LA VIE £T LES AVENTURES
de cire. En un mot, je fis de tout ce que je possédais environ deux cents pièces d'or. Ce fut avec ce fonds que je débarquai au Brésil.
Peu de temps après, le capitaine me recommanda à un fort honnête homme, tel qu'il était lui-même, qui possédait une j)lantation et une fabrique de sucre. Je vécus quelque temps dans sa maison, et par ce moyen, je m'instruisis de la manière de cultiver la canne et de faire le sucre. Or, voyant dans quelle aisance vivaient les planteurs, et avec quelle facilité ils faisaient fortune, je résolus, si je pouvais obtenir, une licence, de m'établir dans ce pays et de devenir planteur comme les autres ; me proposant en même temps de chercher les moyens de tirer de Londres les fonds que j'y avais laissés, et de les employer à l'amélioration de mon établissement. En conséquence, je me pourvus de lettres de naturalisation, en vertu desquelles je pus acheter de la terre qui était encore vacante, et dont je mesurai l'étendue à la quantité d'argent dont je pouvais disposer. Après cela je formai un plan pour ma plantation et pour mon établissement, proportionnant l'un et l'autre aux fonds que je comptais recevoir d'Angleterre.
J'avais un voisin portugais, qui était né à Lisbonne, de parents anglais; son nom était Wells, et ses affaires se trouvaient à peu près dans la même situation que les miennes. Je l'appelle mon voisin, parce que sa plantation touchait la mienne, et que nous vivions en fort bonne intelligence. Nous n'avions qu'un petitfonds l'un et l'autre, et ne plantâmes, à proprement parler, durant près de deux ans, que pour nous procurer de quoi vivre. Mais au bout de ce terme nous commençâmes à faire des progrès, et notre terre commença à devenir productive, tellement que la troisième année nous plantâmes du tabac, et eûmes chacun une grande
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pièce de terre toute prête pour y recevoir des cannes à sucre l'année d'après. Mais nous avions besoin d'aide; etje sentais, plus vivement que jamais, combien j'avais
eu tort de me défaire de mon garçon Xuri.
Mais hélas! il n'était pafi surprenant que j'eusse fail mal, moi qui ne faisais jamais bien. Je ne voyais aucun remède A ma peine, si ce n'esl dans la continuation de
mon travail; je me livrais ainsi à une occupation bien éloignée de mon inclination, et toute contraire au genre de vie qui faisait mes délices et pour lequel j'avais abandonné la maison- de mon père. Souvent je me tenais à moi-même ce langage : « Que me sert-il d'avoir trave de vastes mers, d'avoir parcouru plus de seize cents lieues? Ne pouvais-je pas faire en Angleterre ce que je fais ici, travailler auprès de mes parents et de mes amis, aussi bien que parmi des étrangers et des sauvages? » On voit que je ne réfléchissais guère sur ma condition, que pour m'en affliger. Je n'avais que ce voisin avec qui je causais de temps en temps : nul ouvrage ne se pouvait faire chez moi que par le travail de mes mains, et j'avais coutume de dire que je vivais comme un homme qui aurait fait naufrage dans une île déserte, et qui s'en verrait le seul habitant. Mais quand les hommes sont assez injustes pour comparer leur état présent à un autre qui -est plus mauvais, n'est-il pas bien juste que la Providence les condamne à en faire, dans la suite, un fâcheux échange, pour les convaincre de leur félicité passée par leur propre expérience? et ne méritais -je pas bien de devenir un jour ce même homme que je me représentais vivant misérablemeDt dans une île absolument déserte, puisque j'étais assez injuste pour faire souvent comparaison de lui à moi, dans l'état de vie où je me trouvais alors, et où je n'avais qu'à persévérer pour devenir très-riche et très-heureux?
Le capitaine qui m'avait reçu à son bord se trouvait toujours mon ami affectionné. Il demeura trois mois tant à charger son vaisseau qu'à faire les préparatifs de son voyage . Un j our, comme j e lui parlais du petit fonds que j'avais laissé à Londres, il me donna ce bon avis : « Si vous voulez me donner une lettre adressée à la personne qui a votre argent à Londres, avec ordre de l'envoyer à Lisbonne, après l'avoir converti en marchandises convenables à ce pays-ci, je vous promets, moyennant la grâce de Dieu , de vous les rapporter à mon retour; mais comme les choses humaines sont toujours sujettes à la vicissitude et aux contre-temps, je vous conseille de ne demander que cent livres sterling, que vous dites être la moitié de votre fonds, et de les aventurer pour une première tentative, afin que, si elles arrivent à bon port , vous puissiez faire venir le reste par la même voie ; si au contraire vous avez le malheur de les perdre, vous aurez encore l'autre moitié pour y avoir recours en cas de besoin. «
Je ne pouvais mieux faire que de suivre ce conseil. J'adressai à la veuve du capitaine une relation exacte de mes aventures , avec toutes les instructions nécessaires pour me faire tenir mon argent. La veuve, non contente de délivrer l'argent, envoya, du sien propre, un présent de vingt- cinq livres sterling au capitaine portugais, en reconnaissance de l'humanité et de la charité qu'il avait exercées à mon égard. Les cent livres sterling converties en marchandises d'Angleterre, furent envoyées à Lisbonne au capitaine, et celui-ci me les apporta heureusement au Brésil.
