III. — Note sur la journée du 23 octobre en ce qui concerne
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sur pièces authentiques et, loin que l'Empereur prenne la décision de son chef, comme l'ont dit certains publicistes, ce ne sera qu'après la mûre délibération de tous les membres du Conseil d'État. Or, les quarante-sept conseillers d'État et maîtres des requêtes sont unanimes à déclarer que « l'intérêt public exige qu'il ne conserve pas la place de préfet de la S sine ». On peut même dire que c'est là une mesure de clémence, car le colonel de la Garde de Paris n'avait rien fait de plus que le préfet de la Seine ; il avait cru à ce que Malet lui avait fait dire, de même que Frochot a cru à ce que Soulier lui a dit, et les préparatifs qu'il a ordonnés à l'Hôtel de Ville montrent assez quelle confiance il a prise aux assertions de Soulier.
Reste à statuer sur les deux condamnés à mort de la Garde de Paris, auxquels le prince archichancelier et le Conseil des ministres ont accordé un sursis.
M. Saulnier, secrétaire général du ministère de la Police générale et M. Claix, secrétaire particulier de M. le duCj.de Rovigo.
IV. — Copie du rapport de l'Inspecteur général des prisons de Paris.
V. — Déclaration de M. Boulin, chef de division à la préfecture de la Seine.
VI. — Copie de la lettre de Malet au commandant Soulier. VÏI. — Copie de la lettre du préfet de la Seine au ministre
de la Police générale en date du 30 octobre.
VIII, IX, X, XI, XII. — Délibération des sections de Législation, de l'Intérieur, des Requêtes, de la Marine et de la Guerre.
Rabbe a une mentalité de tambour-major et une intelligence assez bornée pour que, malgré ses longs services, ses campagnes, son dévouement absolu, sa participation au procès du duc d'Engliien, il n'ait pu décrocher les étoiles de générai. Sa culpabilité esYdes plus limitées et, s'il n'a point empêché les délibérations de sous-offîciers qui prouvent le mauvais esprit de la Garde, il n'a paru nulle part ni n'a donné aucun ordre. On peut croire que, sans l'acharnement de Clarke, il eût été acquitté ou n'eût point même été mis en jugement. Sa peine fut commuée en prison perpétuelle ; dès le 11 mai 1814, il reçut de Louis XVIII des lettres de grâce et fut rétabli sur les contrôles ; le 18 octobre 1815 il fut mis à la retraite (1).
Le 28 octobre, lors de son interrogatoire devant la commission militaire, Râteau s'est défendu d'avoir rien su des projets de Malet et, lorsque le président lui dit : « Vous avez dû cependant être prévenu que vous deviez, soit la veille, soit le jour, être affublé d'un habit d'aide de camp » ; il répondit avec une certaine naïveté qui impressionna favorablement : « Je demande pardon ; ce n'est que dans le m oment que le général me dit, après que j'eus diné assez bien : Vous allez endosser un habit d'aide de camp, vous serez mon aide, vous serez à mes ordres et vous m'obéirez. » Lors de sa défense, il a provoqué quelque hilarité lorsqu'il a terminé son apologie par cette phrase :
(1) Il mourut à Paris le 10 octobre 1832.
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« J'appartiens à la famille Râteau. » Malet s'est chargé d'appuyer ses déclarations : il a déclaré que Râteau était avide d'avancement : qu'il lui avait dit lui-même « que c'était l'envie de tous les militaires et qu'il ne servait que pour cela ». 11 a donc accueilli avec enthousiasme l'idée de revêtir un uniforme d'aide de camp. Mais, comme il disait : « Vous pouvez croire que, dans toute, cette affaire-là, je n'ai été pour rien, absolument. »
Sa demande de sursis avait été accueillie. Le 29 octobre le comte Angles, maître des requêtes chargé du 3® arrondissement de la Police générale, dans son rapport à Son Excellence le ministre de la Police générale, a mis Râteau à part des autres prévenus : «Râteau, a-t-il dit, compatriote de Lafon, caporal dans la Garde de Paris et se disant neveu du procureur général près la cour impériale de Bordeaux, n'a pas tardé à tomber dans les mains de la police après l'arrestation de Malet. Dès le premier instant, il ne s'est pas fait illusion sur le sort qui l'attendait. Il l'a envisagé d'un œil calme et, en ma présence, // a manifesté l'intention de déclarer avec franchise toutes les circonstances de V événement. Ses réponses présentent le caractère de la vérité. » Dans son rapport à l'Empereur, en date du V novembre, Savary a dit : « Râteau paraît jusqu'ici n'avoir bien su la chose que le jour de l'exécution, » Par la suite. Râteau a raconté tout ce qu'il savait et peut-être un peu plus. Ainsi, déclara-t-il, le 1^"^ novembre, que le 22, Malet avait
voulu lui donner la décoration de la Légion d'honneur et qu'il l'avait refusée net. Au retour de l'Empereur, dans le Conseil privé du 21 décembre, sa peine fut commuée en prison perpétuelle avec apposition au fer rouge, sur son épaule, des trois lettres T. S. P. (Traitre à sa patrie], A la Restauration, il fut mis en liberté et entra, pour y travailler de son état de distillateur, chez un confiseur, rue Saint-Denis, où, aux Cent jours, on l'alla chercher pour perquisitionner dans ses papiers. Une note de Real porte : « Râteau n'est pas un homme fort important si l'on considère ses moyens personnels, mais il a dû fixer les regards des ministres de Louis XVIII. On peut le mander et savoir ce qu'on a fait ou voulu faire de lui sous le dernier régime. Ses papiers pourraient être visités. » Mais sans doute à présent bornait-il ses ambitions à la distillation.
Restait à régler le sort des militaires. Il y avait d'abord le général Lamotte « dont le nom avait été employé dans les scènes du 23 octobre » et dont Savary s'était efforcé, contre Clarke, à manifester l'innocence. Au conseil du 21 décembre, l'Empereur décida qu'il serait mis en liberté et renvoyé de Paris. Quant au général Denoyer (a/c), il continuerait d'être détenu.
