tout embaumé de ses parfums, et ses vertus prêchées de l’Orient à l’Occident. » En conséquence, le mercredi des Cendres, 21 février de l’année 1173, le pape, ayant tenu conseil avec les cardinaux et les évêques à Segni, et ayant lui-même chanté une messe solennelle, canonisa saint Thomas de Cantorbéry comme martyr de la cause de l’Eglise de Dieu.

La bulle (*) est remarquable par l’éloge qu’elle fait de sa vie aussi bien que de sa mort. « Celui qui est glorieux dans ses saints a glorifié après sa mort son saint martyr, dont la vie édifiante , toute brillante de gloire et de mérites, fut enfin couronnée par la lutte glorieuse du mar-

(1) Ep. Gilb. Fol., II, p. 121.

(2) Redolet Anglia , Segni, 12 mars 1173. Cette bulle est dans le Bullarium romain. On en adressa une copie au clergé et au peuple anglais. (Ep. s. Th., n, p. 75.) Saint Thomas fut donc canonisé deux ans et trois mois après sa mort. Nous avons en Angleterre des exemples de saints canonisés très peu de temps et très longtemps après leur mort. Saint Edmond de Cantorbéry fut canonisé au bout d’un an ; saint Osmond de Salisbury fut canonisé quatre cent sept ans après sa mort. (Bened. XIV, De Canon. SS., lib. n, cap. liv., n. 7.)

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tyre. Et, bien que nul ne puisse douter de sa sainteté, s’il réfléchit à sa vertueuse vie et s’il considère sa glorieuse passion, cependant notre Sauveur et Rédempteur a voulu en donner une preuve éclatante par des miracles magnifiques, afin qu’on sache partout que celui qui pour l’amour du Christ a supporté la misère, les privations et les dangers avec la constance d’une invincible vertu, est enfin vainqueur et reçoit l’étemelle récompense de ses travaux et de ses combats. » La bulle fait connaître que les cardinaux légats ont pris d’exactes informations et ont envoyé le récit « de grands et innombrables miracles. » Après avoir annoncé la canonisation, la bulle décrète que la fête de saint Thomas sera célébrée par toute la terre. Cette bulle fut envoyée aux légats (t) avec des lettres (*) apostoliques adressées au chapitre de Cantorbéry, qui commencent ainsi : « Le corps entier des fidèles doit se réjouir des merveilles qui éclatent dans cet homme saint et vénérable, Thomas, votre archevêque; mais vous devez être remplis d’une joie plus grande encore et d’une plus grande allégresse, puisque vos propres yeux sont chaque jour témoins de ses miracles et que votre église est devenue illustre par la possession de son très saint corps. » Le pape ordonne en même temps au chapitre de choisir un jour convenable et de placer les reliques du saint sur l’autel ou dans une châsse digne d’elles, réunissant ce jour-là le clergé et le peuple en une procession solennelle.

(1) Ep. Gilb. Fol., u, p. 88.

(2) Ep. s. Th., il, p. 39.

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et d’essayer d’obtenir par de pieuses prières son intercession près de Dieu pour le salut des fidèles et la paix de l’Eglise universelle. Il existe encore une lettre (i) du pape Alexandre à l’évèque d’ Averse , dans le royaume de Naples, informant ce prélat de la canonisation que le pape dit avoir été faite « après avoir çonsulté nos frères et d’après nombre de pétitions des archevêques et évêques; o et il lui ordonne d’informer les évêques de la province qu’ils aient à célébrer la fête du saint martyr.

Saint Thomas fut canonisé avant que son siège fût occupé, et Barthélemi, évêque d’Exeter (*), écrivit en même temps pour remercier le pape de la canonisation et pour lui recommander Richard, l’archevêque élu. La bulle de canonisation fut lue au concile qui fut tenu à Westminster, dans la chapelle de Sainte-Catherine, le 7 juillet (3), à l’occasion de l’élection. Le chant du Te Deum suivit cette lecture. Les évêques qui avaient été opposés à saint Thomas confessèrent leur faute, et l’un d’eux chanta au nom de tous la prière Adesto, Domine : « Ecoutez nos prières, ô Seigneur, afin que nous , qui nous reconnaissons coupables d’iniquité , soyons délivrés par l’intercession du bienheureux Thomas, votre évêque et martyr! »

Le 5 septembre 1174, le chœur de la cathédrale de Cantorbéry, bâti quarante-quatre ans auparavant par le prieur Conrad, fut brûlé. Il fut rebâti immédiatement, et la nouvelle construction fut beaucoup plus magnifique que

(1) Gp. s. Th., il, p. 88.