Je fus transporté de joie lorque cette cargaison arriva, et je crus ma fortune faite. Le capitaine avait employé les vingt-cinq livres sterling dont la veuve lui avait faitprésent, à louer pour moi un serviteur pour le terme de
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six ans; il me l'amena, et jamais il ne voulut rien accepter de moi, en considération de tant de services, qu'un peu de tabac de mon cru.
Toutes mes marchandises étant des manufactures
d'Angleterre, telles que des draps, des étoffes et autres choses recherchées dans le Brésil, je trouvai à les vendre à un prix très-haut ; en sorte que je portai au quadruple la valeur de ma première cargaison, et que je me vis pour lors infiniment plus avancé que mon pauvre voisin , quant à ma plantation : car d'abord j'achetai un esclave nègre et louai un serviteur européen, outre celui que le capitaine m'avait amené de Lisbonne.
Mais le mauvais usage que nous faisons de la prospérité devient souvent la source de nos plus grands malheurs : c'est ce qui se vérifia en moi. L'année suivante j'eus toutes sortes de succès dans ma plantation : je tirai de ma propre terre cinquante gros rouleaux de tabac, outre ce que j'avais vendu pour acheter de quoi pourvoir à mes besoins; et ces cinquante rouleaux, pesant chacun plus de cent livres, étaient bien conditionnés et tout prêts pour le retour de la flotte de Lisbonne. Alors voyant mes affaires et mes richesses s'accroître également, je commençai à rouler dans ma tête quantité de projets et d'entreprises. Si j'eusse voulu continuer le genre de vie que j e menais alors , j e pouvais encore devenir riche et heureux; au lieu de cela, j'allais, en cédant à ma passion effrénée de courir le monde, augmenter le nombre de mes fautes, et par conséquent fournir une plus ample matière aux reproches que j'aurais le loisir de me faire un jour.
Ayant déjà vécu près de quatre ans dans le Brésil, et commençant à gagner considérablement et à prospérer, j'avais fait connaissance et lié amitié avec mes
compagnons de plantation, aussi bien qu'avec les marchands de San-Salvador, qui était notre port de mer; dans nos entretiens je leur avais souvent rendu compte de mes deux voyages à la côte de Guinée, de la manière de faire la traite, et de la facilité avec laquelle on pouvait s'y procurer de la poudre d'or, des dents d'éléphant, d'autres choses précieuses, et, qui plus est, des nègres en grand nombre , le tout pour des bagatelles , comme de petits lits, de la quincaillerie, des couteaux, des ciseaux, des haches, des miroirs , et autres menues marchandises.
On ne manquait jamais d'écouter attentivement ce que je disais sur ce chapitre, mais surtout l'article de l'achat des nègres, car, comme le gouvernement portugais s'en était réservé le monopole, ils étaient fort rares et fort chers au Brésil.
Un matin, trois planteurs vinrent me trouver, et me dire qu'ils allaient me proposer une chose qui demandait le secret. Je leur promis de le garder; et après ce préliminaire, ils me déclarèrent qu'ils avaient envie d'équiper un vaisseau pour la Guinée à l'insu du gouvernement; qu'ils avaient tous des plantations aussi bien que moi, et que rien ne leur faisait plus de tort, que le besoin extrême où ils étaient d'esclaves ; leur dessein était d'employer ce vaisseau à leur en procurer; on débarquerait les nègres secrètement, et ils les distribueraient ensuite dans leurs propres plantations. Ils me demandèrent si je voulais aller à bord de ce vaisseau en qualité de subrécargue ou commis en chef, pour prendre soin de tout ce qui concernait le négoce sur la côte de Guinée; ils me dirent que dans le partage des nègres j'aurais une portion égale à celle des autres, et que je serais dispensé de fournir ma quote-part du fonds qu'on réunirait pour cette entreprise , qui devait être la
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seule de cette nature; si elle réussissait on n'en tenterait pas une nouvelle.
Il me fui aussi impossible de résister à cett# ofire
(ju'il me l'avait été autrefois de réprimer les désirs extravagants qui firent échouer tous les bons conseils de mon père. Je leur dis que je partirais très-volontiers,
s'ils voulaient bien se charger du soin de ma plantation pendant mon absence. C'est ce que tous me promirent, et à quoi ils s'obligèrent par contrat.