Lecture ayant été faite des noms des individus acquittés par la Commission militaire qui a prononcé sur les délits du 23 octobre, l'Empereur a ordonné que Prévost (6/t), officier de la 10° cohorte,
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qui avait porté le paquet de Malet au général Doucet, serait mis en liberté et continuerait d'être employé; que Godard, capitaine au 1^^ bataillon du Régiment de Paris, serait destitué et qu'il serait fait un rapport particulier à son égard, et enfin que les nommés Gomont Saint-Charles, officier de la 10^ cohorte, Lebis, officier de la 10^ cohorte, Viallevielhe, sergentmajor du Régiment de Paris, Limozin, Caron, Julien, sergent-major du régiment de Paris, Caumette et Rouff seraient détenus comme prisonniers d'État jusqu'à nouvel ordre et destitués. Exception faite de Godard, Viallevielhe et RoufP, les condamnés, accompagnés de quatre gendarmes, furent transférés, le 28 janvier, dans une diligence de dix personnes, au château de Pierre-Chatel, département de l'Ain. Les trois autres furent envoyés isolément dans d'autres prisons d'État. Provost, renvoyé à son corps, partagea le sort de la plupart des officiers et des gardes de la 10® cohorte qui moururent de la terrible épidémie de
Martin et Verdet, capitaines dans la ci-devant Garde de Paris, Diot, lieutenant, et Baujard, sous-lieutenant dans la 10" cohorte, û'avaient point passé en jugement ; ils n'en étaient pas moins détenus, par ordre de Clarke, à la prison militaire de Montaigu, depuis le 24 octobre. Le ministre de la Guerre ne se décida que le 16 juillet à soumettre leur cas à l'Empereur qui prononça leur destitution, leur mise en liberté avec injonction « de se rendre de suite dans leur pays natal ».
Ni le sang yersé, ni les emprisonnements d'État ne suffisaient à calmer le zèle du duc de Feltre et à contenter son dévouement. Ajournées le 21 décembre, les mesures qu'il proposait à l'Empereur et au Conseil privé contre le V^ bataillon du régiment de Paris et la 10^ cohorte furent présentées à l'Empereur le 26 décembre et examinées dans le Conseil du 28. Clarke estimait que le Conseil des ministres avait eu tort d'ajourner, jusqu'au retour de l'Empereur, la proposition qu'il avait faite le 28 octobre « de dégrader en présence de la Garde Impériale et de la garnison de Paris les officiers et sous-officiers qui avaient obéi aux ordres des conspirateurs, de les faire conduire par la gendarmerie à des bataillons coloniaux ou de pionniers et de prononcer le licenciement du 1"^ bataillon de la Garde de Paris ». « Je vis dès lors avec regret, dit-il, que ce délai retardât un coup d'autorité qui eût trouvé alors les esprits tout préparés à l'impression qu'il devait produire. » Il prétendait justifier les mesures impitoyables qu'il avait préconisées par une théorie dont on n'eût point eu de peine à montrer les périls. « L'obéissance passive prescrite (aux militaires) par la discipline ne doit jamais, disait-il, servir de prétexte ni d'excuse à l'infraction de leurs serments ; ils sont individuellement responsables à l'État de l'emploi de la force qu'il leur confie et, à cet égard, il existe, devant les lois, entre les officiers et les soldats, une solidarité pénale dans laquelle le gouvernement et la nation trouvent leur commune
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sécurité. » Le duc de Feltre eût été fort embarrassé de montrer quand la force armée « essentiellement obéissante » doit commencer à raisonner et à désobéir, mais pour le moment, il se plaisait d'autant plus dans ce paradoxe qu'il avait acquis la certitude que, en soumettant ces mesures au Conseil, « il n'avait fait que prévenir les intentions de Sa Majesté ». Les circonstances se sont modifiées et avec elles les mesures qu'il propose. Le P' bataillon de la Garde municipale de 'Paris est parti pour Mayence où il est arrivé le 15 décembre ; la 10^ cohorte est en route pour Brème où elle arrivera le 7 janvier. Il ne reste à Paris que le 2^ bataillon dont les compagnies ont marché sur des ordres régulièrement transmis par le chef de bataillon « sans connaître l'objet des mouvements qui leur étaient ordonnés et sans manifester des mouvements contraires à leur devoir ». L'aigle du régiment, dont la place est marquée au 1" bataillon, est restée à Paris aux mains du major Querelles, commandant provisoire, au départ du V^ bataillon pour Mayence. Il a refusé de confier ce dépôt à des soldats qui n'étaient plus dignes de le garder. L'affront d'un pareil refus est déjà un châtiment... On pourrait penser à confier l'aigle au 2^ bataillon ou mieux au cadre du 3^ qui arrivera à Paris, le 17 janvier, qui s'est couvert de gloire en Espagne, à la défense du fort de Burgos et à celle d'Aguilar del Campo et qui pourrait devenir le noyau d'un nouveau premier bataillon. Les sous-officiers et les grenadiers de l'ancien premier bataillon
seraient dégradés et conduits à des bataillons de pionniers ou à des bataillons coloniaux. Les soldats seraient incorporés dans d'autres régiments. Les sousofficiers de la 10® cohorte subiraient le même sort que ceux de la Garde de Paris ; mais la cohorte ne serait pas licenciée et les soldats n'en seraient pas dispersés dans d'autres corps. « Cette cohorte est composée tout entière des contingents fournis par le département de l'Oise et la dispersion de ces soldats porterait le trouble dans la plupart des familles du département. » Un arrêté conforme était joint à ce rapport. Le Conseil privé fut d'un avis contraire et l'Empereur se résolut à ne point suivre les dispositions présentées par le duc de Feltre.
Par décret du 30 décembre 1812, le régiment de la Garde municipale de Paris fut dissous ; par un nouveau décret du 6 janvier 1813, les hommes qui l'avaient composé passèrent dans l'infanterie de ligne et formèrent le 134® régiment d'infanterie ; l'escadron de cavalerie qui était hors du débat fut versé au 2® chevau-légers lanciers de la Garde. Par décret du 10 avril 1813, un régiment de « Gendarmerie impériale de Paris » composé de 840 hommes, fut créé conformément au vœu formulé par les trois conseillers d'État, pour être administré par le préfet de Police, faisant fonction de commandant, dépendre de ses ordres et être soldé par la ville de Paris. Le colonel était colonel d'armes de la ville de Paris ; les quatre capitaines commandaient des compagnies mixtes
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d'hommes à pied et à cheval ; un auditeur au Conseil d'État, détaché à la préfecture de Police, faisait fonction de trésorier ; le drapeau de la Garde était déposé à la préfecture de Police (1).
