SUR LES BIOGRAPHES DE SAINT THOMAS
Les noms d’Herbert de Bosham, de Roger de Pontigny, d’Edouard Grim et de Jean de Salisbury ou de Sarum, disent assez d’ eux-mêmes les occasions qu’ont eues ces personnages de connaître les faits qu’ils racontent ; on les a vus souvent, dans le cours de ce récit, assister en personne et prendre part aux scènes dont ils furent plus tard les historiens. Jean de Salisbury est ainsi nommé parce qu’il fut durant plusieurs années chanoine de cette EgÜse. (Fitz-St., Yita, ed. Giles, I, p. 215.) 11 fut élu évêque de Chartres le 22 juillet 1176 (Gerv., p. 1434); avant cette époque, il avait déjà écrit sa Vie de saint Thomas. (V. p. 422, note 2.) Herbert nous donne lui-même la date de son livre. (I, p. 37.) Il le commença dans la quatorzième année qui suivit le martyre, et le finit sous le pontificat d’Urbain DI (I, p. 367), qui régna depuis décembre 1185 jusqu’en octobre 1187. Il annonce son livre comme un supplément aux histoires écrites avant lui.
Voici en quels termes Fitz-Stephens nous présente ses lettres de créance : « Né dans la même ville que Monseigneur, j’étais son clerc et attaché à sa maison. Appelé par lui à partager ses
travaux, j’étais à la tête de sa chancellerie. Quand il chantait la messe, j’y assistais comme sous-diacre de sa chapelle ; quand il siégeait pour entendre des causes, je lisais les lettres et les documents qui lui étaient présentés; j’ai instruit plusieurs affaires sous sa direction. J’étais avec lui au concile de Northampton, où se traitèrent des questions si importantes. Je fus témoin de son martyre à Cantorbéry. J’ai vu et entendu une grande partie des choses contenues dans ce livre ; quant aux autres, je les ai apprises de ceux qui en furent témoins. » Odon, ce prieur que saint Thomas nomma immédiatement avant son martyre {suprà, p. 396), fut fait abbé de Battel le 19 juillet 1173. (Chron. de Battel, p. 166; Gerv., p. 1432.) Il eut pour successeur dans le priorat, Benoît, qui avait été chancelier de saint Thomas et qui fut fait abbé de Peterborough en 1177, avant l’Ascension. (Gerv., p. 1436.) Benoit fit construire le portail de la cathédrale qui subsiste encore , et éleva sur les terrains qui en dépendaient une chapelle en l’honneur de saint Thomas. Le compilateur du Quadrilogue dit que le jour même du martyre, Benoit était avec saint Thomas « inter familiares illius familiarius. » Il écrivit un récit du martyre et des miracles qui le suivirent. (Grim, ed. Giles, I, p. 88; E. d’Evesham, II, p. 34.) Il avait constaté officiellement les miracles, en sa qualité de c ustos du saint tombeau; Roger le remplaça dans cette fonction (Benedict , De Mirac., p. 233; Gerv., p. 1436); après la dégradation de Clérembaud, en 1176, il fut fait abbé de Saint- Augustin. Thorn, religieux de cette maison, dit (p. 1819) que les moines élurent Roger dans l’espoir qu’il y apporterait avec lui des reliques de saint Thomas, et qu’il l’enrichit de quelques parcelles du sang du martyr, de sa cervelle et de son crâne. Benoit doit avoir clos son catalogue des miracles à l’époque où Roger fut fait custos, probablement lors de son élection au priorat, en 1173; en sorte que tous ceux qu’il raconte doivent avoir eu lieu en un peu moins de quatre ans. On trouvera quelques extraits de ce livre
NOTES
infra y note I. Son récit du martyre, si on en juge d’après Jocelin (Heame’s Avesbury, 280), commence probablement par ces mots: Cüm apud hominum fidelium mentes; mais on n’est pas sûr d’en avoir une copie authentique. Le Quadrilogue nous en a conservé quelques fragments.
Herbert parle d’Alan comme ayant été prieur de Cantorbéry. (I, p. 234; Gerv., p. 1670.) Il fut ensuite abbé de Tewkesbury, et non de Deoche, comme le dit Alban Butler, trompé par Baronius. Alan a recueilli les 529 lettres publiées par Lupus, et écrit une Vie du saint qui leur sert de préface ; cette Vie est intitulée, dans le manuscrit du Vatican: « Prohemium auctoris infrascriptas litteras recolligentis. » Ce livre existait avant le travail d’Herbert, et il en est fait mention par un écrivain anonyme qui, jeune encore , avait vu Edouard Grim parvenu à la vieillesse. (Vita, II, p. 50.)