Quand le vaisseau fut équipé, la cargaison embarquée, et toutes choses arrangées comme nous en étions convenus mes associés et moi, j'allai à bord, pour mon malheur, le 1er septembre 1859, anniversaire du jour où je m'étais embarqué à Hull, huit ans auparavant.
Nouveau voyage, Robinson fait naufrage dans une île déserte.
Notre vaisseau était d'environ cent vingt tonneaux; il portait six canons, et quatorze hommes en y comprenant le maître, le mousse et moi. Nous ne l'avions chargé d'autres marchandises que de quincailleries propres pour notre commerce, telles que du verre, des coquilles, et surtout de petits miroirs, des couteaux, des ciseaux, des haches, et quelques matelas.
Nous mîmes à la voile, nous dirigeant au nord le long de la côte , dans le dessein de tourner vers celle d'Afrique, quand nous serions parvenus au dix ou onzième degré de latitude septentrionale; ce qui était la route ordinaire qu'on tenait en ce temps-là. Nous
eûmes un fort bon temps tout le long de la côte, si ce n'est qu'il faisait excessivement chaud. Quand nous fumes avancés à la hauteur du cajo Saint- Augustin, nous nous éloignâmes en mer, et perdant bientôt *la terre de vue, nous nous dirigeâmes vers le nord-quart-nord-est, en sorte que nous passâmes la Ligne , après une navigation d'environ douze jours : et suivant nos derniers calculs, nous étions sous le septième degré et vingt-deux minutes de latitude septentrionale, lorsqu'il s'éleva un violent ouragan qui nous désorienta entièrement; il commença au sud-est, devint à peu près nord-ouest, puis se fixa au nord-est, d'où il se déchaîna d'une manière si terrible , que nous ne fîmes autre chose , pendant douze jours de suite, que dériver, forcés d'obéir aux ordres du destin et à la fureur des vents. Je n'ai pas besoin de dire que durant tout ce têmps-là je m'attendais chaque jour à être enseveli dans les flots; et il n'y avait personne sur le vaisseau qui osât se flatter d'échapper.
Cet orage non -seulement nous causa une frayeur mortelle, mais encore nous fit perdre trois de nos hommes; l'un mourut de la fièvre ardente, et les deux autres, dont l'un était le mousse, tombèrent dans la mer. Le vent s' étant un peu abattu sur la fin du douzième jour, le maître fit une estime le mieux qu'il put, et trouva qu'il était aux environs du onzième degré de latitude septentrionale, mais qu'il y avait une différence de vingtdeux degrés de longitude à l'ouest du cap Saint-Augustin; de sorte qu'il avait dérivé vers la côte de laGuyane, ou partie septentrionale du Brésil, au delà de la rivière des Amazones, tirant vers celle d'Orénoque. Il commença donc à me consulter pour savoir quelle route nous prendrions. Le vaisseau avait été fort tourmenté et faisait beaucoup d'eau; ainsi il opinait
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pour regagner La partie orientale, d'où nous ('lions partis.
J'étais (l'un avis tout contraire, et après avoir examiné ensemble une carte marine de l'Amérique, nous conclûmes qui! n'y avait aucune terre habitée où nous pussions espérer d'arriver, el qui lui plus proche de nous que l'archipel des Caraïbes: c'est pourquoi nous résolûmes de faire voile vers la Barbade, où nous espérions qu'en prenant le large, pour éviter le golfe du Mexique, nous pourrions aisément arriver dans quinze jours de temps ; car pour notre voyage à la côte d'Afrique il n'y fallait plus songer pour le moment sans quelque assistance, tant pour le vaisseau que pour nous-mêmes.
Dans ce dessein nous changeâmes notre course, et nous nous dirigeâmes vers le Dord-nord- ouest, afin de pouvoir atteindre quelqu'une des îles habitées parles Anglais, où j'avais espérance de recevoir du secours. Mais notre voyage devait se terminer autrement ; car étant dans la latitude du douzième degré et dix-huit minutes, nous fûmes assaillis d'une seconde tempête, qui nous emporta, avec la même impétuosité que la première, vers l'ouest, et nous écarta si loin de toute société humaine, que si nous venions à sauver notre vie de la fureur des eaux, il y avait beaucoup plus d'apparence que nous serions dévorés par les sauvages, que d'espérance de pouvoir jamais retourner dans notre pays.
Dans cette extrémité, le vent souffla toujours avec violence, et le jour commençant à paraître, un de nos gens s'écria : Terre ! A peine fûmes-nous sortis de la cabine pour voir ce que c'était, et dans quelle région du monde nous nous trouvions, que le vaisseau donna contre un banc de sable ; son mouvement cessa tout à
coup, les vagues y entrèrent avec tant de précipitation, que nous nous attendions à périr sur l'heure ; et nous nous serrions contre les bords du bâtiment, pour nous abriter contre la violence des vagues.