Boutreux, Caamano, le général Desnoyers arrêtés, comme prévenus d'avoir favorisé le complot du 23 octobre, n'avaient pu être mis en jugement avec les autres accusés : Desnoyers et Caamano, parce que, lorsque les pièces les concernant avaient été déposées au greffe de la Commission militaire, le rapporteur avait terminé l'examen de la procédure, que la Commission était convoquée et qu'on voulait aller vite ; Boutreux, parce qu'il n'était arrivé à Paris que le jour même où la Commission s'était assemblée. L'Empereur avait prononcé le 21 décembre en Con-
(1) On a vu que la ville de Paris était à peu près sans garnison jusqu'à l'attentat de Malet. Par un ordre intitulé Service de la Garde à Paris pendant l'absence de l'Empereur, l'Empe reur rég-la, le 10 avril 1813, tous les chefs de la Garde dont le commandement en chef fut dévolu au Général comte Caffarelli résidant habituellement dans le palais habité par S. M, l'Impératrice Régente : Caffarelli établira à Sèvres et à Courbevoie, pour le service de l'Impératrice et du Roi de Rome, les détachements d'infanterie de Vieille Garde nécessaires pour le fournir. Il laissera à Paris au quartier Bonaparte un détachement de Vieille Garde pour faire le service, du moins au principal poste aux Tuileries. Il fera coucher dans les antichambres de l'Impératrice, l'officier de piquet, l'officier de gendarmerie de service, le maréchal des logis de piquet, et cela, indépendamment des pages et autres gens ordinaires du service.
seil privé sur le sort du général Desnoyers, mais restait à statuer sur le cas de Boutreux et de Caamano. L'instruction avait été suivie à leur égard avec bien plus de soin et de détail qu'à l'égard des autres accusés. Boutreux avait subi le 31 octobre un interrogatoire, à la suite duquel il avait été confronté au docteur Dubuisson, à la domestique de la maison de santé, à la femme Henry « faisant l'ordinaire du sieur Caamano » ; le 6 novembre, sur sa demande il avait été interrogé de nouveau ; le 14, il avait été confronté à Caamano ; il avait avoué avoir fait des copies des pièces qui avaient servi de base à l'attentat. Son affaire était donc en état : « Les aveux de Boutreux et les pièces recueillies, dit Clarke dans un rapport en date du 28 décembre, établissent qu'il a été un des principaux agents du complot, et qu'il a copié une partie des pièces. »
Quant à Caamano, qui multipliait depuis son arrestation ses instances près des prêtres qu'il connaissait plus ou moins, comme l'abbé de Mondot, aumônier de l'Impératrice Joséphine et vicaire général de l'archevêque de Tours, il avait été interrogé à diverses reprises et il avait reconnu le matériel des faits qui s'étaient produits dans les chambres qu'il occupait au cul-de-sac Saint-Pierre ; seulement il n'avait appris « ce que méditaient les conspirateurs que dans la nuit du 22 au 23 octobre ». « Quoique Caamano, disait Clarke, n'ait pas pris une part aussi active que Boutreux, il en a eu connaissance ; c'est chez lui que se
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sont réunis les conspirateurs, ils y ont préparé en sa présence leurs moyens d'exécution », et le duc de Feltre insistait pour que « des actes aussi coupables ne restassent pas impunis ».
Sur ce rapport soumis au Conseil privé le 28 décembre, l'Empereur prononça, le 9 janvier 1813, le renvo de Boutreux et de Caamano devant la Commission militaire formée par arrêté du 23 octobre. Les interrogatoires subis les 19, 20, 23 janvier par Boutreux et Caamano, ne laissèrent aucun doute sur l'ineptie de celui-ci et la complicité de celui-là : aussi, le 29 janvier, la Commission militaire, à l'unanimité, acquitta et déchargea Joseph-Marie-Fernandez de Caamano de l'accusation portée contre lui et condamna à l'unanimité le nommé Alexandre-André Boutreux à la peine de mort et à la confiscation de ses biens, en réparation du crime de complicité avec l'exgénéral Malet. « Le 30 jianvier, à deux heures de relevée, Boutreux, extrait de la maison militaire de l'Abbaye fut conduit sous escorte suffisante au lieu dit la plaine de Grenelle, commune de Vaugirard. Arrivé sur le terrain, il a entendu lecture du jugement en présence des troupes de la garnison de Paris et de M. Dunepart, maire de la commune de Vaugirard, et il a été mis à mort à deux heures quarante-cinq minutes de relevée par un piquet du corps des Vétérans commandé à cet effet. Le cadavre a été enlevé par les soins du maire et transporté au cimetière de Vaugirard. » Caamano, quoique acquitté, fut gardé comme
prisonnier d'État; mis en liberté par la Restauration, il reprit la suite de ses messes à Saint-Gervais et les disait encore vingt ans plus tard.
Un certain nombre de personnes avaient été arrêtées comme soupçonnées d'avoir eu des relations avec Malet, Lafon, Boccheiampe et Guidai ; sept, à la date du 22 décembre, étaient maintenues en détention. C'étaient, selon un rapport de Savary du 22 décembre, le nommé Ducatel, gardien à Sainte-Pélagie, et sa femme qui « avaient toujours été dans des intrigues de prison ; Ducatel, dit Savary, servait Malet dans le temps qu'il fut détenu à la Force où il était alors guichetier » ; et sa femme et lui l'ont visité plusieurs fois, dans la maison de santé du sieur Dubuisson. Ensuite le sieur Guillié, médecin de Bordeaux qui avait eu quelques rapports avec Lafon au sujet d'un jeune homme dont ce dernier avait fait l'éducation et qui fut depuis placé à l'École impériale de Saint-Germain; la dame Lemare dont le mari, compromis dans la première affaire de Malet, se tenait caché depuis cette époque ; la fille Simonet, qui faisait les commissions de Boccheiampe qu'elle avait connu en allant voir d'autres prisonniers à la Force ; la femme Richard, connue par ses intrigues dans les prisons, « qui avait cherché à communiquer avec l'ex-général Guidai pour lui donner des nouvelles d'une dame de Marseille qui n'avait pu obtenir la permission de le voir» ; enfin le nommé Ladrée, cordonnier de Malet, rue Saint Honoré : Malet, passant le 23 octobre devant sa
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maison, avait chargé un marchand de vin au rez-dechaussée, de dire à Ladrée qu'il était libre et qu'il se rendait chez le comte Hulin. Savary proposait qu'on mit en liberté, quitte à les renvoyer dans leur pays natal, le D'^ Guillié et la femme Lemare et de maintenir en détention pendant trois mois Ladrée, la femme Richard, la fille Simonet, Ducatel et sa femme. L'Empereur apostilla ainsi le rapport : Remettre cela au Conseil privé. Paris, le 7 janvier 1813. N. (1).
