‹ La vie et les conspirations du Général Malet, 1754-1812Chapitre 15 sur 18 · CE QUE DIT L*EMPEREUR · texte numérisé non relu

CE QUE DIT L*EMPEREUR

de l'État méritent d'être retenues, les autres n'étant que des banalités; mais au Sénat et au Conseil d'État il adresse des paroles qui portent; au Sénat, il annonce des projets auxquels il a réfléchi, qui tous concourraient à consolider le régime, à pourvoir aux défauts que Pasquier, Real, Angles et Savary ont été unanimes à signaler. « J'ai à cœur, dit-il, la gloire et la puissance de la France, mais mes premières pensées sont pour tout ce qui peut perpétuer la tranquillité intérieure et mettre à jamais mes peuples à l'abri des déchirements des factions et des horreurs de l'anarchie. C'est sur ces ennemis du bonheur des peuples que j'ai fondé, avec la volonté et l'amour des Français, ce trône auquel sont attachées désormais les destinées de la Patrie.

« Des soldats timides et lâches perdent l'indépendance des nations, mais des magistrats pusillanimes détruisent l'empire des lois, les droits du trône et l'ordre social lui-même.

« La plus belle mort serait celle d'un soldat qui périt au champ d'honneur si la mort d'un magistrat périssant en défendant le souverain, le trône et les lois n'était plus glorieuse encore.

« Lorsque j'ai entrepris la régénération de la France, j'ai demandé à la Providence un nombre d'années déterminé. On détruit dans un moment, mais on ne peut guère réédifier sans le secours du temps. Le plus grand besoin de l'État est celui de magistrats courageux.

« Nos pères avaient pour cri de ralliement : le Roi est mort I Vive le Roi 1 Ce peu de mots contient les principaux avantages de la monarchie. Je crois avoir bien étudié l'esprit que mes peuples ont montré dans les différents siècles. J'ai réfléchi à ce qui a été fait aux différentes époques de notre histoire. J'y penserai encore. »

La leçon porte droit sur le préfet de Paris, le comte Frochot, mais l'Empereur, par la seconde partie de son discours, annonce de grandes mesures qu'il compte prendre pour affermir la dynastie.

A la vérité, à entendre ce qu'il dit au Conseil d'Etat, la dynastie n'a guère besoin d'être aft^ermie : « Si le peuple, dit-il, montre tant d'amour pour mon fils, c'est qu'il est convaincu par sentiment des bienfaits de la monarchie. » Et tout de suite, il ajoute sans qu'on voie le rapport immédiat ni avec la question dynastique ni avec l'attentat de Malet : « C'est à l'idéologie, à cette ténébreuse métaphysique, qui, en recherchant avec subtilité les causes premières, veut sur ses bases fonder la législation des peuples au lieu d'approprier les lois à la connaissance du cœur humain et aux leçons de l'histoire, qu'il faut attribuer tous les malheurs qu'a éprouvés notre belle France. Ces erreurs devaient et ont effectivement amené le régime des hommes de sang. En effet, qui a proclamé le principe d'insurrection comme un devoir ? Qui a adulé le peuple en le promouvant à une souveraineté, qu'il était incapable d'exercer ? Qui a détruit la sainteté et

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le respect des lois en les faisant dépendre, non des principes sacrés de la justice, de la nature des choses et de la justice civile, mais seulement de la volonté d'une assemblée composée d'hommes étrangers à la connaissance des lois civiles, criminelles, administratives, politiques et militaires ? Lorsqu'on est appelé à régénérer un Etat, ce sont des principes constamment opposés qu'il faut suiv^re. L'histoire peint le cœur humain. .C'est dans l'histoire qu'il faut chercher les avantages et les inconvénients des différentes législations. Voilà les principes que le Conseil d'État d'un grand empire ne doit jamais perdre de vue. Il doit y joindre un courage à toute épreuve et, à l'exemple des présidents Harlay et Mole, être prêt à périr en défendant- le souverain, le trône et les lois. » Ce dernier paragraphe est pour Frochot, mais pour qui le corps du discours et la charge contre les idéologues ? N'est-on pas en droit de penser que l'Empereur persiste à suivre la fausse piste sur laquelle il est parti, de lui-même, ou sur une impulsion étrangère ? N'a-t-il pas à la première nouvelle de l'attentat pensé à faire arrêter Jacquemont et les comparses de la conspiration de 1808? L'idéologie, c'est Garât, c'est Destutt de Tracy, c'est Jacquemont, ce sont les convives des dîners du Tridi, et peut-être aussi Frochot, quelque peu suspect. Il faudra du temps, il faudra surtout la contradiction des faits pour qu'il arrive à la vérité.

Le jour où il a reçu les Grands Corps de l'État,

l'Empereur ordonne pour le lendemain la tenue d'un Conseil où devra être examiné tout ce qui est relatif aux individus compris dans l'affaire du 23 octobre, au complot de 1808, à la conspiration de Lafon, tous les rapports et les documents au complet. « L'Empereur ayant demandé les pièces, de son quartier général en Russie, pense qu'elles doivent être prêtes. » Sans doute a-t-il demandé qu'on les lui tînt prêtes, mais le courrier a été enlevé. L'Empereur demande encore au ministre de la Police, un rapport sur la conduite du comte Frochot auquel sera jointe la lettre justificative de ce magistrat. » Il n'a pourtant aucunement l'idée de prendre une décision ab irato dans le Conseil du 21 : on y lit seulement deux lettres de M. Frochot^ une du sieur [Renoultj inspecteur des prisons, différents interrogatoires subis par le condamné Soulier, une lettre de Malet à Soulier. « Sa Majesté a ordonné que toutes ces pièces seraient imprimées, distribuées aux présidents des sections du Conseil d'État, afin que chaque section pût dans la journée du 22 donner son avis sur la conduite de M. le Comte Frochot » (1). Ainsi Frochot sera-t-il jugé, par ses pairs,

(1) Le Recueil des ^< Pièces et déclarations relatives à Vaffaire de M. le comte Frochot, préfet de la Sei^ie^ dans la Conjuration de Malet » comprend :

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