Il n'est pas aisé de représenter la consternation que Ton éprouve en pareil cas. Nous ne savions ni dans quel climat nous étions, ni contre quelle terre nous avions été poussés ; était-ce une île, un continent ? était-elle habitée ou déserte ? Et comme la fureur des vents, quoiqu'un peu diminuée, était encore terrible, nous ne pouvions pas seulement espérer que le vaisseau demeurât quelques minutes sans se briser en morceaux, à moins qu'un calme ne survînt tout à coup par une espèce de miracle. En un mot, nous étions immobiles, nous regardant les uns les autres, attendant la mort à chaque moment, et nous préparant pour l'autre monde, d'autant qu'il n'y avait que peu ou rien à faire pour nous en celui-ci. La seule chose qui pouvait encore un peu nous rassurer, c'est que, contre notre espérance, le vaisseau n'était pas encore brisé, et que le maître disait que le vent commençait à s'abattre.
Mais quoique le temps parût devenir moins chargé, néanmoins, à la manière dont le vaisseau avait échoué, et vu qu'il s'était enfoncé trop avant dans le sable pour qu'on pût espérer de l'en dégager, notre situation était véritablement déplorable ; il ne nous restait donc plus qu'à voir si nous pourrions sauver notre vie. Un peu avant la tempête nous avions un bateau qui suivait notre arrière ; mais d'abord, il s'y était fait une fente à force de heurter contre notre gouvernail, ensuite il s'était fracassé, et ou avait coulé bas, ou s'en était allé à la dérive, en sorte que nous n'avions plus d'espérance de ce côté-là. Nous avions bien encore une cha-
loupe à boni, mais nous ne savions pas trop comment U mettre en mer : cependant il n'y avail plus de temps à perdre : car nous croyions à tout momenl que le vaisseau allait se dissoudre ; et quelques-uns disaient qu'il était déjà entamé.
En même temps notre pilote essaya de prendre la chaloupe ; le reste de nos gens se mit à le seconder, et à la fin on la descendit à côté du vaisseau: nous nous mimes tous dedans, au nombre de onze personnes, recommandant nos âmes à la miséricorde divine, et aban-
Nous nous mimes tous dans la chaloupe. (Page 47.)
donnant le reste au courroux des ondes. Car quoique l'orage eût beaucoup perdu de sa violence, la mer s'élevait à une hauteur épouvantable contre les terres. C'est alors que le danger était proche et effroyable ; car nous voyions tous clairement que la mer était si enflée que notre chaloupe ne pourrait pas tenir contre, et que nous serions infailliblement submergés ; d'ailleurs nous n'avions point de voile, et quand même nous en aurions eu, nous n'aurions pas pu nous en servir. Nous nous mimes à ramer à toutes forces pour
aller à terre, mais avec un visage consterné comme des gens qui allaient au supplice. En effet, aucun de nous ne pouvait ignorer que quand la chaloupe viendrait près de la côte, elle y essuierait des coups si rudes, qu'elle serait bientôt en mille morceaux. Quoi qu'il en soit, nous priâmes Dieu de tout notre cœur pour le salut de nos âmes ; mais en même temps le vent nous poussant vers la terre, nous travaillions à tour de bras pour le seconder, et pour hâter notre perte.
Nous ne savions nullement de quelle sorte était le rivage, si c'était du roc ou du sable, s'il était élevé ou bas. La seule chose qui aurait pu raisonnablement nous donner quelque lueur d'espérance, c'aurait été de tomber dans quelque baie, dans quelque golfe, ou dans l'embouchure d'une rivière ; d'y entrer par un coup du hasard, et de nous mettre à l'abri du vent, ou peut-être encore de trouver une eau calme. Mais il n'y avait aucune apparence à rien de semblable : bien loin de là, la terre, à mesure que nous approchions, nous paraissait encore plus redoutable que la mer.
Après avoir ramé ou plutôt dérivé l'espace d'une lieue et demie, suivant le calcul que nous faisions, une vague furieuse semblable à une montagne, s'en vint roulant à notre arrière : c'était nous avertir d'attendre le coup de grâce. En effet, elle fondit sur nous avec tant de furie, qu'elle renversa tout d'un coup la chaloupe ; et nous séparant les uns des autres aussi bien que du bateau, à peine nous donna-t-elle le temps d'invoquer le nom de Dieu par une seule exclamation ; car dans le moment nous fûmes tous engloutis.
