LES MEUNIERS MES ANCÊTRES
A Henri de Régnier.
Les Harel n'étaient pas des meuniers ordinaires. Avec le château fort, même avec le couvent, Libres et chatouilleux, ils discutaient souvent. Ils buvaient un peu mieux que dans les séminaires.
Le jour, ils travaillaient comme des mercenaires. Tous leurs moulins chantaient dans le soleil levant. Des flammes traversaient la fenêtre et l'auvent. Lorsqu'ils fêtaient la nuit leurs propres centenaires.
Ils réglaient le méteil en beaux deniers comptants. Mais s'il fallait plaider, ils citaient, par instants, La coutume, les us et les vieilles formules.
Chevauchant maints pays, bons chrétiens en tout lieu, A l'aspect d'un calvaire ils refrénaient leurs mules Et mettaient chapeau bas devant le Fils de Dieu.
L'AIItULE PAR ALLIANCE
Pour Joseph L'Hôpital.
Oh ! cette étrange Dame au grand bonnet normand,
Au Saint-Esprit d'or pâle, à la robe fleurie,
Si belle en un festin de noce, à la mairie.
Où j'étais, sans savoir ni pourquoi ni comment.
J'avais des cheveux blonds, j'entrais tout doucement Dans ma septième année et, plein d'espièglerie. Je savais la chanson : Si tu voulais, Marie, Venir danser un -peu... — L'air en était charmant.
LA VIE El LE MYSTERE - io6
Splendide et haut bonnet, qu'un petit vent soulève, Sur toi timidement j'ouvrais des yeux de rêve, Quand on me fit chanter à la fin du repas.
Et la Dame soudain de rire en sa dentelle, Visiblement heureuse et ne se doutant pas Qu'un petit-fils lointain se levait devant elle.