(2) Ep. Jo. Sar., il, p. 281.

(3) Mathieu Paris, p. 88.

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l'ancienne. Le théâtre du martyre fut agrandi, la colonne contre laquelle le saint s'était appuyé fut enlevée, et on érigea un autel sur lequel on conserva les deux fragments de l’épée de Brito. La chapelle s’appela dès lors « le martyre, # et l’autel fut nommé « la pointe de l’épée. » Les prieurs de Cantorbéry, Benoît , qui fit l’histoire du martyre et des miracles, et Alan, qui recueillit la correspondance, montrèrent beaucoup de zèle à remplir les ordres donnés par le pape pour la translation des reliques. Une lettre d’Alan (i), probablement écrite en 4185, propose le mois de mai suivant pour cette solennité. Plusieurs années s'écoulèrent encore sans qu’on la célébrât, probablement à cause du temps nécessaire pour bâtir une chapelle et faire faire une châsse dignes d’un si grand saint. L’emplacement choisi (*) pour la nouvelle construction fut la chapelle de la Sainte-Trinité, où il avait dit sa première messe et où il avait célébré souvent les saints mystères avant et depuis soq exil. Il avait coutume de s’y rendre aussi pour prier et assister à l’office dans le chœur. A droite , derrière l’autel , était saint Odon, et à gauche saint Wilfrid, dont les reliques furent transportées ailleurs; la tombe de l’archevêque Lanfranc se trouvait au midi, et celle de l’archevêque Théobald au nord. Cette

(1) Ep. Alan, in Herb., H, p. 318. Baudouin fut fait archevêque au mois de décembre 1184, et Alan devint abbé de Tewkesbury au mois de juin 1186. (Gerv., p. 1474 et 1480.) Alan avait été chanoine de Bénévent, quoiqu’il eût fait son noviciat à Cantorbéry.

(2) Gerv., De combust. et repar. Dorob. Eccl., p. 1296 , 1299 et

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chapelle fut entièrement détruite pour faire place à la magnifique construction qui devait renfermer la châsse de saint Thomas.

Vers l’année 1220, tous les préparatifs étaient terminés. Le cardinal Etienne Langton, qui était alors archevêque de Cantorbéry, fit la translation avec une grande magnificence (i).

La nouvelle châsse (*) fut placée devant le maître-autel ; c’était un splendide travail d’or et d’argent orné de pierres précieuses et supporté par un piédestal en maçonnerie. Elle fut visitée par un si grand nombre de personnes, « que jamais jusqu’alors l’Angleterre n’avait vu une foule semblable concentrée sur un même point. » Deux années avant, le cardinal archevêque avait annoncé cette solennité. Il avait fait venir de ses châteaux et possessions toutes sortes de provisions pour l’entretien d’une si nombreuse assistance. Le jeune Henri III était présent à cette cérémonie (») avec Pandolphe, le légat du pape, l’archevêque de Reims, presque tous les évêques du royaume, vingt-trois évêques de France, des abbés, prieurs, comtes

(1) « Cette cérémonie coûta si cher à Etienne Langton, alors archevêque de Cantorbéry, qu’il laissa à la charge de l’archevêché une dette que Boniface, son quatrième successeur, eut de la peine à éteindre. Outre les dépenses énormes d’une splendide hospitalité dans l’intérieur de son palais, il fournit, à ses frais, du foin et de l’avoine, sur la route de Cantorbéry à Londres, aux chevaux de tous ceux qui se rendaient à cette solennité , et fit couler des fontaines de vin dans plusieurs quartiers de la ville. » (Hasted , Hist. de Cantorbéry, 1801, II, p. 337.)

(2) Annal. Waverl., ed. Gale, p. 185.

(3) Mathieu Paris, p. 214; Martene, Thés. nov. anecd., III, p, 703.

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