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que dans l’usage de la langue grecque la formule équivaut au nom substantif propre, elle n’a pourtant pas la signification restrictive, exclusive, individuelle du nom singulier. Ce qu’Aristote fait n’est pas précisément une histoire; son but n’est pas de découvrir à qui appartiennent telles ou telles doctrines; son intention est polémique, et sa polémique s’attaque à la tendance générale d’une école tout entière (1) dont Platon est pour lui l’éditeur responsable; et, tantôt sous ce nom, tantôt sougdes termes collectifs et vagues, il désigne, sans les distinguer, les auteurs des théories qu’il repousse et qu’il n’expose que pour mieux établir la sienne.
Nous ne pouvons donc considérer les 'Afpacpa So'YfAKTa comme un des documents originaux sur lesquels on peut appuyer une interprétation sincère de la doctrine propre à Platon.
H. L’Hipparqtæ, ou de V Amour du gain.
Ce dialogue, admis par Thrasylle, est rejeté unaniment par la critique allemande et par M. Cousin; déjà Élien avait exprimé un doute sur l’authenti- •
màTuv. iv 'AxaSr]|jL{qf YEb>(i.Éxpai..., et il nomme Archytas et Eudoxus.
(1) Nous retronvoDS encore ailleurs ces désignations générales qui enveloppent une École entière, sans tenir compte des divergences souvent très-graves qui s’y sont produites. Ainsi, quand il s’agit des Pythagoriciens, il dira ot xaXoûjievot ItuBayopeîot, et, par ce nom, il faut entendre ce que Dicéarque (Porphyr. , V. P., 66) appelle ffwffTaffiç finaffa i?i ffvvaxoXûuOViffaoa aÛTtd.
cité de l’ouvrage (1). Les motifs sont toujours les mêmes : réminiscences des dialogues de Platon , absence de portée scientifique, de plan, d’enchaînement logique, infériorité d’exécution, surtout dans la peinture des caractères; de plus ici l’interlocuteur de Socrate n’est même pas nommé, et le nom d’Hipparque donné au dialogue vient de quelques détails intéressants et curieux sur la personne de ce prince. Stallbaum veut bien reconnaître cependant que.la langue du moins est saine et de la bonne époque. Pour moi, je réponds aussi toujours avec le même argument. Le sujet est très-socratique et platonicien : tout gain enferme l’idée vraie ou fausse de l’utile et du bien, et est par conséquent naturel, légitime, universellement désiré et désirable. Tant qu’on ne m’aura pas prouvé que Platon n’a pu produire que des œuvres d’une égale profondeur, d’une égale portée scientifique, d’une même force dialectique , d’une même perfection esthétique, Joutes ces preuves internes seront pour moi sans valeur. Quand il s’agit d’histoire, il faut des preuves historiques , c’est-à-dire des faits. Si ces preuves manquaient aux productions de nos' écrivains contemporains, la critique allemande leur aurait bien vite enlevé, avec ses arguments internes, plus de la moitié de leurs ouvrages. M. Boeckh. a donné une édition spéciale de ce petit dialogue, qui semble une œuvre de jeunesse et comme un de
(1) H. V., 1. VIII, 2. El ô "IitTtapxoî IlXaTUvoc êdxi xip 5vxt. ‘ '
ces premiers essais où tâtonne le génie qui s’ignore encore et cherche sa voie, et il l’attribue, ainsi que leMinos, au cordonnier Simon, tandis que M. K. Fr. Hermann les donne à l’Érétrien Pasiphon (1).
12, L’Alcibiade II, ou de la Prière.
Quoique cité par Élien (2), Athénée (3) et Diogène de Laërle (4), il est rejeté unanimement par Schleiermacher, Ast, Socher, Buttmann, V. Cousin, K. Fr. Hermann, C. Steinhart et Stallbaum.
Le but du dialogue admis par Thrasylle, qui en fait la seconde pièce de la quatrième tétralogie, est cependant très-socratique : il s’agit de montrer par l’exemple d’Alcibiade qu’avant de prier les dieux et de leur faire des vœux, il faut acquérir la sagesse et la vertu, d’abord pour nous les rendre propices, ensuite pour savoir les choses qui nous peuvent être réellement utiles : or il n’y a de vraiment utile que ce qui est universellement et vraiment bon; demandons uniquement donc ces vrais biens, et laissons à leur providence le soin de disposer des autres (5).