D'Erfurth, le 28 avril, l'Emperejir enjoignit au Ministre de la Police générale de mettre en liberté Ladrée qui, n'ayant point été condamné, avait, à tort, fait l'objet d'un recours en grâce. Les autres restaient pourtant en prison ainsi que M"'^ Malet ; et le duc de Rovigo demanda de nouveaux ordres le 21 juillet. Il n'ajoutait à son rapport du 22 décembre qu'un paragraphe relatif à la dame Malet: « Cette dame, écrivaitil, fut arrêtée comme prévenue d'avoir eu connaissance des projets de son mari et d'en avoir favorisé l'exécution. L'instruction de l'affaire n'a fourni aucune preuve positive qu'elle ait servi activement ces projets, mais elle a paru confirmer la prévention d'avoir connu, du moins en partie, ce que méditait son mari. Suivant les déclarations du nommé Boutreux, l'un des complices de Malet, c'est dans le logement rfe cette dame qu'il alla prendre la malle
(1) Chuquet, Ordres et apostilles ; mais il appelle la femme Lemare Léman.
OÙ étaient renfermés les habits et les armes dont ou fit usage dans la matinée du 23 octobre, ces objets étaient serrés d'avance dans la malle qui fut remise par la dame Malet, sur la présentation d'un billet du mari, et l'entretien qu'il eut à cette occasion avec la dame Malet, ajoute Boutreux, lui fit connaître qu'elle savait ce que son mari projetait. Cependant, lorsqu'elle fut interrogée dans la matinée du 28, elle manifesta une surprise qui ne parut pas affectée; peut-être avait-elle ^péré que son mari avait renoncé à l'exécution de ses projets. Cependant, ajoute Savary, les préventions qui résultent contre elle de la déclaration de Boutreux sont tellement fortes que je ne crois pas devoir proposer à Votre Majesté sa liberté. » L'Empereur néanmoins ordonna la mise en liberté delà dame Malet « par une décision particulière». Guillié fut mis en liberté le 17 septembre sur l'ordre de Savary et tous les autres le 6 octobre. « Mettez-les en liberté, écrit le duc de Rovigo, en leur faisant connaître que c'est par ordre de l'Empereur. »
Restait le frère de Malet que Savary avait fait arrêter à Paris. « Cet ancien officier d'artillerie, écrivaitt-ii à l'Empereur, le 4 janvier, est réputé aussi entiché des préjugés bourboniens que son frère l'était des idées démagogiques. L'examen de ses papiers n'a rien présenté à sa charge. Il a déclaré dans ses interrogatoires avoir donné en 1792 sa démission de capitaine en second du régiment de La Fère pour n'être pas
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obligé, dit-il, à des démarches contraires à l'attachement qu'il avait voué à la dynastie régnante. » Il n'avait point jugé à propos de rappeler qu'à Valence et à Auxonne, il avait été camarade de Bonaparte et qu'il avait développé dans le régiment une épidémie de mélomanie, à laquelle tous les lieutenants, même Napoléon, avaient succombé — ce qui avait sans doute développé son goût, mais non assuré sa voix. Après être resté peu de temps à Oiïenbourg, il s'était retiré dans le Jura où il avait été arrêté pendant la période révolutionnaire, puis il s'était fixé à Paris en 1803 : il avait plusieurs fois sollicité de l'emploi et avait pour garant le comte de Montalivet. Il vivait très retiré, ne vo^^ant que les frères Desmasis, ses anciens camarades de la Fére, dont l'Empereur avait fait la fortune, et les frères Hennete, directeur et inspecteur du cadastre II s'occupait dans les derniers temps d'un procédé pour rendre les draps imperméables et l'administration de la Guerre, sur l'offre qu'il avait faite d'appliquer ce procédé à l'habillement des troupes, lui avait livré deux mètres de drap pour faire un essai. Restait qu'il n'eut rien de commun avec Malet-Butini qui avait figuré sous le nom du grand Alcandre dans la Correspondance anglaise en 1799. Mais Savary s'en était assuré (1). Aussi, l'Empe-
(1) En réalité Mallet-Butini, neveu de Mallet du Pan, officier au régiment suisse de Chateauvieux au début de la Révolution : mêlé aux intrigues de l'intérieur que soudoyait Wickiaam : il avait fomenté la révolte de Sancerre en 1796,
reur annota ainsi le rapport : « Si on est sûr qu'il n'a lien de commun cipec le Mallet de la Correspondance ^ le mettre en liberté. Paris, le 4 janvier iSiS. N. » Ainsi fut fait.
Quant au cousin du général, Rouget de Lisle, qui était des plus assidus à le visiter en 1808 et 1809, il avait quitté Paris depuis le mois de septembre 1811 et vivait dans le Jura. On ne l'en rechercha pas moins dans les divers logements qu'il avait occupés et il écrivit à ce sujet au préfet du Jura, qu'il ne pouvait supposer à ces perquisitions « d'autres motifs que ses relations d'amitié et de parenté avec le général Malet ». On ne saurait dire qu'il fut inquiété, ni même que son cas ait été examiné.
M'"^ Malet, mise en liberté, avait gardé des relations avec les anciens commensaux de son mari : les Polignac. Lorsque, devant l'invasion étrangère, l'ordre fut donné de transférer les prisonniers d'État, M. de Polignac prétendit s'y soustraire et voulut rejoindre le comte d'Artois qui avait passé la frontière à la suite de' l'ennemi. Ce fut M"^'' Malet « qui s'offrit pour faciliter son évasion, ce fut elle qui lui fit tenir prête une voiture de poste et qui assura sa fuite en Angleterre (1) ». A la Restauration, elle adressa à Louis XVIIÎ une pétition rédigée par Rousselin et ainsi conçue : « Sire,
puis il avait commandé longtemps dans la Seine-Inférieure les vols de diligences. Il se réfugia ensuite en Angleterre et en 1812 servait dans un régiment anglais.