Il n'y a pas d'expression qui puisse retracer ici quelle était la confusion de mes pensées lorsque j'allai au fond de l'eau ; car quoique je nageasse fort bien, je ne pus cependant me dégager assez pour respirer, jusqu'à ce
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que la vague m'ayant poussé ou plutôt emporté bien avant vers le rivage, elle se brisa et me Laissa presque à sec, et à demi-mort, à cause de l'eau que j'avais avalée. Voyant la terre plus pioche de moi que je ue l'aurais cru , j'eus assez de présence d'esprit et l'haleine assez bonne pour me lever sur mes jambes, et m'en servir le mieux que je pus, pour tâcher d'avancer du côté de la terre, avant qu'une autre vague revînt, et me ressaisit. Mais je reconnus bientôt qu'il était impossible d'en venir à bout ; car, regardant derrière moi, je vis la mer menaçante, haute et furieuse, comme une ennemie redoutable avec laquelle je ne pouvais aucunement mesure^ mes forces. Tout ce que j'avais à faire, c'était de retenir mon haleine, et m'élever, si je pouvais, au-dessus de l'eau : de cette manière je pouvais nager, conserver la liberté de la respiration, et me diriger vers le rivage. Ce que je craignais le plus, c'était que ce flot, après m'avoir poussé vers la terre en venant, ne me rejetât ensuite dans la mer en s'en retournant.
Celui qui vint fondre sur moi la seconde fois, me couvrit d'abord d'une masse d'eau de vingt ou trente pieds de hauteur ; je sentais que j'étais entraîné bien loin du côté de la terre avec une force et une rapidité extrême ; en même temps je retenais mon haleine, et je m'aidais encore en nageant de toutes mes forces. Mais j'étais près d'étouffer à force de me contraindre, quand je me sentis monter en haut ; tout à coup je me trouvai la tête et les mains hors de l'eau, ce qui me soulagea sur-le-champ ; et quoique cet intervalle ne durât que deux secondes, il ne laissa pas de me faire un grand bien, me donnant le temps de respirer et redoublant mon courage : je fus derechef couvert d'eau ; mais non pas si longtemps que je ne pusse tenir bon, et m' aperce vaut que la vague s'était brisée, et qu'elle commen-
çait à retourner, je m'élançai en avant tant que je pus pour ne me point laisser entraîner, et je sentis que je prenais pied. Je demeurai sans rien faire pendant quelques moments, tant pour reprendre haleine que pour attendre que les eaux se fussent retirées, et puis je courus vers le rivage avec toute la vitesse dont j'étais capable. Cet effort n'était pas suffisant pour me délivrer de la fureur des ondes qui venaient fondre sur moi de nouveau ; elles m'enlevèrent deux autres fois, et me portèrent en avant, comme elles avaient déjà fait, sur un rivage tout uni.
Peu s'en fallut que le dernier de ces deux assauts dont je viens de donner la description, ne me fût fatal ; car la mer m' ayant entraîné comme auparavant, me mit à terre, ou pour mieux dire, me jeta contre un rocher, et cela si rudement que j'en perdis le sentiment, et le pouvoir d'agir pour ma délivrance ; car le coup ayant porté sur mon flanc et sur ma poitrine, m'ôta tout à fait la respiration pour un temps ; et si la mer fût revenue à la charge sans interruption, j'aurais été indubitablement suffoqué. Mais je revins à moi un peu avant son retour ; et voyant qu'elle allait m' ensevelir, je résolus de m' attacher à une pointe de rocher, et dans cette posture de retenir mon haleine jusqu'à ce que les eaux fussent retirées : déjà les vagues n'étaient plus si hautes qu'au commencement, parce que la terre était proche ; je ne quittai point prise qu'elles n'eussent passé et repassé par dessus moi. Après quoi je pris un autre essor, qui m'approcha si fort de terre, que la vague qui vint ensuite me couvrit véritablement, mais ne m'enleva pas ; en sorte que je n'eus plus qu'à exercer une seule fois mes jambes pour mettre fin à ma course, et pour prendre terre. Dès que j'y fus arrivé, je montai sur le haut du rivage, et m'as-
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sis sur l'herbe à l'abri de t'insulte el de la fureur des
faux.
Me voyant ainsi en sûreté, je commençai par lever les yeux au ciel, el rendre ^vùrc à Dieu de ce qu'il m'avait sauvé la vie. Je crois impossible de peindre au villes transports el l'extase où se trouve l'âme qui
Je m'attachai à une pointe de rocher. (Page 5o.)
se voit sauvée de la sorte, et arrachée, pour ainsi dire, du fond du tombeau. Je ne m'étonne donc plus qu'on amène au malheureux prêt à perdre la vie sur un échafaud, un chirurgien pour lui tirer du sang en même temps qu'on lui annonce sa grâce, de peur que la surprise ne lui devienne mortelle.
Je me promenais au Lord de la mer, levant les mains vers le ciel, l'esprit absorbé dans la contemplation de ma délivrance, témoignant mes transports de joie par mille gestes que je ne saurais rapporter; réfléchissant sur mes camarades, qui tous avaient été noyés, et songeant que j'étais le seul qui me fusse sauvé; car depuis notre naufrage je n'en pus jamais voir aucun, pas même la moindre trace, excepté trois chapeaux, un bonnet et deux souliers dépareillés.