L’auteur d’une autre Vie anonyme nous dit qu’il était présent au martyre. (Vita, II, p. 72.)
Gervais, religieux de Christ-Church à Cantorbéry, donne à saint Thomas une place importante dans sa chronique; voici comment il s’en excuse (p. 1418) : « Qui pourrait se fatiguer d’entendre les récits véritables de la vie d’un si grand martyr? Sa sainteté excita mon affection; sa bonté m’attira vers lui; c’est lui qui m’a donné l’habit, l’année même qu’il fut sacré archevêque; c’est entre ses mains que j’ai fait profession; c’est de lui que j’ai reçu les saints ordres. Il apparut un jour à un de mes frères qui portait son nom, et, entre autres choses affectueuses, il lui dit en secret : « J’ai tant fait, j’ai tant fait, que les noms de mes religieux et des clercs sont inscrits dans le livre de vie. » Et comme le clerc, inquiet pour lui-même, dit au saint : « Monseigneur, et moi? » le saint lui sourit avec bonté, mit sa main sur sa tête et le baisa. » Gervais fait mention (p. 1670) des écrivains qui l’ont précédé, d’Herbert, de Jean de Salisbury, de Benoît, d’Alan, qu’il cite comme ayant recueilli les lettres du saint en un volume, et de Guillaume, reli-
gieux de Cantorbéry, dont le livre ne nous est arrivé que par fragments.
Ralph de Diceto était archidiacre de la cathédrale de Saint- Paul de Londres ; il succéda à Richard de Beaumes (Ep. Gilb. Fol., éd. Giles, i, p. 40), parent de Gilbert Foliot, promu au siège de Londres sous le pape Eugène IG (Ep. Gilb. Fol., i, p. 122) et consacré par l’archevêque Théobald en 1152. (Diceto, p. 510 et 527.) Cet archidiaconat avait été promis par le pape à Jean de Cantorbéry; mais Gilbert intercéda près d’Eugène en faveur de Diceto, auquel ce bénéfice avait été précédemment conféré parle nouvel évêque de Londres. (Gilb. Fol., i, p. 121.) Alexandre IG lui donne le titre d’archidiacre, dans une lettre au chapitre de Saint-Paul, à l’occasion de la translation de Gilbert Foliot du siège d’Hereford à celui de Londres (Imag., Hist., p. 534; Gilb. Fol., i, p. 192); il assista en cette qualité au concile de Northampton. (Fitz-St., Yita, I, p. 227.) Plus tard, il fut fait doyen de la cathédrale.
Garnier de Pont-Saint-Maxence , ou, comme il se nomme lui-même :
« Guernes li clers, de Punt de Saint-Mesence nez, »
a écrit en vers une Yie extrêmement intéressante de notre saint; « l’abbesse suer saint Thomas, » reconnaissante, lui donna un palefroi avec son harnais ;
« Et les dames m'ont fet tut gras » Ghescune d’eles de sun dun. »
Les vers suivants donneront un échantillon de la langue et de la versification, et en même temps la date de cet ouvrage :
« Guernes li clers del Punt fine ici sun sermun
» Del martir saint Thomas e de sa passiun.
> E mainte feizJe fist à la tumbe al barun.
» Ci n'a mis un sul mot se la vérité nun.
* De ses mesfaiz li face li pius Deus ueir pardun.
NOTES
» Aine mais si bons romanz ne fu faiz ne trouez,
» A Cantorbire fu e faiz e amandez,
» N’i ad mis un sul mot qui ne seit ueritez.
» Li vers est d’une rime en cinc clauses cuplez.
> Mis languages est bons ; car en France fui nez.
» L’an secund qui li sainz fu en iglise ocis,
» Gomenchai cest romanz e mult m'en entremis.
» Des priués saint Thomas la uérité apris,
» Mainte feiz en ostai co que io ainz écris ,
» Pur oster la menconge. Al quart an fin i mis. »
(Ed. Bekker, fol. 8S.)