(1) Observateur des Tribunaux. Loc. cit., p. 187. •
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la veuve du générai Malet, mort pour l'humanité et la liberté, sollicite de Votre Majesté la pension qu'elle accorde aux veuves des généraux morts au champ d'honneur. » Présentée par M. de Polignac, cette pétition valut à la veuve de Malet une pension de 3.000 fr. sur l'État (1), une indemnité de pareille somme, une pension de 1.200 fr. sur la liste civile : un capital de 10.000 fr. (ou une inscription de rente) pour l'arriéré des appointements qu'elle prétendait dus à son mari depuis 1809 (2). Elle eût voulu 6.000 fr. de pension comme les femmes des généraux de division ; elle eût voulu l'arriéré de la pension de la Légion d'honneur depuis la mort du général Malôt jusqu'en décembre 1814 ; « elle eût voulu la continuation de cette pension viagère pour la veuve et pour le fils ; elle eût voulu pour son fils la croix du grade de la Légion d'honneur qu'avait son père au moment où il a succombé pour la cause de l'humanité ». Aristide Malet ne fut pas à la vérité commandant de la Légion d'honneur, mais il fut chevau-léger de
(1) La pension de 3.000 fr. octroyée à M^^^^ Debalay, veuve Malet (Denise), née le 28 décembre 1763 àNancé(Jura), comme veuve d'un maréchal de camp. Le fils Aristide hérita de la pension de 1.200 fr. sur la liste civile, « fils du général de ce nom ».
(2) Elle obtint un ordre du ministre de la Police « à l'eflet de lui remettre toutes les pièces saisies dans son domicile et sur la personne de son mari, ainsi que les procédures qui avaient été faites en 1808, à l'occasion de la conjuration sénatoriale et de 1812 lorsque éclata la deuxième conspiration ».
la Garde du Roi (3'^ lieutenant) et, par suite, en 1815, lors de la dissolution de la Maison rouge, lieutenant. Il avait alors dix-sept ans, étant né le V janvier 1798. Devenu^ le 25 avril 1840, chef d'escadron au 9^ chasseurs, il fut retraité dans ce grade en 1852.
Le D^ Guillié fut nommé par la Restauration médecin des sourds-muets pour « les services qu'il avait rendus à la cause du Roi » et son ami l'abbé Lafon, qui avait été décoré des premiers de la Légion d'honneur, publia, d'accord avec M^'^ Malet, cette Histoire de la conspiration du général Malet dans laquelle se trouve affirmé le royalisme du général et qui, par là, a gêné ses apologistes républicains.
A l'exemple de M""^ Malet, les veuves des autres condamnés ~ même divorcées depuis huit ans comme M™® Guidai — obtinrent, à la Restauration, des pensions réglées d'après le tarif appliqué aux veuves d'officiers tués à l'ennemi. Des faveurs spéciales furent accordées avix orphelins. Ce qui est remarquable, c'est que, lorsque, le 26 mars 1815, on présenta à l'Empereur le tableau des pensions accordées à ces veuves de l'affaire Malet, il annota : « J'approuve toutes ces pensions. Il n'y faut rien changer. »
Si l'on recherche ce que sont devenus les anciens complices de Malet, l'on trouve que Lemare, après avoir subi, sous un faux nom, quelque examen de
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médecin, fut soldé à 400 francs par mois comme médecin-major : en 1815, on le trouve avec l'abbé Lafon, un des commissaires du roi, dans les départements de l'Est. Il fait imprimer des proclamations: Auj: citoyens du département de V Est et aux anciens républicains du Jura, qu'il date du 10 avril et du 25 juin 1815. Il y invoque le souvenir de Malet et les emplit de cris de Vive le Roi !
Le sieur Gindre, médecin du Jura, était noté le 30 mai 1814 par le commissaire du roi, dans la 6® division militaire, marquis de Xavier de Champagne, comme affectant des opinions extrêmement royalistes.
Le général Guillaume, qui avait été exilé dans le pays de sa femme, aux Eaux-Vives près Genève, avec ses six enfants, se chargea, en 1814, de porter au maréchal Augereau, duc de Gastiglione, les offres du comte d'Artois. Sans doute est-il difficile de tirer de là des conclusions. Peut-être est-il permis de dire que Malet, comme ses complices, se proposait le renversement d'un gouvernement qui ne l'employait point.
A partir du moment où l'Empereur avait compris que l'affaire n'allait pas plus loin, qu'elle n'avait aucune racine profonde, qu'elle ne se liait ni à droite, ni à gauche, à l'effort d'un parti ou d'une faction, il n'y avait plus porté le moindre intérêt. Il fallait donc en finir au plus vite, balayer les épluchures et liqui-
der les broutilles. Peut-être avait-on adopté avec quelque légèreté une telle opinion. Solide en l'espèce, pour ce qui regardait les apparences, elle n'était point démontrée quant au fond, et les facilités de tous genres que Lafon avait rencontrées, eussent attesté, à des esprits moins prévenus, un sj^stème de complicités qui n'étaient pas sans périls, même pour la défense nationale : on devait bien le voir dans certaines villes de l'Est et du Sud-Ouest avant dix-huit mois. Mais nul ne semble y avoir prêté la moindre attention et, des trois conseillers d'État chargés de la Police, aucun n'y a fait la plus légère allusion. Par contre, tous trois ont insisté sur le manque de solidité du régime et sur la nécessité d'en affermir les bases. Ils ont osé dire que personne, ni à la 10® cohorte, ni à la Garde de Paris, ni à la préfecture de la Seine, n'avait pensé à répondre à la nouvelle de la mort de l'Empereur par le cri dynastique de : Vive FEmpereur ! Nul n'avait songé qu'à trois lieues de Paris, se trouvait, pour ce trône si vite déclaré vacant, un héritier désigné, dt)nt les titres avaient été solennellement proclamés à sa naissance par tous les Grands Corps de l'État. C'était à la stabilisation du régime que Napoléon travaillait depuis douze ans, l'amenant, peu à peu et par degrés, de la forme républicaine à magistrature temporaire, à une forme quasi monarchique par le Consulat à vie et par la désignation du successeur, à une forme héréditaire par les Constitutions de l'Empire : il avait cru résoudre le problème
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successoral qui pouvait troubler la nation par le divorce qui n'avait pas été sans coûter à son cœur, par le mariage autrichien, par la naissance de son fils — et tout cela ne servait de rien. Au premier péril que courait sa vie, on se croyait revenu à la veille de Marengo et, si les sénateurs n'osaient plus conspirer pour le remplacer ; si Servan ne s'exerçait plus comme en 1807 à prendre sa mort possible pour thème de révolution; si Fouché ~ et d'autres peut-être — n'escomptaient plus sa mort réelle comme en 1808; si Malet, prisonnier, échouait en 1809, à la proclamer, voilà qu'à présent, par le simple bruit de cette mort, tout croulait; que deux régiments se rendaient complices, étant dupes, et qu'un des grands fonctionnaires de l'Empire se rendait à l'Hôtel de ville de Paris, le maréchal des logis d'un prétendu gouvernement provisoire. Nul avertissement comparable à cette débandade où certains des meilleurs serviteurs dur régime n'avaient trouvé à opposer que des larmes à la nouvelle de la mort de leur général. Que fallait-il donc pour conforter ces fondements qui, pourtant, par un vœu, trois fois prononcé, du peuple entier, plongeaient au plus intime, au plus secret, en même temps qu'au plus généreux et au plus noble des sentiments de la nation, résultait de ses intérêts et de ses besoins comme de ses passions et correspondait à ses vœux comme à ses aspirations ? Quoi ? La certitude que l'héritier du trône, égal à son père et inséparable de lui, tiendrait de lui son génie et son bonheur et
qu'il serait constamment favorisé par la fortune. Et encore qui peut être certain que le peuple, quelque jour, ne se lasserait pas d'entendre appeler le juste un citoyen comme Aristide ?