Je tournai les yeux du côté du vaisseau échoué ; mais la mer était si écumante et si courroucée, d'ailleurs il était à une distance si grande, qu'à peine pouvais-je le distinguer. A cette vue je m'écriai : « Grand Dieu î comment est-il possible que je sois venu à terre ? »
Après que la pensée de ce qu'il y avait de consolant dans ma position eut ranimé mon courage, je commençai à regarder autour de moi, afin de voir en quelle sorte de lieu j'étais, et à quoi je devais d'abord m'occuper. Je sentis bientôt diminuer mon allégresse, et je trouvai que loin que j'eusse à me féliciter beaucoup de ma délivrance, ma situation était affreuse : car j'étais mouillé, et je n'avais point d'habits pour me sécher; j'avais faim, et je n'avais rien à manger; j'avais soif, et je n'avais rien à boire; j'étais faible, et je n'avais rien pour me fortifiei ; je n'avais même d'autre perspective que celle de mourir de faim, ou d'être dévoré par les bêtes féroces : et ce qu'il y avait de plus affligeant pour moi, c'est que je ne possédais aucune arme pour me procurer quelque subsistance au moyen de la chasse, ou pour me défendre contre quelque créature que ce fût qui voudrait m'ôter la vie pour soutenir la sienne; en un mot, je n'avais rien sur moi qu'un couteau, et un peu de
tabac dans une boîte; voilà en quoi consistaient toutes mes ressources, ce qui me jeta dans de terribles angoisses ; en sorte que durant quelque temps je courus
çà et là comme un insensé. La nuit approchait, et je commençai à considérer quel serait mon sort, si cette terre nourrissait des bêtes féroces, sachant bien que ces animaux rôdent toutes les nuits pour chercher leur proie.
L'unique remède à tout cela, pour le moment présent, c'était de monter sur un certain arbre, dont le branchage était fort épais, semblable à un sapin, mais épineux, qui croissait près de là, et où j'avais résolu de passer toute la nuit en attendant le genre de mort qu'il me faudrait subir le lendemain; car jusqu'alors l'arrêt m'en paraissait irrévocable. Je m'éloignai d'environ un demi-quart de mille du rivage, pour voir si je ne trouverais point d'eau douce pour boire ; j'eus le bonheur d'en rencontrer, ce qui me causa beaucoup de joie. Après avoir bu et m'être mis un peu de tabac dans la bouche pour prévenir la faim, je courus à l'arbre, sur lequel je cherchai à me placer de manière à ne pas tomber, si je venais à m'endormir ; j'avais à la main un bâton court, que j'avais coupé pour me servir de défense; avec cela je pris mon logement. Gomme j'étais extrêmement fatigué, je tombai dans un profond sommeil, qui répara complètement mes forces, et je ne sais s'il y a beaucoup de gens qui auraient pu passer une si bonne nuit, dans une si fâcheuse conjoncture.
Il faisait grand jour lorsque je m'éveillai; le temps était clair, la tempête dissipée, et la mer n'était plus courroucée ni enflée comme auparavant. Ce qui me surprit beaucoup, ce fut de voir que, par la hauteur de la marée, le vaisseau avait été enlevé pendant la
nuit de dessus le banc de sable où il avait été engravé, et qu'il avait dérivé jusque tout près du rocher dont je viens de parler, où je m'étais si cruellement meurtri. Il y avait environ un mille de l'endroit où j'étais jusque-là ; et comme le bâtiment paraissait encore reposer sur sa quille, j'aurais bien souhaité d'être à bord, afin d'en tirer du moins pour mon usage quelqu'une des choses les plus nécessaires.
Dès que je fus descendu du logement que je m'étais choisi dans l'arbre, je regardai encore autour de moi, et la première chose que je découvris fut la chaloupe, que le vent et la marée avaient jetée sur la côte, à environ deux milles de moi à main droite. Je marchai le long du rivage, aussi loin que je pus pour aller jusque-là; mais je trouvai un bras de mer d'environ un demi-mille de largeur entre moi et la chaloupe, tellement que je m'en retournai sur mes pas, laissant la chose pour cette fois-là, parce que mes désirs se tournaient bien plus du côté du vaisseau, où j'espérais trouver actuellement de quoi fournir à ma subsistance.
va
Visite de Robinsoii à son vaisseau échoué.
