‹ La vie et le martyre de s. Thomas Becket, archevêque de Cantorbéry et légat du Saint SiègeChapitre 79 sur 79 · THOMAS DE CANTORBÉRY · texte numérisé non relu

THOMAS DE CANTORBÉRY

fidèles d’Angleterre; vous les verrez. Connaissant votre dévouement et votre zèle pour tout ce qui touche la piété et la religion, plein de confiance en votre fraternité, nous vous prions dans le Seigneur de recevoir avec bonté le porteur des présentes, Nicolas, chanoine de l’église des Saxons, et de vouloir bien, conformément à la teneur des lettres de notre seigneur le pape, lui accorder, sur notre prière, des lettres de votre main pour l’honneur de la Mère de Dieu. Je vous salue dans le Seigneur. » (Ep. Gilb. Fol., n, p. 138.)

Cette lettre est le dernier document où il soit fait mention de l’église du collège des Saxons , à la connaissance de l’auteur. La bulle d’innocent III, qui érigea l’hôpital de San-Spirito, donne à cette nouvelle fondation « l’église de Sainte-Marie in Sassia, précédemment attachée au collège saxon. » Dans la salle de l’hôpital, une inscription commémorative rappelle les actes louables de ce pape, et entre autres le suivant : Angeli monitu, expositis inf antibus excipiendis educandisque hospi tium in veteri Saxonum scholà désignât.

Le vén. Bède (Hist. eccl. v, 8) rapporte qu’en 727, Ina, roi des Saxons occidentaux, visita Rome, sous le pontificat de Grégoire II, et qu’à cette époque un grand nombre d’Anglais de tout rang et de toute condition faisaient ce pèlerinage. Mathieu de Westminster (ad. ann. 727, ed. Francof., 1601, p. 135) ajoute qu’il fonda à Rome le collège anglais, où les rois et la famille royale d’Angleterre, les évêques, les prêtres, les clercs, pouvaient s’instruire dans la doctrine et dans la foi catholiques. Près de cette maison, il construisit une église en l’honneur de la bienheureuse Vierge Marie, où les Anglais pouvaient dire la messe, et, s’ils mouraient à Rome, trouver une sépulture. Pour l’entretien de cette fondation, il ordonna que le denier qu’on appelait Romescot serait payé par chaque famille à saint Pierre et à l’église de Rome. Mathieu Paris (éd. 1644, p. 19), dit qu’Offa II, roi de Mercie, en 794, en reconnaissance de la canonisation de saint Alban, faite par le pape Adrien,

NOTES

étendit à son royaume la contribution du denier de saint Pierre, qui se paie pour l’entretien du collège anglais qui tune Romæ floruit. D’après le bibliothécaire Anastase, le collège et l’église furent brûlés en 81 7, et rebâtis par le pape Pascal 1er ; ils furent de nouveau détruits par le feu, lors de cet incendie du Borgo que le pinceau de Raphaël a rendu célèbre; le pape Léon IV les reconstruisit entièrement. Une des portes de la cité Léonine, de laquelle le pape Léon IV donna sa bénédiction au faubourg pendant l’incendie, s’appelait « la poterne des Saxons , » Saxonum posterula. Le même auteur assure que le nom de « Borgo » venait de nos compatriotes : Per quorumdam gentis Anglorum desidiam, omnis Anglorum habit atio quœ in eorum linguâ burgus dicitur, flammâ ignis combusta est.

Sans parler de plusieurs rois saxons qui, dans leurs visites à Rome, conférèrent de nouveaux privilèges à cet établissement national, nous le voyons rappelé dans la lettre suivante, écrite par le pape Alexandre II à Guillaume le Conquérant, en 1068 (Baron., ad Ann.) Nam, ut benè nosti , donec Angli fidèles erant piæ devotionis respectu ad cognitionem religionis annuam pensionem apostolicœ sedi exhibebant, ex quà pars romano pontifici , pars ecclesiœ S. Mariœ quœ vocatur Anglorum, in usum fratrum , differebatur. Probablement le collège saxon était déjà bien pauvre avant saint Thomas; car, lorsque saint Anselme visita Rome, quand il n’était pas au palais de Latran, il passait son temps dans un lieu appelé Sclavia (voir le curieux récit en vers de la vie de saint Anselme, dans les Mss. de la bibliothèque du Vatican, no 499, p. 123), maintenant « Torre de’ Schiavi, » au delà de la Porta Maggiore. Il est intéressant d’ajouter ici, d’après le même manuscrit (dont nous devons la connaissance aux recherches d’un étudiant allemand, Charles Greith), qu’il y avait en ce lieu un puits renommé pour la guérison des fiévreux, connu sous le nom de « puits de Saint-Anselme. »

Note C.