Assurément, après l'échec du conspirateur et son arrestation, quelques-uns des serviteurs du régime s'étaient souvenus qu'il était héréditaire — mais, sur le moment, on peut bien dire qu'aucun n'y avait songé. N'y avait-il pas lieu de faire entrer cette idée dans les esprits, de la fixer dans les mémoires par des pompes extraordinaires, des cérémonies solennelles, un appareil religieux, politique et militaire tel qu'il ne pût être oublié ? N'y avait-il pas lieu de consacrer la succession dynastique, à la fois par un mouvement d'opinion et par une intervention pontificale ? A coup sûr, l'Empereur est mal placé pour provoquer l'un et l'autre, mais l'étrange prestige qu'a pris à ses yeux l'Impératrice autrichienne et qu'il ne doute pas qu'elle n'exerce sur la nation, doit apporter à cette entreprise un appui merveilleux. Aussi, dès le 22 décembre, il ordonne à Regnaud de Saint-Jean-d'Angély de « faire rechercher tous les ouvrages, édits, imprimés, manuscrits ou chroniques traitant des formes suivies depuis Charlemagne lorsqu'il a été question de couronnement de l'héritier présomptif». Pareilles recherches sur Ja régence des Reines et la façon dont elle a été exercée. On assemble ces recherches en deux brochures, qui sont d'abord imprimées à quelques exemplaires à l'Imprimerie impériale, ensuite découpées
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en tranches et publiées simultanément, dès le début de janvier, dans le Moniteur et dans le Journal de r Empire. Le 19 janvier, un mois jour pour jour après
son retour, sous prétexte de chasse à Grosbois, il pointe sur Fontainebleau où le Pape a été amené de Savone le 20 juin 1812. Dès le 29 décembre, il lui a écrit pour entrer en matière ; depuis lors, une sorte de négociation est engagée où, pas plus par M""^ de Brignole, que par les évêques Duvoisin, Barrai, Bourlier et Primat, il n'a été un instant question de l'objet qui, pour l'Empereur, est le principal et, dirait-on, l'unique. Le Pape résiste, il ne veut rien décider sans son conseil; Napoléon croit que, en donnant luimême, il emportera la position et, une fois les affaires de l'Église décidées, même par de larges concessions, l'essentiel suivra de soi. Sans doute, n'a-t-il pas dû manquer d'être frappé de l'importance donnée par Malet, dans son Sénatus-Consulte, à la question du Pape, et a-t-il dû y voir un symptôme. Sans doute a-t-il dû penser, qu'en un temps où il va demander à la presque Nation de considérables sacrifices, que le clergé, universellement adverse aujourd'hui, reviendrait à des sentiments meilleurs et apporterait, sous les auspices du Pape réconcilié, un concours d'influences utiles ; mais le but essentiel du voyage, c'est d'amener le Pape à Paris pour y couronner l'Impératrice et le Roi de Rome ; et c'est pour cela qu'il mène avec lui Marie-Louise dans la glaciale « Maison des Siècles » ; c'est pour cela que, jusqu'à ce qu'il ait atteint son but,
il ajoute concession à concession (1), jusqu'à démentir tout ce qu'il a pensé depuis sa jeunesse et tout ce qu'il a ordonné depuis sept ans; et c'est pour cela que, le 27 janvier, quand, après une dernière visite au Pape, il monte en voiture pour venir dîner à Paris, il estime qu'il a vraiment remporté une grande victoire.
Le 1^' février, il tient un conseil privé auquel il communique le Sénatus-Consulte organique sur la régence où se trouvent compris les articles relatifs au couronnement de l'Impératrice et du Prince impérial roi de Rome ; le 2, le Sénatus-Consulte est transmis au Sénat; Regnaud tente d'y justifier des dispositions qui abolissent, dans les constitutions en ce qui touche la régence : le paragraphe second de l'article 18 du titre IV du Sénatus-Consulte du 28 floréal an XII consacré par un plébiscite solennel comme loi fondamentale de l'Empire. Ici on disait : « les femmes sont exclues de la régence » ; à présent on dit : « A défaut de toute disposition de V Empereur mort^ V Impératrice mère réunit de droit à la garde de son fils la régence (le r Empire. » Toutes les questions relatives au Conseil de régence sont réglées de façon à écarter les princes de la Famille impériale^ pour donner l'autorité entière aux grands dignitaires et aux vice grands dignitaires. Des titres spéciaux règlent le sacre et le couronnement de l'Impératrice et du Prince impérial. Présenté
(1) Frédéric Massoin. L'Impératrice Marie-Louise, p. 417.
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le 2, le Sénatus-Consulte est adopté le 5 ; le couronnement est annoncé officieusement pour le 7 mars ; mais on n'ose rien rendre officiel. De Fontainebleau arrivent de mauvais bruits : les cardinaux italiens, dont l'Empereur a admis le retour, ont morigéné le Pape et l'on doute à présent qu'il maintienne sa signature ; à Paris, ces incertitudes produisent le plus mauvais effet ; pour forcer la main à Pie Vîî, l'Empereur fait publier au Moniteiu- le texte du Concordat : mais il est ensuite obligé d'annoncer l'ajournement du couronnement ; et, enfin, le Pape se rétracte et, par une lettre douloureuse, il retire la signature qu'il a librement apposée à l'acte du 25 janvier. C'est un échec qui attire davantage l'attention sur les buts que poursuivait l'Empereur. Et cet échec devient encore plus sensible, lorsque, dans le cadre d'un salon de l'Elysée, en présence de quelques dignitaires et des dames de cour, l'Empereur fait donner lecture des lettres patentes par lesquelles il confère à l'Impératrice et reine le titre de régente « pour en exercer les fonctions, dit-il, en vertu de nos intentions et de nos ordres tels que nous les aurons fait transcrire sur le livre de l'État » ; et lorsque l'Impératrice prête debout un tout petit serment^ un serment qui n'a rien de l'apparat majestueux du serment constitutionnel et qui pourtant ne saurait être différent, étant donnés les temps, les lieux et l'assistance.