Un peu après midi, je vis que la mer était fort calme, et la marée si basse que je pouvais avancer jusqu'à un quart de mille du vaisseau : et ce fut pour moi un renouvellement de douleur; car je voyais elairement que si nous fussions restés à bord, nous aurions été sains v{ saufs, je veux dire que du moins nous
serions tous venus heureusement à terre, cl que je n'aurais pas été si misérable que de me voir, comme j'étais alors, dénué de toute consolation e1 de toute compagnie. Ces réflexions m'arrachèrent des larmes; mais comme elles n'apportaient qu un faible remède à mes maux, je résolus d'aller au vaisseau, si pourtant je le pouvais. Il faisait une chaleur excessive; je me dépouillai de mes habits, et me jetai dans l'eau. Mais quand je fus arrivé au pied du bâtiment, je trouvai qu'il me serait extrêmement difficile de monter dessus ; car comme il reposait sur terre et qu'il était hors de l'eau d'une grande hauteur, il n'y avait rien à ma portée que je pusse saisir. J'en fis deux fois le tour à la nage; à la seconde j'aperçus ce que je m'étonnais de n'avoir pas vu la première ; c'était un bout de corde qui pendait à l'avant, de telle façon, qu'après beaucoup de peine je m'en saisis, et par ce moyen je grimpai sur le gaillard. Quand j'y fus, je vis que le vaisseau était entr'ouvert, et qu'il avait beaucoup d'eau à fond de cale ; mais qu'étant posé sur le flanc d'un banc dont le sable était ferme, il portait sa poupe extrêmement haut, et la proue si bas, qu'elle entêtait presque dans l'eau. De cette manière le pont se trouvait tout à fait exempt d'eau, et tout ce qu'il renfermait était sec; car on peut bien compter que la première chose que je me mis à faire, fut de chercher partout, et de voir ce qui était gâté, ou ce qui était bon. D'abord, je trouvai toutes les provisions du vaisseau sèches, et De se sentant pas de l'eau : comme j'avais grand appétit, je m'en allai à la soute, où je remplis mes poches de biscuit, et je me mis à en manger tout en m'occupantà d'autres choses, car je n'avais pas de temps à perdre. Je trouvai aussi du rhum dans la chambre du capitaine, et j'en bus unbon coup ; j'en avais grand besoin pour m'encou-
rager à soutenir la vue des souffrances qui me restaient à essuyer.
Il ne m'aurait servi cle rien de demeurer les bras croisés, et de perdre le temps à souhaiter ce que je ne pouvais aucunement obtenir. La nécessité stimula mes efforts. Nous avions à bord plusieurs vergues, un ou deux mâts de perroquet qui étaient de réserve, et deux ou trois grandes barres de bois; je pris la résolution d'en tirer parti immédiatement, et je lançai hors du bord toutes celles de ces pièces de bois qui n'étaient pas trop pesantes, après les avoir attachées séparément à une corde, afin qu'elles ne dérivassent point. Gela, fait, je descendis le long du bâtiment, et les tirant à moi, j'en attachai quatre ensemble par les deux bouts, le mieux qu'il me fut possible, donnant à mon ouvrage la forme d'un radeau ; et après y avoir posé en travers deux ou trois planches fort courtes, je trouvai que je pouvais bien marcher dessus, mais qu'il ne pourrait pas porter une grosse charge, à raison de sa trop grande légèreté. C'est pourquoi je remontai sur le vaisseau et retournai au travail ; avec la scie du charpentier je partageai une des vergues en trois pièces en longueur, et les ajoutai à mon radeau avec beaucoup de peine et de fatigue. Mais l'espérance de me fournir des choses nécessaires me servait d'aiguillon pour faire bien au delà de ce dont j'aurais été capable en toute autre occasion.
Déjà mon radeau était assez fort pour porter un poids raisonnable; il ne s'agissait plus que de voir de quoi je le chargerais, et comment préserver cette charge de l'insulte des eaux delà mer; mais je ne m'arrêtai pas beaucoup à cette considération, et d'abord je mis dessus toutes les planches que je pus trouver; ensuite, après avoir bien considéré ce dont j'avais le plus
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de besoin, je commençai par prendre trois coffres de matelots, dont j'avais foret' les serrures pour les vider, et je les descendis à l'aide d'une corde sur mon radeau. Dans le premier je mis des provisions, savoir : du pain, du riz, trois fromages de Hollande, cinq pièces de viande de chevreau sèche, qui faisait notre principale nourriture, et un petit reste de blé d'Europe, mis à part pour nourrir quelques volailles que nous avions embarquées avec nous, mais qui, depuis longtemps, avaient été tuées. Il y avait aussi une certaine quantité d'orge et de froment mêlés ensemble; mais, à mon grand regret, je vis que cela avait été mangé ou gâté par les rats. Quant à la boisson, je trouvai plusieurs caisses de bouteilles dans lesquelles il y avait quelques eaux cordiales, et environ vingt-quatre de rack; je les arrangeai séparément, parce qu'il n'était ni nécessaire, ni même possible de les mettre dans un coffre. Pendant que j'étais occupé à faire ces provisions, je m'aperçus que la marée commençait à monter, quoique paisiblement, et j'eus le chagrin de voir mon habit, ma veste et ma chemise, que j'avais laissés sur le rivage, flotter et s'en aller au gré de l'eau; pour ma culotte, qui n'était que de toile, et ouverte aux genoux, je ne l'avais pas quittée, non plus que mes bas, pour me mettre à la nage ; quoi qu'il en soit, cet accident me fit aller à la quête des hardes, et je ne fus pas longtemps à fouiller, sans voir que je pouvais réparer ma perte avec usure; mais je me contentai de prendre ce dont je ne pouvais absolument me passer pour le présent, parce qu'il y avait d'autres choses que j'avais jdIus à cœur de me procurer. De ce nombre étaient des outils pour travailler quand je serais à terre ; et après avoir longtemps cherché, je trouvai enfin le coffre du charpentier. Ce fut un trésor pour moi, mais un trésor beaucoup plus
précieux que ne l'aurait été pour lors un vaisseau tout chargé d'or : je le descendis et le posai sur mon radeau, tel qu'il était, sans perdre de temps à regarder dedans, car je savais en gros ce qu'il contenait.