(1) Gesch. U. Syst. d. Plat, Phil., p. 419.
(2) H. V., VllI, 7.
(3) XI, p. 506, c.
(4) Dio". L., III, 59.
(5) C’est la doctrine de Platon, cf. Charm., 174, c.; Gorg., 468, d.; Legg-, III, 687, c., et c'est aussi celle de Socrate, Xén.,
Mém., 1,2,3. a Lcsdieuxsaventsculsquelleschosessontvraiment bonnes; il faut donc, en priant , leur demander simplement de ppus donner des choses bonnes. »
L’exécution révèle, dit-on, bien des faiblesses, des taches, des pensées contradictoires à celles de Platon ; la discussion est languissante, diffuse, remplie de répétitions inutiles, d’obscurités, de longs discours de Socrate, contrairement à la méthode habituelle de Platon; le style est dépourvu de grâce, d’esprit, d’ironie, de mouvement même. Tout cela ne me persuade pas complètement. D’abord, quant aux contradictions, voici en quoi elles consistent. Socrate, pour prouver sa thèse, avance que les dieux pourraient bien, pour punir l’imprudent qui les sollicite, lui envoyer des maux au lieu de biens, comme ils ont fait à OEdipe : ce qui est opposé à la doctrine de la République (1), où il est dit que les dieux ne sont cause d’aucun des maux qui arrivent à l’homme ; il ajoute qu’en certain cas l’ignorance serait moins nuisible à l’homme que la science, comme le prouve l’exemple d’Oreste, à qui il n’a certes pas été utile de savoir qui était sa mère : ce qui est contraire à la doctrine la mieux établie de Platon. Je trouve que c’est attacher à une œuvre bien légère une trop grosse importance : eh quoi ! pour prouver qu’il fauflÈtre réservé dans les prières à faire aux dieux, Platon ne pouvait pas, dans une conversation si courte, faire usage des arguments que lui fournissait la croyance de son pays, de son temps, et que partage son interlocuteur? Ne peut-il pas se placer un instant au point de vue de celui qu’il interroge, et y a-t-il dans ces arguments de po-
(1) II, p. 379, G.
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LES ÉCRITS DE PLATON. 14i ’
lémique rien qui ressemble à une contradiction des grands principes philosophiques de Platon? Quoique la mention de la mort d’Archélaüs semble mettre la composition ou la révision de ce petit morceau après la mort de Socrate, cela ne change rien au fond à ce que je viens de dire ; et, quant à la proposition'que la science est quelquefois plus nuisible que l’ignorance, ne vient-elle pas se lier à cette proposition éminemment socratique, que la science, sans la science du bien, est rarement utile? Les rapprochements que signale M. K. Fr. Hermann, entre [ Alcibiade I V Alcibiade II, et qui lui parais-
sent des emprunts et des répétitions, ne m’ont pas paru avoir ce caractère, et ne me surprennent pas d’ailleurs dans un ouvrage du même auteur. Ne pourrait-on pas dire qu’un faussaire aurait eu bien certainement assez d’esprit' pour les éviter? Enfin, quant au style et à la langue, où M. Stallbaum relève comme des incorrections ou au moins des tours sans grâce et sans élégance les phrases suivantes :
xa\ T^XXa àvi Xoyov tootoiç et^Ti Iv vÇ npoç xauTa (1),
quand on accorderait le bien fondé de la critique, elles n’ont pas empêché Thrasylle et le grand grammairien Aristophane de Byzance d’attribuer l’ouvrage à Platon. Pourquoi serions-nous plus difficiles, et qui oserait, eii fait de langue, se croire plus compétent?
(1) Alcih. IJ, 150, b., et encore 151, b. *H5éwç âv î5oii« 8e- (â[xevov £(jLauxàv, locution, il est vrai, un peu étrange; mais elle n’étonne pas un Français, qui a dans sa langue le tour analogue. ^
• 1 i2 LES ÉCRITS DE PLATON.
Bicstcr, en 1789, a donne une édition spéciale de V Alcibiade I et de i Alcibiade //, réunis au Ménati et au Criton; cette édition a été réimprimée, revue et augmentée de notes précieuses par Buttmann, 18H à 1822.