Comment donc assurer la durée de son œuvre et sa perpétuation, comment obtenir une certitude au sujet
de la transmission du trône ? Ne doit-on pas penser que, dès lors, ît recherche dans la bataille des périls qui ne devraient point être pour lui, lorsque, se jetant au fort du feu, il y ramène des petits soldats qui savent à peine charger un fusil et qui, tout de même, se battent comme des grenadiers ? N'a-t-il pas pensé que, pour consacrer les fondements de l'édifice, il manque une volontaire immolation; que, à l'Impératrice régente, fille de la Sacrée Majesté Apostolique, l'Autriche, tout de même, se tiendrait obligée de porter aide; que, fût-ce sur le cadavre de Napoléon I", Napoléon II monterait au trône et que, devant la mère du nouvel empereur, l'Europe abaisserait ses armes et retirerait ses malédictions ? On ne saurait expliquer d'une autre façon sa conduite durant la campagne de 1813, et la campagne de 1814. Et le point de départ de toutes ces pensées et de tous ces actes^ c'est le coup d'audace de cet homme qui, sur une fausse nouvelle proclamée par trois travestis, s'est emparé de la grande moitié de Paris sans que nul ait pensé à répondre à : l'Empereur est mort, Vive l'Empereur !
Ce jour-là, la foi de Napoléon en la durée de son œuvre a été profondément atteinte : il a cherché des remèdes dont aucun ne s'est trouvé efficace et, de ce jour, tourment sans pareil, le maître de l'heure a éprouvé à tout instant l'incertitude de la durée.
Introduction
L'es familles militaires. — M. de Malet capitaine au régiment de Beauvilliers- Cavalerie. — Son mariage. — Ses enfants. — Claude-François admis aux Mousquetaires. — Les réformes de M. de Saint- Germain — Licenciement de la Maison du Roi. — Claude-François lieutenant à la suite. — Il ne demande pas à être employé. — Son mariage (1788).
— Voyage à Paris. — Sa correspondance avec sa femme. — Les émeutes. — Il est mesmérien. — Les États-Généraux. — La Fédération. — Rôle que croit y jouer Malet. — Il est nommé, grâce aux Lameth, aide de camp du prince de Hesse. — Ce que pense de lui-même, Malet. — Malet chez Narbonne. — Séjours à Paris et à Osny. — Les Lameth.
— Il quitte Hesse pour Victor Broglie. — Il arrive avec lui à Strasbourg. — Séjour à Strasbourg. — Les Dietrich. — Rouget de Lisle. — La veille de la guerre. — Madame de Valence et Paméla. — Il est nommé capitaine adjoint aux Adjudants Généraux. Ses actions de guerre. — M. de la Morlière et Victor Broglie. — Clubs de Strasbourg et de Dole. — Le Dix août. — Broglie suspendu par les commissaires de l'armée. — Indignation des officiers. — Vignette du papier de Malet. — Les contre-révolutionnaires. — La persécution contre les prêtres. — Les
généraux en chef : Desprez-Crassier. — Beauharnay. — Ambitions de Malet. — Les cheveux coupés.
— Nommé adjudant général chef de bataillon; adjudant général chefcde Brigade. — Il pressent qu'il va être renvoyé, comme ayant fait partie de la Maison militaire de Louis Capet. — Il est renvoyé. — Certificat qu'il demande et qu'il obtient. — Il va s'établir à Dole. — Cinq mois plus tard il est réintégré à l'Armée du Rhin — Au camp d'observation d'Insheim. — Opinions politiques. — Les sièges de l'an III. — Malade de la fièvre. — Indisponible. — Pléthore des cadres. — Mis en réforme (Messidor liij. — Certificats louangeurs. — La Constitution de l'an III. — Malet à Paris. — Réintégré par Clarke à l'Armée de Rhin et Moselle. — Détaché à Besançon. Malet et son ami le général Muller. — Candidat au Conseil. — En lutte avec les Députés. - Refuse d'aller à Grenoble. — Obligé de s'y rendre, — Le coup d'État du 30 prairial. — Bernadotte. — Rousselin. — Championne t. — Malet nommé général de brigade sur de beaux états de services fictifs . .
IL Le Général Malet (1799-1808).
Malet commande une brigade active au Petit- Bernard. — Il organise Aoste républicainement. — S'apprête à cerner le Fort de Bard. — Est remplacé dans son commandement. — Pertes qu'a subies sa brigade. — Il n'a point son brevet. — Il le réclame. Ses services énumérés par lui-même. — Il reçoit son brevet. — Désigné pour commander une brigade à la Deuxième Armée de Réserve. — Impossibilité qu'il ait conspiré contre la vie de Bonaparte.
— A l'Armée des Grisoux. — A l'audience du premier Consul. — Placé à Montpellier. — A Bordeaux. — Ses appréciations sur Bordeaux. — Il sollicite son changement. — Envoyé à Périgueux. — Congé de deux mois à solde entière. — A Angou-
lême. — Démêlés avec le préfet. — Intimité avec les révolutionnaires — Envoyé aux Sables. — Commandant de la Légion. — Terrible lutte avec le préfet Merlet. — Promenades à l'île d'Oléron. — Secours aux prisonniers. — Mis en non activité. — Protestations. — Lettres à l'Empereur et aux ministres. — Il obtient d'être envoyé en Italie. — Affecté à la 3^ brigade de la 5® division. — Il n'a affaire qu'aux insurgés du Parmesan et du Plaisantin : Ses actes d'indiscipline. — Envoyé à Vérone. — Sous Duhesme à l'Armée d'Italie. — A Civita- Vecchia. — En réalité à Rome. — S'empare du palais Rinuccini. — Refuse de le quitter, malgré les interventions d'Alquier et de l'ambassade. — Malet à Rome. — Chez Lucien. — Aveux de Madame Lucien. — Entrevue avec le Pape. — Lutte ouverte de Malet contre Alquier. — Malet et les tenanciers de jeux, à Rome, à Terni, à Albano. — Taxes illégales sur les navires. — Enquête ordonnée par Alquier à David. — Arrestation de David par ordre de Malet. — Son incarcération à Civita-Vecchia. — Tentatives d'explications de Malet. — Alquier envoie le secrétaire au Vice Roi pour expliquer les faits et ramener le remplaçant de Malet, — Lettres de celui-ci au secrétaire d'État de Sa Sainteté. — Il est suspendu de ses fonctions. — Commission de conseillers d'État formée pour examiner sa conduite.