Lord Campbell (I, p. 68) s’exprime ainsi : « Le chancelier triompha de leurs scrupules, et les contraignit à payer la taxe qui remplaçait le service personnel. Sur ce, les chefs de l’ordre ecclésiastique se répandirent en invectives contre lui. Foliot, évêque de Londres, l’accusa publiquement de plonger un glaive dans le sein de sa mère l’Eglise, et l’archevêque Théobald, son ancien protecteur, le menaça de l’excommimier. Becket se montra entièrement indifférent aux censures ecclésiastiques, et il établit le droit d’Henri au service personnel et à la taxe de Terre sainte, pour toutes les terres tenues par l’Eglise. » Puis vient un récit exagéré de la controverse de l’abbaye de Battle. Le lecteur trouvera dans le texte de cet ouvrage la seule menace de censure que Théobald ait faite au chancelier. Foliot n’était pas encore évêque de Londres à l’époque où saint Thomas était chancelier d’Angleterre, et s’il a écrit la lettre où se trouve le passage cité par lord Campbell, c’est bien longtemps après, à l’époque où saint Thomas était en exil. Ce n’est pas seulement cette fois que lord Campbell a fait de cette lettre un usage qui ne peut se justifier. (Voyez note D.) Il est impossible de ne pas conclure de ce passage que « les chefs du clergé » se répandirent en invectives contre saint Thomas, à cette époque, et cependant , cette phrase malveillante ne se rencontre que plusieurs années après, dans une lettre peu authentique, écrite par un seul évêque, à une époque où on entassait contre saint Thomas toutes les accusations imaginables.

NOTES

Note D.

Il est évident que saint Thomas n’a pas reçu cette lettre (Gilb. Fol., I, p. 265) ; autrement il y aurait répondu comme aux autres. C’est un pamphlet spécieux en quelques parties, et si peu consciencieux, que M. Berington (Henri II, p. 657) le considère comme attribué à tort à Gilbert Foliot. « Est-il au monde quelqu’un d’assez stupide, dit cette lettre, pour ignorer que vous avez acheté la dignité de chancelier plusieurs milliers de marcs d’argent?... Notre père Théobald meurt, et vous, qui aviez toujours été à l’affût de cet événement, vous quittez immédiatement la Normandie pour revenir en Angleterre. » Théobald mourut le 18 avril 1161, et l’élection eut lieu en mai 1162. « Quand nous avons vu l’Eglise de Dieu opprimée, nous avons élevé la voix pour défendre sa liberté ; aussitôt une sentence de proscription est venue nous atteindre; nous avons été condamné à un exil cruel, et non-seulement notre personne, mais toute la famille de notre père , nos parents et nos amis. » En réponse à une assertion contenue dans une autre lettre de Gilbert (Gilb. Fol., II, p. 187) au sujet de l’opposition qu’aurait rencontrée l’élection de saint Thomas, Jean de Salisbury écrit (Ep. Jo. Sar., i, p. 304; Froude, p. 591) : « Je n’ai aucun égard aux mensonges qu’il a osé faire au sujet de votre élection; car j’étais là, j’ai tout vu, tout entendu. Lui seul vit votre élection avec déplaisir; car, plus que tout autre, ainsi qu’il le parut alors et qu’il le paraît encore aujourd’hui, il aspirait au siège que vous occupez. Toutefois, il fut longtemps sans oser parler, parce que les autres l’accusaient d’insolence et d’ambition. Aussi, quelles que fussent les pensées intimes de son cœur, dont Dieu est le juge, il vota des premiers pour vous, et quand votre élection fut certaine, il

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applaudit plus haut que personne. » M. Berington (Henri H, p. 663) dit que l’auteur a confondu les conciles de Clarendon et de Northampton, et qu’il attribue au premier les violences du second; mais il y eut bien assez de violences à Clarendon (voyez plus haut, p. 124, note 2) pour justifier le récit qu’il en a fait. La partie la plus curieuse de la lettre de Gilbert est celle où il parle des actes du roi. 11 y blâme saint Thomas non pas d’y résister, mais de n’y pas résister comme il le doit. Il ne le condamne pas seulement pour avoir été la cause de la soumission de tous les évêques à Clarendon ; il l’attaque pour avoir abandonné la défense des immunités ecclésiastiques, en donnant à Northampton des garanties pour les paiements des amendes. Ainsi qu’on peut l’imaginer, la lettre est pleine d’incohérences ; elle produit à la fois des accusations qui se détruisent. Lord Campbell a trouvé bon d’attribuer à saint Thomas l’exclamation suivante, lors du concile de Clarendon : « Puisque c’est le bon plaisir de mon maître que je me parjure, je suis résolu à le faire, ainsi qu’à m’en repentir après comme je pourrai. » (Les Chanceliers, I, p. 75.) Cette assertion, M. Campbell aurait dû le dire à ses lecteurs, ne s’appuie sur aucune autre autorité que sur cette lettre, écrite par le cruel ennemi de saint Thomas; encore l’authenticité en estelle douteuse. Elle n’est certainement pas dans le recueil de correspondances d’Alan; mais le Dr Giles la donne d’après deux Mss. de la bibliothèque Bodley; Douce, 287, 2® partie, n° 18, et Cave, 249, n° 447. Vide swprà , p. 223.