Diceto et Gervais ont été publiés par sir Roger Twysden en 4652; Garnier l'a été tout dernièrement par Bekker. Tous les autres écrivains dont il est fait mention dans cet ouvrage sont cités d'après l’édition récente du docteur Giles.
l^es lettres qui composent la correspondance de saint Thomas avec ses amis et ses , adversaires ont été, comme nous l’avons vu, publiées à une époque très reculée. Le docteur Giles les a réimprimées avec un grand nombre d’autres, mais avec si peu d’ordre qu'il est difficile de mettre à profit ces autorités si précieuses. Voici sous quelles formes nous y renvoyons dans le cours de cet ouvrage : Ep. s. Thomæ, 2 vol.; Ep. Gilb. Fol., 2 vol.; Ep. Joannis Sar., 2 vol.
Note A.
Godwin, Cave, Thierry et Sharon Turner, Froude et Giles, l’auteur de la vie publiée à Cologne en 1639, Cola, Beaulieu, le consciencieux Alhan Butler, admettent tous que Gilbert s’échappa des mains des Sarrasins et épousa une princesse sarrasine. M. Berington a, le premier, rejeté cette tradition. Vers l’époque de la translation des reliques par le cardinal Langton, en 1220, on fit une compilation des différents biographes, et ce travail a toujours porté depuis le nom de Quadrilogue. Il existe un grand nombre de copies de ce livre, qui a eu, si on peut ainsi parler, plusieurs éditions, précédées de divers prologues ou préfaces. Le Quadrilogue le plus connu est celui qui fut publié par Lupus, ou Christian Wolf, à Bruxelles, en 1682. Il avait été imprimé auparavant à Paris, en lettres gothiques, en 1495, sous le titre de : « Vita et processus sancti Thomæ. » On nomma souvent cet ouvrage le premier Quadrilogue , quoique son droit à cette distinction n’ait jamais été bien démontré. Il ne diffère du second Quadrilogue que par les premiers chapitres, où se trouve l’histoire de la princesse sarrasine.
On cite généralement l’autorité de John Brompton en faveur de cette légende; mais il n’a fait que copier les sept premiers chapitres du premier Quadrilogue , en se contentant d’altérer le commencement et la fin des chapitres, et de supprimer les noms des différents auteurs. Quand l’histoire commence à se compliquer, il renvoie les lecteurs à la vie « quam iv viri famosi scripserunt. » (Éd. Twysden, p. 1051, 1058.)
NOTES
John Grandisson, évêque d’ Exe ter (du 18 octobre 1327 jusqu’à sa mort, arrivée le 15 juillet 1369), en adressant son compliment à. son ancien professeur de théologie à Paris (le docteur Jacques Fournier), élu pape le 20 décembre 1334 et couronné sous le nom de Benoit XII, l’informe qu’il a écrit une Vie de saint Thomas le martyr, et qu’il a l’intention de la présenter bientôt à Sa Sainteté. « Vitam beati Thomæ martyris, ex multis scriptorfbus per me noviter redactam, Sanctitatis vestræoculisdestinointuendam. » (Registr. Grahdissoni, vol. I, fol. 40.) L’auteur est redevable de ce détail plein d’intérêt à l’obligeance du Rév. D* Olivier d’Exeter. Cet ouvrage n’a pas été imprimé ; mais il en existe des copies au Musée britannique, à la bibliothèque du collège du Corpus Christi à Cambridge, à la bibliothèque des élèves du Collège anglais à Rome, et au Vatican. (Chr. 623.) Cette compilation contient aussi l’histoire de la princesse sarrasine, un peu moins développée qu’elle ne l’est dans le premier Quaàrilogue.
Note B.
« Le cardinal-diacre Pierre à l’archevêque de Cantorbéry : Votre Seigneurie ne doit pas ignorer que l’église de la bienheureuse Vierge des Saxons [quæ Sassonorum dicitur) à Rome, a été destinée par la prévoyante munificence des pontifes romains à recevoir les Anglais qui visitent le seuil des saints apôtres, afin qu’ils y trouvent, après les fatigues du voyage, consolation et assistance, comme dans leur propre maison. Par suite de nos fautes, cette église est tombée dans une telle pauvreté qu’on ne peut trouver qu’un petit nombre de clercs et pas un laïque pour le service de l’église et des pèlerins. Notre saint-père le pape Alexandre, touché de compassion, a adressé en faveur de cette œuvre des lettres d’exhortation aux