La chose que je désirais le plus, après celle-là, c'était des munitions et des armes. Il y avait dans la chambre du capitaine deux fusils fort bons et deux pistolets; je m'en saisis d'abord, comme aussi de quelques cornets à poudre, d'un petit sac de plomb et de deux vieilles épées rouillées. Je savais qu'il y avait quelque part trois barils de poudre; mais j'ignorais en quel endroit notre canonnier les avait serrés. A la fin pourtant je les déterrai, après avoir visité coins et recoins. Il y en avait un qui avait été mouillé; les deux autres étaient secs et bons, et je les plaçai avec les armes sur mon radeau. Alors je crus m' être muni d'assez de provisions ; il ne me restait plus de souci que pour les conduire jusqu'à terre ; car je n'avais ni voile, ni rame, ni gouvernail, et la moindre bouffée survenant pouvait submerger ma cargaison tout entière .
Trois choses relevaient mes esjDérances : en premier lieu, la mer qui était tranquille ; ensuite, la marée qui montait et portait à terre ; et en troisième lieu, le vent qui, tout faible qu'il était, ne laissait pas d'être favorable. Je trouvai encore deux ou trois rames à moitié rompues qui avaient appartenu à la chaloupe, et qui me servirent de renforts, et deux scies, une besaiguë, avec un marteau (outre ce qui était déjà dans le coffre du charpentier), que j'ajoutai à ma cargaison; après quoijememis en mer. Mon radeau vogua très-bien l'espace d'environ un mille; seulement je m'aperçus qu'il dérivait un peu de l'endroit où j'avais pris terre auparavant; cela me fit juger qu'il y avait un courant d'eau, et par conséquent j'espérais trouver une baie ou
Mon radeau vogua très-bien. Page 5b.)
une rivière qui me tiendrait lieu de port, pour débarquer ma cargaison.
La chose était comme je l'avais imaginé : je découvris vis-à-vis de moi une petite ouverture de terre, vers laquelle je me sentais entraîné par le cours violent
de la marée; ainsi je gouvernai mon radeau le mieuxque je pus pour lui faire tenir le fil de l'eau : mais en même temps je faillis faire un second naufrage ; et si un tel malheur me fût arrivé, je crois véritablement qu'il m'aurait porté une atteinte mortelle. Cette côte m'était tout à fait inconnue; ainsi j'allai toucher le sable d'un bout de mon radeau, et comme il flottait de l'autre, peu s'en fallut que ma cargaison ne glissât en entier de ce côté-là, et qu'elle ne tombât dans l'eau. Je faisais tout mon possible pour tenir les coffres dans leurs places, en m' appuyant contre eux; mais mes forces étaient insuffisantes pour dégager le radeau ; je n'osais pas même quitter la posture où j'étais, et, soutenant la charge de tous mes efforts, je restai dans cette attitude près d'une demi-heure, durant laquelle la marée me relevant peu à peu finit par me mettre dans un parfait niveau. Quelques moments après, l'eau qui continuait de grossir fit flotter mon radeau, que je poussai avec ma rame dans le canal, et ayant avancé un peu plus haut, je me vis à l'embouchure d'une petite rivière, ayant la terre de chaque côté, et un courant ou flux rapide qui montait. Cependant je cherchais des yeux, sur l'un et l'autre bord, une place propre à prendre terre; car je ne me souciais point d'entrer plus avant dans la rivière ; et l'espérance que j'avais de découvrir quelque vaisseau me déterminait à ne point m'éloigner de la côte.
Enfin j'aperçus à main droite un petit réduit vers lequel je conduisis mon radeau, non sans beaucoup de