— Conclusions soumises à l'Empereur qui renvoie l'affaire au ministre de la Guerre. — Clarke propose l'admission à la retraite qui est prononcée . . 49
Son arrivée à Paris en août 1807. — Les Francs- Comtois. — Les Philadelphes. — Ce qu'on sait d'eux. — La conspiration du général Servan.
— A l'époque de la bataille d'Eylau. — Ses intentions sur le Sénat. — Les individus réunis
autour du général Malet. — Leur orig-ine franccomtoise. Rigomer Bazin. — Lemare. — Corneille. Gariot. — Gindre. — Baudement. — Demaillot. — Blanchet. — Liébaud. — Les Ricord. — Le docteur Saiffert. — Bournot. — Delavigne — Les amis : Ricard, Paganel, Poilpré. — Les officiers : Guillet et Guillaume. — Recherche de Florent Guyot et de Wenceslas Jacquemont. — Conversations avec eux.
— Indications sur des sénateurs idéologues. — Construction du complot. — Malet pressé, car il va être condamné. — Rayé de l'Armée, deshonoré. — L'Empereur est à Bayonne le 15 avril 1808. — Conditions dans lesquelles le coup va s'accomplir.
— Date fixée du 20 avril. — Report au 29 mai. — Pièces du complot. — Ordre du jour et proclamations. — La conspiration est-elle républicaine? On n'y voit qu'une dictature exercée par Malet qui s'est institué : général de division. — Les imprimés. — Les armes. — Les cachets. — Le plan d'action. — Le rôle des Conspirateurs. — Guillaume. — Les craintes qu'il inspire. — Visite à l'École Militaire, Dernière réunion du 29 mai 79
Retards dans l'exécution. — Avis transmis à la Police. — Déclaration faite le 8 juin au préfet. — Le général Lemoine. — Arrestation de Guillaume et de Demaillot. — Perquisition chez Malet. — Fuite de Lemare. — Lettres à l'Empereur du 13
. juin. — Arrestation de Malet rue Croulebarbe. — L'Archichancelier et le préfet de police. — Aveux spontanés de Malet, inculpant Florent Guyot et Jacquemont. — But qu'il se propose par cette délation. — Lettres de l'Empereur. — Fouché devant l'entrée en scène de Jacquemont et de Florent Guyot veut arrêter l'instruction 115
Lettres de l'Empereur à Fouché. — Il suspecte Fouché et les sénateurs, — Lutte ouverte entre Fouché et Dubois. — Celui-ci se défend d'avoir fait arrêter Jacquemont. — Il remet son rapport complet à Cambacérès. — Appréciations sur Fouché. — Lettre à Dubois. — Les interrogatoires de Jacquemont. — Les justifications. — Propositions de Dubois. — Fréquentations de Jacquemont. — Nouvelles arrestations. — Fouché fait interroger Malet. — Arrêté qu'il prend pour dessaisir Dubois et créer une Commission de police. — Dubois s'adresse à l'Empereur, — La Commission fait comparaître. Jacquemont. — Étranges complaisances qu'on a pour lui. — Justification écrite de Jacquemont. — Réponse de Florent Guyot. — Les séances interrompues. — Fouché barre la Commission. — Étonnement de l'Empereur. — Rôle étrange que s'attribue Fouché. — Il rédige lui-même le rapport que l'Empereur réclame. — L'Empereur qui veut des précisions, pose des questions nettes auxquelles la Commission répond. — Châtiments proposés. — -, Exils et mises en liberté. 125
VL La Captivité du Général Malet (août 1808octobre 1812).
Pétitions de Malet à l'Empereur. — La conspiration de 1809. — Les révélations de Sorbi. — Aveux de Bazin. — Transport de Malet à Sainte-Pélagie. — Nouvelles pétitions de Malet. — Sa demande du 4 janvier 1810. — Il est transféré à la Maison Dubuisson. — Lettres que sa femme et lui adressent aux ministre. — Refus de le libérer. — Lettre de Madame Malet du 4 juillet 1811 155
VIL La Conspiration de 1812 (1811-1812).
La maison Dubuisson. — Misère de Malet. — Son
délire ambitieux. — Résolution d'une nouvelle conspiration. — L'Empereur est en Russie. — Les nouvelles n'arrivent point. — Fouché et Dubois sont disgraciés, remplacés par un gendarme et par M. le baron Pasquier, — La garnison de Paris. — La Garde de Paris, réduite à un bataillon et un escadron. — Les vétérans. — Les quatre cohortes de la Garde Nationale. — Hulin et ses adjoints. — La Garde Impériale. — Les cartes meilleures qu'en 1808. — Officiers généraux auxquels Malet destine les rôles principaux. — L'unique complice ; l'abbé Lafon. — La carrière de l'abbé. — Les prisons. — Il amène à Malet André Boutreux et Jean Auguste Râteau, tous deux congréganistes. Il procure encore Joseph-Marie-Fernandez de Caamano. — Logis de celui-ci. — Cul-de-sac Saint-Pierre. — Ducatel. — Râteau. — Leur utilité. — Fabrication des pièces de la conspiration. — La délibération du Sénat. — Adresse au peuple et à l'armée. — Différences du texte de 1808 et de celui de 1812. — Individus que Malet peut employer. — Desnoyers. — Ordre du jour à l'Armée. — Supplément. — Rôle double que se réserve Malet. — Les généraux qu'il compte libérer. — Lahorie. — Guidai. — Le Corse Boccheiampe. — Les rôles que Malet leur destine. — Le colonel Rabbe. — Destination de chaque compagnie de la Garde de Paris. — Réglée et combinée. — Lettres et ordres de l'adjudant commandant Doucet. — Tout est résolu sur le papier. — Immensité du travail que s'impose Malet. — Les costumes. — Tout est prêt 171