Note E.

Fitz-Stephens (p. 215) dit que le roi exila Jean de Salisbury et Jean, trésorier d’Yorck, pour priver saint Thomas de leur concours; Fitz-Stephens se trompe ici, comme il s’est trompé

NOTES

en affirmant que les évêques avaient scellé les constitutions de Clarendon; Jean, trésorier d’Yorck, qui fait une si belle figure dans son histoire des bourgeois de Scarborough (p. 213), fut fait évêque de Poitiers alors que saint Thomas était encore l’ami du roi; il fut consacré par le pape lui-même au concile de Tours. (Diceto, Imag., p. 536.) Ce vertueux prélaf était le digne ami de saint Thomas. Voici la fin d’une de ses lettres : « Quoi que vous fassiez, mon cher père et seigneur, faites-le pour l’amour de Dieu seul, et pour la défense des libertés de l’Eglise qui vous est confiée, et ne cherchez qu’en lui la consolation et la récompense de vos travaux. Le même sort, un sort plus cruel, m’est peut-être réservé. Puissé-je aller avec vous en exil, ou même vous y précéder ! Car il ne serait pas sans gloire pour nous, qui souvent parmi les vanités et les plaisirs du monde avons abusé de la prospérité, de souffrir ensemble, s’il le faut, les maux que Dieu peut nous envoyer. Notre ami, Henri de Pise, me cherche un asile; il me dit qu’il vous a fait faire par l’abbé d’ Aumône des offres semblables. Je vais maintenant à Pontigny pour recommander aux prières de ces religieux le succès de nos désirs, car, quand les secours humains viennent à manquer, c’est toujours à Dieu qu’il faut avoir recours. J’ai obtenu du pape qu’il nous recommande aux prières de Clairvaux. » (Ep. Gilb. Fol., II, p. 248.)

Note F.

Cette lettre (Ep. Jo. Sar., I, p. 194) commence par rendre compte des dispositions peu encourageantes dans lesquelles Jean de Salisbury a trouvé le roi Louis. Puis elle continue en ces termes : « C’est pourquoi je vous conseille, et c’est le plus vif de mes désirs, de tourner votre esprit tout entier vers le Seigneur et vers la prière. Ecartez, autant qu’il est possible, *

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toutes les autres occupations; car, quelque utiles qu'elles puissent être , celle que je vous recommande l’est bien plus encore. Les lois et les canons sont excellents ; mais, croyezmoi, ils ne sont pas nécessaires à cette heure ; car ils excitent la curiosité plus que la dévotion. Rappelez- vous qu’il est écrit que, dans les temps de troubles, les prêtres doivent pleurer entre le vestibule et l’autel, en disant : « Epargne, Seigneur, épargne ton peuple. » — « Dans mon agitation, dit le prophète, je roulais dans mon esprit plusieurs pensées, et mes mains cherchaient Dieu au jour de la tribulation. » Qui jamais a quitté l’étude des lois et des canons avec la componction dans l’âme ? Je dirai plus : souvent les travaux de l'école, en augmentant en nous la science, enflent notre cœur; rarement ils excitent la dévotion. J’aimerais mieux vous voir méditer sur les psaumes ou lire les ouvrages de morale de saint Grégoire, que faire de la philosophie scholastique. Il vaut mieux conférer sur des points de morale avec un homme spirituel dont l'exemple peut nous enflammer, que d’étudier et de discuter les subtiles questions de la science mondaine. Dieu sait dans quels sentiments, avec quel cœur je vous soumets ces pensées. Ptfenez-les comme il vous plaira ; mais si vous vous y conformez, Dieu sera votre aide et vous n’aurez pas à craindre les projets des hommes. Dieu sait que dans nos tribulations présentes, nous ne pouvons mettre notre confiance en personne. Cependant j’ai entendu dire que le roi de France a parlé au pape en votre faveur, et qu’il a remercié les moines de Pontigny. » Il parle ensuite de la nouvelle, arrivée jusqu’à lui, de tremblements de terre à Cantorbéry, Londres et Winchester; il dit que plusieurs évêques anglais ont profité de l’absence de l’archevêque pour usurper ses droits sur plusieurs chapelles relevant de son diocèse, et il finit par une proposition de l’évêque de Châlons, qui offre un asile à un des clercs de saint Thomas, « pourvu qu’il se comporte avec modestie, comme le font les gens de ce pays. » Lord Campbell rappelle cette lettre (Lupus,

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