‹ La vie et le mystèreChapitre 33 sur 70 · AU CIMETIÈRE · texte numérisé non relu

AU CIMETIÈRE

Je ne serai pas loin des gueux de mon village;

Ce sont les oubliés, ce sont les endormis

Du gîte misérable où la foi n'a rien mis :

Sur eux la glèbe est nue et l'air est sans feuillage.

Mais s'il ne reste d'eux rien, ni le nom ni l'âge, Du Dieu né dans l'étable ils seront les amis Quand à l'ordre éternel l'âme et le corps soumis S'uniront, de nouveau, pour le divin voyage !

LA VIE El LE MYSTÈRE 72

En attendant, voici l'enclos des trépassés.

Voici le coin désert des tertres effacés.

J'y pénètre et les morts m'accueillent comme un hôte.

La terre est plutôt rude à mes frères les gueux. Et je voudrais qu'ici ma croix fût un peu haute, Afin d'en partager l'ombre douce avec eux.

Pour Edouard Trogan.

Aux chemins de la terre, humble et fière à la fois, Que mon âme ne soit qu'au seul Maître asservie. Que votre Mère, ô Dieu, devinée et suivie, Me sache derrière elle incliné sous la Croix.

Poète au fond des champs, chasseur au fond des 'bois. Puisque rien ici-bas ne m'a causé d'envie, Puisse- je encor demain déployer, dans la vie. Les dons originaux, Seigneur, que je vous dois.

(i) Cette boutade n'atteint pas, dans l'esprit de l'auteur, les distinctions méritées.

S'il le faut, sans gronder, j'attendrai dans les gares Les trains. Et, tel un dieu, j'offrirai des cigares A tous les voyageurs qui se désoleront.

Sur des autels choisis j'allumerai des cierges.

Et quand, pour des festins, mes broches tourneront :

J'inviterai des gens aux boutonnières vierges.

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