Le Minos, ou de la Loi
Dialogue politique, qui forme dans la neuvième tétralogie la première pièce, et la seconde de la troisième trilogie d’Aristophane.
Socrate s’entretient avec un interlocuteur anonyme, qui n’est pas Minos , comme on l’a cru longtemps par une erreur bien étrange, ni même un Minos d’Athènes, n’ayant avec le roi de Crète rien de commun que le nom , comme le supposait R. Bentley (1). Le titre vient uniquement de l’éloge qu’y reçoit le Minos des Grétois, à l’occasion de sa législation. Le sujet, abordé brusquement et sans préparation, est la loi, et il est prouvé, d’une part, que la loi étant l’expression de la vérité, d’un rapport nécessaire et réel, toù 3vxoa eCpEffiv, et la vérité étant chose universelle et immuable, la vraie loi ne doit et ne peut changer ni suivant les temps ni suivant les lieux; d’autre part, que la loi étant essentiellement bonne, tout ce qui est mauvais peut paraître une loi, mais n’en est qu’une apparence menteuse; le mal est toujours illégitime (2). La fin du dialogue n’est pas mieux amenée que le commencement, et se lie mal aux ques-
(1) Respons. ad Boyl..,^. 155, ed. Lennep. Schleiermacher et Boeckh ont prouvé que ce nom n’avait jamais été porté par un Athénien.
(2) C’est, suivant notre formule moderne, le principe qu’il n’y a pas de droit contre le droit.
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lions débattues; mais je trouve de l’exagération dans les critiques qu’on en a faites, et qui multiplient contre le choix du sujet, contre les idées, contre le style, contre la langue, les épithètes les plus dures et à mon sens les plus injustes. Inepte et stupide, voilà ce que répète à chaque page de ses prolégomènes et de son commentaire, le docte Stallbaum, qui trouve cette composition si misérable et si méprisable qu’il ne veut pas même l’attribuer comme Boeckh au cordonnier Simon (I). Ce critique, plus réservé et plus judicieux, tout en signalant du désordre dans la conduite des idées, des transitions brusques, une affectation à multiplier les exemples, de longues tirades qui succèdent à un dialogue trop bref, a cependant l’impartialité de reconnaître que le style en est sain, la couleur antique, et qu’on n’y trouve rien d’indigne de la période du pur et vieil atticisme ; et il cite à l’appui de son jugement le témoignage des critiques grecs qui, dans une question de goût et de langue, ne peuvent pas être si complètement mis de côté. Or Plutarque (2) , qui copie plusieurs passages, Maxime de Tyr , Clément d’Alexandrie , Servius, Proclus, Stobée, Alexandre d’Aphrodisie, le tiennent pour être un ouvrage de Platon, comme Diogène, Thrasyllc et Aristophane (3), et, quoique ce ne soit pas l’opinion de M. Boeckh, il reconnaît que
(1) Boeckh., Comment, in Platon. Min., p. 83.
(2) Moral., 776, e.; T/ies., 7, a.
le témoignage de ces bons juges oblige au moins de l’attribuer à un auteur attique et à une période où la langue était encore pure et saine.
Cet auteur est, suivant lui, Simon, d’Athènes, ce cordonnier dans la boutique duquel Socrate aimait à causer et à discourir, et qui, gardant par écrit note de ces entretiens, en avait composé trente-trois dialogues, les premiers ouvrages qui firentconnaître au public les doctrines socratiques (1).
Remarquant dans le catalogue conservé de ces ouvrages les quatre titres suivants : du Juste, de la Vertu, de la Loi, de l’Amour du gain, que l’on retrouve dans le catalogue des ouvrages de Platon, M. Boeckh en a conclu que, puisqu’ils n’appartenaient pas à ce dernier, ils devaient appartenir à l’autre : car il y a dans les catalogues une remarquable coïncidence, et les sujets traités semblent en outre indiquer qu’ils partent tous de la même main. Mais M. Stallbaum a objecté que ce sont là et des titres et des sujets que l’on retrouve chez tous les Socratiques, par exemple Antisthène, Speusippe, Xénocrate, et qu’on n’en pouvait rien conclure. On n’est donc pas autorisé à croire que le Minos soit de Simon le Socratique, et comme, en matière de pureté et de correction, l’autorité 'd’Aristophane de Byzance, de Thrasylle, de Diogène me paraît valoir celle de M. Stallbaum, et que les idées développées dans cet ouvrage ne me semblent
(1) Diog. L., II, 122. OuTOç, ça<il, itpwTo; 5te)f)(9’Q foù; Xô^ouc Toù; Iwxpatixoûî.
ni indignes de Platon, ni contraires à sa doctrine, je crois qu’il est encore plus sage de s’en rapporter à la tradition.